_Rue Sainte-Anastase._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Louis, et
de l'autre aux rues de Thorigni et de Saint-Gervais. Ce nom lui vient de
celui des religieuses hospitalières de Sainte-Anastase, dites depuis de
Saint-Gervais. Le sixième plan du commissaire Delamare indique cette rue
comme déjà existante en 1594: c'est une erreur. Un procès-verbal
d'alignement, trouvé dans les archives des dames hospitalières dont nous
venons de parler, constatoit que ce ne fut qu'en 1620 que la culture de
Saint-Gervais commença d'être couverte de maisons. Dans cette pièce, qui
est du 4 juillet de cette année, il est dit qu'on a jugé nécessaire de
faire sur le terrain de cette culture une rue de vingt pieds de large,
pour donner entrée et issue à la ruelle de Thorigni, qui sera appelée
rue Saint-Gervais; plus une autre rue de pareille largeur, aboutissant
sur l'égout, qu'on appellera _rue Sainte-Anastase_.
_Place d'Angoulême._ Cette place, située rue des Fossés-du-Temple, et à
laquelle vient aboutir la rue d'Angoulême, a été tracée dans cet
emplacement depuis 1780.
_Rue d'Anjou_[495]. Elle fait la continuation des rues Pastourelle et
de Poitou, entre lesquelles elle se trouve située. Elle a été ainsi
nommée dès son origine, c'est-à-dire en 1626, comme on peut le voir sur
les plans de ce temps-là. Cependant on la trouve désignée sous le nom de
rue de _Vaujour_ dans quelques plans postérieurs, notamment dans ceux de
Jouvin, de 1676, et de De Fer, en 1692.
[Note 495: Henri IV avoit conçu le projet de faire au Marais
une place magnifique et de la plus vaste étendue, qui auroit
été appelée _place de France_. Ce prince en fit tracer le plan
en sa présence, l'an 1608. On devoit y entrer par huit rues,
larges de dix toises, bordées de bâtiments uniformes, et
chacune devoit porter le nom d'une de nos grandes provinces.
La mort funeste du roi empêcha l'exécution de ce grand projet.
Louis XIII ayant permis depuis de bâtir sur l'emplacement qui
avoit été réservé à cet effet, on changea les alignements, et
l'on donna aux rues qu'on y perça en 1626 et depuis, les noms
de nos provinces et de leurs principales villes. Telle est
l'origine des noms d'Anjou, de Bretagne, du Perche, de
Limoges, de Périgueux, etc., sous lesquelles sont indiquées
diverses rues de ce quartier.]
_Rue de Beaujolois._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Forez, et de
l'autre à celle de Bourgogne. Elle a été ouverte en 1626[496].
[Note 496: Sauval parle d'une communauté de _Barratines_, sous
le titre de saint François de Paule, établie dans cette rue.
Nous n'avons pu rien découvrir de cette communauté, détruite
sans doute depuis très-long-temps, si elle a jamais existé. La
rue de Beaujolois a pris pendant la révolution le nom de _rue
des Alpes_.]
_Rue de Beauce._ Elle aboutit d'un côté à la rue d'Anjou, et de l'autre
à l'extrémité des rues de la Corderie et de Bourgogne. Elle fut
également tracée en 1626.
_Rue de Berri._ Elle fait la continuation de la rue d'Orléans, et
aboutit aux rues de Bretagne et de Bourgogne, et à celle d'Angoumois ou
Charlot. Son origine est de la même époque que les trois précédentes.
_Rue Blanche._ C'est la partie de la rue Sainte-Maur ou du chemin de
Saint-Denis qui se trouve entre la rue des Trois-Bornes et celle du bas
Popincourt. Nous n'avons pu rien découvrir au sujet de cette
dénomination[497].
[Note 497: Jaillot conjecture qu'elle pourroit venir d'une
barrière dormante qu'on avoit posée à l'une de ses extrémités.
Il y a eu effectivement plusieurs de ces barrières nommées
_Blanches_.]
