«Bords du Rhin, le 19 novembre 1813.
«J'ai l'honneur de rendre compte à Sa Majesté que j'ai parcouru la ligne
du Rhin jusqu'à la frontière de mon commandement. Je me suis assuré que
toutes les mesures de surveillance et de défense étaient bien prises, et
je les ai complétées autant que possible. J'ai ordonné quelques travaux
à Worms, qui est un point de passage très-favorable à l'ennemi. La
redoute en face du Necker sera terminée et armée après-demain. J'ai
ordonné un semblable travail en face de l'embouchure de la Lahn. Ce
point est également important. Il sera couvert par un poste défensif et
une bonne batterie.
«Nous avons un grand nombre de malades, qui augmente avec une rapidité
inouïe. Cependant les troupes sont bien, et j'ai pris toutes les
mesures de précaution et de détail que la raison autorise. J'ai donné
l'ordre de faire distribuer de l'eau-de-vie à tous les soldats, du vin
aux convalescents et aux malades. J'ai réduit partout le service, et
aucun des moyens que je puis employer ne sera omis pour refaire les
troupes. L'amélioration des hôpitaux de Mayence a été moins rapide que
je ne l'espérais, quoique je fusse autorisé à compter sur de meilleurs
résultats. J'ai pris de nouvelles mesures dont je vais suivre
l'exécution, et certainement, sous peu de jours, tout sera en bon ordre.
Les habitants éprouvent des maladies encore plus générales et plus
graves que les soldats. Jusqu'ici la mortalité n'est pas très-forte dans
les troupes; elle est extraordinaire chez les habitants, et cela à
Mayence et sur toute la ligne.
«La masse de la grande armée ennemie est toujours en présence. Le Rhin
est bordé avec assez de soin: mais elle a pris des cantonnements à
plusieurs lieues en arrière. Il paraît certain qu'un corps de troupes,
que l'on porte à quinze ou vingt mille hommes, a passé devant Kehl et a
continué sa marche sur le haut Rhin.
«Je n'ai point encore de rapports de l'officier que j'ai envoyé à
Huningue et à Bâle: j'attends de ses nouvelles à chaque moment. Elles
m'éclaireront sur ce qui se passe de ce côté.
«Les postes de l'armée prussienne sur le Rhin commencent entre Bingen et
Coblentz. Tout ce qui est au-dessus est russe ou autrichien.
«Nos approvisionnements vont toujours lentement; mais ceux de réserve
continuent à s'augmenter. Nous aurons après-demain, tant des uns que des
autres, trente-cinq mille quintaux de grains ou farine.»