de Paris, colonel de cette compagnie royale. Dans les cas urgents, ils
étoient tenus de faire le service comme les troupes réglées; et tous les
dimanches, à partir du premier dimanche de mai jusqu'au jour de saint
Denis inclusivement, ils se rassembloient pour leurs exercices, et
distribuoient des prix composés de jetons d'argent frappés au coin de la
compagnie. Le corps de ville assistoit un jour de l'année à cet
exercice, et distribuoit lui-même trois prix aux vainqueurs.
_Hôtel Montalembert_ (rue de la Roquette).
C'étoit une grande maison, agrandie et embellie dans le dix-huitième
siècle par le comte de Clermont, qui en fit sa demeure. Elle prit depuis
le nom qu'elle a porté jusqu'en 1789, et le dut sans doute à son nouveau
propriétaire.
_Hôtel de Mortagne_ (rue de Charonne).
Cette maison, connue depuis long-temps sous ce nom, fut habitée dans le
siècle dernier par le célèbre mécanicien M. de Vaucanson. Cet artiste
ayant légué au roi les pièces mécaniques de son invention, qui
composoient son cabinet, Louis XVI, alors régnant, résolut de faire
l'acquisition de la maison où tous ces objets étoient rassemblés, et d'y
former un établissement de mécanique que son intention étoit de rendre
public, et d'enrichir de tout ce que l'Europe pouvoit offrir de plus
intéressant en ce genre. Cet établissement, déjà commencé et dirigé par
un membre de l'académie des sciences, M. de Vandermonde, fut détruit par
la révolution, avant d'avoir acquis toute la perfection dont il étoit
susceptible.
_Maison de Mont-Louis._
Elle étoit située dans la rue de la _Folie-Regnaut_: on donnoit
autrefois et assez souvent le nom de Folie à une maison de campagne
destinée seulement à être un lieu de plaisir ou de délassement. Telle
étoit la _Folie-Regnaut_, maison de campagne dont le premier
propriétaire fut un épicier nommé _Regnaut_, qui l'avoit fait bâtir. Il
y avoit dans ce manoir un corps-de-logis, des cours, des jardins, des
étables, une chapelle; le tout contenant environ six arpents. Quelques
maisons bâties successivement, en cet endroit, qu'on appeloit alors le
_Champ-l'Évêque_, parce qu'il étoit situé dans sa censive, formèrent une
espèce de hameau qui prit le nom du petit château que ces maisons
avoisinoient. On voit dans les archives de l'archevêché qu'en 1427
l'évêque de Paris y avoit son pressoir, lequel étoit contigu à celui du
chapitre et à la maison de _Regnaut_ l'épicier. En 1626 les jésuites de
la maison professe achetèrent cette maison, y joignirent plusieurs
portions de terres environnantes, qu'ils acquirent successivement, et
donnèrent à ce nouvel établissement le nom de _Mont-Louis_. La maison le
porta dès l'année suivante; et dans quelques actes elle est appelée
_Mont-Saint-Louis_.
Une erreur populaire avoit répandu assez généralement l'opinion que
cette maison n'avoit été appelée _Mont-Louis_ que parce que Louis XIV en
avoit fait don au P. La Chaise son confesseur: or il est constant qu'il
y avoit plus de cinquante ans que les jésuites possédoient cette maison
lorsqu'il fut nommé à cette fonction importante, puisque cela n'arriva
qu'en 1675. Toutefois cette opinion avoit tellement prévalu qu'on
l'appeloit encore, dans le siècle dernier, _maison du P. La Chaise_, et
que le cimetière établi dans son enclos porte encore aujourd'hui le nom
de ce père[719].
[Note 719: _Voyez_ à la fin de ce quartier l'article
_Monuments nouveaux_.]
Il est vrai qu'il avoit payé de ses propres deniers quelques portions
de terrain qui y étoient enclavées; et c'est là sans doute ce qui a
donné lieu à cette petite anecdote entièrement dénuée de fondement.
La maison de Mont-Louis fut vendue, lors de l'expulsion des jésuites, le
31 août 1763, et revendue le 16 décembre 1771[720].