_Rue des Trois Bornes._ C'est un chemin qui traverse de la rue de la
_Folie-Moricourt_ dans celle du chemin de Saint-Denis, au coin de la rue
Blanche. Elle doit vraisemblablement son nom à quelques bornes qui s'y
trouvoient, ou à trois maisons isolées qu'on voyoit encore à son
extrémité dans le siècle dernier. Ce chemin étoit tracé dès la fin du
dix-septième siècle; mais il ne paroît pas qu'on lui ait donné un nom
avant 1730[498].
[Note 498: On la nomme aujourd'hui rue _Lorillon_. Robert
indique une rue de la _Haute-Borne_: c'est la continuation du
chemin de Mesnil-Montant, depuis la rue du Bas-Popincourt.
Elle doit ce nom à un lieu dit la _Haute-Borne_, connu par
quelques cabarets, dans l'un desquels le fameux _Cartouche_
fut arrêté.]
_Rue de Boucherat._ C'est la continuation de la rue Saint-Louis jusqu'à
celle de Vendôme, à partir de la rue des Filles-du-Calvaire. Le roi, par
son arrêt du conseil du 23 novembre 1694, et par celui du 7 août 1696,
avoit ordonné que la rue Saint-Louis seroit continuée jusqu'au nouveau
cours, et de là en retour jusqu'à la rue du Temple. La ville fut
autorisée, l'année suivante, à faire quelques changements à ce plan. La
rue qui devoit être continuée jusqu'au rempart sous le nom de rue
Neuve-Saint-Louis le fut sous celui de Boucherat, qui étoit le nom du
chancelier d'alors, comme il paroît par le procès-verbal d'alignement,
du 12 août 1697, et par l'arrêt confirmatif du 12 juillet 1698.
_Rues de Bourgogne et de Bretagne._ Nous réunissons ces deux rues, parce
que l'une sert de continuation à l'autre depuis la rue de la Corderie
jusqu'à celle de Saint-Louis, et que souvent on les a confondues
ensemble. Tantôt les historiens n'en ont fait qu'une sous le nom de
Bretagne ou sous celui de Bourgogne, comme on peut le voir sur plusieurs
anciens plans; tantôt on a distingué les rues de Bourgogne et de
Bretagne, ce qui a été fait sur des plans plus modernes. Enfin il y en a
qui lui donnent les deux noms, quoiqu'ils n'en fassent qu'une rue qu'ils
nomment ainsi indistinctement de Bretagne ou de Bourgogne. Cependant il
y a lieu de croire que, dans son origine, c'est-à-dire en 1626, on ne la
connoissoit que sous le nom de Bretagne, car c'est ainsi qu'elle est
indiquée dans le procès-verbal de 1636, et sur les plans antérieurs à
celui de Gomboust, qui ne font point mention de la rue de Bourgogne.
_Rue des Filles-du-Calvaire._ Elle aboutit d'un côté aux rues
Saint-Louis et de Boucherat, et de l'autre au boulevart; c'est une
continuation de la Vieille rue du Temple. L'ouverture en fut ordonnée
par arrêt du conseil, du 7 août 1696. On décida qu'elle seroit appelée
rue du Calvaire, à cause du monastère des religieuses de ce nom qui y
étoit situé.
_Rue du Grand-Chantier._ Elle fait la continuation de la rue du Chaume,
et aboutit à celle des Enfants-Rouges, au coin des rues Pastourelle et
d'Anjou. Nous avons déjà eu occasion de remarquer qu'anciennement elle
portoit ce nom _du Chaume_ dans toute son étendue, depuis la rue des
Blancs-Manteaux. On l'appela ensuite rue _du Chantier du Temple_, à
cause de celui qui y étoit situé, et enfin du Grand-Chantier, nom
qu'elle a toujours conservé depuis.
_Rue Charlot._ Elle commence au bout des rues de Bourgogne et de
Bretagne, et aboutit au Boulevart. Cette rue fut percée en 1626, et
appelée d'_Angoumois_. Elle ne porte pas d'autre nom dans nos anciennes
nomenclatures, et sur tous les plans du dix-septième siècle. Mais comme
un riche financier, appelé Claude Charlot[499], y fit alors bâtir
plusieurs maisons, le peuple lui donna le nom de ce particulier, et ce
nom lui est resté; elle aboutissoit alors à la rue Boucherat. En 1694 il
fut ordonné qu'elle seroit prolongée jusqu'au boulevart, et dans cette
partie elle devoit être nommée rue _Bosc_, à cause de M. Charles Bosc,
seigneur d'Ivry, alors prévôt des marchands. La rue a été continuée,
mais sous le même nom d'Angoumois ou Charlot.
