Cet hôtel, connu dans le principe sous le nom de la _Pissote_, prit

ensuite les noms d'hôtel de la Reine et de Beautreillis. Louis XI le

donna, en 1463, à Charles de Melun, bailli de Sens, et son lieutenant à

Paris. Il devoit passer à sa postérité; mais cette clause n'eut pas son

exécution: car on trouve qu'en 1490 Charles VIII en fit présent à

Antoine de Chabannes, grand-maître-d'hôtel de France; Louis XII en

confirma depuis la propriété à son fils[705].

[Note 705: Nous avons parlé de ce qui a rapport à la

démolition de cet hôtel à l'article des hôtels du quartier

Saint-Paul.]

_Hôtel des comtes d'Angoulême_ (rue de l'Égout-Sainte-Catherine).

On n'a aucun détail sur cet hôtel; tout ce qu'on en sait, c'est qu'il

étoit situé dans cette rue, et que François Ier, étant parvenu à la

couronne, le joignit au palais des Tournelles. Charles IX en ordonna la

démolition et la vente en 1565.

_Hôtel du duc d'Orléans._

On ne sait également de cet hôtel rien autre chose que sa situation,

laquelle étoit très-proche de l'enceinte de la ville, et sur un terrain

qui depuis a fait partie des jardins de l'Arsenal.

_Maison de plaisance de Henri II_ (rue de la Roquette).

Jaillot dit avoir lu dans un mémoire imprimé que Henri II et Henri IV

avoient leur maison de plaisance à la Grande-Roquette, au lieu même où

étoient les Hospitalières. Nos historiens n'en font pas mention; mais il

est certain que Henri II y a demeuré, car nous avons des lettres de ce

prince du 29 août 1568, données à la Roquette[706], pour informer «des

pilleries, voleries et autres torts faits à ceux de la religion

prétendue réformée.»

[Note 706: Bannières du Châtelet, vol. VII, fº 204, _verso_.]

_Château de Reuilli_ (rue du bas de Reuilli).

Cet ancien château avoit donné son nom à la rue où il étoit situé; et D.

Mabillon, s'appuyant sur un passage de Frédégaire[707], prétend que

dans l'emplacement qu'il occupoit étoit jadis une maison de plaisance

qui avoit appartenu à nos rois de la première race, et que ce fut là que

Dagobert Ier épousa et répudia ensuite Gomatrude pour contracter un

nouveau mariage avec Nanthilde. Quoi qu'il en soit de cette opinion qui

a trouvé des contradicteurs, on ne doute pas qu'en effet Reuilli, que

les anciens historiens appellent _Romiliacum_, ne fût un château

appartenant aux rois Mérovingiens. Il est probable qu'il n'avoit point

été aliéné, ou du moins que s'il a pu l'être il étoit rentré dans le

domaine de la couronne, car on voit qu'en 1352 le roi Jean promit d'en

faire la vente à Humbert, patriarche d'Alexandrie, ancien dauphin de

Viennois.

[Note 707: _Fredeg. Schol. Chron._, nº 58.--Duchesne, t. Ier,

p. 757. _Coll. hist. Fr._, t. II, nº 58.]

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

_Hôtel d'Estrées_ (rue Barbette).

Il fut construit par François-Annibal d'Estrées, maréchal de France, et

quoiqu'il ait depuis changé plusieurs fois de maître, il en a toujours

conservé le nom.

_Hôtel Pelletier_ (entre la rue des Rosiers et celle du Roi-de-Sicile).

Cet hôtel avoit été bâti pour Antoine Coiffier de Ruzé, dit le maréchal

d'Effiat, surintendant des finances en 1626. Après sa mort, ses

héritiers le vendirent à Claude Le Pelletier, d'abord prévôt des

marchands, puis contrôleur-général des finances et ministre d'État. Il

n'est point sorti de cette famille jusqu'à la fin de la monarchie.

_Hôtel d'Argenson_ (même rue).

Il appartenoit au garde des sceaux d'Argenson, et avoit son entrée par

un cul-de-sac qui en a pris le nom et qui existe encore.

_Hôtel d'Albret_ (rue des Francs-Bourgeois).

Cet hôtel, le plus considérable de ceux qui sont situés dans cette rue,

fut construit au milieu du seizième siècle, sur cinq places de la

culture Sainte-Catherine, lesquelles furent acquises par le connétable

Anne de Montmorenci. Après un assez grand nombre de révolutions qu'il

seroit fastidieux de rapporter, il fut porté dans la maison d'Albret par

le mariage de Magdeleine de Guénégaud avec César-Phébus d'Albret, comte

de Miossans et maréchal de France. Après sa mort, ses héritiers le

vendirent à Jean Brunet de Chailli, garde du trésor royal; et son

dernier propriétaire fut M. du Tillet, président honoraire au parlement.

