Roi-de-Sicile[741]. Le procès-verbal de 1636 la nomme _rue de la
Cloche-Percée_. C'étoit le nom d'une enseigne qu'on a changé en celui de
Cloche-Perce, et c'est ainsi qu'elle est écrite sur tous les plans. Si
on lui a donné ensuite, vers 1660, le nom de _rue de la Grosse Margot_,
comme le dit Sauval[742], à cause de l'enseigne d'un cabaret, ce nom,
adopté par le bas peuple, n'a pas fait fortune, car on ne le trouve ni
dans aucun acte ni sur aucun plan. Nous ignorons quelle pouvoit être la
rue de _Pute-y-Muce_ dont parle Guillot. Mais sa marche nous fait
conjecturer qu'il pouvoit y avoir alors une rue ou ruelle qui ne
subsiste plus depuis long-temps, et qui traversoit de la rue
Cloche-Perce dans celle de Tiron.
[Note 741: L'abbé Lebeuf, dans ses notes sur le _Dit_ des rues
de Paris de Guillot (p. 597), a cru que c'étoit cette rue-ci
que le poète désigne sous le nom du _Pute-y-Muce_. Robert, en
lui donnant aussi ce dernier nom, ajoute qu'elle le portoit
encore en 1560, et qu'en 1620 on lui donnoit celui de la
_Grosse-Margot_, de l'enseigne d'un cabaret. Nous croyons que
ces deux auteurs se sont trompés. Guillot, d'accord avec les
rôles de taxes de 1300 et de 1313, indique la _rue Renaut
Lefèvre_; or c'étoit ce nom que portoit alors la rue
Cloche-Perce, comme on peut s'en convaincre en voyant le plan
de d'Heuland et autres plans anciens, de même qu'en lisant
Sauval et Corroset.]
[Note 742: T. I, p. 126.]
_Rue Neuve-du-Colombier._ Cette rue, ouverte sur le marché
Sainte-Catherine, et à la même époque que ce marché, donne de l'autre
bout dans la rue Saint-Antoine.
_Rue de la Contrescarpe_[743]. Cette rue nouvelle, percée depuis 1780,
donne d'un côté à l'extrémité des rues Daval et de Lappe, de l'autre à
la petite rue Saint-Pierre.
[Note 743: On la nomme maintenant _rue Saint-Sabin_.]
_Rue de Cotte._ Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté rue du
Faubourg-Saint-Antoine, de l'autre sur le marché Beauvau.
_Rue Daval._ Elle donne d'un côté sur le boulevart, de l'autre dans la
rue de la Contrescarpe. Cette rue a été percée depuis 1780.
_Rue de l'Écharpe._ Elle commence à la rue Saint-Louis, et aboutit à la
place Royale. On l'appela d'abord _rue de Henri IV_, parce que cette
place fut commencée sous le règne de ce prince. Une enseigne lui fit
donner le nom de _rue de l'Écharpe Blanche_. Elle le portoit dès 1636.
Depuis, on a dit simplement rue de l'Écharpe.
_Rue des Écouffes._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Rosiers, et de
l'autre à celle du Roi-de-Sicile. Cette rue est ancienne; son nom n'a
varié que dans la façon de l'écrire ou de le prononcer. On disoit, en
1233 et en 1254, _rue de l'Écofle_; en 1300 _de l'Escoufle_; en 1313
_des Escoufles_; en 1430, _des Escofles_, et au siècle suivant, _des
Escloffes_, enfin des _Écouffes_. Un topographe du siècle passé a jugé à
propos de la nommer _rue des Écossois_, quoiqu'elle n'ait jamais été
appelée ainsi.
_Rue de la Vallée de Fécan._ Elle fait la continuation de la rue de la
Planchette, et conduit au chemin de Charenton. Son nom est dû au terrain
sur lequel elle est située. On l'appeloit _le bas de Fécant_ au
quinzième siècle, et c'est ainsi que ce terrain est nommé dans un titre
nouvel, du 16 février 1498[744]. Dans une déclaration rendue au terrier
du roi en 1540, il est fait mention d'une vigne hors la porte
Saint-Antoine, _au val de Fesquant, lieu dit Beauregard_[745].
