avoit reçu le nom de _Porte de Saint-Louis_, et sur laquelle
on lisoit cette inscription:
_Ludovicus Magnus avo divo Ludovico._
_Anno_ R. S. M. DC LXXIV.
Cette inscription a fait croire à Piganiol que cette porte
avoit été bâtie en 1674 (t. IV, p. 363). Jaillot prétend que
cette date ne se rapporte qu'à sa reconstruction: car il dit
avoir trouvé dans un registre des ensaisinements de
Saint-Éloi, au 18 septembre 1642, _porte commencée à bâtir au
bout de la rue de Poitou_; il ajoute toutefois qu'il est
difficile de concilier cette date avec les provisions _de la
charge de concierge de la nouvelle porte du Marais du Temple,
appelée la porte Saint-Louis_, qui, suivant un mémorial de la
chambre des comptes, furent accordées en 1637. Cette porte a
été abattue en 1760.]
_Rue Porte-Foin._ Elle va de la rue du Temple dans celle des
Enfants-Rouges. Sauval dit[515] qu'en 1282 elle se _nommoit_ la _rue des
Poulies_, et _Richard-des-Poulies_; que depuis _Jean Porte-Fin_ y ayant
élevé un grand logis, le peuple donna son nom à la rue, et que ce nom a
été changé depuis en celui de Porte-Foin. Quand on eut établi dans cette
rue l'hôpital des Enfants-Rouges, le peuple lui donna aussitôt le nom de
rue des _Enfants-Rouges_, et des _Bons-Enfants_, comme on le voit sur
quelques plans; mais elle a repris le nom de Porte-Foin, qu'elle portoit
long-temps avant l'établissement de cet hôpital[516].
[Note 515: T. I, p. 158.]
[Note 516: La rue nouvelle percée sur l'emplacement de cet
hôpital se nomme _rue Molay_.]
_Rue des Douze-Portes._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Louis, et
de l'autre à la rue Saint-Pierre. Son premier nom étoit celui de
_Saint-Nicolas_. Sauval dit[517] qu'elle le devoit à M. Nicolas Le Jai,
premier président, qui en étoit propriétaire. Elle a pris celui qu'elle
porte de douze maisons dont elle étoit composée.
[Note 517: T. V, p. 158.]
_Rue du Roi-Doré._ Elle traverse de la rue Saint-Gervais dans celle de
Saint-Louis. Cette rue a d'abord été nommée _rue Saint-François_; elle
est ainsi désignée dans le procès-verbal d'alignement du 4 juillet 1620,
et dans celui de 1636 elle est nommée _Françoise_. Enfin on lui donna le
nom de _rue du Roi-Doré_, à cause d'un buste doré de Louis XIII, qu'on
avoit placé à l'une de ses extrémités.
_Rue de la Roulette_[518]. Cette rue n'est connue comme telle que depuis
le milieu du dernier siècle. C'est la continuation de la rue du
Mesnil-Montant, depuis la rue de la Folie-Moricourt jusqu'à celle du
Bas-Popincourt. Son nom est dû à ces anciens bureaux des commis des
fermes préposés pour empêcher la fraude. On les appeloit _roulettes_,
parce qu'ils étoient montés sur des roulettes pour être plus facilement
transportés d'un lieu à un autre.
[Note 518: Cette rue est nommée maintenant _Mesnil-Montant_,
comme celle dont elle fait la continuation.]
_Rue de Saintonge._ Elle va de la rue de Bretagne au rempart. On la
continua jusqu'à la rue de Boucherat en 1697. Ensuite on décida de la
continuer jusqu'au boulevart, sous le nom de _rue de Montigni_, ce qui
ne fut point exécuté.
_Vieille rue du Temple_[519]. La partie de cette rue qui dépend de ce
quartier commence aux coins des rues de la Perle et des Quatre-Fils, et
finit au carrefour des Filles-du-Calvaire. On la nommoit autrefois rue
de la _Couture_, _Culture_, et _Clôture du Temple_, parce qu'elle
aboutissoit à cet édifice; puis, rue de l'_Égout du Temple_ à cause de
l'égout qui passoit en cet endroit. Enfin on la trouve désignée sous les
noms de rue de _la Porte Barbette_, de _la Poterne Barbette_, rue
_Barbette_ et _Vieille-Barbette_. Elle devoit ces noms à l'hôtel
Barbette, dont il sera parlé au quartier Saint-Antoine.