[Note 499: Claude Charlot étoit originairement un pauvre
paysan du Languedoc qui devint un riche financier,
adjudicataire des gabelles et de cinq grosses fermes, et
propriétaire d'une terre érigée en duché.]
_Rue Saint-Claude._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Louis, et de
l'autre au boulevart. On croit que son nom lui vient d'une statue de
saint Claude, placée au coin du cul-de-sac qui se trouve dans cette rue.
Elle existoit dès 1644. C'étoit la continuation de la rue ou chemin
qu'on a depuis appelé rue Saint-Pierre. Elle a été ouverte en partie sur
un terrain appartenant aux Célestins, nommé en 1481 le _clos
Margot_[500].
[Note 500: Arch. de Saint-Opport. Il y a dans cette rue un
cul-de-sac qui porte le même nom, et qui existoit également en
1644. Il y en avoit un second qui conduisoit au jardin du
chancelier Boucherat, et qui forme aujourd'hui une partie de
la rue de Harlai. (_Voyez_ plus bas cette rue.)]
_Rue de la Corderie._ Elle règne le long des murs de l'enclos du Temple,
depuis la rue du Temple jusqu'à celle de Bourgogne. On l'a aussi nommée
_Cordière_ et des _Corderies_. Ces noms viennent des cordiers qui y
travailloient avant que cet emplacement eût été couvert de maisons.
_Rue du Chemin-Saint-Denis_[501]. C'est un ancien chemin qui fait la
continuation de la rue Saint-Maur jusqu'à la rue Blanche; il a été ainsi
appelé parce qu'il conduit aux chemins de Saint-Denis et de Saint-Maur.
[Note 501: Cette rue a pris le nom de celle de Saint-Maur, au
bout de laquelle elle est située.]
_Rue de l'Échaudé._ Elle traverse de la rue du Temple dans celle de
Poitou, et doit son nom à sa situation. Nous avons déjà eu occasion de
remarquer qu'on appelle _Échaudé_ une île de maisons en forme
triangulaire, qui donne sur trois rues.
_Rue des Enfants-Rouges._ C'est la continuation de la rue du
Grand-Chantier, depuis la rue d'Anjou jusqu'à la rue Porte-Foin. Nous
avons remarqué ci-dessus qu'on l'appeloit rue du Chantier-du-Temple,
parce qu'on ne la distinguoit pas alors de celle qui porte ce nom. Elle
reçut son nouveau nom de l'hôpital établi depuis dans la rue Porte-Foin.
_Rue des Quatre-Fils._ Elle traverse de la rue du Grand-Chantier dans la
Vieille rue du Temple. Dans les anciens actes elle est nommée rue de
l'_Échelle-du-Temple_, dont elle fait la continuation. Elle se
prolongeoit même alors jusqu'à la rue de Thorigni. On la trouve aussi
désignée, en 1358, et dans quelques titres du milieu du quinzième
siècle[502], sous le nom de rue _des Deux-Portes_. Mais peu de temps
après, une enseigne des Quatre Fils-Aimon lui en fit donner le nom,
qu'elle a toujours conservé depuis. Aujourd'hui on dit simplement rue
des Quatre-Fils.
[Note 502: Arch. du Templ.--Sauval, t. I, p. 160.]
_Rue de la Folie-Moricourt._ Elle va de la rue du Faubourg-du-Temple à
celle de Mesnil-Montant. C'est un chemin de traverse qu'on trouve nommé
sur le plan de Bullet, la _Folie-Marcaut_, et sur d'autres plans,
_Moricaut_, _Mauricaute_, et _Mauricourt_ ou _Moricourt_, qui est le nom
d'un particulier.
