marquis de Sourdis, MM. Lefevre d'Eaubonne et d'Ormesson joignirent
leurs dons à ceux de la reine et du marquis de La Vieuville. Tant de
bienfaits et une si haute protection procurèrent aux Minimes des moyens
suffisants, non-seulement pour joindre des bâtiments vastes et commodes
à l'église qu'ils venoient de faire bâtir, mais encore pour l'enrichir
et la décorer de manière à la rendre digne de l'attention des curieux.
[Note 620: _Voyez_ pl. 133.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE LA MAISON DES MINIMES.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, lequel étoit orné de six colonnes d'ordre
corinthien en marbre de Dinan, une très-belle copie de la
Descente de croix de _Daniel de Volterre_.
Dans la première chapelle à gauche du sanctuaire, saint François
de Paule ressuscitant un enfant, par _Simon Vouet_.
Sur les panneaux de la boiserie de cette chapelle, les principaux
traits de la vie de ce saint, par les élèves du même peintre.
Dans la chapelle de Villacerf, une copie du saint Michel de
_Raphaël_.
Dans la chapelle de saint François de Sales, qui étoit
hors-d'oeuvre et d'un plan octogone, un tableau où ce saint étoit
représenté, par un peintre inconnu[621].
[Note 621: Cette chapelle étoit décorée de pilastres
composites à cannelures dorées; le plafond en calotte étoit
chargé de sculptures qui se détachoient sur un fond doré.]
Dans la cinquième chapelle, les anges portant le corps de
Jésus-Christ, par un peintre inconnu.
Dans la sixième, sainte Marguerite et un autre tableau, voeu des
prévôts des marchands et échevins, aussi sans nom d'auteur.
Dans la troisième chapelle à droite, le sommeil de saint Joseph,
excellent tableau de _Philippe de Champagne_.
Dans la quatrième, une sainte Famille, peinte par Sarrasin,
sculpteur.
Dans la cinquième, dite chapelle de _Castille_, le mystère de la
Trinité, par _La Hyre_.
Sur l'autel de la sixième, dite de _Verthamont_, un Christ
accompagné de trois figures.
Dans la première sacristie, un tableau représentant saint
Pierre-ès-liens. Ce morceau, qu'on estimoit surtout pour l'effet
de lumière, étoit sans nom d'auteur.
À côté, saint François de Paule délivrant de la peste les
habitants de Fréjus, par _Depape_.
À droite, Louis XI allant au-devant du saint ermite, par _Dumont
le Romain_.
Dans le fond, le même saint traversant le phare de Messine sur
son manteau, par _Noël Coypel_.
Dans la deuxième sacristie, une Descente de croix, par
_Jouvenet_.
Vis-à-vis de ce tableau, saint François de Paule rendant la vue à
une jeune fille, par _Dumont le Romain_.
En face des croisées, un grand tableau de _Largillière_,
représentant l'érection d'un prévôt des marchands, lors de
l'avénement de Philippe V au trône d'Espagne.
Dans le chapitre qui joignoit cette pièce, une suite de peintures
en grisaille attribuées à _La Hyre_, et représentant les
principaux traits de la vie de Jésus-Christ. Ces morceaux
jouissoient de la plus haute estime.--Sur l'autel étoit un
très-beau tableau représentant Notre-Seigneur
crucifié.--Plusieurs tableaux, par _Prévost_[622].
[Note 622: Les galeries qui régnoient au-dessus du cloître
étoient également ornées de peintures. On y remarquoit une
Magdeleine et un saint Jean dans l'île de Pathmos, ouvrages du
père _Niceron_, religieux de cette maison, et fameux
mathématicien. Ces deux tableaux, peu remarquables sous le
rapport de l'art, étoient extrêmement curieux comme prestiges
d'optique. À mesure que le spectateur s'en approchoit, le
sujet principal s'évanouissoit, et l'on n'apercevoit plus
qu'un paysage.]
SCULPTURES.
Sur le maître-autel de l'église, les statues de la Vierge et de
saint François de Paule, par _Guérin_.
Dans la quatrième chapelle à droite, des sculptures d'ornement,
par _Sarrazin_.
SÉPULTURES ET TOMBEAUX.
Dans l'église, Jean de Launoy, docteur en théologie de la
faculté de Paris, savant distingué, mort en 1678.