[Note 720: Tout près d'un des angles du clos de Mont-Louis, et
dans le parc du seigneur de Charonne, étoit une petite
terrasse qui avoit pris la place d'un pavillon assez
anciennement construit. On assure que ce fut en cet endroit
que le cardinal Mazarin plaça Louis XIV, pour lui faire voir
la bataille qui se donna au faubourg Saint-Antoine le 2
juillet 1652.]
_Le jardin de Reuilli._
On avoit donné ce nom à une maison située dans la rue de la Planchette.
Cette maison, très-belle, très-vaste, et accompagnée d'un jardin planté
avec autant de goût que de magnificence, avoit pris d'abord le nom de
Rambouillet, qui étoit celui du particulier qui l'avoit fait bâtir, et
elle le portoit dès 1676. On la trouve aussi quelquefois indiquée sous
celui des _Quatre Pavillons_. C'étoit là que se rendoient les
ambassadeurs des puissances étrangères non catholiques, le jour destiné
à leur entrée solennelle. Cette habitation fut acquise en 1720 par une
personne qui, préférant l'utile à l'agréable, ne laissa subsister que
le logement du jardinier, changea les bocages en vergers, et les
parterres en marais potagers.
FONTAINES.
_Fontaine de Birague ou de Sainte-Catherine._
Cette fontaine, ainsi nommée parce qu'elle fut achevée en 1579 par la
munificence de René de Birague, cardinal et chancelier de France, est
située sur une place, nommée alors _Cimetière des Anglois_, que depuis
Louis XIII donna aux Jésuites, afin de rendre plus commode et plus
agréable l'entrée de leur église et de leur maison professe. Lors de
cette première construction, on grava sur une table de marbre les
inscriptions suivantes:
_Henrico III,
Franciæ et Poloniæ rege Christianissimo.
Renat. Birag.
Sanctæ Romanæ ecclesiæ presbyt. cardin.
Et Franc. cancellar. illustriss.
Benefició Claudii d'Aubray, præfecto
Marcator. Johann. Le Comte;
Renat. Baudert; Johann. Gedoyn;
Petr. Laisné, tribunis plebis
Curantibus.
Anno Redemptionis_ M. D. LXXIX.
_Hanc deduxit aquam duplicem Biragus in usum;
Serviat ut domino; serviat ut populo._
_Publica sed quanta privatis commoda, tanto
Præstat amore domûs, publicus urbis amor._
_Renat. Birag. Franc. Cancell.
Publ. comm._
M. D. LXXXII.
Cette fontaine fut refaite sous la prévôté de _Nicolas Bailleul_, et
l'on y grava alors cette inscription:
_Siccatos lances, et ademptum fontis honorem
Officio ædiles restituêre suo._
* * *
_Ob reditum aquarum._ 1627.
Enfin on la rebâtit pour la dernière fois en 1707, et cette
construction, plus élégante que les autres, subsiste encore aujourd'hui.
Elle a la forme d'une espèce de tour à cinq pans, ornée, sur chaque
face, de pilastres, de frontons, de tables renfoncées, et recouverte
d'une calotte sphérique appareillée en pierres que surmonte un
clocheton; le tout d'un style assez agréable. Les tables et les frontons
sont enrichis de sculptures et d'inscriptions en vers latins.
Ire face.
_Prætor et ædiles fontem hunc posuêre, beati
Sceptrum si Lodoix, dum fluet unda, regat._
IIe.
_Ante habuit raros, habet urbs nunc mille canales
Ditior, hos sumptus oppida longa bibant._
IIIe.
_Ebibe quem fundit purum Catharina liquorem,
Fontem at virginem, non nisi puris, adi._
IVe.
_Naïas exesis male tuta recesserat antris;
Sed notam sequitur, vix reparata, viam._
Ve.
_Civibus hinc ut volvat opes, nova munera, largas
Nympha, supernè fons, desinit in fluvium._
Son eau, qui lui vient de la pompe construite sur le pont Notre-Dame, se
distribue ensuite dans plusieurs quartiers, et principalement dans le
faubourg Saint-Antoine.