_Rue des Fontaines-du-Roi._ Elle aboutit d'un côté à la rue du
Faubourg-du-Temple, et de l'autre à celle du chemin de Saint-Denis.
Gomboust l'appelle _Chemin du Mesnil_. Elle doit sans doute son nom à
quelques tuyaux de fontaines qui pouvoient y conduire les eaux de
Belleville, ou à quelque réservoir qu'on y avoit construit[503].
[Note 503: On la nomme aujourd'hui rue _Fontaine_.]
_Rue de Forez._ Elle aboutit à la rue Charlot et à celle de Beaujolois.
C'est une des rues qui furent tracées en 1626, et désignées sous un nom
de province. (Voyez rue d'Anjou.)
_Rue Neuve-Saint-François._ Elle traverse de la Vieille rue du Temple
dans celle de Saint-Louis, et doit le nom qu'elle porte à François Le
Févre de Mormans, président des trésoriers de France, qui en donna
l'alignement le 4 juillet 1620. Piganiol a été mal informé lorsqu'il a
dit qu'elle s'appeloit Saint-François à cause de François Ier, sous le
règne duquel elle fut bâtie. On l'a quelquefois confondue avec la rue
Françoise, dite aujourd'hui du Roi-Doré.
_Rue Saint-Gervais._ Elle fait la continuation de la rue de Thorigni, et
aboutit à la rue Neuve-Saint-François. Le procès-verbal de 1620, que
nous avons déjà cité, porte que, _pour donner entrée et issue à la rue
de Thorigni, il sera fait une rue de vingt pieds de large qui sera
appelée rue Saint-Gervais_. Malgré cela le peuple s'obstina à la nommer
_rue des Morins_, comme on peut le voir sur les plans de Gomboust, de
Bullet et autres, parce que la culture Saint-Gervais aboutissoit de ce
côté au terrain des sieurs Morin, et qu'alors leurs jardins bordoient la
rue Saint-Gervais.
_Rue Culture-Saint-Gervais._ Elle va de la Vieille rue du Temple à la
rue Saint-Gervais et à celle de Thorigni. Elle a été percée en même
temps que la précédente, et non pas en 1594, comme le dit le
commissaire Delamare[504]. Cette rue devoit être nommée rue de
_l'Hôpital-Saint-Gervais_, et on la trouve désignée sous ce nom dans
plusieurs titres des dames de Saint-Gervais jusqu'en 1653. Cependant
dès 1636 on l'appeloit rue de _la Culture_, de _la Couture_ et _des
Coutures-Saint-Gervais_. Elle doit ce nom, ainsi que la précédente, au
terrain de l'hôpital Saint-Gervais, sur lequel elle a été ouverte. Ce
terrain ou culture s'étoit formé de différentes acquisitions, qui
faisoient partie du clos Saint-Ladre et de la Courtille-Barbette.
[Note 504: Trait. de la Pol., t. I, p. 81.]
_Rues Saint-Gilles_ et _Neuve-Saint-Gilles_. Elles sont aussi connues sous
le nom de _rue Neuve-Saint-Gilles_ et _Petite rue Neuve-Saint-Gilles_. La
grande commence à la rue Saint-Louis. On l'a prolongée en retour d'équerre
pour communiquer au boulevart; et c'est ce retour d'équerre qu'on appelle
petite rue Neuve-Saint-Gilles. Valleyre ne les distingue pas l'une de
l'autre. La première étoit déjà ouverte en 1644; la seconde ne l'a été qu'à
la fin du dix-septième siècle.
_Rue du Harlai._ Elle aboutit à la rue Sainte-Claude et au boulevart.
Nous avons déjà dit que dans la rue Sainte-Claude il y avoit autrefois
un second cul-de-sac ou ruelle qui conduisoit au jardin de l'hôtel de
Boucherat. Ce jardin se prolongeoit jusqu'au boulevart, et il étoit
encore en cet état au commencement du dernier siècle; mais M. de Harlai
ayant acheté le terrain qui s'étendoit entre ce jardin et la rue
Sainte-Claude, et y ayant fait bâtir un hôtel, alors le cul-de-sac fut
prolongé en retour d'équerre le long de cet hôtel jusqu'au boulevart, et
prit le nom de rue de Harlai.