[Note 744: Arch. de l'archev.]
[Note 745: Recueil de Blondeau, t. XII, 6e cahier.]
_Rue du Foin._ Elle va de la rue Saint-Louis à celle de la
Chaussée-des-Minimes. Elle s'étendoit même autrefois jusqu'à la maison
des Hospitalières. Nous ne trouvons point qu'elle ait eu d'autre nom. Il
est assez vraisemblable qu'elle doit celui qu'elle porte à un terrain en
pâturage qui faisoit partie du parc des Tournelles, sur lequel elle fut
ouverte sous le règne de Henri IV.
_Rue de la Folie-Regnaut_[746]. Elle aboutit d'un côté à la barrière qui
porte ce nom, de l'autre à la rue des Murs-de-la-Roquette. Cette
dénomination vient d'une maison de plaisance qui appartenoit à _Regnaut
l'épicier_.
[Note 746: On la nomme maintenant rue Sainte-Anne.]
_Rue des Francs-Bourgeois._ Elle va de la Vieille rue du Temple à celle
Sainte-Catherine[747]. Elle se nommoit d'abord _rue des Poulies_, et
conserva ce nom jusqu'au moment de la construction d'un hôpital qui fut
fondé dans cette rue en 1334, suivant dom Félibien[748], et vers l'an
1350, suivant Sauval[749], par Jean Roussel et Alix sa femme. Cet
hôpital se composoit de vingt-quatre chambres contiguës, dans lesquelles
on retiroit des pauvres. En 1415, Pierre Le Mazurier et sa femme, fille
de Jean Roussel, donnèrent cet hôpital au grand-prieur de France, avec
70 livres de rente, sous la condition de loger deux pauvres dans chaque
chambre. Ce fut cet asile qui fit donner à cette rue le nom de
Francs-Bourgeois, ceux qui demeuroient dans cet hôpital étant, par leur
pauvreté, _francs_, c'est-à-dire exempts de toutes taxes et impositions.
[Note 747: Sauval et ses copistes disent qu'elle a porté
successivement les noms de _Vieille-Barbette_, des _Poulies_,
des _Viez-Poulies_, de _Ferri-des-Poulies_ en 1258, et de
_Richard-des-Poulies_. Cet auteur ajoute que les poulies
étoient un jeu usité alors, et qu'on ne connoît plus
aujourd'hui, lequel produisait 20 sols parisis de rente, que
Jean Gennis et sa femme donnèrent aux Templiers en 1271. Il
est certain qu'au quinzième siècle et au suivant cette rue
portoit le nom _des Poulies_; mais nous n'avons point trouvé
ailleurs que dans Sauval qu'elle ait été appelée
_Vieille-Barbette_. Il l'a peut-être confondue avec la Vieille
rue du Temple, à laquelle elle aboutit, et qui, dans cet
endroit, se nommoit _rue Vieille-Barbette_.]
[Note 748: Hist. de Par., t. I, p. 591.]
[Note 749: Sauval, t. I, p. 135, 136, 521.]
_Rue de Jarentes._ Ouverte en même temps que le marché
Sainte-Catherine, elle le traverse et va aboutir d'un côté rue de
l'Égout-Sainte-Catherine, de l'autre rue Culture-Sainte-Catherine.
_Rue Jean-Beausire._ Elle commence à la rue Saint-Antoine, vis-à-vis la
Bastille, et, formant un retour d'équerre, aboutit au boulevart.
Boisseau, sur son plan, la nomme _rue du Rempart_. Au quatorzième
siècle, elle s'appeloit _rue d'Espagne_[750]. On trouve bien au siècle
suivant une rue Jean-Beausire; mais ce nom étoit donné à celle qu'on a
depuis appelée rue des Tournelles. Il fut appliqué à celle-ci dès
1538[751].
[Note 750: Sauval, t. I, p. 143.]
[Note 751: Il y a, dans la rue Saint-Antoine, un cul-de-sac
parallèle à cette rue, et qui porte le même nom.]
