cet article, et qui, comme l'a marqué Sauval, est une émigration de
celui de Melun. Barbe Jacquet, mère _ancelle_[668] de ce couvent, avoit
obtenu, le 1er février 1630, des lettres-patentes qui permettoient
l'établissement des Annonciades à Corbeil. N'ayant pas trouvé dans cette
ville de lieu commode pour y fixer leur domicile, des lettres de
l'archevêque de Paris leur permirent, en 1632, de s'établir à
Saint-Mandé, près Vincennes. Forcées, peu de temps après, de quitter ce
nouveau séjour, parce que le roi eut besoin du terrain qu'elles
occupoient, elles acquirent de M. Angrand, secrétaire du roi, une grande
maison et un jardin à Popincourt, où elles se transportèrent le 12 août
1636. Il y avoit dans cette maison une chapelle sous l'invocation de
sainte Marthe, qui leur servit jusqu'en 1659, époque à laquelle fut
achevée l'église qu'elles avoient fait bâtir. Des lettres-patentes
données en 1640, et enregistrées au parlement, confirmèrent cet
établissement. Ces religieuses y sont nommées _Annonciades du
Saint-Esprit_, nom qui étoit commun à toutes les maisons de leur ordre.
L'église avoit été dédiée, l'année précédente, sous le vocable de
_Notre-Dame de Protection_.
[Note 668: Ce mot est formé du mot latin _ancilla_, qui
signifie _servante_. Les religieuses de l'Annonciade l'avoient
pris par humilité.]
Ce couvent fut supprimé quelques années avant la révolution[669].
[Note 669: L'église a été rendue au culte.]
LES RELIGIEUSES HOSPITALIÈRES DE LA ROQUETTE.
Cette communauté prit naissance dans le sein de celle des Hospitalières
de la Charité-Notre-Dame[670], dont nous avons déjà parlé, et voici ce
qui donna lieu à ce nouvel établissement. La duchesse de Mercoeur, qui
protégeoit cette communauté, lui avoit facilité l'acquisition d'une
maison avec ses dépendances, située à l'extrémité de la rue de la
_Roquette_, et nommée, de même que cette rue, _Rochette_, _Raquette_ ou
_Roquette_. Le contrat de vente en fut passé au profit des Hospitalières
le 30 janvier 1636, et l'archevêque donna, la même année, son
consentement aux dispositions que ces religieuses avoient le projet d'y
faire, dispositions qui n'avoient alors d'autre but que d'en former une
retraite où leurs malades convalescents pussent venir respirer un air
plus pur, et achever ainsi leur entière guérison. Par la suite des
temps, le zèle et la charité chrétienne ayant déterminé un grand nombre
de personnes à entrer dans cette société, et le nombre des religieuses
s'étant ainsi considérablement augmenté, on pensa qu'il seroit
convenable et même nécessaire de diviser la communauté en deux parties,
dont l'une seroit perpétuellement fixée à Paris, et l'autre à la
Roquette. Ce changement, qui multiplioit les secours et les asiles
ouverts aux infirmités humaines, ne pouvoit qu'être favorablement
accueilli, et fut en effet autorisé par un décret de séparation que
rendit l'archevêque le 12 octobre 1690. Depuis ce temps il n'y eut plus
rien de commun entre les deux maisons, que les liens de la charité et
les voeux ordinaires de religion, auxquels ces religieuses ajoutoient
celui d'exercer l'hospitalité. Elles suivoient la règle de
Saint-Augustin, et avoient quelques constitutions différentes de celles
qui s'observoient dans les autres monastères de cet ordre.
[Note 670: _Voyez_ p. 1244.]
Il y avoit dans leur maison vingt lits destinés pour les femmes vieilles
et infirmes, dont quinze étoient à la nomination des fondateurs. Pour
les distinguer des dames Hospitalières de la Charité-Notre-Dame, on les
appeloit Hospitalières de Saint-Joseph, parce que leur chapelle avoit
été bénite sous l'invocation de ce saint[671].