_Fontaine royale._
Cette fontaine, construite entre les années 1687 et 1692, dans la rue
Saint-Louis, auprès de la place dont elle a pris le nom, est ornée de
sculptures représentant deux tritons. Son eau vient de l'aquéduc de
Belleville.
_Fontaine des Tournelles._
Cette fontaine, située au coin de la rue de ce nom et de celle
Saint-Antoine, fut construite en 1671. Elle donne de l'eau de la Seine.
_Fontaine des Mousquetaires._
Construite en 1719, rue de Charenton, faubourg Saint-Antoine. Son eau
vient aussi de la Seine.
_Fontaine de l'Abbaye Saint-Antoine._
Située dans la grande rue du faubourg de ce nom, au coin de la rue de
Montreuil. Elle tire également son eau de la Seine.
_Fontaine de Charonne._
Placée à l'entrée de la rue de ce nom; la Seine lui fournit son eau.
_Fontaine de Basfroi._
Elle est située à l'angle de la rue du même nom, et tire son eau de la
même source.
BOULEVARTS ANCIENS.
Il est inutile de répéter que cette promenade, qui embrasse dans son
circuit et coupe en deux parties tout le côté septentrional de Paris, à
été formée sur l'emplacement de ses dernières murailles, dont elle
retrace assez exactement l'enceinte. Elle est composée d'un grande allée
pavée pour le passage des voitures, de deux contre-allées plantées
d'arbres, et sert de communication entre _la ville_, proprement dite, et
les faubourgs qui la terminent. Quoiqu'elle n'ait rien de
très-remarquable, ni par la beauté de ses ombrages, ni par la nouveauté
de leur disposition, les jolies maisons, les cafés, les salles de
spectacle, les monuments, les jardins élégants qui la bordent dans toute
sa longueur, en font un des aspects les plus brillants et les plus
variés de Paris.
Les boulevarts anciens commencent à la porte Saint-Honoré, et,
renfermant tous les quartiers que nous venons de décrire, leurs
faubourgs exceptés, viennent finir à la porte Saint-Antoine. Dans ce
long espace qu'ils parcourent, leur nom change plusieurs fois et dans
l'ordre suivant:
Depuis la rue Saint-Honoré jusqu'à celle des Capucines,
_boulevart de la Magdeleine_.
Depuis cette dernière rue jusqu'à celle du Mont-Blanc (ci-devant
de la Chaussée-d'Antin), _boulevart des Capucines_.
De la rue du Mont-Blanc à celle de Richelieu, _boulevart des
Italiens_.
De cette dernière rue jusqu'à celle de Montmartre, _boulevart
Montmartre_.
De la rue Montmartre jusqu'à la rue Poissonnière, _boulevart
Poissonnière_.
De la rue Poissonnière jusqu'à celle de Saint-Denis, _boulevart
de Bonne-Nouvelle_.
De cette dernière rue jusqu'à la rue Saint-Martin, _boulevart
Saint-Denis_.
De la rue Saint-Martin jusqu'à la rue du Temple, _boulevart
Saint-Martin_.
De la rue du Temple jusqu'à celle des Filles du Calvaire,
_boulevart du Temple_.
De ce dernier point jusqu'à la rue du Pont-aux-Choux, _boulevart
des Filles du Calvaire_.
De la rue du Pont-aux-Choux jusqu'à la rue Saint-Antoine,
_boulevart Saint-Antoine_[721].
[Note 721: _Voyez_ pl. 130, une Vue de la portion de ces
boulevarts qui est la plus élégante et la plus fréquentée.]
BARRIÈRES.
On en compte douze dans le vaste territoire qu'embrasse ce quartier,
depuis son extrémité septentrionale jusqu'à la rivière, savoir:
1. Barrière des Amandiers.
2. ---- de la Folie-Regnaut[722].
3. ---- des Rats[723].
4. ---- de Charonne[724].
5. ---- de Montreuil.
6. ---- du Trône.
7. ---- Saint-Mandé[725].
8. ---- de Picpus.