Dans la chapelle de Villacerf, laquelle étoit ornée de colonnes
torses, avec festons et pampres, on voyoit le portrait en
médaillon d'Édouard Colbert de Villacerf, surintendant des
bâtiments du roi. Ce médaillon, exécuté par _Coustou_ l'aîné,
étoit entouré d'une draperie. Une table de marbre offroit
au-dessous l'épitaphe de ce ministre[623].
[Note 623: Ce médaillon, qui étoit déposé au musée des
monuments françois, est du bon faire de ce sculpteur. Les
cheveux y sont traités surtout avec une grande vérité.]
La chapelle de saint François de Sales renfermoit le mausolée du
duc de La Vieuville, ministre d'État sous Louis XIII et Louis
XIV, mort en 1653, et de dame Marie Bouhier son épouse, morte en
1663[624].
[Note 624: (Déposé aux Petits-Augustins.) Il est représenté à
genoux, revêtu des marques de sa dignité, et tenant un livre
de la main gauche. Sa femme est également à genoux, avec un
livre entre ses mains. Ces deux statues sont d'une assez bonne
exécution, quoiqu'un peu maniérée. La tête de madame La
Vieuville annonce une femme d'une grande beauté, et se fait
remarquer surtout par une coiffure pleine d'élégance et de
simplicité.]
Dans la chapelle de Bon-Secours, la quatrième à gauche, avoient
été inhumés, Diane de France, duchesse d'Angoulême, fille
naturelle de Henri II, morte en 1619[625]; Charles de Valois, duc
d'Angoulême, fils naturel de Charles IX, mort en 1650[626].
[Note 625: Elle est à genoux devant un prie-dieu.
Très-mauvaise sculpture. (Déposé dans le même musée.)]
[Note 626: Il est couché sur des canons, et revêtu du manteau
ducal. Sculpture barbare. (Déposé dans le même musée.)]
Dans un caveau pratiqué sous la chapelle étoient renfermés les
cercueils de Charlotte de Montmorenci son épouse, morte en 1636;
de Marie Touchet sa mère, morte en 1638; et de presque tous les
princes et princesses de sa famille.
Dans la cinquième chapelle du même côté étoient déposés trois
ossements du B. Jean-de-Dieu, et l'on y lisoit les épitaphes de
plusieurs personnes de la famille Lecamus qui y avoient leur
sépulture.
Dans la chapelle de Sainte-Marguerite avoit été inhumé Octave de
Périgny, président en la troisième chambre des enquêtes, et
précepteur de Louis de France, dauphin de Viennois.
La chapelle Saint-Nicolas renfermoit le mausolée en marbre blanc
du premier président Le Jay et de Magdeleine Marchand[627] son
épouse; les bustes de Guillaume Leserat, seigneur de Lancrau, et
de Charles Le Jay, baron de Maison-Rouge[628].
[Note 627: La statue de Magdeleine Marchand la représente à
genoux et les mains jointes, dans le costume maussade de la
fin du seizième siècle. La tête a quelque naïveté, mais tout
le reste est traité d'une manière rude et grossière. (Déposé
dans le même musée.)]
[Note 628: Le marbre, dans ces deux bustes, est manié avec
intelligence et facilité. (Déposé dans le même musée.)]
Dans la troisième à droite avoit été inhumé Abel de
Sainte-Marthe, doyen de la cour des aides, garde de la
bibliothéque royale de Fontainebleau.
Dans la chapelle de Castille étoit le mausolée de Pierre de
Castille, orné de deux génies en bronze qui éteignoient un
flambeau.
Le réfectoire de ces religieux étoit immense, et éclairé par neuf
croisées, auxquelles correspondoient des arcades symétriques sur
lesquelles Laurent de La Hyre avoit peint des paysages d'un très-bon
choix. Il avoit aussi enrichi ces salles de figures et d'ornements
d'architecture imitant le bas-relief. Toutes ces peintures passoient
pour excellentes.
La bibliothéque étoit composée d'environ vingt-six mille volumes, parmi
lesquels on comptoit plusieurs manuscrits.
Cet ordre, qui avoit toujours conservé, sans aucune altération, la règle
de son institut, qui n'avoit même jamais voulu accepter les
adoucissements qu'on avoit offert de lui procurer, a produit plusieurs
religieux également recommandables par leurs talents et par leurs
vertus, entre lesquels on doit surtout distinguer les PP. Niceron,
Mersenne, Plumier, Avrillon, Le Clerc, de Coste, Giry, etc.[629].