[Note 519: Ce fut dans cette rue que fut assassiné le duc
d'Orléans, frère de Charles VI, vis-à-vis d'une maison qu'on
appeloit alors l'image Notre-Dame, près le couvent des
religieuses hospitalières de Saint-Gervais.]
_Rue du Temple._ Cette rue qui fait la continuation de la rue
Sainte-Avoie, et aboutit au boulevart, doit son nom à la maison des
Templiers, à laquelle elle conduisoit. Dès 1235 on l'appeloit _vicus
militiæ Templi_, et en 1252 rue de la _Chevalerie du Temple_.[520] Elle
a été prolongée jusqu'au boulevart en 1697[521].
[Note 520: Sauval, t. I, p. 163.]
[Note 521: Il y a dans la rue du Temple un cul-de-sac appelé
_de l'Échiquier_, lequel a pris son nom de l'enseigne d'une
maison qui en faisoit le coin. Sauval dit que ce cul-de-sac
est un reste d'une rue nommée _du Noyer_; mais, selon Jaillot,
cette rue du Noyer étoit placée entre celle de Braque et des
Vieilles-Haudriettes. Il cite à l'appui de son opinion des
lettres du garde de la prévôté de Paris, du 8 mai 1371, qui
déterminent cette situation.]
_Rue du Faubourg-du-Temple._ Le nom de cette rue est dû au Temple,
au-delà duquel elle est située. Nous avons déjà dit que, dès avant le
règne de Charles IX, il y avait déjà en cet endroit quelques maisons,
dont le nombre, s'étant successivement augmenté, a formé ce faubourg.
On trouve dans les archives de Saint-Merri qu'au treizième siècle cet
endroit s'appeloit _le clos de Malevart_, et qu'il fut donné à titre
d'échange au chapitre en 1175[522].
[Note 522: À l'extrémité de cette rue étoit une caserne des
Gardes-Françoises.]
_Rue des Fossés-du-Temple._ Elle conduit du faubourg du Temple au
Pont-aux-Choux, le long des fossés dont elle a tiré son nom.
_Rue des Marais-du-Temple._ Elle traverse de la rue du
Faubourg-du-Temple dans celle de la Folie-Moricourt et de
Mesnil-Montant. On l'a ainsi appelée à cause des marais potagers dont
elle étoit environnée. Auparavant on la nommoit _Merderet_, et des
_Trois-Portes_, parce qu'alors elle étoit en forme d'équerre, et fermée
aux trois extrémités. (On la nomme maintenant rue du _Haut-Moulin_.)
_Rue de Thorigni._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Gervais, et de
l'autre au coin des rues de la Perle et du Parc-Royal. On la nommoit
anciennement _rue Neuve-Saint-Gervais_. Elle étoit connue sous le nom de
Thorigni dès 1575[523]. Nous avons déjà eu occasion de remarquer qu'elle
faisoit un retour d'équerre, et se prolongeoit jusqu'à la rue
Saint-Louis. Ce retour s'appelle aujourd'hui _rue du Parc-Royal_.
[Note 523: Cens. de l'évêché, fol. 130.]
_Rue de Touraine._ Elle traverse de la rue du Perche dans celle de
Poitou. L'alignement en fut ordonné en 1626.
_Rue de Vendôme._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Temple, et de
l'autre à la rue Charlot, vis-à-vis celle de Boucherat. Le nom qu'elle
porte n'a pas la même origine que ceux de la plupart des rues voisines
qui tirent leur dénomination d'une province ou de sa ville capitale;
mais il lui fut donné en l'honneur de Philippe de Vendôme, grand-prieur
de France, sur le terrain duquel elle avoit été ouverte, en exécution du
contrat qui fut passé avec la ville le 17 août 1695.
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.
_Église des Capucins._--Dans le choeur et derrière l'autel, on voit un
tableau moderne représentant le _Baptême de Jésus-Christ_ (donné par la
ville en 1819).
_Marché du Temple._--Il a été construit sur la place qu'occupoient
autrefois l'église et la plus grande partie des constructions renfermées
dans cet enclos. Ce marché se compose de quatre grands carrés, divisés
par compartiments que forment des poteaux entre lesquels ont été
établies les places des marchands; et chaque carré est couvert d'une
toiture qui le met à couvert de la pluie. Ces marchands sont au nombre
d'environ deux mille, fripiers, lingères, ferrailleurs, chapeliers,
cordonniers, etc. etc. On entre dans cette vaste foire par deux grandes
ouvertures que l'on a pratiquées en abattant plusieurs maisons de la rue
du Temple.