[Note 671: Les bâtiments de cette communauté sont occupés par
une filature.]
LES FILLES DE SAINTE-MARTHE.
Cette communauté, instituée en 1713 par Élisabeth Jourdain, veuve du
sieur Théodon, sculpteur du roi, avoit pour objet de procurer aux
pauvres jeunes filles du faubourg Saint-Antoine une instruction
convenable, c'est-à-dire de leur apprendre à lire, à écrire et à
travailler. Placées d'abord dans une maison de la rue du faubourg,
nommée _le Pavillon Adam_, que les Filles de la Trinité venoient de
quitter, les filles de Sainte-Marthe changèrent de demeure en 1719, et
vinrent s'établir rue de la Muette. Mais peu de temps après, la maison
qu'elles occupoient fut vendue par décret; et ces filles eussent été
obligées d'en sortir, si l'adjudicataire n'eût eu la générosité de leur
en céder gratuitement la jouissance. Elles s'y sont maintenues jusqu'au
moment de la révolution.
Cette petite société étoit gouvernée par une supérieure qui n'avoit que
le titre de soeur première. C'étoit de leur communauté qu'on avoit tiré
les soeurs chargées des petites écoles des paroisses Saint-Severin et
Saint-Paul[672].
[Note 672: Leurs bâtiments ont été changés en maisons
particulières.]
LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME-DE-BON-SECOURS.
Ce prieuré perpétuel de bénédictines _mitigées_ fut fondé en 1648 par
dame Claude de Bouchavanne, veuve de M. Vignier, conseiller du roi, en
faveur de demoiselle Magdeleine-Emmanuelle de Bouchavanne, sa soeur,
religieuse du monastère de Notre-Dame de Soissons. Dès l'année 1646,
madame Vignier avoit obtenu la permission de faire bâtir un monastère à
Paris; et en conséquence elle avoit acheté, en 1647, une maison avec ses
dépendances, située dans la rue de Charonne, dont elle fit don le 20
avril de l'année suivante, pour la fondation de ce couvent. L'évêque de
Soissons et l'abbesse de Notre-Dame ayant consenti à ce nouvel
établissement, l'archevêque de Paris donna, le 30 mars 1648, ses lettres
pour l'érection du monastère, par lesquelles il consent «qu'il soit en
titre de prieuré conventuel, que soeur Emmanuelle de Bouchavanne en soit
prieure, et que la dame Vignier jouisse, sa vie durant, du droit de
présentation, réservé après sa mort à l'archevêque et à ses
successeurs.» En conséquence de ces lettres, la soeur de Bouchavanne et
deux autres religieuses de Notre-Dame de Soissons entrèrent dans la
maison de Bon-Secours le 1er septembre 1648, et la clôture y fut mise le
8 du même mois[673]. L'établissement légal de ce monastère n'eut lieu
qu'en 1670, par l'enregistrement des lettres-patentes de 1667. Vers 1770
on fit de nombreuses réparations et des augmentations au monastère de
ces religieuses, et elles obtinrent qu'on réunît à leur temporel
l'abbaye de Malnoüe, qui tomboit en ruine[674]. La chapelle fut alors
réparée avec beaucoup d'adresse par M. Louis, architecte du roi de
Pologne, qui parvint à faire un petit monument assez élégant d'un
édifice jusqu'alors choquant par ses irrégularités.