_Rue des Juifs._ Elle traverse de la rue du Roi-de-Sicile dans celle des
Rosiers. Dom Félibien a suivi exactement ce que le commissaire Delamare
avoit écrit sur le rappel des Juifs en 1198[752]. Ces auteurs disent
qu'après cette époque les Juifs se logèrent dans différents quartiers
qu'ils indiquent; et ils mettent de ce nombre la rue dont il s'agit. Ce
fait peut être vrai, et il y a grande apparence que le nom des Juifs
qu'elle porte ne vient que de ceux qui l'ont habitée; mais nous n'avons
pu découvrir si elle existoit alors, et sous quel nom. Ce qu'il y a de
certain, c'est qu'il n'en est point fait mention dans Guillot, ni dans
les rôles de taxes de 1300 et de 1313, ni même dans la liste du milieu
du quinzième siècle. Corroset est, si nous ne nous trompons point, le
premier qui l'ait désignée sous ce nom, lequel se trouve sur tous les
plans postérieurs. Nous pensons donc avec Jaillot qu'elle ne l'a pris
que sous le règne de Louis XII[753].
[Note 752: Trait. de la Pol., t. I, p. 181.]
[Note 753: Au bout de cette rue, et en face de celle des
Rosiers, est un cul-de-sac appelé _Coquerel_. C'étoit
anciennement une rue ou ruelle nommée de la _Lamproie_,
laquelle aboutissoit à la rue Couture-Sainte-Catherine. (Arch.
de Sainte-Cather.) Dans le terrier du roi de 1540 elle est
nommée _rue de la Cocquerie_, _rue Coquerée dans_ les titres
des Haudriettes, et de la _Cocquerée_ dans ceux du Temple en
1415.
En face de cette rue, sur le terrain du Petit-Saint-Antoine,
on a ouvert un passage qui donne dans la rue du même nom. On
l'appelle passage du _Petit-Saint-Antoine_.]
_Rue de Lappe._ Elle va de la rue de la Roquette à celle de Charonne. On
lit dans un registre des ensaisinements de Saint-Éloi[754], que le 22
décembre 1635, les chanoinesses régulières de Saint-Augustin (les Filles
Angloises de Notre-Dame de Sion) acquirent de Bertrand Ferrier, marchand
épicier, «cinq arpents de terre hors la porte Saint-Antoine, sur le
chemin de Charonne, au lieu dit _l'eau qui dort_, tenant d'une part à
_Girard de Lappe_, maître jardinier, d'autre au chemin tendant de Paris
à la Roquette, etc., à présent clos de murs, fors du côté dudit Girard
de Lappe.» C'est donc de ce jardinier que la rue dont il s'agit a pris
son nom. Piganiol a tort d'écrire _rue de la Lape_[755].
[Note 754: Arch. de l'archev.]
[Note 755: De Chuyes, dans son _Guide de Paris_, ne fait pas
mention de la rue de Lappe, mais il indique une _rue
Gaillard_, qui nous paroît être celle-ci; s'il dit qu'elle
aboutit à la rue de Charenton, c'est une faute d'impression,
il faut lire: à la rue de Charonne. Cette identité nous semble
prouvée par la fondation que l'abbé Gaillard avoit faite dans
cette rue, d'une communauté composée de six frères et d'un
supérieur ecclésiastique, pour apprendre à lire et à écrire
aux pauvres garçons du faubourg Saint-Antoine.]
_Rue Saint-Louis._ La partie de cette rue comprise dans ce quartier
commence au coin des rues Neuve-Sainte-Catherine et de l'Écharpe, et
finit à celles du Parc-Royal et Neuve-Saint-Gilles. Nous avons déjà
remarqué qu'elle s'appeloit _rue de l'Égout couvert_, _rue
Neuve-Saint-Louis_, et _Grande rue Saint-Louis_.
_Rue Sainte-Marguerite._ Elle va de la rue du Faubourg-Saint-Antoine à
celle de Charonne. Son nom est dû à l'église paroissiale de
Sainte-Marguerite, dont elle est voisine.
_Rue des Minimes._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Louis, et de
l'autre à celle des Tournelles. On l'a nommée ainsi à cause des
religieux qui s'y sont établis.