9. ---- de Reuilli.
10. ---- de Charenton.
11. ---- de Berci.
12. ---- de la Rapée.
[Note 722: Maintenant barrière d'Aunay.]
[Note 723: Elle est fermée.]
[Note 724: Elle a pris le nom de la barrière des Rats.]
[Note 725: Elle est fermée pour les voitures.]
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANTOINE.
_Rue d'Aligre._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté dans la
rue de Charenton, de l'autre sur le marché Beauvau.
_Rue des Amandiers._ Elle fait la Continuation de la rue du Chemin-Vert,
dont on lui a quelquefois donné le nom, et aboutit à la campagne et à la
rue des Murs de la Roquette. Le terrain sur lequel elle fut percée
s'appeloit encore, dans le siècle dernier, _les Amandiers_. Peut-être y
avoit-il en cet endroit une certaine quantité d'arbres de cette espèce,
ce qui lui en aura fait donner le nom.
_Rue Amelot._ Cette rue donne d'un côté sur le boulevart, au coin de la
rue Daval, de l'autre à l'entrée du faubourg Saint-Antoine. Elle a été
ouverte depuis 1780.
_Rue Saint-André._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Rats, et de
l'autre à celle de la Folie-Regnaut. On n'a nul renseignement sur
l'origine de son nom.
_Rue Saint-Antoine._ Elle commence à la porte Baudoyer, et finit à la
porte Saint-Antoine. Jaillot croit qu'elle doit ce nom à l'abbaye située
dans le faubourg, à laquelle elle conduit, plutôt qu'à la maison du
Petit-Saint-Antoine, ce qui étoit l'opinion de l'abbé Lebeuf[726]. Le
premier nom que cette rue ait porté est celui de rue de la _Porte
Baudéer, vicus Portæ Baldeerii_: on l'appeloit ainsi au commencement du
treizième siècle; mais il faut observer que c'étoit seulement dans la
partie voisine de cette porte; plus loin on la nommoit _rue de l'Aigle,
vicus de Aquilâ_. Elle devoit ce nom à une maison qui portoit
vraisemblablement un aigle dans son enseigne. Les cartulaires de
Saint-Éloi et de Saint-Maur en font souvent mention, ainsi que du four
banal que le prieuré de Saint-Éloi avoit dans cette rue, presque au coin
de la rue de Joui: _domus Aquilæ in vico Baldaeri_, 1227. En 1230 elle
est ainsi désignée, _domus Aquilæ sita apud portam Bauderii_; on y
trouve aussi la rue indiquée sous le même nom de _vicus de Aquilâ per
quem itur apud Sanctum Antonium_, juin 1244[727]. Ainsi la rue de
l'Aigle faisoit la continuation de la rue de la porte Baudéer. Or, comme
la censive de Saint-Éloi ne s'étendoit pas en-deçà de la rue des Barres,
il est aisé d'en conclure que la rue de l'Aigle n'étoit ainsi nommée que
depuis celle-ci jusqu'à la porte Saint-Antoine de l'enceinte de
Philippe-Auguste. Le Cartulaire de Saint-Germain-l'Auxerrois[728] fait
mention de cet endroit à l'an 1289, et le nomme _terra quæ dicitur de
Aquilâ versus portam Sancti Antonii_. Enfin, depuis cette porte jusqu'à
celle qui fut depuis construite sous le même nom, au règne de Charles
VI, la rue Saint-Antoine portoit celui de _rue du Pont-Perrin_[729]: la
place qui est à l'extrémité de cette rue, près de l'emplacement de la
Bastille, se nomme _place Saint-Antoine_.
[Note 726: T. II, p. 598.]
[Note 727: _Cart. S. Mauri_, p. 1284.]
[Note 728: Fol. 7, _recto_.]
[Note 729: Cens. de S. Éloi, 1367. Nicolas Bonfons, libraire,
qui nous a donné une édition plus ample des _Antiquités de
Paris_, publiées par Corrozet, indique, dans ce quartier,
quatre rues que nous ne connoissons plus: la _rue
Sainte-Catherine, pour aller droit à la porte Saint-Antoine_,
la _rue de la Royne_, la _rue Royale_ et la _rue d'Orléans_.