Dans cette même rue demeuroit Michel Le Tellier, chancelier sous Louis

XIV.

_Hôtel de Lorraine_ ou _d'Herbouville_ (rue Pavée).

Cet hôtel, connu d'abord sous les noms d'hôtel de Savoisi et de

Lorraine, est célèbre dans l'histoire du règne de Charles VI. Il

appartenoit alors à Charles de Savoisi, chambellan et favori de ce

prince. Le 13 ou le 14 juillet 1404, l'université étant allée en

procession à Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, il survint entre ses

suppôts et les domestiques de ce seigneur une querelle qui dégénéra

bientôt en une rixe scandaleuse et sanglante, dont les suites nous

apprennent jusqu'à quel point cette compagnie poussoit, dans ces

temps-là, l'abus de son pouvoir et de ses priviléges. Non contente de

porter ses plaintes au prévôt de Paris, à la reine, aux ducs d'Orléans

et de Bourgogne, au parlement, elle n'eut pas même la patience

d'attendre la satisfaction qu'elle demandoit, et ordonna sur-le-champ de

fermer les classes et de cesser les prédications. Cette violence eut

tout l'effet qu'elle en pouvoit espérer dans un siècle où le respect

qu'on lui portoit alloit jusqu'à la superstition la plus ridicule. Sur

sa requête, le parlement de Paris ordonna, dès le 19 du même mois, que

M. de Savoisi seroit arrêté, c'est-à-dire qu'il auroit la ville pour

prison, avec défense d'en sortir, sous peine de confiscation de tous ses

biens, et d'être réputé coupable des excès commis dans la journée du

14. Le 22 août suivant, le roi rendit son arrêt, par lequel il ordonna

«que la maison de Charles Savoisi seroit démolie le 26, aux frais des

matériaux, dont le surplus seroit donné à l'église Sainte-Catherine, et

qu'il feroit assiette de 100 liv. parisis de rente amortie pour

fondation de chapelles.» Il fut en outre _condamné en 1000 liv. envers

les blessés, et pareille somme envers l'université_, moyennant quoi _on

lui donne main levée de sa personne_; et pour le jugement des coupables,

le roi les renvoie par-devant les juges ordinaires, et _veut qu'ils

soient très-bien punis selon leurs démérites_.

En conséquence, trois domestiques de M. de Savoisi firent amende

honorable devant les églises de Sainte-Geneviève, de Sainte-Catherine et

de Saint-Severin, furent fouettés ensuite aux carrefours de la ville, et

bannis pour trois ans. La partie de l'arrêt qui regardoit ce gentilhomme

ne fut pas exécutée avec moins de rigueur, malgré les prières du roi,

qui s'intéressoit à ce que sa maison fût du moins respectée[708];

l'université fut inflexible: la démolition s'en fit même avec une

solennité nouvelle, au son des trompettes; elle fut rasée jusqu'à terre,

et les historiens ajoutent même que Savoisi fut banni.

[Note 708: On proposa, dit l'historien de ce prince, de la

donner au roi de Navarre, qui offroit de la payer comptant;

«mais il fut impossible d'y réduire l'université: si bien que

le roi n'en put sauver que les galeries qui étoient bâties sur

les murailles de la ville, et qui furent conservées, en les

payant selon l'estimation pour la merveille de l'ouvrage, pour

la rareté et la diversité des peintures.»]

Ce fut en vain que deux ans après ce favori obtint de Charles VI la

permission de rétablir son hôtel; l'université s'y opposa avec plus de

fureur que jamais, et l'autorité du roi fut encore obligée de céder à

cette corporation redoutable. Enfin il fallut cent douze ans

d'intervalle pour satisfaire sa vengeance et adoucir son animosité,

encore n'accorda-t-elle la permission de rétablir cet édifice que sous

la condition expresse qu'il y seroit placé une inscription contenant

l'arrêt rendu contre Savoisi, et la grâce spéciale qu'elle vouloit bien

accorder[709].

[Note 709: Cette pierre, qui avoit deux pieds carrés, fut

enlevée quand on bâtit l'hôtel de Lorraine, et trouvée depuis

dans quelques démolitions. Elle a été long-temps encastrée

dans les murs du jardin de M. Foucault, conseiller d'État.