_Rue de la Chaussée-des-Minimes._ Elle aboutit d'un côté à l'un des
pavillons de la place Royale, et de l'autre à l'église des Minimes.
C'est de cette situation qu'elle a pris le nom qu'on lui donne
aujourd'hui. Cette rue fut percée sous le règne de Henri IV, et appelée
_rue du Parc-Royal_. En 1637 on la nomma _rue du Parc-des-Tournelles_,
parce qu'elle fut ouverte alors sur le parc du palais des
Tournelles[756].
[Note 756: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui faisoit la
continuation de la rue du Foin. On l'appelle _des
Hospitalières_, parce que leur maison y étoit située.]
_Rue de Mongallet._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Reuilli, et de
l'autre à celles de la Planchette et de la Vallée-de-Fécan. On la
nommoit dans l'origine _rue du Bas-Reuilli_.
_Rue de Montreuil._ Elle conduit du faubourg Saint-Antoine au petit
village de Montreuil, dont on lui a donné le nom. Ce chemin est ancien,
car il est fait mention de Montreuil dès le commencement du douzième
siècle[757].
[Note 757: L'avenue qui donne d'un côté sur la place du Trône,
de l'autre dans cette rue, se nomme _avenue des Ormes_.]
_Rue Moreau._ Elle conduit de la rue de Charenton à celle de la Rapée.
On la nomme aussi _ruelle des Filles-Angloises_, parce qu'elle régnoit
en partie le long du couvent de ces religieuses.
_Rue de la Muette._ Cette rue, qui aboutit aux barrières de la
Croix-Faubin et de la Roquette, doit son nom au territoire où elle est
située. Le lieu dit _la Muette_ est énoncé dans la déclaration des
censitaires du grand chambrier de France, en 1540.
_Rue du Pas-de-la-Mule._ Elle aboutit d'un côté à la place Royale, et de
l'autre au boulevart. Il paroît par plusieurs titres que le premier nom
qu'on lui donna fut celui de _rue Royale_, que portoient également les
autres rues par lesquelles on entroit dans cette place. Elle prit
ensuite celui de _Petite rue Royale_. Cette rue fut ouverte en 1604,
selon Le Maire[758]; cependant elle est indiquée dès 1603 sous le nom de
rue du Pas-de-la-Mule. Elle aboutissoit alors, et même long-temps après,
à la rue des Tournelles; mais par arrêt du conseil du 15 juillet 1673,
il fut ordonné qu'elle seroit prolongée jusqu'au boulevart, ce qui fut
exécuté, comme on peut le voir sur le plan de Bullet, publié en 1676.
Cependant les plans de Nollin et du sieur De Fer, qui sont postérieurs
de plus de vingt ans, la nomment encore rue Royale. Nous n'avons pu rien
découvrir sur l'étymologie du nom de Pas-de-la-Mule qu'on lui a donné.
[Note 758: T. III, p. 307.]
_Rue Necker._ Cette rue, ouverte en même temps que le marché
Sainte-Catherine, donne d'un côté dans la rue de Jarentes, de l'autre
dans celle d'Ormesson.
_Rue Saint-Nicolas._ Elle traverse de la rue du Faubourg-Saint-Antoine
dans celle de Charenton. Sur un plan de 1676 elle est déjà indiquée sous
ce nom, qu'elle doit à une enseigne.
_Rue Le Noir._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté rue du
Faubourg-Saint-Antoine, de l'autre sur le marché Beauvau.
_Rue d'Ormesson._ Cette rue, percée et bâtie en même temps que le marché
Sainte-Catherine, donne d'un côté rue de la Culture-Sainte-Catherine, de
l'autre dans celle de l'Égout-de-Sainte-Catherine, en traversant ledit
marché.
_Rue Pavée._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Francs-Bourgeois, et de
l'autre à celle du Roi-de-Sicile. Sauval dit qu'en 1406 on l'appeloit
_rue du Petit-Marais_, et depuis _rue de Marivas_, _de Marivaux_ et _du
Petit-Marivaux_. Corrozet la nomme _rue du Petit-Marivaux_, et il est
certain qu'on l'appeloit ainsi en 1235[759]. Cependant la liste du
quinzième siècle fait mention d'une rue Pavée qui nous paroît être
celle-ci. Elle est désignée sur tous les plans sous ce dernier nom.