[Note 629: L'église des Minimes a été détruite; les bâtiments
ont été changés en caserne.]
HÔPITAL DE LA CHARITÉ-NOTRE-DAME,
OU
LES HOSPITALIÈRES DE LA CHARITÉ-NOTRE-DAME, DE L'ORDRE DE
SAINT-AUGUSTIN.
Cette institution, si digne de la charité chrétienne, où l'on voyoit de
jeunes filles consacrer toute leur vie au service et au soulagement des
pauvres malades, fut fondée par Simonne Gauguin, plus connue sous le nom
de Françoise de La Croix[630]. Dès sa tendre jeunesse elle avoit formé
le projet d'un établissement pour les personnes malades de son sexe. Sa
fortune, aussi médiocre que sa naissance, étoit loin de pouvoir lui
procurer les moyens de le réaliser; mais, dit Jaillot, la Providence qui
lui en avoit inspiré l'idée, et dont les desseins s'accomplissent malgré
tous les obstacles, lui ménagea l'affection et les secours de la dame
Hennequin, veuve d'un procureur en la chambre des comptes de Rouen, qui
l'adopta pour sa fille. Réunies ensemble, ces deux vertueuses personnes
conçurent le dessein plus vaste de fonder un double hôpital pour les
hommes et pour les femmes, dont le dernier seroit desservi par elles;
l'autre devoit être confié aux soins des frères de la Charité. On
commença cet établissement à Louviers, au diocèse d'Évreux; et il fut
autorisé par des lettres-patentes qui nommoient les religieux du
tiers-ordre de Saint-François supérieurs de ces deux communautés. Ces
dames et les personnes qu'elles s'associèrent avoient pris en 1617 un
habit de religieuse, sans cependant se lier encore par aucun voeu, et
leur institution charitable commençoit à prospérer, lorsque la mort
imprévue de madame Hennequin vint tout à coup en arrêter les progrès.
Françoise de La Croix prit aussitôt la résolution de venir à Paris, avec
quelques-unes, de ses compagnes, pour former un nouvel établissement
dans cette capitale. Elles y arrivèrent en 1623, et se logèrent d'abord
au faubourg Saint-Germain, rue du Colombier. L'archevêque de Paris ayant
permis cet établissement par ses constitutions du 25 novembre 1624, les
lettres-patentes qui le confirmoient leur furent accordées au mois de
janvier de l'année suivante, et furent enregistrées le 16 mars 1626. Les
libéralités de madame d'Orsai mirent bientôt ces religieuses en état de
louer une grande maison rue des Tournelles; mais M. Faure,
maître-d'hôtel ordinaire du roi, mérita surtout le titre de fondateur,
en leur donnant de quoi acheter cette maison, et fonder douze lits _pour
les femmes ou filles malades, qui, nées dans une condition honnête, mais
sans fortune, se font une peine de se rendre à l'Hôtel-Dieu_. M. Faure
ne vécut que trois heures après cette fondation, laquelle fut exécutée
avec tant de zèle par sa veuve, que la plupart des historiens de Paris
lui ont aussi donné le titre de fondatrice.
[Note 630: Vie de la V. mère Françoise de la Croix, etc.,
1745.]
Cependant les frères de la Charité et les administrateurs de
l'Hôtel-Dieu, par des motifs qu'il est impossible de concevoir et
d'expliquer, virent avec déplaisir l'établissement d'une maison qui
diminuoit réellement leurs fatigues et leurs dépenses, en multipliant
les soins et les secours donnés aux malades, et formèrent opposition à
l'enregistrement des lettres-patentes que Marie de Médicis avoit
procurées aux hospitalières. Le parlement n'eut aucun égard aux motifs
d'opposition qu'ils présentèrent, et mit les parties hors de cour et de
procès; mais comme il n'enregistra les lettres-patentes qu'avec des
modifications qui changeoient le plan de l'établissement, les
hospitalières obtinrent deux lettres de jussion pour l'enregistrement
pur et simple, auquel le parlement se conforma en 1628. Le 9 juin de
cette année, M. de Gondi donna une nouvelle permission, et le 12 du même
mois Françoise de La Croix et ses compagnes furent mises en possession
de leur hôpital, en présence de Marie de Médicis. Un an après elles
firent leurs voeux; et leur ordre fut approuvé par Urbain VIII, le 20
décembre 1633.