[Note 673: Sauval, t. I, p. 663. Les Bénédictins qui ont donné
l'_Histoire de Paris_ et le _Gallia Christiana_ donnent pour
époque de cette institution l'année 1670, et l'auteur du
_Calendrier historique_ a suivi la même date. Il est vrai que
les lettres-patentes ne sont que du mois de juillet 1667, et
que le parlement ne les a enregistrées le 16 mai qu'après
avoir vu le consentement de l'archevêque du 23 janvier 1669,
et l'avis des prévôts des marchands et échevins, du
lieutenant-général de police et du substitut du
procureur-général au Châtelet, en date des 16 mars et 18
juillet de la même année; mais il faut observer, dit Jaillot,
qu'on néglige quelquefois d'obtenir des lettres-patentes pour
certains établissements religieux, ou qu'on ne les demande que
plusieurs années après qu'ils ont été formés; que les
lettres-patentes de 1667 n'ont pas pour objet de permettre,
mais de confirmer l'établissement fait par la dame Vignier, ce
qui prouve son existence antérieure; enfin que les auteurs du
_Gallia Christiana_ en fournissent eux-mêmes la preuve, en
disant que la seconde prieure de cette maison fut dame
Laurence de Saint-Simon Sandricourt, qui en étoit la première
professe, _y ayant pris l'habit le 27 décembre 1648_, et
prononcé ses voeux le 1er février 1650. Ainsi l'établissement
réel et de fait du prieuré de _Notre-Dame-de-Bon-Secours_ est
de l'année 1648.]
[Note 674: Cette abbaye est située à quatre lieues de Paris du
côté du levant.]
CURIOSITÉS.
Dans le vestibule, deux vases d'une belle forme et bien exécutés,
qui servoient de bénitiers; ils étoient placés dans deux niches,
au-dessus desquelles on lisoit d'un côté les vers suivants:
_Non tantùm digitis benedicta hæc hæreat unda,
Abluat et mentes flexuras judicis iram._
De l'autre côté:
_Qui Samaritanæ donum imo pectore anhelant,
Hic fons ad vitam fit salientis aquæ[675]._
[Note 675: Cette maison a été changée en atelier de
filature.]
LES RELIGIEUSES DE LA MAGDELEINE-DE-TRAINEL.
Ce couvent fut fondé avant le milieu du douzième siècle, au lieu de
Trainel en Champagne, sur les confins du diocèse de Sens, à deux lieues
de Nogent-sur-Seine. D. Félibien avoit conjecturé, d'après un titre peu
certain, que la fondation de ce prieuré de Bénédictines devoit être
attribuée à la comtesse Mathilde, femme de Thibaut, comte de Champagne;
et sa conjecture a été présentée comme un fait certain par
Piganiol[676], aveugle copiste de tous ceux qui l'ont précédé. Cependant
Jaillot demande avec raison sur quoi peut être appuyée une semblable
assertion, puisque le titre primordial n'existe plus. «Seroit-ce,
dit-il, parce que le monastère de la Pommeraie, fondé par cette dame
après le milieu du douzième siècle, fut déclaré être une dépendance de
l'abbaye du Paraclet, ainsi que celui de Trainel? Mais ce dernier y
avoit été soumis plus de dix ans auparavant, puisqu'on lit dans le
_Gallia Christiana_[677], qu'en 1142 Héloïse, abbesse du Paraclet, y
avoit passé une transaction avec l'abbé de Vauluisant. Cette prétendue
origine est d'ailleurs détruite par le nécrologe même de cette maison,
lequel faisoit mention au 4 des ides de décembre, du décès de Gundric,
prêtre auquel on donne le titre de _fondateur_.»
[Note 676: T. V, p. 119.]
[Note 677: T. XII, col. 574.]
D. Félibien, et ceux qui ont écrit après lui, n'ont pas été mieux
instruits en plaçant la translation de ces religieuses à Melun en 1622,
et à Paris en 1644. Ils ont ainsi confondu les faits et les dates. Celle
de 1622 ne convient qu'à la réformation qui fut faite à Trainel même,
par dame de Veny d'Arbouze, qui en étoit prieure; et ce ne fut qu'en
1630 que sa communauté se réfugia à Melun, pour éviter les désastres de
la guerre qui désoloit alors ces contrées. Ne trouvant pas dans cette
ville toute la sûreté qu'elles désiroient, ces religieuses résolurent,
en 1652, de venir chercher un asile à Paris, où elles demeurèrent
quelque temps en maison privée, du consentement des archevêques de Sens
et de Paris. Enfin, en 1654, sur la permission que ces deux prélats
leur en donnèrent, elle achetèrent une grande maison et un jardin dans
la rue de Charonne, et y firent bâtir des lieux réguliers et une
chapelle dont la reine Anne d'Autriche voulut bien poser la première
pierre.
