du Val-des-Écoliers, et les religieux qui y étudioient étoient admis aux
degrés dans l'université. Dans la suite des temps, le relâchement
s'étant introduit dans cet ordre, le cardinal de La Rochefoucauld,
autorisé par le saint Siége à faire des réformes dans les différentes
maisons religieuses, plaça dans celle-ci, en 1629, plusieurs chanoines
de la nouvelle réforme de Sainte-Geneviève. Cette mesure éprouva d'abord
quelques difficultés de la part de l'abbé, qui se plaignit d'un
changement par lequel ses droits étoient blessés; mais comme les
dispositions du cardinal furent confirmées par arrêt du conseil, du 5
août 1633, cet abbé prit enfin le parti, en 1636, d'unir son ordre à
celui de la congrégation de Sainte-Geneviève; et le prieuré de Paris
servit depuis de noviciat à ceux qui désiroient devenir chanoines
réguliers.
Les choses restèrent en cet état jusqu'au 23 mai 1767, que le
roi jugea à propos de faire transférer les chanoines de la
Couture-Sainte-Catherine dans la maison que les Jésuites occupoient
jadis rue Saint-Antoine, et de destiner l'emplacement de leur église
et de leurs bâtiments, déjà caducs, à la construction d'un marché
public, ce qui fut exécuté.
Lors de l'introduction des chanoines réguliers de Sainte-Geneviève dans
cette maison, le cloître du couvent et le portail de l'église avoient
été rebâtis à neuf, tous les deux par le même architecte[602], mais dans
un goût bien différent l'un de l'autre. Il se conforma, pour le premier
édifice, au caractère des anciens bâtiments de ce monastère, qui étoient
tous d'architecture gothique; et ce cloître fut composé de doubles
arcades ogives d'une forme très-élégante, et telles que nous les
représentons ici. Quant au portail, il lui donna la forme d'une tour
creuse, au milieu de laquelle étoit un porche soutenu par deux colonnes
avancées qui mettoient à couvert la porte d'entrée. Cette tour creuse
étoit entourée de pilastres, entre lesquels il plaça, de chaque côté,
deux niches circulaires enfermées dans des niches carrées, distribuées
avec symétrie, et d'une forme très-régulière. Les deux colonnes du
porche étoient accompagnées de triglyphes, mélange qui ne se pratique,
dit-on, que dans les temples consacrés aux vierges qui ont reçu la
couronne du martyre. Des feuilles de palmier en composoient les
chapiteaux, et quoiqu'on pût reprocher des défauts à l'ensemble de cette
composition, ces deux colonnes, formant un porche quadrangulaire au
milieu de cette façade, circulaire à ses extrémités, présentoient une
disposition d'ordonnance assez agréable. Au-dessus s'élevoit un
amortissement, sur le sommet duquel étoit la statue de sainte Catherine
appuyée sur une roue, symbole de son martyre. Les génies placés à
l'aplomb des colonnes, et sur les pilastres des tours creuses, servoient
de couronnement à tout ce frontispice. Ils portoient les instruments du
supplice de la sainte, et avoient été exécutés, ainsi que sa statue et
tous les ornements du portail, par _Desjardins_[603].
[Note 602: C'étoit un religieux de cette congrégation, nommé
_Decreil_. L'intérieur du cloître que nous donnons ici, relevé
sur d'anciens plans, n'a jamais été gravé en perspective.
(_Voyez_ pl. 123.)]
[Note 603: _Voyez_ pl. 133.]
Cette église renfermoit plusieurs monuments curieux, qui furent
transférés, avec la communauté, dans l'église de Saint-Louis. Nous
croyons mieux suivre l'ordre que nous avons adopté, en les décrivant
ici, que si nous les avions joints aux monuments de l'autre église.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINTE-CATHERINE.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Pierre d'Orgemont, chancelier de France sous Charles V et Charles
VI, mort en 1389. Son tombeau[604] étoit placé dans une chapelle
qu'il y avoit fondée, et qui servit depuis de sépulture à
plusieurs seigneurs de sa famille.
[Note 604: Cette sculpture, qui a toute la roideur et toute la
barbarie du style gothique, représente ce chancelier à genoux
et les mains jointes. Il est revêtu de l'habit militaire,
lequel est orné, suivant l'usage de ce temps-là, de ses
armoiries brodées dans la partie inférieure de la soubreveste.