_Fontaines._--On en construit deux nouvelles devant l'hôtel du
grand-prieur. Elles se composent de deux piédestaux sur lesquels
s'élèvent deux figures de femmes assises et couronnées de roseaux: l'une
tient une rame et une corne d'abondance; l'autre un roseau et une cruche
d'où l'eau se répand. Ces figures d'un beau style ont été moulées par
Pujol.
_Panorama Dramatique._--C'est un petit théâtre que l'on vient de
construire tout nouvellement. La façade en est d'un excellent goût. Elle
se compose d'une grande arcade ornée de deux colonnes et de deux
pilastres entre lesquels sont placées deux figures symboliques: l'une
tient un masque et une épée, l'autre des instruments de musique. Dans le
tympan sont deux génies tenant d'une main une trompette, de l'autre une
couronne; dans le fronton deux autres génies à genoux supportent les
armes de France.
_Jardin Turc._--Il règne le long du boulevart, et sert, particulièrement
le samedi, de réunion aux familles juives.
RUES NOUVELLES.
_Rue Neuve de Bretagne._ Elle commence à la rue Neuve du Mesnil-Montant
et finit à la rue Saint-Louis.
_Rue Ferdinand._ Elle commence à la rue des Moulins et vient aboutir à
la rue Lorillon.
_Rue Neuve du Mesnil-Montant._ Elle vient aboutir à la rue Saint-Louis,
commençant au boulevart.
_Rue de la Rotonde._ Elle commence dans la rue de Bretagne et vient
aboutir dans l'enclos du Temple.
Il y a dans le même enclos une rue nouvellement percée qui vient aboutir
à celle de Vendôme; elle est encore sans nom.
QUARTIER SAINT-ANTOINE.
Ce quartier est borné à l'orient par les extrémités du faubourg
jusqu'aux barrières inclusivement; au septentrion, par
l'extrémité du même faubourg et par les rues de Mesnil-Montant,
Neuve Saint-Gilles, du Parc-Royal et de la Perle exclusivement; à
l'occident, par la Vieille rue du Temple inclusivement, depuis
les coins des rues des Quatre-Fils et de la Perle jusqu'à la rue
Saint-Antoine; et au midi, par la rue Saint-Antoine
inclusivement, depuis le coin de la Vieille rue du Temple jusqu'à
l'extrémité du faubourg.
On y comptoit, en 1789, soixante-quatorze rues, onze culs-de-sac,
une église paroissiale, deux chapelles, cinq communautés
d'hommes, neuf couvents et quatre communautés de filles, quatre
maisons hospitalières, une grande quantité d'hôtels, plusieurs
places, etc.
Avant le règne de Philippe-Auguste, tout le vaste emplacement qu'occupe
ce quartier étoit hors des murs; on n'y voyoit, à cette époque, que des
cultures et quelques hameaux répandus çà et là, à une assez grande
distance de la ville.
Il n'y a pas même d'apparence que l'enceinte élevée par ce prince en ait
renfermé quelques parties, car les historiens de Paris qui lui donnent
le plus d'étendue de ce côté ne la placent pas plus loin que la porte
_Baudoyer_, limite occidentale du quartier dont nous parlons.
Enfin, sous Charles V et Charles VI, on voit s'élever une nouvelle
muraille, dans laquelle est renfermée toute la portion de ce quartier
qui s'étend jusqu'à la Bastille. Il paroît, par le plan de Dheulland,
que cette forteresse étoit appuyée à l'occident contre les murs de
l'enceinte: car la porte de la ville y est indiquée dans la rue
Saint-Antoine, entre celle des Tournelles et la rue Jean-Beausire.
Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III; et pendant
ce long intervalle on voit se former la rue du faubourg qui conduit à
l'abbaye Saint-Antoine, et celle qui aboutit au chemin de Charenton.
Sous les règnes suivants se formèrent successivement des rues dans la
direction des divers bourgs ou villages situés dans le rayon de ce
quartier; et pendant l'espace de deux cents ans ces accroissements
continuels devinrent si considérables que le faubourg finit par
embrasser dans sa circonférence le plus grand nombre de ces villages,
tels que la Rapée, Reuilli, Picpus, la Croix-Faubin, Popincourt, etc.
Enfin la dernière enceinte élevée sous Louis XVI renferma dans la ville
tout cet immense territoire.