[Note 759: Archiv. du Templ.]
_Rue des Trois-Pavillons._ Elle aboutit d'un côté à la rue du
Parc-Royal, et de l'autre à celle des Francs-Bourgeois. Anciennement ce
n'étoit qu'un chemin qui coupoit le terrain de Sainte-Catherine. En 1545
on l'appeloit _rue de la Culture-Sainte-Catherine_. Elle se prolongeoit
alors le long de l'hôtel d'Albret, jusqu'au retour de la rue des
Rosiers, qu'on a depuis appelée _rue des Juifs_, et dans cette partie
elle se nommoit _rue des Valets_. Cette dernière rue, ainsi que celle de
_la Lamproie_, dont il subsiste encore une partie sous le nom de
cul-de-sac Coquerel, furent bouchées en 1604.
Sauval dit que cette rue fut pratiquée dans l'hôtel Barbette[760]. Cela
n'est pas exact. Nous venons d'observer qu'elle existoit en 1545, et cet
hôtel ne fut vendu qu'en 1561. La source de son erreur vient sans doute
du nom que cette rue portoit encore au dix-septième siècle. On
l'appeloit _rue Diane_, à cause de Diane de Poitiers de Valentinois.
Elle occupoit l'hôtel Barbette, dont les jardins s'étendoient jusqu'à la
rue dont nous parlons. Piganiol[761], en adoptant l'opinion de Sauval,
ajoute que _dans la suite on l'a nommée des Trois-Pavillons, sans qu'on
en sache la raison_. Jaillot a été plus heureux que lui dans ses
recherches, car il a trouvé qu'elle devoit ce nom à la maison _des
Trois-Pavillons_, appartenant à dame Anne Châtelain. Elle étoit située
au coin de la rue des Francs-Bourgeois et de celle-ci, et composée de
trois pavillons qui lui en firent donner le nom dès la fin du seizième
siècle, le même auteur l'ayant trouvée indiquée, en 1598, sous celui des
_Trois-Pavillons_, ou _de Diane_[762].
[Note 760: T. Ier, p. 165, et t. II, p. 121 et 255.]
[Note 761: T. IV, p. 401.]
[Note 762: Arch. de Sainte-Cather. et du Temple.]
_Rue Païenne._ Elle fait la continuation de la rue Pavée, et aboutit aux
rues du Parc-Royal et des Francs-Bourgeois. De Chuyes la nomme _rue
Payelle_; le Tableau des rues de Paris par Valleyre, _rue Parelle_, et
l'éditeur de Du Breul, en 1639, _rue de Guienne_. On voit cependant, par
le procès-verbal de 1636, que dès lors elle s'appeloit _Païenne_, nom
qu'elle a toujours conservé depuis. Henri II ayant demandé à la ville,
en 1547, les granges pour l'artillerie qui avoient été prêtées à
François Ier en 1533, et _d'aviser à ce qu'elle vouloit pour son
dédommagement_[763], elle délibéra, le 10 mars 1550, d'acheter une
grange et une partie de terrain de la culture Sainte-Catherine. Elle y
fit construire ensuite un nouvel arsenal, lequel étoit situé au coin de
cette rue et de celle du Parc-Royal. Cet emplacement a été occupé depuis
par un hôtel.
[Note 763: _Voyez_ p. 954.]
_Rue de Picpus._ Elle va de la barrière du Trône à celle de Picpus, à
laquelle elle a donné son nom, lequel vient de celui du petit village
qu'elle traverse. Dès 1540 on trouve indiqués le terroir et la ruelle de
_Piquepusse_. Ce nom n'a varié que dans la manière de l'écrire; car on
lit dans les différents actes _Picpus_, _Piquepus_, _Picpuce_,
_Picpusse_ et _Piquepusse_. Nous n'avons rien découvert sur l'étymologie
de ce nom, qui est plus ancien que l'abbé Lebeuf ne l'indique. Jaillot
pense que ce fut en cet endroit qu'on éleva, en 1191, une croix, qui fut
nommée _la Croix Benoiste_, et depuis _la Croix Brisée_. Dubreul
rapporte l'événement à l'occasion duquel cette croix fut érigée, lequel
ne vaut pas la peine d'être répété, n'étant autre chose qu'une pieuse
tradition absolument destituée de toute authenticité[764].