Une particularité remarquable de ce monument, c'est que la
figure et le vêtement sont peints de couleurs imitant le
naturel. Nous ignorons à quelle époque ces couleurs y ont été
appliquées; mais elles paroissent très-anciennes. Il étoit
déposé au musée des Petits-Augustins.]
Jacques de Ligneries, seigneur de Crosnes, président au parlement
de Paris, mort en 1556.
Antoine Sanguin, connu sous le nom du cardinal de Meudon,
grand-aumônier de France sous François Ier, mort en 1559.
René de Birague, chancelier de France, mort en 1583. Son
mausolée[605], placé dans la chapelle qui portoit son nom, étoit
de la main du célèbre _Germain Pilon_.
[Note 605: Ce chef-d'oeuvre de la sculpture françoise avoit
été déposé dans le même musée. Le chancelier de Birague y est
représenté, en bronze, à genoux devant un prie-dieu, et revêtu
des marques de sa dignité. Derrière lui, un génie éploré
semble éteindre un flambeau. Il est impossible de rien
imaginer de plus noble et de plus vrai que la tête de cette
figure. La draperie, si difficile à agencer à cause de son
énorme volume, est rendue avec un art admirable; et telle est
la vérité qui règne dans son exécution, que l'on y sent tout
le mouvement, que l'on y retrouve en quelque sorte toutes les
formes du corps, bien qu'il soit entièrement enseveli sous
cette vaste simarre. Le génie n'est pas exécuté avec moins de
sentiment et de délicatesse; tout enfin, dans ce monument,
rappelle le bel âge de la sculpture moderne, et porte
l'empreinte d'un talent du premier ordre.]
Valence Balbienne, femme de René de Birague, morte en 1572. Son
tombeau, exécuté par le même sculpteur, étoit placé auprès de
celui de son mari[606].
[Note 606: Cette dame y est représentée à demi couchée sur son
sarcophage, appuyée sur un coussin, et tenant un livre de la
main droite. La forme de sa robe, composée d'une étoffe
brochée et à grands ramages, ainsi que celle de sa coiffure,
offrent une image exacte et naïve des modes de cette époque;
auprès d'elle est un chien, symbole de la fidélité, et à ses
pieds, de même que dans l'autre monument, un génie en pleurs
éteint un flambeau. Dans cette sculpture, non moins excellente
que la première, éclatent toute la grâce, tout le sentiment,
toute la finesse qui caractérisent les productions de Germain
Pilon; et, pour la délicatesse du ciseau, peut-être est-elle
préférable même à la statue du chancelier. Le marbre nous y
semble travaillé avec une facilité égale à celle que l'on
admire dans les plus beaux monuments antiques. Cette facilité
si attrayante, lorsqu'elle est réunie à la science et au
sentiment, est surtout remarquable dans un bas-relief placé
sur la partie inférieure du sarcophage, dans lequel est
représenté le cadavre de madame de Birague, consumé par la
maladie et déjà défiguré par la mort. Nous croyons qu'il n'y a
rien dans la sculpture françoise que l'on puisse mettre
au-dessus de ce morceau. Il avoit été déposé dans le même
musée.]
Dans ce même monument étoit renfermé le coeur de Jean de Laval,
marquis de Nesle, etc., second mari de Françoise de Birague,
fille unique du chancelier, mort en 1578.
LE PALAIS DES TOURNELLES.
Le palais des Tournelles, que Dubreul et son éditeur[607] ont confondu
avec l'hôtel royal de Saint-Paul, étoit une vaste maison que Pierre
d'Orgemont, seigneur de Chantilli, chancelier de France et de Dauphiné,
avoit fait rebâtir et qu'il s'étoit plu à orner pour en faire sa
demeure. Après sa mort, il passa à Pierre d'Orgemont son fils, évêque de
Paris, qui le vendit à Jean, duc de Berri, frère de Charles V. Le
contrat de vente, déposé dans les archives de l'archevêché, est du 16
mai 1402[608]. En 1404, le duc de Berri le céda, par échange, au duc
d'Orléans. Ce palais ne tarda pas à entrer dans les domaines de la
couronne: car, dès 1417, il est qualifié _Domus regia Tornellarum_ dans
les registres capitulaires du chapitre de Notre-Dame[609].
[Note 607: Liv. III, p. 1050.]