_Rue des Vieilles-Haudriettes._ Elle va de la rue du Temple dans celle
du Grand-Chantier, vis-à-vis la rue des Quatre-Fils. Son premier nom
étoit _rue Jehan l'Huilier_, qu'elle portoit en 1290 et qu'elle devoit à
un particulier. Elle a été ensuite appelée _des Haudriettes_ et _des
Vieilles-Haudriettes_, à cause de quelques maisons qui y étoient
situées, et qui appartenoient aux hospitalières fondées par Étienne
Haudri. On lui donna ensuite le nom de _l'Échelle du Temple_, parce que
le grand-prieur du Temple en avoit fait élever une à son extrémité[505].
On trouve aussi qu'en 1636 on l'appeloit _rue de la Fontaine-Neuve_, à
l'occasion de celle que la ville avoit fait construire à l'un des coins
de cette rue, et qu'on a rebâtie en 1762. Enfin elle a repris son ancien
nom des Vieilles-Haudriettes avant le milieu du dix-septième siècle, et
l'a toujours conservé depuis.
[Note 505: On voyoit encore en 1789, au coin de cette rue et
de la rue du Temple, des fragments de cette échelle. Ces
échelles, qui étoient des espèces de piloris, ou carcans,
servoient de marque de haute-justice. Pendant la minorité de
Louis XIV, de jeunes seigneurs, qu'on appeloit _les petits
maîtres_, s'avisèrent de faire brûler l'échelle de la justice
du Temple: elle fut rétablie sur-le-champ. L'archevêque de
Paris en avoit deux, l'une dans le parvis Notre-Dame et
l'autre au port Saint-Landri.]
_Rue de Limoges._ Elle aboutit à celle de Poitou et à celle de Bretagne.
C'est une des rues dont l'alignement et le nom furent ordonnés en 1626.
(Voyez rue d'Anjou.)
_Rue Saint-Louis_[506]. Elle commence, pour ce quartier, au coin des
rues du Parc-Royal et Neuve-Saint-Gilles, et finit au carrefour de la
Vieille rue du Temple et des Filles-du-Calvaire. C'étoit sur
l'emplacement qu'elle occupe que passoit un grand égout découvert,
lequel a subsisté ainsi jusqu'au règne de Louis XIII. C'est pourquoi on
l'a nommée successivement _rue de l'Égout_ et de _l'Égout couvert_,
ensuite _rue Neuve-Saint-Louis_, et _Grande rue Saint-Louis_. Cet égout
couvert avoit été reconstruit à côté de l'ancien en 1618.
[Note 506: On l'a nommée, pendant la révolution, _rue de
Turenne_.]
_Rue de la Marche._ Elle traverse de la rue de Poitou dans celle de
Bretagne, et fut tracée comme celle-ci en 1626.
_Rue de Mesnil-Montant._ On appelle ainsi le chemin qui conduit du
boulevart au hameau dont il a pris le nom. L'ancien nom de ce hameau est
le _Mesnil-Maudan_. On l'a ensuite altéré en celui de _Mesnil-Mautemps_
et _Mal-Temps_, enfin _Mesnil-Montant_. On sait qu'anciennement on
appeloit _mesnil_ une maison de campagne, _masnilium_, _mansionile_, et
qu'on s'est souvent servi de ce mot pour désigner un hameau ou petit
village. Si l'on a corrompu le nom primitif de _Mesnil-Maudan_ en
l'appelant _Montant_, ce nouveau nom étoit justifié par la position de
ce hameau. Le chemin qui y conduisoit du rempart étoit roide et escarpé.
La pente en fut adoucie, redressée et alignée en 1732. Deux ans après,
le roi donna l'ordre de planter les arbres qui s'élèvent des deux
côtés.
_Rue des Moulins_[507]. C'est un chemin qui commence à la rue
Saint-Maur, ou du chemin de Saint-Denis, et qui conduit aux moulins de
la butte de Chaumont, d'où son nom est venu.
[Note 507: On la nomme maintenant _rue Lorillon_.]
