«Saint-Cloud, le 19 novembre 1813.
«Mon cousin, je reçois votre lettre du 16.--Je viens d'ordonner que le
duc de Trévise porte son quartier général à Trèves, où se rendra toute
la vieille garde; que les deux divisions composées de tirailleurs se
placent dans la direction de Trèves à Mayence et de Trèves à
Coblentz;--que les deux divisions composées de voltigeurs se rendent à
Luxembourg et aux environs, afin d'être à portée de leur dépôt, qui est
à Metz;--que chaque brigade ait avec elle son artillerie; les batteries
de douze et celles à cheval seront avec la vieille garde;--enfin que
toutes les administrations de la vieille garde se rendent à Trèves. Par
ce moyen vous serez parfaitement débarrassé, et il n'y aura plus rien
sur la grande route.--Je me fais faire un rapport sur la situation de la
cavalerie, afin de la placer définitivement dans les lieux les plus
convenables.--Il partira d'ici, tous les huit jours, douze cents hommes
pour les tirailleurs, et de Metz, tous les huit jours, douze cents
hommes pour les voltigeurs. Ainsi ma garde fera, avant le 15 janvier, un
corps de quatre-vingt mille hommes.--Je crois n'avoir pas encore donné
d'ordre pour le grand quartier général. Je crains qu'il n'y ait quelque
inconvénient à éloigner le payeur et l'intendant de Mayence. Je crois
vous avoir mandé que onze mille cinq cents conscrits étaient dirigés sur
Mayence, où ils étaient destinés à recruter la partie du quatrième corps
qui a ses dépôts en Italie, et comme les autres dépôts du quatrième
corps qui sont en France mettent en mouvement les conscrits destinés à
aller compléter leurs bataillons, je compte que ce corps sera
incessamment fort de trente à quarante mille hommes.--Faites partir la
division de la jeune garde que vous avez gardée à Mayence. Je suppose
que le cinquième corps est en route pour Cologne. Faites partir la
division de l'ancien troisième corps pour Coblentz.--Le deuxième corps
et la division du sixième corps paraissent suffisants du côté de
Manheim.--Et, en Alsace, les gardes nationales me paraissent également
devoir suffire. J'ai ordonné la formation d'un deuxième corps bis à
Strasbourg. Je crois vous avoir déjà instruit de ces différentes
dispositions.--Nous ne sommes dans ce moment-ci en mesure pour rien.
Nous serons dans la première quinzaine de décembre déjà en mesure pour
beaucoup de choses. La grande affaire aujourd'hui, c'est l'armement et
l'approvisionnement des places.--A moins de nécessité absolue, la
division du deuxième corps doit rester sous votre commandement. Le duc
de Bellune voudrait l'attirer à lui: mais il n'y a rien à craindre pour
Strasbourg. Il faudrait que l'ennemi fût fou pour aller attaquer de ce
côté. C'est sur Cologne et Wezel qu'il est naturel de penser que
l'ennemi doit se porter[6].--Avez-vous rallié au sixième corps douze à
quinze cents hommes de la marine qui se trouvaient du côté de Cologne?
Avez-vous fait partir des officiers pour parcourir les différents
régiments, en retirer les isolés qui y avaient été momentanément
incorporés et les faire revenir à leur régiment?--Le ministre a décidé
où devaient être placés les dépôts du 30e et du 33e. Quant aux 8e, 27e,
70e et 88e régiments, renvoyez les cadres à leur dépôt. Le 8e est du
côté de la basse Meuse. Ôtez du cadre tous les hommes disponibles et
placez-les dans le 13e de ligne.--Le 88e a aussi son dépôt dans le
Nord.--Il n'y a que le 70e qui a son dépôt à Brest. Placez ce bataillon
dans celui de vos corps où se trouvent déjà des hommes du 70e.--J'ai
donné des ordres pour que six cents conscrits lui fussent envoyés à
Mayence pour le compléter. Il serait trop long de l'envoyer se recruter
du côté de Brest.--Le 28e ayant son dépôt dans le Nord, renvoyez-le à
son dépôt.--Vous aurez donc ainsi à Mayence deux dépôts: celui du 133e
et un bataillon du 70e.--Quant au 33e léger, vous l'avez dirigé sur
Sarrelouis, et il m'y paraît bien. Instruisez de ces dispositions les
commissaires des guerres de Metz, de Châlons et de la route, afin que
les conscrits qui se rendent à ces différents dépôts puissent être bien
dirigés.
«NAPOLÉON.»
[Note 6: Ce plan de campagne convenait à Napoléon; et il voulait y
croire! (_Note du duc de Raguse._)]