[Note 608: Sauval, qui ne connoissoit pas ce contrat, dit que
cette vente se fit en 1398; D. Félibien s'est conformé à cette
date. Dans un autre endroit Sauval avance que ce fut en 1404,
et que ce prince l'échangea, en 1422, avec le duc d'Orléans.
Cet historien ne s'étoit pas aperçu que ces dates étoient
doublement inadmissibles, le duc d'Orléans ayant été assassiné
en 1407, et le duc de Berri étant mort en 1416.]
[Note 609: _Cap._ VIII, p. 177.]
Les Anglais s'étant rendus maîtres de Paris, le duc de Betford, régent
du royaume au nom du roi d'Angleterre, choisit l'hôtel des Tournelles
pour en faire sa demeure, et l'agrandit en y joignant huit arpents et
demi de terre qu'il acheta des religieux de Sainte-Catherine. Cette
acquisition avoit été faite le 17 juin 1423, moyennant 200 liv. une fois
payées, et 16 sols de chef-cens; mais on voit dans les archives de cette
communauté que cette vente forcée fut cassée douze ans après, et qu'en
vertu des lettres de Charles VII, données le 3 décembre 1437, les
religieux rentrèrent dans leur possession[610].
[Note 610: Archiv. de S. Cather.]
Cet hôtel étoit si spacieux qu'il renfermoit alors tout le terrain
compris entre le boulevart, la rue Saint-Gilles, et celles de l'Égout et
de Saint-Antoine. Charles VII et ses successeurs en préférèrent le
séjour à celui de l'hôtel Saint-Paul[611]. Louis XII y mourut; et c'est
aussi dans cette maison qu'expira Henri II, blessé mortellement dans une
joute par un coup de lance qu'il avoit reçu du comte de Montgommeri. Ce
funeste événement détermina Catherine de Médicis à quitter ce palais, et
Charles IX à donner l'édit du 28 janvier 1565, qui en ordonnoit la
démolition.
[Note 611: À l'exception de Louis XI, car on voit dans les
registres de la chambre des comptes qu'en 1467 «ce prince
donna à Jacques Coitier (_alias_ l'Hoste), _astrologien_, la
conciergerie des jardins de l'hôtel des Tournelles, et les
profits, sa vie durante.» L'année suivante il appartenoit à la
comtesse d'Angoulême.]
D. Félibien a avancé que l'exécution de cet édit fut pressée avec une si
grande ardeur «que bientôt, par ordre de la reine, on eut abattu tout ce
qu'il y avoit de bâtiments, que les jardins furent pareillement
détruits, les murailles renversées, les fossés comblés; et qu'afin qu'il
n'en restât aucun vestige, elle ordonna que la cour intérieure fût
réduite en place publique, pour servir de marché aux chevaux.» Cependant
Jaillot ne pense pas que cette démolition ait été aussi prompte; et il
cite à l'appui de son opinion de nouvelles lettres-patentes du 15 mai
1565, et d'autres de 1569, qui contenoient encore des dispositions à ce
sujet. Sauval prétend même que par la suite Henri III y plaça des
Hiéronymites; mais il y a apparence que ce fut dans des bâtiments
construits exprès pour eux sur une partie du palais des Tournelles, et
qu'alors cet édifice étoit entièrement démoli.
On comptoit, dans cette immense demeure, plusieurs préaux et chapelles,
douze galeries, deux parcs, six grands jardins, un labyrinthe qu'on
nommoit _Dédale_, et un septième jardin de neuf arpents, que le duc de
Betford faisoit labourer par son jardinier.
L'emplacement qu'il occupoit a été successivement couvert par la place
Royale et par les rues dont elle est environnée.
Sauval a dit avec raison que tant que ce palais a subsisté, et dans le
temps même que nos rois l'habitoient, il devoit au prieur et aux
religieux de Sainte-Catherine, lots et ventes, cens et rentes. François
Ier, qui disoit avec raison que le roi ne relevoit de personne, et que
tout le monde relevoit du roi, les paya lui-même à l'exemple de ses
prédécesseurs: et lorsque Henri IV en vendit les places vides, avec la
réserve des droits seigneuriaux pour lui et ses successeurs, il promit
aux religieux de Sainte-Catherine de les en dédommager, promesse qui fut
exécutée par Louis XIII en 1615.
LA PLACE ROYALE.