Voici ce qu'on y lisoit:

«Cette maison _de Savoisi_, en 1404, fut démolie et abattue

par arrêt, pour certains forfaits et excès commis par messire

_Charles de Savoisi_, chevalier, pour lors seigneur et

propriétaire d'icelle maison, et ses serviteurs, à aucuns

écoliers et suppôts de l'université de Paris, en faisant la

procession de ladite université à

Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, près dudit lieu, avec

autres réparations, fondations de chapelles et charges

déclarées audit arrêt, et a demeuré démolie et abattue

l'espace de cent douze ans, et jusqu'à ce que ladite

université, de grâce spéciale, et pour certaines causes, a

permis la réédification d'icelle, aux charges contenues et

déclarées ès lettres sur ce faites et passées à ladite

université en l'an 1517.»]

Il y a quelques incertitudes sur le personnage qui fit rebâtir cet

hôtel. Les traditions les plus sûres nous apprennent que ce fut le

trésorier Morlet[710]. Il passa ensuite à la famille des Savari, dont il

prit le nom. Il le portoit en 1533, et c'est là que le duc de Norfolck,

ambassadeur d'Angleterre, fut logé pendant le séjour qu'il fit à Paris

dans le courant de cette année. Dix ans après, le 1er juin 1543,

l'amiral de Chabot y mourut. On ignore à quel titre il lui appartenoit;

mais en 1545 sa veuve le vendit au sieur de Bellassise, trésorier de

l'extraordinaire des guerres, des mains duquel il passa dans celles du

duc de Lorraine. Les princes de cette maison l'embellirent, le

décorèrent et lui donnèrent leur nom, qu'il conserva même après avoir

été acquis par les familles Desmarets et d'Herbouville.

[Note 710: Corroz., fº 135, _recto_.]

_Hôtel de Lamoignon_ (même rue).

Cet hôtel avoit été bâti, de même que l'hôtel d'Albret, au milieu du

seizième siècle, et sur cinq places de la culture Sainte-Catherine, que

les chanoines de cette maison ainsi que ceux de Saint-Victor avoient eu

la permission d'aliéner en 1545. Acquises d'abord par MM. Claude de

Tudert et Simon Gallet, la propriété en passa, en 1555, à M. Robert de

Beauvais. À cette époque on avoit déjà joint à ce terrain une grande

maison avec cour, jardin, et étables à pourceaux, qui avoit appartenu

aux religieux de Saint-Antoine, et à laquelle on donnoit le nom de

_Porcherie de Saint-Antoine_. Elle passa ensuite à la famille de

Pisseleu et à plusieurs autres particuliers jusqu'en 1581, que le duc

d'Angoulême en fit l'acquisition. On trouve qu'il étoit occupé, en 1622,

par l'un de ses héritiers, M. Charles de Valois, comte d'Alez, et qu'il

fut enfin vendu, en 1684, à M. Chrétien de Lamoignon, qui le transmit à

ses descendants. D. Félibien[711] a confondu cet hôtel avec celui des

comtes d'Angoulême dont nous avons déjà parlé.

[Note 711: T. II, p. 1090.]

_Hôtel Saint-Paul_ ou _de la Force_ (rue du Roi-de-Sicile).

Cet hôtel fut bâti, suivant les apparences, par Charles, frère de saint

Louis, comte d'Anjou et de Provence, et depuis appelé aux royaumes de

Naples et de Sicile; il en est du moins le premier possesseur dont

l'histoire fasse mention. Son fils, héritier de cette demeure, la donna,

en 1292, à Charles de Valois et d'Alençon, fils de Philippe-le-Hardi;

et les comtes d'Alençon continuèrent d'en jouir jusqu'au règne de

Charles VI. Ce prince, qui aimoit passionnément les exercices de

chevalerie alors en usage, ayant remarqué que cet hôtel n'étoit séparé

que par l'enceinte de Philippe-Auguste des lices de la culture

Sainte-Catherine, jugea qu'il seroit commode pour lui d'avoir une

semblable maison dans laquelle il pourroit ou se reposer ou se préparer

aux joutes et aux tournois qui se donnoient fréquemment en cet endroit.

Il la fit en conséquence demander à Pierre d'Alençon, qui la lui céda

par deux actes de 1389 et 1390[712], dont le second contenoit un abandon

pur et simple. Le roi la donna aussitôt à Robert et Charles de Bausson,

sans doute sous certaines réserves qui toutefois ne sont point

mentionnées par les historiens.