Ces religieuses étoient soumises à la juridiction de l'archevêque; et la
seule marque d'autorité qui fût restée à l'abbesse du Paraclet
consistoit dans le droit d'élire et d'instituer la prieure. Leur premier
bienfaiteur, après leur établissement, fut le garde des sceaux
d'Argenson. Elles durent à ce ministre non-seulement une augmentation
considérable dans leur revenu temporel, mais encore des constructions
nouvelles qui rendirent leur habitation plus vaste et plus commode. Il
fit en outre rétablir et décorer l'église, et construire, par
l'architecte Cartaud, une chapelle sous l'invocation de saint René son
patron, dans laquelle son coeur fut déposé. La duchesse d'Orléans,
douairière, donna depuis aux religieuses de la Magdeleine des marques
éclatantes de sa protection, et ajouta encore de nouveaux bâtiments à
leur monastère.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAU.
Sur le maître-autel, une Descente de croix, par _Louis
Boullongne_.
SÉPULTURES.
Dans la chapelle construite par M. d'Argenson s'élevoit son
mausolée. La figure principale étoit un ange de marbre blanc à
genoux sur un nuage, et présentant le coeur de ce ministre à
saint René son patron. Ce monument avoit été exécuté par un
sculpteur nommé _Rousseau_[678].
[Note 678: Il avoit été déposé au musée des Petits-Augustins,
et scellé sur les murs du cloître. C'est une sculpture
extrêmement médiocre.]
Dans le bas-côté, à droite, étoit le cénotaphe élevé par
demoiselle de Marillac à la mémoire de M. de La Fayette son
époux, colonel du régiment de La Fère, mort, en 1694, à l'armée
d'Allemagne.
La duchesse d'Orléans et l'abbesse de Chelles sa fille avoient
été inhumées dans cette église[679].
[Note 679: On a aussi établi une filature dans les bâtiments
de cette communauté.]
LES RELIGIEUSES DE LA CROIX.
Ces religieuses sont les mêmes que celles de l'ordre de Saint-Dominique,
dont nous avons parlé à l'article des Filles-Saint-Thomas, établies rue
Vivienne[680]. Nous avons déjà dit que leur première habitation étoit,
suivant tous nos historiens, dans le faubourg Saint-Marcel. Le nombre
des religieuses devenant trop considérable pour la maison qu'elles y
occupoient, on prit des mesures pour les transférer en partie rue
d'Orléans, au Marais, et ce furent celles dont nous parlons ici qui
allèrent habiter cette nouvelle demeure. Le 6 mars 1627, la mère
Marguerite de Jésus, qu'on avoit chargée de former le premier
établissement, et qui en étoit prieure, accompagna la petite colonie
qu'on en faisoit sortir; et en 1636 elle la transporta de nouveau rue
Plâtrière, où ces religieuses restèrent jusqu'à la fin de cette même
année. Le manque des commodités nécessaires à une communauté les força
encore de chercher un autre asile: elles le choisirent rue de Matignon,
où elles demeurèrent jusqu'en 1641, qu'elles se trouvèrent en état
d'acheter la maison dont elles ne sont sorties qu'au moment de la
révolution. Cette dernière migration a trompé presque tous nos
historiens, qui l'ont prise pour celle de leur établissement. Le détail
dans lequel nous venons d'entrer, pris sur des mémoires fournis à
Jaillot par ces religieuses elles-mêmes, servira à rectifier les erreurs
de date dans lesquelles ils sont tombés.