Cette place fut commencée en 1604, par ordre de Henri IV, sur la portion
de l'emplacement du palais des Tournelles qui servoit alors de marché
aux chevaux. Il y fit bâtir d'abord un vaste bâtiment de cent toises de
long sur soixante de large, dans lequel il plaça des manufactures de
soie; et la même année vit s'élever une partie des constructions
régulières qui devoient former la nouvelle place. On construisit à ses
frais le côté parallèle à la rue Saint-Antoine et le pavillon qui fait
face à la rue de la chaussée des Minimes; les places des trois autres
côtés ayant été ensuite distribuées par portions égales, on les céda à
des particuliers pour un écu d'or de cens, à la charge de bâtir toutes
les maisons sur un plan symétrique et entièrement semblable au dessin de
celles que le roi avoit fait édifier, lesquelles furent vendues depuis à
d'autres particuliers. Des lettres-patentes de ce prince, du mois de
juillet 1605, ordonnèrent que cette place seroit appelée _place Royale_.
L'enceinte en fut achevée en 1612[612]. Elle offre dans son intérieur
une surface de soixante-douze toises en carré. Tous les édifices qui la
composent forment autant de pavillons bâtis de pierre et de brique, et
couverts séparément d'un comble à deux égouts. Au pied de ces façades
règne une suite d'arcades, formant une galerie couverte de douze pieds
dans oeuvre sur environ douze pieds de hauteur. Ces galeries sont
voûtées en cintre surbaissé, construites des mêmes matières que les
pavillons, et décorées du côté de la place d'un ordre toscan de
vingt-deux pouces de diamètre, sans entablement ni corniche. Au-dessus
de cet ordre s'élèvent deux rangs d'étages, non compris les logements
pratiqués dans les combles. Les entrées des rues Royale, des Minimes et
du pas de la Mule sont pratiquées sous les arcades de trois de ces
pavillons. Celle de la rue de l'Écharpe est à découvert, et interrompt
seule la clôture des bâtiments.
[Note 612: Le 5 avril de cette même année, Marie de Médicis y
donna le spectacle d'un magnifique carrousel, qu'elle avoit
ordonné à l'occasion de la double alliance contractée entre la
France et l'Espagne.]
Entre tous ces corps de logis se font remarquer deux pavillons beaucoup
plus élevés que les autres, et sous lesquels sont ouvertes deux des
entrées dont nous venons de parler[613]. Ces deux pavillons sont décorés
de pilastres d'ordre dorique de vingt pouces de diamètre, couronnés d'un
entablement composé, au-dessus duquel s'élèvent également deux étages
surmontés d'un grand comble qui domine sur tous les autres combles de la
place[614].
[Note 613: Celles des rues Royale et des Minimes.]
[Note 614: _Voy._ pl. 124.]
Au-devant de ces galeries est une chaussée pavée, de quarante pieds de
largeur, établie pour le passage des voitures. Cette chaussée, du côté
opposé aux galeries, est bordée d'une grille de fer, renfermant un
grand préau orné de gazons et d'allées sablées. C'est au milieu de cette
enceinte que le cardinal de Richelieu fit placer, le 27 septembre 1639,
la statue équestre de Louis XIII. Elle étoit élevée sur un piédestal de
marbre.
Ce prince y étoit représenté le casque en tête, vêtu à la romaine,
retenant d'une main la bride de son cheval et étendant l'autre en signe
de commandement. La figure, exécutée par _Biard_ le fils, sculpteur très
médiocre, passoit pour un très-mauvais ouvrage; mais les connoisseurs
donnoient de grands éloges au cheval, que l'on devoit à une main plus
habile, et qui n'avoit point été fait pour le monument auquel il étoit
adapté. _Daniel Ricciarelli_, élève de Michel-Ange, l'avoit exécuté,
dit-on, pour y placer une statue de Henri II. La mort l'empêcha de
terminer ce grand ouvrage, et c'est ce qui en fit changer la
destination[615].
[Note 615: _Voyez_ pl. 131. Cette statue a été abattue le 10
août 1792.]
Sur les faces du piédestal étoient placées des inscriptions à la louange
de Louis XIII et de son ministre[616].
[Note 616: Sur la face qui étoit du côté de la rue
Saint-Antoine, on lisoit:
«Pour la glorieuse et immortelle mémoire du très-grand et
très-invincible Louis-le-Juste, XIIIe du nom, roi de
France et de Navarre, _Armand, cardinal et duc de
Richelieu_, son principal ministre dans tous ses
illustres et généreux desseins, comblé d'honneurs et de
bienfaits par un si bon maître et un si généreux
monarque, lui a fait élever cette statue, pour une marque
éternelle de son zèle, de sa fidélité et de sa
reconnoissance. 1639.»
