«Forbach, le 8 janvier 1814, onze heures du soir.
«J'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que
j'avais pris position sur la Sarre, et fait faire un convoi sur Bitche.
J'ai inspecté ma ligne ce matin et j'ai reconnu que, par une négligence
inimaginable, tous les bateaux que j'avais fait réunir à Sarrebrück
avaient un peu descendu la rivière, et étaient sur la rive droite au
pouvoir de l'ennemi.
«Ces bateaux étaient assez nombreux et assez grands pour pouvoir nous
porter huit mille hommes par passage. L'ennemi n'étant point encore en
force sur ce point, je n'ai pas perdu un seul instant pour faire arriver
du canon, chasser les postes ennemis, et prendre possession de ces
bateaux par des nageurs soutenus par un grand nombre de tirailleurs.
Cette opération, quoique en plein jour, s'est faite avec tout le succès
possible.
«L'ennemi a porté des forces assez considérables sur la haute et la
basse Sarre, et cependant je sais, à n'en pouvoir douter, qu'il
manoeuvre sur les deux rives de la Moselle.
«Les troupes qui sont en face de Sarrelouis sont des troupes prussiennes
du corps d'York, qui a débouché par Coblentz et Baccarach.--Les troupes
qui ont débouché par deux ponts sur la haute Sarre, sont, je crois, du
corps de Sacken.
«Je garde tous les gués et passages de la Sarre, depuis au-dessous de
Sarrelouis jusqu'au-dessus de Sarreguemines, et je resterai dans cette
position tant que l'ennemi ne forcera pas un de ces passages, ou ne
menacera pas mes communications en marchant par la haute Sarre.
«J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour former
l'approvisionnement de Sarrelouis, dont on ne s'était nullement occupé.
Le commandant de Sarrelouis ayant perdu la tête, j'ai dû, d'après ce que
les règlements m'autorisent à faire, donner un autre commandant à cette
place, et j'ai fait choix du colonel du 59e régiment, qui est un
officier ferme, et qui saura créer des ressources et montrer du courage
et de la persévérance. J'ai cru devoir augmenter sa garnison, assez mal
composée, d'un bataillon de son régiment, fort de deux cents hommes, ce
qui la portera à douze cents hommes de troupes, et quatre cents gardes
nationales.»