Le quartier Saint-Antoine, qui, de même que celui de Saint-Paul, fut si
long-temps habité par nos rois, devint aussi le lieu où demeurèrent de
préférence les personnages les plus distingués de la cour et de la
ville. De nombreux et magnifiques hôtels y furent élevés de tous les
côtés; jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, il conserva cette antique
splendeur, et fut pour la ville de Paris ce qu'ont été depuis les
faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré[524].
[Note 524: Nous avons joint à la représentation que nous
donnons ici de la porte de ville qui dépendoit de ce quartier,
celle du quartier du Temple située, jusqu'au règne de Louis
XIV, à l'extrémité de la rue du même nom. (_Voyez_ pl. 131.)]
LES HOSPITALIÈRES DE SAINTE-ANASTASE,
DITES DES FILLES SAINT-GERVAIS.
«L'on ne doute point, dit Sauval[525], que, sous le règne de
Louis-le-Gros, l'hôpital Saint-Gervais n'ait été fondé, qui se nomme à
présent l'hôpital des filles Sainte-Anastase.» Jaillot non-seulement en
doute, mais il affirme le contraire, en produisant le plus ancien titre
qui concerne cette maison, lequel est de 1171[526]. Ce titre nous
apprend l'origine de cet hôpital, situé d'abord au parvis de l'église
Saint-Gervais, et nous en avons déjà fait connoître les fondateurs[527].
Par la bulle de confirmation que donna Alexandre III en 1173[528],
suivant quelques-uns, et en 1179, suivant d'autres[529], il étoit
administré par un maître ou procureur, et par des frères. Les choses
restèrent en cet état jusque vers le milieu du quatorzième siècle, que
Foulques de Chanac, évêque de Paris, y plaça quatre religieuses, sous la
direction d'un maître et d'un proviseur. Cette nouvelle forme
d'administration subsista jusqu'en 1608, que le cardinal de Gondi,
s'étant vu forcé de supprimer ces deux chefs à cause de leur mauvaise
gestion, se réserva le droit de commettre l'agent nécessaire pour
recevoir les voeux des religieuses et les comptes qu'elles devoient
rendre de leur temporel; ce qui a toujours été observé depuis.
[Note 525: T. I, p. 559.]
[Note 526: Dubreul, p. 950.]
[Note 527: _Voyez_ p. 847.]
[Note 528: Lemaire, t. III, p. 166.]
[Note 529: Hist. de Paris, t. I, p. 199.--Piganiol, t. IV, p.
128.--Dubreul, p. 951.]
Le premier nom de cette maison, et son nom le plus ordinaire, a
toujours été celui de Saint-Gervais, qu'elle tiroit de son origine et de
sa première situation. On s'étoit même habitué à le donner à la
chapelle, quoiqu'elle fût dédiée, dès l'année 1358, sous celui de sainte
Anastase, martyre, circonstance qui cependant fit naître l'usage
d'appeler religieuses de Sainte-Anastase celles qui desservoient
l'hôpital. Des causes semblables à celles qui ont occasionné tant de
changements de domicile parmi les communautés hospitalières ou
religieuses de Paris, telles que le nombre plus considérable des
professes, des pauvres, des malades dont elles prenoient soin, la
caducité de leurs bâtiments, devenus d'ailleurs trop petits, etc., les
déterminèrent, en 1654, à chercher une autre demeure. Elles achetèrent,
en conséquence, dans la Vieille rue du Temple, un hôtel assez vaste qui
s'étendoit jusqu'à la rue des Francs-Bourgeois et à celle des Rosiers.
Cet hôtel, qui avoit appartenu, dans l'origine, au comte de
Châteauvilain, leur fut vendu par les créanciers du marquis d'O,
surintendant des finances et gouverneur de Paris; l'acquisition en fut
approuvée par l'autorité ecclésiastique le 30 mars 1656, confirmée et
amortie par lettres-patentes de la même année.
Ces religieuses étoient de l'ordre de Saint-Augustin, et gouvernées par
une prieure perpétuelle. Elles exerçoient l'hospitalité envers les
hommes seulement, et pendant trois nuits de suite, comme celles de
l'hôpital de Sainte-Catherine[530] la pratiquoient envers les femmes et
les filles[531].
[Note 530: _Voyez_ t. I, p. 572, 2e partie.]
[Note 531: Les bâtiments de cette communauté sont maintenant
occupés par une manufacture.]
LE PETIT SAINT-ANTOINE.