[Note 712: Chamb. des compt. Mémor. E., fº 223.]

Cet hôtel appartint depuis aux rois de Navarre, et aux comtes de

Tancarville. Le cardinal de Meudon en étant devenu propriétaire, le fit

rebâtir en 1559; mais il ne fut achevé que par René de Birague[713],

aussi cardinal et chancelier de France. Après sa mort, arrivée en 1583,

cet hôtel, acquis d'abord par le maréchal de Roquelaure, fut bientôt

revendu par lui à M. François d'Orléans-Longueville, comte de

Saint-Paul, ce qui lui fit donner le nom d'_hôtel Saint-Paul_, qu'il a

conservé jusqu'au milieu du siècle dernier, quoiqu'il ait appartenu

depuis à M. de Chavigni, ministre et secrétaire d'État, sous le nom

duquel il est indiqué dans quelques anciens plans. Étant passé ensuite à

M. de La Force par son mariage avec la petite-fille de M. de Chavigni,

il prit enfin le nom de ce seigneur, et l'a conservé jusqu'à nos jours.

[Note 713: La gravure que nous en donnons ici représente cet

hôtel tel qu'il étoit après ces dernières constructions.

(_Voyez_ pl. 128.)]

À la fin du règne de Louis XIV, cet édifice fut partagé en deux parties,

dont l'une formoit l'hôtel de Brienne, et avoit son entrée dans la rue

Pavée; l'autre, qui conserva son entrée dans celle du Roi-de-Sicile, fut

acquise, en 1715, par les frères Pâris, deux financiers fameux qui y

firent de grands embellissements. En 1731 cette portion de l'hôtel de La

Force changea encore de propriétaire. On trouve que MM. Pâris le

vendirent à la demoiselle Toupel, de qui M. d'Argenson l'acheta le 12

septembre 1754, pour le compte de l'École Militaire; acquisition que

confirma un édit du mois d'août 1760.

Nous avons fait connoître plus haut la dernière destination de cet

hôtel[714].

[Note 714: _Voyez_ p. 1175.]

_Hôtel de Carnavalet_ (rue Culture-Sainte-Catherine).

Cet hôtel, qui mériteroit la célébrité dont il jouit, seulement pour

avoir été quelque temps habité par l'illustre madame de Sévigné et par

la comtesse de Grignan sa fille, est digne en outre, sous le rapport de

l'art, de fixer l'attention des curieux autant peut-être qu'aucun autre

monument de Paris.

Cet édifice, commencé par Bullant, continué par Ducerceau, ne fut achevé

que dans le dix-septième siècle par François Mansard. Il se compose

d'abord d'un bâtiment sur la rue, lequel n'est élevé que d'un seul étage

au-dessus du rez-de-chaussée. Il a cinq croisées de face, et présente

deux pavillons en avant-corps placés à ses deux extrémités, et couronnés

de frontons. Le rez-de-chaussée, orné de refends vermiculés, forme le

soubassement d'un ordre de pilastres ioniques accouplés qui décore le

premier étage. La porte est en plate-bande dans une niche cintrée, et

surmontée d'une corniche en forme de fronton. On ne peut se dissimuler

que toute l'architecture de cet hôtel, si l'on en excepte cette porte,

exécutée par le premier architecte, ne soit d'un effet très-médiocre,

et peu digne des éloges qu'elle a reçus de tous les historiens de

Paris[715].

[Note 715: _Voyez_ pl. 129.]

Mais ce qui lui assure une réputation à jamais durable, ce sont les

sculptures dont il a été décoré par le célèbre Jean Goujon, et dont

plusieurs doivent être mises au nombre des ouvrages les plus charmants

qui soient sortis de son ciseau. Toutefois les divers écrivains qui ont

fait des descriptions de Paris, même en payant à ces chefs-d'oeuvre le

tribut d'admiration qu'ils méritent, ont donné une preuve nouvelle de

leur inexactitude, et surtout de leur ignorance dans tout ce qui tient

aux arts du dessin.

Le plus grand nombre de ces écrivains ne se sont pas aperçus que ces

excellentes sculptures étoient mêlées avec d'autres faites long-temps

après, et d'une exécution bien inférieure; et, se figurant qu'elles

étoient toutes de la même main, ils les ont toutes confondues dans le

même éloge.