Aux trois voeux ordinaires ces religieuses ajoutoient celui de se
consacrer au service des pauvres malades. Elles suivoient la règle de
saint Augustin[631].
[Note 631: Cette maison se faisoit honneur d'avoir servi de
retraite à _Françoise d'Aubigné_, marquise de Maintenon, avant
son séjour à la cour de Louis XIV.]
La grande salle contenoit vingt-trois lits destinés à recevoir
gratuitement les pauvres femmes et filles malades. Sur l'autel de la
chapelle étoit une Nativité peinte par _Coypel_[632].
[Note 632: On a établi dans les bâtiments de cette communauté
une filature en faveur des indigents.]
LES FILLES DE LA SOCIÉTÉ DE LA CROIX.
Nous avons déjà parlé de cet établissement formé à Roye par les soins de
M. Guérin, curé à Amiens[633]. Nous avons raconté comment, étant venues
se réfugier à Paris pour échapper aux désastres de la guerre, ces filles
y furent accueillies par une vertueuse dame nommée Marie Luillier, qui
voulut même aller s'établir avec elles dans l'asile qu'elle leur avoit
procuré à Brie-Comte-Robert. Enfin, on n'a point sans doute oublié que
le refus fait par quelques-unes des soeurs de s'engager avec elle par
des voeux solennels à la profession religieuse, occasionna une scission
dans ce petit troupeau, dont une partie resta encore quelque temps à
Brie-Comte-Robert, pour venir s'établir ensuite à Paris, rue des Barres,
tandis que l'autre alla sur-le-champ rejoindre madame Luillier, déjà
établie dans cette capitale, rue de Vaugirard. Ceci se passa en 1643.
[Note 633: _Voyez_ p. 848.]
Ce fut alors que cette dame acheta des sieurs de Villebousin l'hôtel des
Tournelles, c'est-à-dire une portion du terrain sur lequel il avoit été
situé. Les bâtiments dont il étoit composé se trouvèrent suffisants pour
y installer sa nouvelle communauté[634]. Madame la duchesse d'Aiguillon,
qui s'étoit déclarée fondatrice des filles de la Croix, et qui, à ce
titre, leur avoit donné, par contrat, une somme de 30,851 liv., leur
procura, de plus, un autre établissement à Ruel, lequel fut autorisé par
lettres-patentes données en 1655.
[Note 634: Ces bâtiments sont maintenant occupés par des
particuliers.]
LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE.
Personne n'ignore que cet ordre célèbre doit son institution à saint
François de Sales, qui en jeta les fondements dans la petite ville
d'Anneci, résidence des évêques de Genève, le 6 juin 1610. Ce ne fut,
dans son origine, qu'une assemblée ou congrégation de filles et de
veuves, dont l'objet étoit de visiter, de consoler les malades, et de
soulager les pauvres en l'honneur de Dieu, et en mémoire de la visite
que la Sainte-Vierge fit à sainte Élisabeth. Ces personnes gardoient la
chasteté, la pauvreté et l'obéissance, portoient un habit séculier, mais
modeste, ne s'obligeoient point à garder la clôture, et n'étoient
engagées que par un voeu simple à ces exercices de piété et de charité.
Le saint prélat pensoit, comme il le dit lui-même dans ses lettres, «que
les voeux simples sont aussi forts que les voeux de tous les ordres de
religion, pour obliger la conscience à leur observation[635],» et le
savant cardinal Bellarmin étoit du même sentiment. Cependant, malgré les
avantages qui résultoient de semblables congrégations, et
particulièrement de celle-ci, saint François de Sales, sollicité par
l'archevêque de Lyon, Denis de Marguemont, crut devoir sacrifier sa
façon de penser aux instances de ce prélat, et consentit, peu de temps
après l'institution de cette communauté, qu'elle devînt un ordre
religieux. Elle fut donc érigée en titre par un bref de Paul V, du 23
avril 1618, sous la règle de saint Augustin, et saint François de Sales
fut commis lui-même pour en régler les constitutions, qui furent
approuvées par le même pontife le 9 octobre de la même année, et
confirmées par Urbain VIII en 1626.
[Note 635: Lett. de S. Franç. de Sales, liv. I, lett. 21.]