Nous avons déjà parlé de ce fléau terrible connu sous les noms de _feu
sacré_, _mal des ardents_, _mal de Saint-Antoine_[532], dont la France
fut affligée pendant près de trois siècles, et dont les ravages furent
tels qu'on put croire, à certaines époques, que la génération entière
étoit condamnée à périr, à moins qu'un miracle n'opérât la guérison de
ceux qui en étoient attaqués. Les secours humains ne pouvoient leur
offrir d'autres moyens de salut que l'amputation du membre malade, et
souvent la crainte de la contagion empêchoit de leur rendre ce triste et
douloureux service. Ému du spectacle de tant de misères, un pieux et
charitable gentilhomme du Dauphiné, nommé Gaston, conçut, vers l'an
1095, avec _Gérin_ (ou Guerin) son fils, le projet de fonder un hôpital
pour ces infortunés dans le lieu appelé _la Motte Saint-Didier_, alias
_aux Bois_, et aujourd'hui le bourg ou petite ville de Saint-Antoine, au
diocèse de Vienne. Plusieurs autres gentilshommes s'associèrent à leur
généreuse entreprise; et la communauté séculière qu'ils formèrent, avec
l'approbation du pape Urbain II, ne tarda pas à prendre une forme
régulière. Honoré III leur permit, en 1218, de faire les trois voeux
ordinaires; et l'on voit par la bulle de Boniface VIII, de 1297, qu'ils
suivoient la règle de Saint-Augustin, et qu'on les appeloit _chanoines
ou frères de Saint-Antoine_. C'est par cette bulle que leur maison fut
érigée en abbaye, et qu'elle devint le chef-lieu de l'ordre; toutes les
autres maisons n'avoient que le titre de commanderies.
[Note 532: _Voy._ t. I, p. 289, 1re partie.]
Ceux qui ont écrit sur Paris assignent des époques différentes à
l'établissement de ces religieux dans cette ville[533]. On n'en connoît
point en effet la date certaine; mais Jaillot, qui avoit vu l'histoire
manuscrite de cette maison, ne croit pas qu'il soit possible d'en
reculer l'origine au-delà du règne du roi Jean. Cette histoire[534]
nous apprend en effet que la commanderie d'Auxerre comprenoit dans sa
juridiction toutes les villes de la province de Sens dont Paris faisoit
alors partie. On y lit que _Geoffroi de Privas_, grand-prieur de
l'abbaye de Saint-Antoine, et commandeur d'Auxerre, venoit souvent dans
cette capitale, soit pour les affaires de l'ordre, soit pour celles de
sa commanderie; et qu'il occupoit, en 1359, une maison située près du
lieu où fut depuis le Petit Saint-Antoine.
[Note 533: Corrozet, Sauval et Lemaire le placent sous saint
Louis, sans en apporter aucune preuve; l'abbé Lebeuf, vers
1360; Piganiol, en 1361; Dubreul et dom Félibien, en 1368.]
[Note 534: Archiv. du Petit Saint-Antoine.]
Charles, fils aîné du roi Jean, jouissoit alors du Dauphiné, que Humbert
lui avoit cédé en 1349. Pendant le séjour qu'il avoit fait dans cette
province, il avoit eu occasion de connoître l'ordre de Saint-Antoine; et
le dévouement admirable de ces chanoines hospitaliers l'avoit
profondément édifié. Il conçut dès lors le projet d'accorder la plus
éclatante protection à une institution aussi utile, projet qu'il
effectua en leur abandonnant d'abord des biens confisqués sur des
vassaux rebelles[535], ensuite en leur faisant don, pour les établir à
Paris, d'un grand manoir acheté de ses propres deniers et à leur
intention, en l'année 1361. Ce terrain, appelé _la Saussaie_, contenoit
539 toises carrées, et étoit situé entre les rues Saint-Antoine et du
Roi de Sicile. La nouvelle maison fut aussitôt érigée en commanderie par
le chapitre général de l'ordre; il fut décidé qu'elle seroit appelée
_Commanderie de France_, et que celle d'Auxerre, venant à vaquer, par la
mort ou par la démission de Geoffroi de Privas, y seroit réunie. Cette
mort arriva bientôt, et _Pierre de Lobet_, général de l'ordre, donna, le
18 septembre 1361, des provisions à _Aimard Fulcevelli_ pour réunir et
gouverner ces deux commanderies. On doit donc regarder cette date comme
celle de la véritable époque de cet établissement, sans avoir égard à
tout ce qu'ont pu dire de contraire les divers historiens de Paris[536].
[Note 535: Drocon Guarrel et Jean de Vaux, qui s'étoient
soustraits à son obéissance, et avoient embrassé le parti du
roi de Navarre.]