Quelques-uns, qui même ont écrit de nos jours, ayant voulu se donner un

air plus savant, ont cherché à reconnoître les ouvrages de Jean Goujon

parmi ceux de ses successeurs; mais, par une bévue pire peut-être que

l'ignorance des premiers, ils lui ont justement attribué ce qu'il y

avoit de plus médiocre parmi ces dernières sculptures.

Nous espérons être plus heureux dans l'examen que nous allons en faire,

et distinguer, pour la première fois, ce qui appartient réellement à ce

grand sculpteur.

À l'extérieur, les deux enfants qui sont groupés dans l'écusson, les

ornements qui le soutiennent, la petite figure ailée placée sur la clef,

le lion et le léopard entourés de trophées que l'on voit aux deux côtés

de la porte, sont bien certainement de la main de Jean Goujon. Les deux

figures représentant la Force et la Vigilance, posées sur les trumeaux

du premier étage, et la Minerve qui s'élève au-dessus, non-seulement

n'ont point été faites par lui, mais doivent être considérées comme de

très-mauvais ouvrages, d'un style mesquin et d'une exécution

grossière[716].

[Note 716: L'auteur du quatrième volume de la _Description de

Paris et de ses édifices_ les présente comme des

chefs-d'oeuvre.]

Au pourtour de la cour, sur les trumeaux des faces du premier étage,

s'élèvent encore douze figures colossales en bas-relief. À la première

inspection il est facile de reconnoître que les quatre qui sont placées

dans le fond, et qui représentent les saisons, peuvent être seules

attribuées à Jean Goujon; mais ce que n'ont point dit ceux qui ont

décrit cet hôtel, et ce qu'il étoit toutefois important de faire

connoître, c'est qu'elles sont inférieures aux autres sous tous les

rapports. Quoiqu'elles rappellent bien certainement le style de ce

maître, on y découvre une sorte d'exagération de sa manière, qui

pourroit faire penser qu'elles ont été exécutées après sa mort sur de

simples croquis de sa main, non encore arrêtés.

Enfin ce dont aucun auteur n'a fait mention, et ce qui mérite cependant

plus d'attention que tout le reste, ce sont trois petites figures

sculptées en bas-relief sur le fronton intérieur du portail, dont deux

sont couchées, et tiennent à la main une branche de laurier et une

palme; la troisième, debout au milieu, et posée sur un globe, est armée

d'un arc et d'une flèche. Non-seulement ces figures sont de Jean Goujon,

mais on peut dire qu'elles surpassent toutes les autres, et qu'elles

égalent ce qui nous reste de plus pur et de plus gracieux de cet artiste

excellent.

Cet hôtel avoit été commencé vers le milieu du seizième siècle pour le

président de Ligneries. Il fut vendu en 1678 à Françoise de La Baume,

dame de Carnavalet, dont il prit le nom qu'il porte encore aujourd'hui,

quoiqu'il ait depuis changé très-souvent de propriétaire.

_Hôtel Turgot, ci-devant de Sulli_ (rue Saint-Antoine).

Jaillot dit avoir trouvé dans les titres originaux qui concernent

l'hôtel de Sulli, que, le 15 avril 1624, le sieur Mesme Gallet acquit

deux maisons qui appartenoient à M. Louis Huaut de Montmagni et autres;

qu'il y fit construire cet hôtel qu'il n'acheva pas, parce que le

terrain sur lequel la façade étoit bâtie ne lui appartenoit qu'en

partie; et que sa fortune s'étant trouvée dérangée, cette propriété fut

saisie et vendue par décret en 1627. Plusieurs propriétaires qui se

succédèrent accrurent depuis cet édifice de plusieurs maisons qu'ils

achetèrent dans le voisinage, et le dernier, M. du Vigean, fit

construire l'entrée de l'hôtel en 1629. Il fut cédé en cet état, par

échange, à M. Maximilien de Béthune, duc de Sulli, qui l'agrandit encore

par l'acquisition d'une maison, laquelle forma le petit hôtel de Sulli.

Le grand hôtel fut depuis acquis, en 1752, par M. Turgot de Saint-Clair,

qui lui donna le nom qu'il a porté jusqu'au commencement de la

révolution.

_Hôtel de Beauvais_ (même rue).

Cet hôtel doit son nom à M. Pierre de Beauvais, conseiller ordinaire du

roi, qui le fit bâtir. L'histoire en fait mention, parce que l'épouse de

M. de Beauvais, première femme de chambre d'Anne d'Autriche, eut

l'honneur d'y recevoir cette reine, la reine d'Angleterre, les dames de

la cour et le cardinal Mazarin, le 26 août 1660, jour de l'entrée

solennelle de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche.