La réputation d'un ordre aussi utile se répandit bientôt partout; et ce
succès fit naître au saint instituteur, qui se trouvoit alors à Paris,
le dessein de lui procurer une maison dans cette capitale. Il écrivit à
cet effet à la célèbre Jeanne-Françoise Frémiot, veuve de Christophe de
Rabutin, baron de Chantal, qui, non moins zélée que lui pour le nouvel
institut, avoit tout sacrifié pour le former, et en avoit été nommée
première supérieure. À la réception de sa lettre, elle partit de
Bourges, où elle étoit alors occupée à l'établissement d'un monastère de
son ordre, et se rendit à Paris avec trois de ses religieuses. Arrivée
dans cette ville le 6 avril 1619, elle alla demeurer chez madame
Gouffier, au faubourg Saint-Marceau, et ne tarda pas à obtenir de M.
Henri de Gondi, cardinal de Retz et évêque de Paris, la permission de se
fixer dans cette ville. Les lettres-patentes du roi, à cet effet, furent
données au mois de juin suivant[636]. Madame de Chantal se rendit alors
avec son troupeau au faubourg Saint-Michel, où on leur avoit préparé une
maison. La douceur de cet institut, qui n'exigeoit ni le chant des
offices, ni les abstinences ou jeûnes particuliers, ni l'austérité qui
se pratiquoit dans les autres ordres monastiques, excita dans ceux-ci
quelques inquiétudes, et fit même naître, de la part de quelques-uns
d'entre eux, des représentations auxquelles on n'eut aucun égard. Les
motifs mêmes qu'on alléguoit pour empêcher l'établissement des Filles de
Sainte-Marie ne firent qu'en accélérer les progrès, et tant de personnes
s'y engagèrent, qu'en moins de trente ans elles possédèrent trois
maisons dans Paris.
[Note 636: Elles furent enregistrées le 5 avril 1621, et
ratifiées par Louis XIV en 1651.]
Dès l'année 1621 ces religieuses furent transférées dans un logement
plus vaste et plus commode, situé rue du Petit-Musc et de la
Cerisaie[637]; mais cet hôtel ne se trouvant bientôt plus assez grand
pour le nombre de personnes qui entroient dans leur ordre, la dame
Hélène-Angélique l'Huillier, bienfaitrice et supérieure de
l'établissement, acheta l'hôtel de Cossé, rue Saint-Antoine, dont le
jardin étoit contigu à celui des religieuses. On travailla de suite aux
bâtiments nécessaires à une communauté, et, le 14 août 1629, les
religieuses s'y rendirent, sans être obligées de sortir de leur
enclos[638].
[Note 637: 27e liv. des Chart., f{os}. 329 et 330. On
l'appeloit hôtel du Petit-Bourbon. Il fut confisqué, ainsi que
tous les biens du connétable de Bourbon, et vendu à François
de Kervenoi le 10 décembre 1554, moyennant 6,125 liv. La dame
de Kervenoi le rétrocéda au roi le 16 décembre 1576; les
filles de la Visitation en firent l'acquisition le 18 février
1621; et cette acquisition fut amortie par deux
lettres-patentes, l'une du mois d'avril suivant, enregistrée
au parlement le 3 juillet de la même année; l'autre du mois
d'août, enregistrée à la chambre des comptes le 10 septembre
de ladite année 1621.]
[Note 638: C'est apparemment à ces émigrations qu'il faut
attribuer les différentes époques que les historiens de Paris
ont fixées à l'établissement des filles de la Visitation.
L'abbé Lebeuf et M. Robert donnent à tort pour époque l'année
1528. L'éditeur de Du Breul commet encore une plus grande
erreur en faisant venir ces religieuses au faubourg
Saint-Michel en 1612, et Le Maire en les établissant rue
Saint-Antoine en 1619; enfin l'auteur du _Calendrier
historique_ a renchéri sur ces fautes, en plaçant ces
religieuses, à leur arrivée, rue du Faubourg-Saint-Jacques, en
1623.]
Le commandeur de Silleri, ami de madame de Chantal, donna une somme
considérable pour faire bâtir l'église, dont il posa la première pierre
le 31 octobre 1632. Elle fut achevée en moins de deux ans, et dédiée le
14 septembre 1634 sous le titre de _Notre-Dame-des-Anges_, par M.
Fremiot, archevêque de Bourges, frère de madame de Chantal. Cette
église, qui est du dessin de François Mansart, fut édifiée sur le modèle
de Notre-Dame de la Rotonde à Rome[639].