[Note 536: Les nouveaux établissements éprouvent toujours des
difficultés, et celui-ci en eut plusieurs à vaincre: le curé
de Saint-Paul, dans la paroisse duquel étoit situé le
monastère du Petit Saint-Antoine, éleva quelques contestations
qui furent terminées par une transaction passée le 26 février
1365, par laquelle Hugues d'Optère, commandeur, s'oblige, lui
et ses successeurs, à payer tous les ans dix livres au curé de
Saint-Paul, et à partager avec lui l'honoraire de ceux qui
seroient inhumés dans la nouvelle église. Cette transaction
fut confirmée par Estienne, évêque de Paris, et par Pierre de
Lobet, général de l'ordre.
Peu de temps après il s'éleva un autre différend entre Hugues
de Châteauneuf, successeur de Hugues d'Optère, et le prieur de
Saint-Éloi, à l'occasion du manoir de la Saussaie, qui
relevoit de son prieuré. Cette contestation fut encore
terminée moyennant une rente annuelle de quarante livres, que
le commandeur s'obligea de payer, lui et ses successeurs.]
D. Félibien s'est encore trompé lorsqu'il dit que «ces religieux se
servirent d'abord d'une chapelle, jusqu'à ce que Charles V, parvenu à la
couronne, leur eut fait bâtir une église, qui fut achevée en
1368[537].»--Les lettres de Charles V ne parlent point d'église; elles
ne font mention que du manoir de la Saussaie, et il paroît que la
modicité des revenus n'avoit pas encore permis d'y bâtir ni l'hôpital ni
l'église qui faisoient la base de l'établissement. Cet état de chose est
prouvé jusqu'à l'évidence par un acte de 1373, dans lequel le chapitre
déclare que «la commanderie de Paris, érigée depuis peu, _nova
plantatio_, a besoin d'une église et d'un hôpital, et que la modicité de
ses revenus ne lui fournissoit pas les moyens d'élever ces
constructions; que, pour éviter le scandale qui en résulteroit s'il n'y
avoit pas une église de Saint-Antoine à Paris, il a résolu d'unir à
cette commanderie celle de Bailleul en Flandre, laquelle est assez riche
pour subvenir à ces dépenses.» Cette réunion fut effectivement opérée;
et, suivant Dubreul et l'auteur des _Antiquités des villes de
France_[538], l'église fut bâtie, en 1375, par Hugues de Châteauneuf,
qu'ils qualifient d'abbé de Saint-Antoine, et qui n'étoit réellement
que commandeur de la maison de Flandre, à laquelle celle de Paris venoit
d'être réunie.
[Note 537: Hist. de Par., t. III, p. 484.]
[Note 538: Publiées sous le nom de Duchesne, chap. VII, p. 59,
de l'édit. de 1614.--Dubreul, p. 997.]
Dubreul, Lemaire et autres disent que cette église fut rebâtie en 1442,
sans donner d'autre preuve de ce fait, sinon qu'elle fut dédiée cette
même année; mais nous avons déjà fait voir que, depuis quelques siècles,
la dédicace des églises se faisoit souvent à de longs intervalles après
leur consécration[539], d'où il résulte qu'on ne peut rien inférer d'une
semblable circonstance.
[Note 539: _Voyez_ 1re partie de ce vol., p. 444.]
L'union de la commanderie de Paris avec celle de Bailleul subsista
jusqu'en 1523, qu'elles furent séparées l'une de l'autre par l'empereur
Charles-Quint, alors souverain des Pays-Bas, lequel ordonna que cette
dernière commanderie ne seroit possédée à l'avenir que par un religieux
né dans ses États. Environ un siècle après, en 1618, le titre de celle
de Paris fut supprimé; et cette suppression devint commune, en 1622, à
toutes les autres commanderies. Antoine Brunel de Grammont, abbé et
général de l'ordre, qui l'ordonna, n'exerça un semblable coup d'autorité
que par les plus louables motifs. Il considéra que l'autorité dont
jouissoient les commandeurs apporteroit indubitablement des obstacles
invincibles à la réforme qu'il se proposoit d'introduire dans son
ordre, réforme qu'il eut en effet le bonheur et la gloire de lui faire
accepter. Ce changement fut opéré en vertu d'une bulle de Paul V, du 3
avril 1618, que suivirent des lettres-patentes du 8 juin suivant; et la
maison fut dès lors changée en séminaire ou collége destiné à
l'éducation des jeunes gens nouvellement admis dans la communauté.