_Hôtel de Guémené._

Cet hôtel, situé à l'extrémité du cul-de-sac auquel il a donné son nom,

a son entrée principale sur la place Royale, et avoit appartenu, dans le

principe, à la famille de Lavardin. Il passa ensuite dans la maison de

Rohan, et dans la branche de Rohan-Guémené.

_Hôtels de la place Royale._

Tous les édifices qui composent cette place étoient occupés, comme nous

l'avons déjà dit, par les gens les plus qualifiés de la cour et de la

ville; et plusieurs de ces hôtels avoient, comme celui de Guémené, une

sortie sur les rues adjacentes. Nous croyons qu'on verra avec quelque

intérêt les noms des principaux habitants de cette place vers le milieu

du siècle dernier.

M. le duc de Richelieu.

M. d'Ormesson père.

M. d'Ormesson, avocat général.

M. le prince de Talmon.

Madame la marquise de Menoux.

M. le marquis de Tessé.

Mademoiselle du Châtelet.

M. l'évêque de Verdun.

M. de Gagny.

Madame la comtesse d'Armalay.

M. le marquis de Beausang.

M. de Nicolaï.

M. de Creil.

M. le comte de Chabot.

M. d'Ormesson du Charet.

M. le comte de Chabane.

M. le président d'Etiaux.

_Hôtel d'Ormesson_ (rue Saint-Antoine).

Il est bâti sur une portion du terrain occupé autrefois par l'hôtel du

Petit-Musc.

_Hôtel royal de l'Arquebuse_ (au coin de la rue de la Roquette et de

celle de Contrescarpe).

Dans cet endroit étoit un jardin sur la porte duquel on lisoit cette

inscription: _Hôtel royal de l'Arquebuse._ C'étoit le lieu destiné jadis

aux exercices de la _compagnie royale des chevaliers de l'arbalète et de

l'arquebuse de Paris_[717]. On ignore l'origine de cette société ou

confrérie d'arbalétriers, qu'il ne faut pas confondre avec les

compagnies de bourgeois qui formèrent depuis la garde de la ville.

Celle-ci, beaucoup plus ancienne, jouissoit, dès le règne de

Louis-le-Gros, de plusieurs priviléges, et son objet étoit de servir le

roi quand il le requéroit, et de défendre Paris contre les ennemis du

dehors. Nous apprenons que saint Louis ne dédaigna pas de régler

lui-même ses exercices, et fixa le nombre des chevaliers à cent

quatre-vingts. Il fut depuis porté à deux cents par des

lettres-patentes de Charles, dauphin (depuis Charles V). Ce prince,

étant devenu roi, montra l'affection qu'il avoit pour ce corps, et

l'importance qu'il y attachoit, par une ordonnance rendue en 1369, dans

laquelle il défend les jeux de hasard, et excite la jeunesse à se livrer

à de nobles exercices, tels que l'arc et l'arbalète, capables de

fortifier le corps et de le rendre propre à supporter les fatigues de la

guerre. Depuis cette époque, cette compagnie n'a cessé de voir augmenter

et confirmer ses priviléges par tous les rois qui ont succédé à Charles

V, jusqu'à Louis XV inclusivement.

[Note 717: Sauval, t. I, p. 693.]

Nos historiens ne font point mention des lieux anciennement destinés aux

exercices de ces chevaliers de l'arquebuse. Le premier qu'on ait pu

découvrir étoit situé près des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste,

et dans l'endroit où est aujourd'hui la rue des Francs-Bourgeois. Ils y

furent établis, en 1379, par Charles V, et l'on trouve que, dès 1390, on

les avoit transférés entre les rues Saint-Denis et Mauconseil. En 1604,

sous le règne de Henri IV, ils occupoient un espace dans le bastion

situé entre les portes du Temple et de Saint-Antoine. Enfin, en vertu de

lettres-patentes données en 1671, cet établissement fut transporté dans

le lieu que nous venons d'indiquer, et depuis n'en a point changé[718].

[Note 718: Sur plusieurs plans du dix-huitième siècle on

trouve un jardin des arquebusiers placé à côté de la

boucherie, qui étoit alors située à l'esplanade de la porte

Saint-Antoine. Quelques particuliers s'y exerçoient

effectivement à tirer de l'arquebuse, et même on y distribuoit

des prix; mais ils ne formoient point un corps comme la

compagnie des arquebusiers.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8) · 第 43 / 46 段