«Bords du Rhin, le 20 novembre 1813.
«J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que les gardes
nationales de la Meurthe et de la Moselle sont arrivées en grande partie
et arrivent chaque jour. Tous les rapports qui me sont faits annoncent
qu'elles n'ont parmi elles que peu de gens mariés, qu'elles sont
composées d'hommes vigoureux, et qu'elles se montrent animées du
meilleur esprit. J'avais donné des ordres pour qu'elles fussent armées
sur-le-champ, et les fusils allaient partir lorsque le directeur de
l'artillerie a reçu une lettre du ministre de la guerre, en date du 16,
qui ordonne d'armer ces légions avec les _fusils à réparer_ qui se
trouvent dans l'arsenal de Mayence.
«La date de cet ordre est trop récente pour que j'aie cru pouvoir me
permettre d'y rien changer; mais il est de mon devoir de faire connaître
à Votre Majesté que je regarde cette mesure comme très-contraire au bien
de son service. On peut tirer le meilleur parti des gardes nationales en
les employant sur-le-champ; mais il faut mettre de suite leur dévouement
à profit, il faut ne prendre aucune mesure qui puisse lui donner du
dégoût, et la mesure ordonnée recule nécessairement de beaucoup l'époque
à laquelle on pourra s'en servir. Je regarde comme certain qu'avec un
peu de soins on peut, en très-peu de temps, tirer dans les circonstances
actuelles un meilleur service de ces gardes nationales que des troupes
de ligne.
«Des renseignements certains annoncent qu'hier les empereurs de Russie,
d'Autriche et le roi de Prusse étaient encore à Francfort, et que ce
sont encore des Russes, que je crois du corps de Wittgenstein, qui sont
devant nous à Hochheim. On assure que la plus grande partie de l'armée
autrichienne est sur la rive gauche du Mein, et qu'un corps prussien
assez considérable, infanterie, cavalerie et artillerie, est près de
l'embouchure de la Lahn. On ne voit pas un seul détachement ennemi de
Lintz à Neuwied.»