Les Filles de la Croix durent le repos et le bonheur dont elles jouirent
depuis cette époque à la piété généreuse de mademoiselle Ruzé d'Effiat,
fille du maréchal de ce nom, qui donna tout son bien à cette maison, et
s'y fit religieuse en 1637. Ce fut ce don considérable qui leur fournit
les moyens d'acheter le terrain qu'elles occupoient, et d'y faire élever
les bâtiments nécessaires. La première pierre en fut posée, le 3 août
1639, par madame la duchesse d'Aiguillon, et par mademoiselle d'Effiat
elle-même, à qui la reconnoissance de la communauté décerna justement le
titre de fondatrice.
CURIOSITÉS.
L'église de ce monastère étoit petite, mais jolie; le
maître-autel étoit décoré d'un très-bon tableau de _Jouvenet_,
représentant l'Élévation de la Croix[681].
[Note 680: _Voyez_ 1re partie de ce vol., p. 229.]
[Note 681: Il y a maintenant une école dans les bâtiments de
cette communauté.]
L'ÉGLISE SAINTE-MARGUERITE.
Cette paroisse est un démembrement de celle de Saint-Paul, de laquelle
dépendoient jadis les habitants du faubourg Saint-Antoine et des hameaux
voisins, qu'on y a depuis renfermés. Cependant, vu l'éloignement où le
plus grand nombre d'entre eux étoient de l'église paroissiale, on avoit
permis de dire la grand'messe, de faire le prône et de bénir l'eau dans
la chapelle Saint-Pierre, près l'église de l'abbaye Saint-Antoine. En
l'année 1627, Antoine Fayet, curé de Saint-Paul, fit construire une
seconde chapelle sous l'invocation de sainte Marguerite, et quoique le
nombre des habitants du faubourg fût considérablement augmenté, son
intention, en élevant ce petit monument, fut uniquement de se procurer,
par cette fondation, une sépulture particulière pour lui et pour sa
famille[682]; et, quoi qu'en ait dit Piganiol, il ne pensa nullement à
créer une succursale de son église[683].
[Note 682: Hist. de Par., t. II, p. 356.]
[Note 683: Ce motif est constaté dans sa requête, visée dans
l'arrêt du 4 février 1634, et détruit tout le récit de cet
historien, qui n'avoit pas lu sans doute les titres originaux
qu'il cite, et qui a pris pour une donation une vente réelle
faite au curé de Saint-Paul par le seigneur de Reuilli.]
Il étoit si loin d'avoir cette intention, que l'archevêque de Paris, sur
le rapport qu'on lui fit que les habitants faisoient célébrer le service
divin, les dimanches et fêtes, dans cette chapelle, ayant voulu, de son
propre mouvement, l'ériger en succursale, les marguilliers de Saint-Paul
se présentèrent comme opposants, et, sur leur requête, il intervint un
arrêt le 26 juillet 1629, qui ordonna qu'elle demeureroit simple
chapelle, sans qu'on pût y faire aucunes fonctions curiales, le titre de
patron et fondateur étant réservé au sieur Fayet, et à ses parents ou
héritiers.
Cependant le besoin de cette succursale devenant de jour en jour plus
pressant, les habitants du faubourg mirent tant d'instances et
d'activité dans leurs démarches, qu'ils obtinrent un nouvel arrêt, par
lequel il fut décidé qu'après le décès du fondateur la chapelle seroit
succursale, toujours avec la réserve des droits honorifiques de patron
et fondateur appartenants à sa famille, et sous la condition que les
habitants s'obligeroient à faire construire les logements nécessaires
pour les prêtres chargés de la desservir.