[Note 764: P. 1237.]
_Rue Saint-Pierre._ C'est le nom que l'on donne maintenant au chemin
qui règne le long du boulevart et du fossé depuis la rue de
Mesnil-Montant jusqu'à la rivière. On le nommoit autrefois _rue de la
Contrescarpe_[765].
[Note 765: Il y avoit anciennement dans cette rue, entre la
rue Saint-Sébastien et celle du Chemin-Vert, trois culs-de-sac
qui n'existent plus. Le premier n'avoit point de nom certain;
le second étoit appelé _des Jardiniers_; le troisième, _de la
ruelle Pelée_.]
_Petite rue Saint-Pierre._ C'est une petite rue ouverte depuis 1780,
qui donne d'un côté rue Contrescarpe, et de l'autre sur le boulevart.
Ire _Rue de la Planchette_. Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de
Charenton, et de l'autre à celle des Terres-Fortes, fut ouverte, au
milieu du dix-septième siècle, au travers de plusieurs chantiers de bois
flotté. On ne lui donna d'abord aucun nom, mais on la trouve indiquée
sous celui qu'elle porte dans un contrat de vente de 1660[766];
cependant elle n'étoit encore marquée sur aucun plan. Celui de Roussel,
publié en 1731, est le premier dans lequel on la trouve. Le commissaire
Du Brillet fait mention d'une rue de la Planchette ou _des
Charbonniers_. Cette dernière est connue, et nous en avons parlé
ci-dessus; mais sa position ne convient ni à cette rue-ci ni à la
suivante.
[Note 766: Recueil de Blondeau, t. LXVI.]
IIe _Rue de la Planchette_. On appelle ainsi la continuation de la rue
de Charenton, depuis les coins de la petite rue de Reuilli et de celle
de Rambouillet, jusqu'à la Vallée de Fécan. Elle est mentionnée dans des
actes de 1540, sous le nom de _chemin de Charenton_ et de _rue de la
Planchette allant de Paris à Charenton_[767].
[Note 767: _Ibid_, t. XXX., 4e et 5e cahiers.]
_Rue de Popincourt._ Elle traverse de la rue de Mesnil-Montant à celle
de la Roquette. L'auteur des _Tablettes Parisiennes_ la coupe en deux
sur son plan, et donne le nom de _Pincourt_ à la partie qui commence à
la rue du Chemin-Vert, et aboutit à celle de la Roquette. L'abbé de La
Grive avoit fait la même faute. Il est vrai que le peuple appeloit
autrefois cette rue _Pincourt_ dans toute son étendue; mais c'est par
aphérèse du nom de Popincourt. Elle le doit à Jean de Popincourt,
premier président du parlement sous Charles VI, dont la maison de
plaisance étoit située en cet endroit[768]. On en bâtit successivement
aux environs plusieurs autres, qui formèrent un petit hameau. Il prit le
nom de Popincourt, et, vers la fin du règne de Louis XIII, fut réuni au
faubourg Saint-Antoine.
[Note 768: Cette maison est mentionnée dans l'histoire de
Charles IX; les protestants y tenoient une de leurs
assemblées. Les registres de la ville nous apprennent que, le
24 avril 1562, le connétable de Montmorenci s'y transporta,
ainsi que dans deux autres appelées _le Patriarche et le
Temple de Jérusalem_, et fit brûler les bancs et la chaire du
ministre. Quelques auteurs ont prétendu que ce lieu fut
ensuite donné à des hospitalières du Saint-Esprit de
Montpellier, qu'on y construisit une chapelle sous le titre du
Saint-Esprit, et que c'est de là que les religieuses
_Annonciades du Saint-Esprit_ ont pris leur nom; mais cette
opinion est destituée de tout fondement.]