Corrozet n'avoit point fait mention de ces rues, soit par
oubli, soit qu'elles n'existassent point alors, comme cela
paroît plus vraisemblable.
Le palais des Tournelles ayant été détruit presque de fond en
comble en 1565, on put faire un chemin qui conduisoit en
droite ligne de l'église de la Couture Sainte-Catherine à la
porte Saint-Antoine, et qui se trouve aujourd'hui couvert de
maisons: ce seroit la _rue Sainte-Catherine_. La rue
_d'Orléans_ semble être le chemin qui conduit à la Bastille et
à l'Arsenal. On sait que le duc d'Orléans avoit un hôtel situé
en cet endroit, et qui fait partie des jardins de l'Arsenal.
La rue de _la Royne_ pourroit être le passage qui conduisoit
au cimetière Saint-Paul et aux charniers, lesquels
subsistoient encore vers la fin du dix-huitième siècle.
Jaillot avoit vu cependant un ancien plan manuscrit de la
censive et des terrains dépendants du monastère de la culture
Sainte-Catherine, sur lequel ce passage étoit indiqué sous le
nom de _rue aux Lyons_. La rue _Royale_ semble être
représentée par le cul-de-sac Guémené.]
_Rue du Faubourg-Saint-Antoine._ Elle commence à la porte Saint-Antoine,
et finit à l'endroit dit le _Trône_. On l'appeloit anciennement la
_chaussée Saint-Antoine_, et ce nom elle le portoit encore en 1632[730].
[Note 730: Dans cette même rue, et un peu avant celle de
Saint-Bernard qui vient y aboutir, il y a un cul-de-sac nommé
des _Forges Royales_.]
_Rue des Fossés-Saint-Antoine._ Elle règne le long des Fossés depuis la
rue du faubourg jusqu'à la rivière; on la nomme aussi rue de la
Contrescarpe.
_Rue des Ballets._ Elle aboutit à la rue Saint-Antoine et à celle du
Roi-de-Sicile. Sauval[731] a pensé que la famille des _Baillet_ avoit pu
donner son nom à cette rue, et que le peuple l'aura corrompu en
l'appelant rue des Ballets au lieu de _rue des Baillet_; mais il n'en
donne aucune preuve. Guillot et le rôle de taxe de 1313 n'en parlent
point. La liste du quinzième siècle et le censier de l'archevêché de
1495 en font mention sous le nom de _rue des Ballays_; et celui de
Saint-Éloi, en 1613, énonce une maison au coin de la _rue des Balloys_,
acquise par la ville, pour agrandir cette rue. Cette orthographe détruit
l'étymologie que Sauval en a donnée.
[Note 731: T. I, p. 112.]
_Rue Barbette._ Elle aboutit d'un côté à la Vieille rue du Temple, et de
l'autre à celle des Trois-Pavillons. Elle tire son nom de l'hôtel
Barbette, dont nous avons déjà parlé, et sur l'emplacement duquel elle a
été ouverte.
_Rue de Basfroi._ Elle fait la continuation de la rue de Popincourt, et
traverse de la rue de la Roquette dans celle de Charonne. Nous n'avons
rien pu découvrir sur l'étymologie du nom de cette rue, qu'on appelle et
qu'on écrit communément _Basfroid_. Le plus ancien titre qui en fasse
mention est un bail à cens du 15 novembre 1393[732], d'un arpent et demi
et sept perches de vignes au lieu dit _Baffer_, sur le chemin
Saint-Antoine. Les déclarations passées au terrier du roi en 1540[733]
énoncent le terroir de _Basfert_, _Baffer_, ou _Baffroi_; et dans un
ancien compte[734] on lit: _Le chantier du Grand-Basfroi et celui de
Popincourt, dit le-Petit-Basfroi_.
[Note 732: Arch. de l'archev.]
[Note 733: Portef. de Blondeau, t. XII, 1er et 8e cahiers.]
[Note 734: Compt. de Recett. de Ligny de 1601 à 1602, fº 257,
_verso_.]