Sur la face du côté des Minimes:
_Ludovico XIII, christianissimo Galliæ et Navarræ regi,
justo, pio, felici, victori, triomphatori, semper
augusto_, Armandus cardinalis, dux Richelius,
_præcipuorum regni onerum adjutor et administer, domino
optimè merito, principique munificentissimo, fidei suæ,
devotionis, et ob innumera beneficia immensosque honores
sibi collatos, porenne grati animi monimentum, hanc
statuam equestrem ponendam curavit, anno Domin. 1639_.
Sur la face à droite:
POUR LOUIS-LE-JUSTE.
SONNET.
Que ne peut la vertu? que ne peut le courage?
J'ai dompté pour jamais l'hérésie en son fort.
Du Tage impérieux j'ai fait trembler le bord,
Et du Rhin jusqu'à l'Ebre accru mon héritage.
J'ai sauvé par mon bras l'Europe d'esclavage;
Et si tant de travaux n'eussent hâté mon sort,
J'eusse attaqué l'Asie, et d'un pieux effort,
J'eusse du saint tombeau vengé le long servage.
_Armand_, le grand _Armand_[616-A], l'âme de mes exploits,
Porta de toutes parts mes armes et mes lois,
Et donna tout l'éclat aux rayons de ma gloire.
Enfin il m'éleva ce pompeux monument,
Où, pour rendre à son nom mémoire pour mémoire,
Je veux qu'avec le mien il vive incessamment.
Sur la face à gauche:
_Quod bellator hydros pacem spirare rebelles,
Deplumes trepidare aquilas, mitescere pardos,
Et depressa jugo submittere colla leones,
Despectat Lodoicus, equo sublimis aheno,
Non digiti, non artifices fecere camini;
Sed virtus et plena Deo fortuna peregit.
Armandus vindex fidei pacisque sequester
Augustum curavit opus; populisque verendam
Regali voluit statuam consurgere circo,
Ut post civilis depulsa pericula belli,
Et circum domitos armis felicibus hostes,
Æternum Dominâ Lodoicus in urbe triumphet._]
[Note 616-A: On doit remarquer, pour l'honneur du cardinal de
Richelieu, que ce sonnet ridicule, composé par Desmarets de
Saint-Sorlin, ne fut gravé sur ce piédestal que long-temps
après la mort de ce ministre.]
Ce ne fut qu'en 1685, sous le règne de Louis XIV, que fut élevée la
grille qui entoure ce monument: on la doit à la générosité des
propriétaires des trente-cinq pavillons qui la composent, lesquels
donnèrent chacun à cet effet une somme de 1000 l. Ces maisons étoient
alors regardées comme les plus grandes et les plus superbes habitations
de Paris; elles servoient de demeure à ce qu'il y avoit de plus illustre
à la cour et à la ville: elles ont beaucoup perdu de leur ancienne
splendeur.
LES MINIMES DE LA PLACE ROYALE.
Nous avons déjà fait connoître en parlant des Minimes de Chaillot[617],
vulgairement connus sous le nom de _Bons-Hommes_, tout ce qui a rapport
à l'origine et à l'établissement en France de ces religieux. On a vu que
leur premier couvent avoit été bâti sur le terrain de l'ancien manoir
de _Nijon_, et le second, établi dans le monastère _de Grandmont_, situé
au milieu du bois de Vincennes. Les choses restèrent en cet état
jusqu'au commencement du dix-septième siècle.
[Note 617: _Voyez_ t. Ier, 2e partie, p. 1053.]
Vers la fin du siècle précédent, les Minimes de Chaillot, qui désiroient
vivement former un établissement dans l'intérieur même de Paris, avoient
été sur le point de voir leurs voeux exaucés par la libéralité de Henri
de Joyeuse, d'abord duc, pair et maréchal de France, connu depuis dans
l'histoire sous le nom de Père Ange de Joyeuse, capucin. Cet homme
célèbre, ayant pris l'habit de Saint-François le 4 septembre 1587, avoit
légué en 1588 une portion de son hôtel[618] aux Minimes de Chaillot, à
la charge par eux de remplir différentes fondations; mais il changea
presque aussitôt de disposition, et le donna en entier aux Minimes de la
province de France, sous d'autres conditions, qui sont étrangères à
l'objet que nous traitons ici.