_Rue du Bas-Popincourt._ Elle fait la continuation de la rue du
Chemin-Saint-Denis, et aboutit à la rue des Amandiers. On a altéré ou
abrégé son nom, comme celui de la précédente; c'est pourquoi on la
trouve presque partout indiquée sous le nom de _rue du Bas-Pincourt_.
_Rue de Rambouillet._ Cette rue, qui va des rues de Charenton et de la
Planchette à celle de la Rapée, doit son nom à un particulier[769].
[Note 769: Depuis la rue de Berci jusqu'à la rivière on la
nomme maintenant _rue Villiot_.]
_Rue de la Rapée._ Elle commence à la rue des Fossés-Saint-Antoine, et
finit à la barrière du même nom, à l'extrémité de la rue de Rambouillet.
Ce nom est dû à une maison, ainsi appelée parce qu'elle avoit été bâtie
par M. de La Rapée, commissaire-général des troupes. C'est depuis
long-temps une guinguette très-fréquentée.
_Rue des Rats._ Elle va de la rue des murs de la Roquette à celle de
Saint-André. Tous nos plans, et les nomenclatures, la nomment rue de
l'_Air_, ou de _Lair_. Nous ne savons d'où lui vient ce dernier nom, ni
celui des Rats qu'on y a substitué depuis 1731.
_Rue de Reuilli._ Elle commence à la rue du Faubourg-Saint-Antoine, près
de l'Abbaye, et finit au chemin de Charenton. Nous avons déjà donné
l'étymologie de ce nom, qui étoit celui d'un territoire remarquable par
sa grande antiquité, et par un palais de nos rois dont nous avons
également fait mention[770].
[Note 770: Dans cette rue aboutissent trois ruelles: la
première, nommée _ruelle des Quatre-Chemins_, commence à côté
de la barrière de Charenton; la seconde s'appelle _ruelle des
Trois-Chandelles_; la troisième, désignée sous le titre de
_ruelle des Trois-Sabres_, se dirige vers la barrière de
Reuilly.]
_Rue du Bas-Reuilli_, qu'on appelle aussi quelquefois _petite rue de
Reuilli_. Nous avons déjà remarqué qu'on avoit donné le même nom à la
rue Mongallet. Celle-ci aboutit à la rue de Reuilli et à celle de la
Planchette. Le château de Reuilli, auquel elle doit son nom, y étoit
situé[771].
[Note 771: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé
_cul-de-sac de Reuilli_.]
_Rue du Roi-de-Sicile._ Elle aboutit d'un côté à la Vieille rue du
Temple, et de l'autre à celle des Ballets. Il n'est pas douteux qu'elle
ne doive son nom à Charles, comte d'Anjou et de Provence, frère de
Saint-Louis, appelé aux royaumes de Naples et de Sicile, qui avoit son
hôtel dans cette rue.
_Rue de la Roquette._ Elle commence à l'esplanade de la porte
Saint-Antoine, et aboutissoit jadis à la maison hospitalière qui y étoit
située. Son nom lui vient du terrain sur lequel elle a été ouverte.
Dans le Terrier du roi de 1540, et dans les titres de l'archevêché, ce
lieu est appelé _la Rochette_[772].
[Note 772: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le
même nom.]
_Rue des Murs de la Roquette_[773]. On donnoit ce nom au chemin qui
règne autour des murs de l'enclos des Hospitalières, depuis l'entrée de
leur maison jusqu'à la rue des Amandiers. Dans la nomenclature des rues
de Paris, de Valleyre, elle est nommée _rue des Canettes_. Nous ne
l'avons pas trouvée indiquée ailleurs sous cette dénomination.
[Note 773: On la nomme maintenant _rue de la Folie-Regnau_.]
_Rue des Rosiers._ Elle aboutit d'un côté à la Vieille rue du Temple, et
de l'autre à celle des Juifs. Elle portoit ce nom dès 1233[774], et nous
ne voyons pas qu'elle en ait changé; mais nous conjecturons qu'elle
faisoit alors un retour d'équerre, et qu'elle aboutissoit à la rue du
Roi-de-Sicile. Cette dernière partie forme aujourd'hui la rue des
Juifs[775].
[Note 774: Arch. du Templ.]