_Place et marché Beauvau._ Cette place et ce marché, situés entre la rue
Saint-Antoine et celle de Charenton, communiquent à ces deux rues par
diverses autres rues transversales.
_Rue Beauvau._ Cette rue, ouverte depuis 1780, donne d'un côté rue de
Charenton, de l'autre sur le marché Beauvau.
_Rue de Bercy._ Elle fait la continuation de la rue de la Rapée, et
aboutit hors la ville au château de Berci, dont elle a tiré son nom.
_Rue Saint-Bernard._ Elle traverse de la rue de Charonne dans celle du
faubourg Saint-Antoine. On pense qu'elle a reçu le nom de ce saint parce
que l'abbaye Saint-Antoine en suivoit la règle[735].
[Note 735: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le
même nom.]
_Rue des Boulets._ Elle va de la barrière Saint-Antoine à celle de
Charonne, et fait la continuation des rues de la Muette et du Trône.
Quelques nomenclateurs l'appellent _rue des Boules_, mais mal à propos.
Elle doit ce nom au territoire où elle est située, que d'anciennes
déclarations du seizième siècle indiquent ainsi: _Lieu dit les Boulets,
anciennement les Basses-Vignolles_. Cette rue porte la même dénomination
sur le plan de Jouvin, publié en 1676, et sur tous ceux qu'on a faits
depuis.
_Rue des Buttes._ Cette rue, ou plutôt ce chemin n'étoit presque pas
connu avant l'enceinte élevée sous Louis XVI, parce que la plus grande
partie des plans de Paris ne s'étendoient pas jusque là. Elle traverse
de la grande rue de Reuilly dans celle de Picpus.
_Rue Caron._ Cette rue, ouverte en même temps que le marché
Sainte-Catherine, donne d'un côté sur ce marché, de l'autre dans la rue
de Jarentes.
_Rue Culture-Sainte-Catherine._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Saint-Antoine, et de l'autre à celle du Parc-Royal. Nous avons déjà fait
observer qu'elle doit ce nom au terrain cultivé des chanoines de
Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, sur lequel elle fut ouverte. On la
nommoit d'abord simplement rue Sainte-Catherine, comme on peut le voir
sur le plan de d'Heuland et dans Corrozet; et Robert l'appelle encore de
même, quoiqu'avant le milieu du siècle passé on la désignât déjà sous le
nom de la _Couture_ et _Culture Sainte-Catherine_, et qu'elle porte
cette dénomination sur le plan de Gomboust et sur les autres plans
postérieurs. Boisseau, sur le sien, en fait deux rues: celle qu'il
appelle de la Couture prend depuis la rue Saint-Antoine jusqu'à celle
des Francs-Bourgeois, et depuis celle-ci jusqu'à la rue du Parc-Royal il
la nomme _rue du Val_[736].
[Note 736: Ce fut dans cette rue que le connétable de Clisson
fut assassiné par l'ordre de Pierre de Craon le 13 juin 1392,
et que le roi et une partie de sa cour allèrent le visiter
dans la boutique d'un boulanger chez lequel il s'étoit
réfugié. (_Voyez_ 1re partie de ce volume, p. 97.)]
_Rue Neuve-Sainte-Catherine._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Culture-Sainte-Catherine, et de l'autre à la rue Saint-Louis et à celle
de l'Égout. Son nom est dû au terrain du prieuré sur lequel elle a été
ouverte.
_Rue de l'Égout Sainte-Catherine._ Elle va de la rue Saint-Antoine aux
rues Saint-Louis et Neuve Sainte-Catherine. Elle est ainsi nommée à
cause d'un égout qui passoit sur le terrain de Sainte-Catherine, près de
l'endroit où cette rue a été ouverte. On l'appeloit, en 1590, _ruelle
des Égouts_, et _rue des Égouts_ en 1606[737]. On l'a nommée depuis _rue
de l'Égout couvert_. Nous avons déjà parlé de l'égout du pont Perrin,
qui régnoit le long de la rue Saint-Antoine. En 1417 il fut ordonné de
le détourner et de le joindre à celui qui portoit les eaux et les
immondices au grand égout du Temple.