On n'attendit pas le terme fixé par cet arrêt; et dès l'année suivante
il en intervint un autre, qui, du consentement des parties, ordonna que
la chapelle deviendroit à l'instant même succursale, sous les conditions
déjà énoncées; mais les habitants s'étant trouvés dans l'impossibilité
de les remplir, malgré les délais qui leur furent accordés, M. Fayet
lui-même demanda que la chapelle fût déclarée simple comme auparavant,
ce qu'il obtint par un nouvel arrêt du 4 février 1634, et quatre jours
après il mourut, après avoir nommé, par son testament, un chapelain pour
la desservir. Elle fut alors déclarée succursale de Saint-Paul, et les
choses restèrent en cet état jusqu'en 1712, que M. le cardinal de
Noailles, archevêque de Paris, sépara, par un décret, tout le faubourg
Saint-Antoine de la paroisse Saint-Paul, et érigea en cure l'église
Sainte-Marguerite, réservant à la famille Fayet le droit de nomination à
la chapelle ancienne, qui dès lors ne faisoit qu'une petite partie de
l'église: car on en avoit successivement augmenté les constructions, en
raison de l'accroissement successif des habitants. Ce décret fut
confirmé par des lettres-patentes du mois de février 1713.
Toutefois, malgré ces augmentations faites tant à l'église elle-même
qu'aux logements du curé et des prêtres, cette paroisse se trouvant
encore trop petite pour plus de quarante mille paroissiens que contenoit
sa circonscription, on ne vit d'autre moyen de remédier aux incommodités
continuelles qui en résultoient, que de prendre une partie du cimetière
contigu, et de construire sur ce terrain une chapelle assez vaste pour
permettre à tous les fidèles de participer aux offices.
Cet édifice fut exécuté en 1765, sur les dessins de M. Louis, architecte
du Palais-Royal. Il a quarante-sept pieds de long sur trente de large et
trente-cinq de hauteur. Il est décoré de colonnes feintes, éclairé par
une ouverture de dix pieds carrés, pratiquée dans la voûte; et l'autel,
en forme de tombeau, étoit isolé à l'une de ses extrémités. La peinture,
tant en architecture qu'en ornements, étoit de _Brunetti_, artiste qui
passoit pour habile en ce genre. Enfin ce petit monument méritoit d'être
vu pour l'élégance de la construction et la richesse de sa décoration.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-MARGUERITE.
TABLEAUX.
Dans la chapelle de Sainte-Marguerite, derrière le choeur, cette
sainte enchaînée dans sa prison, par _Alphonse Dufresnoi_.
Dans la chapelle neuve, la Délivrance des âmes du purgatoire, par
_Briard_.
Deux bas-reliefs peints représentant la mort de Jacob, et Adam et
Ève chassés du paradis.
Sur l'autel de la chapelle de la communion, des camaïeux, par
_Louis Boullongne_.
SÉPULTURES.
Entre les deux arcades qui servoient d'entrée à cette chapelle,
on voyoit le médaillon, en marbre blanc, de M. de Vaucanson,
mécanicien célèbre, mort en 1782. Son épitaphe étoit gravée en
latin sur une table de marbre placée au-dessous.
CIRCONSCRIPTION.
Le territoire de cette paroisse, outre le faubourg Saint-Antoine,
s'étendoit depuis la porte de ce nom jusque et par-delà le couvent des
religieux de Picpus d'un côté, et de l'autre, depuis le petit Bercy
jusqu'à Mont-Louis, y compris les moulins de Mesnil-Montant[684].
[Note 684: Cette église a été rendue au culte.]
LES FILLES DE NOTRE-DAME-DES-VERTUS.
Ces filles, communément appelées _les Filles Sainte-Marguerite_, étoient
destinées à l'instruction des pauvres filles du faubourg Saint-Antoine.