_Rue de Normandie._ Elle aboutit d'un côté à la rue Charlot, et de
l'autre au carrefour des Filles-du-Calvaire. Ce n'étoit encore à la fin
du dix-septième siècle qu'un chemin qui régnoit depuis ce carrefour
jusqu'à l'ancienne porte du Temple. Le terrain entre ce chemin et le
boulevart étoit vague. La ville ayant formé le dessein de le couvrir de
rues et de maisons, il fut arrêté qu'on y traceroit une rue qui seroit
appelée rue de Normandie. Mais elle fut supprimée par arrêt du conseil
du 23 novembre 1694. Cette suppression ayant occasionné des plaintes et
des représentations de la part des propriétaires des maisons qui avoient
leur entrée dans cette rue, le roi y eut égard, et ordonna, par un
nouvel arrêt du 7 août 1696, que le dessin formé pour la construction de
cette rue seroit exécuté depuis la rue de Périgueux jusqu'à la rencontre
de l'aile des murs du Temple. Elle a été prolongée ensuite jusqu'à la
rue Saint-Louis, par un autre arrêt du conseil, du 21 février 1701.
_Rue des Oiseaux._ Elle commence à la rue de Beauce, et, retournant en
équerre, elle aboutit à la rue de Bourgogne[508]. Le nom de cette rue
lui vient d'une enseigne. Elle est aussi indiquée sur quelques plans
sous le nom de _la petite rue Charlot_.
[Note 508: Il y a dans cet endroit un marché nommé autrefois
le _Petit-Marché du Marais_, et que Piganiol dit avoir été
établi en 1615 (t. IV, p. 371). Il y a sans doute une erreur
dans cette date: car dans les lettres de permission du roi
pour l'établissement de ce marché, il est dit qu'il sera
construit sur une place contenant deux cent soixante-trois
toises ou environ, tenant à la maison de M. Claude Charlot, à
la rue de Bretagne et à la grande rue de Berri. Le
procès-verbal de 1636 le place dans la rue de Berri; or, cette
rue ainsi que celles qui sont contiguës à ce marché n'ont été
percées qu'en 1626. On le nomme maintenant le _Marché-Rouge_.]
_Rue d'Orléans._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Quatre-Fils, et de
l'autre au coin des rue d'Anjou et de Poitou. Il y a dans cette rue une
ruelle fermée à ses deux extrémités, qui, tournant en équerre, aboutit à
la rue d'Anjou. On l'appelle _ruelle de Sourdis_, parce qu'elle règne
des deux côtés le long de l'hôtel qui portoit autrefois ce nom.
_Rue de l'Oseille._ C'est la continuation de la rue de Poitou, depuis la
Vieille rue du Temple jusqu'à celle de Saint-Louis. Les anciens plans ne
la distinguent pas de l'autre, qui conservoit alors son nom jusqu'au
rempart. Jaillot conjecture que les noms d'Oseille et de Pont-aux-Choux,
qu'on a donnés à la prolongation de cette rue de Poitou, pouvoient venir
des légumes dont étoient couverts les marais potagers sur lesquels elle
a été continuée.
_Rue du Parc-Royal._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Thorigni, et de
l'autre à la rue Saint-Louis. Elle portoit anciennement le nom de
_Thorigni_ depuis la Vieille rue du Temple jusqu'à l'égout, ou rue
Saint-Louis. Sauval dit[509] qu'on l'a nommée _rue du Petit-Paradis_, à
l'occasion d'une enseigne, et _rue des Fusées_, à cause de l'hôtel des
Fusées qui en occupoit une partie. Depuis on lui a donné le nom du
_Parc-Royal_, parce qu'elle conduisoit au parc de l'hôtel des
Tournelles.
[Note 509: T. I, p. 155.]