[Note 737: Arch. de Sainte-Cather.]
On le fit donc passer sur le terrain de la culture Sainte-Catherine,
dans la longueur de 625 toises, jusqu'à l'endroit où finit aujourd'hui
la rue de Boucherat: il ne fut couvert qu'au commencement du siècle
dernier.
_Marché Sainte-Catherine._ Il a été ouvert, comme nous l'avons déjà dit,
vers la fin du siècle dernier, sur l'emplacement de l'église du même
nom.
_Rue des Chantiers._ La plupart de nos plans ne la distinguent pas de la
rue Traversière, dont elle fait la continuation depuis la rue de la
Râpée jusqu'à la rivière. Ces deux rues ne doivent pas cependant être
confondues, celle-ci n'ayant été ouverte qu'à la fin du dix-septième
siècle. On voit, par les anciens plans, qu'on la nommoit alors, ainsi
que la rue Traversière, rue du _Cler-Chantier_. Sur d'autres plans elle
est appelée _rue de la Planchette_ et _rue Pavée_. Elle doit son dernier
nom aux chantiers auxquels elle aboutissoit. Nous ferons observer en
passant que le terrain où elle est située fait partie de celui qu'on
appeloit anciennement le _Champ au Plâtre_, et qu'on nommoit encore dans
le siècle dernier _Port au Plâtre_, dans la partie qui borde la rivière,
depuis le bastion de l'Arsenal jusqu'à Saint-Bonnet.
_Rue des Charbonniers._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Charenton et
de l'autre au port au plâtre. Les anciens plans l'indiquent sous le nom
de _rue du Port-au-Plâtre_, et _rue Clochepin_. Nous ignorons à quelle
occasion elle a quitté ces anciennes dénominations pour prendre celle
qu'elle porte encore aujourd'hui[738].
[Note 738: Cette rue est fermée maintenant depuis la rue de
Berci jusqu'à la rivière.]
_Rue de Charenton._ Elle commence au fossé de la porte Saint-Antoine, et
aboutit au coin de la petite rue de Reuilli et de celle de Rambouillet.
Son nom provient du bourg de Charenton, où elle conduit.
_Rue de Charonne._ Elle aboutit à la rue du Faubourg-Saint-Antoine et à
la barrière qui portoit jadis la même dénomination. Cette rue tire aussi
son nom du village où elle conduit[739].
[Note 739: Il y avoit dans la rue de Charonne deux
culs-de-sac: le premier, appelé de _Mortagne_, lequel n'existe
plus, devoit son nom à un hôtel voisin; le second, nommé de la
_Croix-Faubin_, existe encore, et doit son nom à une croix qui
s'élevoit vis-à-vis de l'endroit où il est situé. Du reste ce
nom tire sa première origine d'un petit hameau qui fait
aujourd'hui partie du faubourg Saint-Antoine.]
_Rue du Chemin-Vert._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la
Contrescarpe, et de l'autre à celle des Amandiers, au coin de la rue de
Popincourt. Ce n'étoit encore, au milieu du seizième siècle, qu'un
chemin qu'on appeloit _Vert_, à cause des herbes dont il étoit bordé, et
des marais potagers au travers desquels il passoit. En 1667 on le
nommoit simplement _ruelle qui va à Popincourt_[740]. Il est indiqué
dans le censier de Saint-Éloi, sous le nom de _ruelle des Neuf-Arpents_,
parce qu'il avoit été ouvert sur un terrain nommé la culture Saint-Éloi,
lequel contenoit neuf arpents. Cette culture étoit divisée en deux
parties, et bornée par les rues de Mesnil-Montant, de Popincourt, de la
Contrescarpe et du Chemin-Vert. Cette dernière est nommée rue _Verte_
dans des actes de 1718, quoiqu'elle fût connue, dès le siècle passé,
sous le nom qu'elle porte, comme on peut le voir sur quelques plans de
ce temps-là.
[Note 740: Arch. de Sainte-Cather.]