[Note 618: Cet hôtel, situé dans le quartier du Palais-Royal,
étoit contigu à celui que le cardinal de La Rochefoucauld céda
aux religieuses de l'Assomption. Il y en eut même une petite
portion d'enclavée dans ce monastère.]
Leurs espérances ayant été frustrées de ce côté, ils sembloient avoir
entièrement renoncé à leur projet, lorsqu'environ vingt ans après
Olivier Chaillou, chanoine de Notre-Dame, et descendant d'une soeur de
saint François de Paule, fondateur de leur ordre, entra dans le couvent
des Minimes de Chaillot, et, par le don qu'il leur fit de tous ses
biens, les mit en état d'acheter une partie du parc des Tournelles, et
de bâtir les lieux qu'ils y ont occupés depuis jusqu'à la fin de la
monarchie. Nos historiens ont fort varié sur la date de cet
établissement, qu'il faut fixer, avec Jaillot, à l'année 1609, date du
contrat[619] par lequel M. de Vitri vendit au provincial des Minimes une
place sur laquelle avoient été situés les bâtiments élevés dans le parc
des Tournelles, par Henri III, pour y établir les Hiéronymites. L'achat
de ce terrain, qui ne composoit qu'une portion du jardin de ce seigneur,
fut bientôt suivi de l'acquisition d'un autre morceau de terre situé à
l'extrémité de ce même jardin, et la totalité de l'emplacement forma
environ 2000 toises de superficie. Henri IV donna en 1610 des
lettres-patentes qui autorisèrent cette transaction, laquelle fut
confirmée la même année par de nouvelles lettres de Louis XIII. Elles
furent enregistrées au parlement le 19 juillet de la même année et à la
chambre des comptes le 14 juillet 1611.
[Note 619: Ch. des comptes. Mémor. 4, L. fº 316,
_verso_.--_Ibid._, Reg. des arrêts, R. 1700, fº 658.]
Les Minimes se contentèrent d'abord d'élever sur cet emplacement
quelques légers bâtiments construits à la hâte et une petite chapelle où
la messe fut célébrée pour la première fois le 25 mars 1610, jour de
l'Annonciation, circonstance qui engagea sans doute à désigner cette
maison sous le nom de l'_Annonciade_.
Il n'y a pas d'apparence qu'ils eussent pu de long-temps y établir un
monastère, si Marie de Médicis n'eût eu la pensée de se déclarer
fondatrice de ce couvent. Afin de mériter ce titre d'une manière digne
d'elle, elle fit d'abord rembourser aux Minimes la somme qu'ils avoient
payée pour le prix de leur acquisition, et ordonna aussitôt la
construction de l'église qui a subsisté jusqu'à la destruction de cet
ordre. Le cardinal de Gondi y mit la première pierre au nom de cette
princesse; et, le 4 mai 1630, M. de La Vieuville, petit-neveu de saint
François de Paule, posa celle du maître-autel, lequel fut sans doute
élevé et décoré par sa libéralité, car il est qualifié de fondateur dans
l'inscription qui y fut gravée. L'église fut dédiée le 29 août 1679,
sous l'invocation du saint instituteur de l'ordre des Minimes.
Cette église, construite sur les dessins de François Mansard, étoit
remarquable par son portail, élevé après coup, et qui passa long-temps
pour un beau morceau d'architecture. C'étoit un de ces frontispices si
communs dans nos églises modernes, lesquels présentent plusieurs
ordonnances de colonnes, élevées les unes sur les autres, dans une
forme pyramidale, sorte de décoration qui ne se rattache en aucune
manière à l'édifice; qui, dans sa construction, ne présente aucun but
d'utilité, et que nous avons déjà signalée comme un des abus les plus
déplorables du faux goût qui a régné si long-temps en France dans
l'architecture. Ce portail étoit composé au rez-de-chaussée d'un ordre
dorique surmonté d'un fronton triangulaire, au-dessus duquel s'élevoit
un ordre composite, que couronnoit un second fronton de forme
circulaire. Toute cette composition avoit une sorte d'éclat; mais
quoiqu'elle ait été mise par les connoisseurs du siècle dernier au rang
des monuments françois les plus recommandables, l'assemblage bizarre de
tant de parties incohérentes ne pouvoit satisfaire les yeux d'un homme
de goût[620].