Cet utile établissement fut commencé en 1679 par quelques soeurs de la
communauté des Filles de Notre-Dame d'Aubervilliers (village appelé plus
communément Notre-Dame-des-Vertus), que les duchesses de Noailles et de
Lesdiguières, et quelques dames de charité de la paroisse Saint-Paul
avoient appelées à Paris à cette intention. Elles les placèrent d'abord
dans une maison située rue Basfroi, où elles commencèrent à tenir une
école de jeunes filles. Le succès qu'elles y obtinrent engagea M.
Masure, curé de Saint-Paul, à consolider leur institution, ce qu'il fit
en leur donnant en 1681 la propriété d'une maison qu'il avoit rue
Saint-Bernard; l'année suivante, il leur procura des lettres-patentes.
Les soeurs de Notre-Dame-des-Vertus, transférées en 1685 dans ce
nouveau domicile, y furent bientôt inquiétées par les créanciers de M.
Masure, qui trouvèrent le moyen de faire annuler la donation et vendre
la maison. Heureusement pour elles que M. de Bragelongne, conseiller à
la cour des aides, s'en étant rendu adjudicataire, non-seulement eut la
générosité de la leur rendre, mais encore joignit à ce premier bienfait
une rente pour l'entretien de sept soeurs. Elles se sont toujours
maintenues depuis dans cette demeure jusqu'au moment de la
révolution[685].
[Note 685: Cette maison est maintenant occupée par des
particuliers.]
Il y avoit encore dans cette rue une maison des soeurs de la Charité.
L'ABBAYE DE SAINT-ANTOINE.
L'époque de la fondation de cette abbaye est rapportée différemment par
les historiens. Du Breul la fixe en 1181, La Caille en 1182, Lemaire en
1190, Germain Brice en 1193, Rigord et Nangis en 1198, et Alberic en
1199. Corrozet adopte la date de 1198; mais il ajoute mal à propos que
ce fut sous l'épiscopat et par la libéralité de Maurice de Sulli, évêque
de Paris, que s'éleva cette communauté, puisque ce prélat étoit mort en
1196. On trouve cependant un contrat de vente fait à cette maison en
1191, et passé sous le scel de Philippe-Auguste, la dixième année de son
règne[686].
[Note 686: _Gall. Christ._, t. VII, col. 899.]
Jaillot, pour concilier ces différentes époques, pense que cette maison,
où étoit primitivement une chapelle de saint Antoine, parut propre, en
1198, à servir d'asile aux filles et femmes débauchées que Foulques,
curé de Neuilli, avoit converties par ses prédications, et que ce fut
seulement alors qu'on éleva les bâtiments nécessaires pour les recevoir.
Quoi qu'il en soit, ces nouvelles religieuses embrassèrent la règle de
Cîteaux; leur maison fut agrégée à ce chef-d'ordre, et érigée en abbaye
par Eudes de Sulli, évêque de Paris, qui leur accorda tous les
priviléges et toutes les exemptions dont jouissent les abbayes de cet
ordre, ainsi qu'il est constaté par les lettres qu'il en fit expédier en
1204[687].
[Note 687: _Hist. eccles. Paris._, t. II, p. 209. On voit par
le diplôme de saint Louis, pour la confirmation des droits de
cette abbaye, donné à Saint-Germain-en-Laye, au mois de
novembre 1227, et par l'acte de donation de Barthélemi de
Roie, chambrier de France, dans la seigneurie duquel étoit
située l'abbaye de Saint-Antoine, que l'enclos de cette abbaye
contenoit quatorze arpents de terre; que les religieuses en
possédoient en outre cent soixante-quatorze arpents, plus onze
arpents et un quartier de vigne entre Paris et le bois de
Vincennes, et deux maisons dans la ville, le tout dans la
censive du chambrier. Cette communauté jouissoit de tous ces
biens dès le temps de Philippe-Auguste et de Louis VIII. Ces
deux actes détruisent entièrement ce qui a été avancé par Du
Breul sur une prétendue donation faite à cette abbaye,
donation qu'il suppose bien plus considérable qu'elle
n'étoit.]