[Note 639: _Voyez_ pl. 133.]
«L'ensemble en est agréable, dit un habile architecte du siècle
passé[640], et l'on trouve dans le plan l'idée première du dôme des
Invalides, idée que Jules-Hardouin Mansard, neveu de celui-ci, agrandit
et perfectionna beaucoup, pour produire son chef-d'oeuvre plus de
quarante ans après.
[Note 640: M. Legrand.]
»L'église de Sainte-Marie put ajouter à la réputation de François
Mansard; il n'avoit pas encore produit alors les nombreux édifices qui
l'ont rendu célèbre. Cependant il faut convenir que ni le plan ni
l'élévation ne donnent l'idée de cette pureté de goût et de ce soin
d'exécution qu'on lui attribue, et dont il a fait preuve dans beaucoup
d'autres ouvrages.»
Louis XIII, qui avoit confirmé l'établissement général de cet ordre par
ses lettres-patentes de 1620, enregistrées le 5 avril suivant, en
accorda de particulières à la maison de Paris, au mois d'octobre 1630.
Son successeur fit don à ces religieuses, par son brevet du 12 juin
1643, de trois places entre la porte Saint-Antoine, la Bastille, et leur
monastère, à la charge d'y faire bâtir «des maisons de même décoration
et symétrie,» et il confirma ce don par ses lettres-patentes du mois de
septembre de la même année, enregistrées le 13 mai de l'année suivante.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA VISITATION.
TABLEAUX.
Dans une chapelle, un saint Augustin, par _Restout_ fils.
Dans le chapitre, une descente de Croix, par _La Hyre_.
SÉPULTURES.
André Fremiot, archevêque de Bourges, et frère de madame de
Chantal, avoit sa sépulture dans une chapelle à gauche en
entrant.
Sous les marches de la même chapelle étoit inhumé _François
Fouquet_.
Et dans le même endroit, _Nicolas Fouquet_ son fils, si connu par
sa faveur et par sa disgrâce[641].
[Note 641: L'église est maintenant destinée au culte des
Réformés.]
LA PORTE SAINT-ANTOINE.
Lorsque Charles V fit bâtir la nouvelle enceinte dont nous avons si
souvent parlé, il est hors de doute qu'il fit en même temps élever une
porte pour servir de communication entre la ville et le faubourg
Saint-Antoine. On trouve en effet différents actes qui font mention de
cette porte, plusieurs même en parlent comme d'une espèce de forteresse,
ce que confirment les dessins qui nous en sont restés[642]. Le monument
qui l'a remplacée, et dont nous offrons ici une représentation, ne fut
construit que très-long-temps après. Cependant, quoique cette époque
soit assez rapprochée de nous, les historiens n'en ont pas moins varié
sur sa véritable date, les uns plaçant son érection sous le règne de
Henri II[643], d'autres soutenant qu'elle fut construite en 1573, pour
l'entrée solennelle que fit Henri III, en qualité de roi de
Pologne[644]. Jaillot présente comme une preuve décisive contre ces
assertions une inscription conservée par Du Breul[645], laquelle porte
que cet arc de triomphe avoit été construit, dès les fondements, l'an
1585, et par conséquent plus de dix ans après le retour de Henri III.
Mais cet habile critique n'a pas fait attention qu'il détruit lui-même
cette preuve quelques lignes plus bas, en rappelant les bas-reliefs dont
_Jean Goujon_ avoit décoré ce monument; et personne n'ignore que ce
sculpteur célèbre étoit mort avant l'avénement de ce dernier prince au
trône de France. Les mêmes contradictions se trouvent dans ce que ces
historiens rapportent sur la reconstruction de cette porte. Sauval et
Delamare[646] avancent qu'elle fut bâtie sur l'emplacement de
l'enceinte. Quelques-uns parlent d'un arc de triomphe élevé au-devant de
la première porte Saint-Antoine, auquel on ajouta depuis deux portiques
qui en dégagoient l'entrée, en même temps qu'on abattit l'ancienne
construction gothique. Ceux-là prétendent qu'on en conserva les
sculptures lorsqu'on la rebâtit en 1660.
[Note 642: _Voyez_ pl. 131.]
[Note 643: Germ. Brice, p. 237.]
[Note 644: Lemaire, t. III, p. 462.]
[Note 645: P. 1063.]
[Note 646: Sauval, t. I, p. 105.--Delamarre, t. I, p. 88.]