_Rue Pastourelle._ Elle traverse de la rue du Temple dans celle du
Grand-Chantier, vis-à-vis la rue d'Anjou. Suivant Sauval[510], cette rue
s'appeloit _Groignet_ en 1296, à cause de Guillaume Groignet, mesureur
des blés du Temple, et en 1302 _rue Jehan de Saint-Quentin_. Elle ne
conserva pas long-temps ce dernier nom; car on trouve dans un terrier de
Saint-Martin-des-Champs une maison indiquée en 1328 rue du Temple, à
l'opposite de _la Barre de la Pastourelle_; et en 1331, une maison à
_Roger Pastourel_. Ainsi, il y a lieu de croire que c'est à ce
particulier ou à sa famille que cette rue doit le nom qu'elle porte
aujourd'hui.
[Note 510: T. I, p. 155.]
_Rue du Perche._ Elle traverse de la rue d'Orléans dans la Vieille rue
du Temple; c'est une de celles dont l'alignement fut ordonné en 1626.
_Rue de Périgueux._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Bretagne, et de
l'autre à celle de Boucherat. Elle ne s'étendoit d'abord que jusqu'au
chemin sur lequel on a bâti la rue de Normandie; mais en 1697 il fut
ordonné qu'elle seroit prolongée jusqu'à la rue de Boucherat. Elle
devoit porter en cet endroit le nom de _rue Letourneur_, qui étoit celui
d'un conseiller de ville, alors échevin; mais on ne se conforma point à
cette dernière disposition.
_Rue de la Perle._ Elle traverse de la Vieille rue du Temple dans celle
de Thorigni, dont elle a autrefois porté le nom, ainsi que celui de
_l'Échelle-du-Temple_, comme nous l'avons observé ci-dessus. Sauval
dit[511] «qu'elle n'avoit point encore de nom en 1759, et que celui
qu'elle porte vient d'un tripot carré qui a passé long-temps pour le
mieux entendu de Paris.» Piganiol, en copiant cet article[512], ajoute
que c'était _la perle_ des tripots. Il eût été plus simple et plus vrai
de dire que ce nom venoit de l'enseigne de ce jeu de paume.
[Note 511: _Ibid._ p. 156.]
[Note 512: T. IV, p. 374.]
_Rue Saint-Pierre_ ou _Neuve-Saint-Pierre_. Cette rue, qui aboutit
d'un côté à la rue Saint-Gilles, et de l'autre à celle des
Douze-Portes, fut ouverte en 1640, et appelée rue Neuve, ensuite _rue
Neuve-Saint-Pierre_[513]. Elle se prolongeoit alors jusqu'à la rue
Saint-Claude, et même au-delà. Peu de temps après on la nomma _rue
Neuve-des-Minimes_; nom qu'elle portoit en 1655. Le roi, par ses
lettres-patentes du mois d'octobre de cette année, permit à M. de
Turenne, à M. de Guénégaud et à quelques autres de supprimer cette rue
vis-à-vis de leurs maisons, et de la comprendre dans leurs jardins.
Cette concession fut enregistrée au parlement le 26 août 1656. La rue
ainsi diminuée reprit son ancien nom de Saint-Pierre, qu'elle tenoit
d'une statue de ce saint placée à l'une de ses extrémités.
[Note 513: Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le
même nom, lequel faisoit partie, ainsi que le retour de la
petite rue Saint-Gilles, d'un chemin ou ruelle qui conduisoit
au rempart.]
_Rue de Poitou._ Elle commence au carrefour des rues d'Orléans, d'Anjou
et de Berri, et aboutit à la Vieille rue du Temple. Au milieu du
dix-septième siècle elle se prolongeoit jusqu'au rempart, ainsi qu'il
paroît par les anciens plans.
_Rue du Pont-aux-Choux._ Elle fait la continuation de la rue de
l'Oseille, depuis la rue Saint-Louis jusqu'au boulevart. Ce n'étoit,
dans le principe, qu'un chemin qui conduisoit à des marais où l'on
cultivoit des choux et autres légumes. À l'endroit[514] où elle commence
étoit un _ponceau_ ou petit pont, pour traverser l'égout que la rue
Saint-Louis couvre aujourd'hui, et ce pont étoit appelé le pont
Saint-Louis, ou le Pont-aux-Choux. Il en est fait mention dans un
procès-verbal d'arpentage, du 2 janvier 1624, lequel se trouvoit dans
les archives de l'archevêché.