réforme: ils voyoient le roi intimement lié d'intérêts avec Henri VIII,
qui tout récemment venoit d'adopter leurs principes; ils savoient qu'il
négocioit avec les princes protestants d'Allemagne, et qu'il venoit de
faire un traité avec la Turquie, événement qui avoit été un sujet de
scandale pour toute la chrétienté. Ils s'imaginèrent donc que François
Ier, bien qu'il eût déjà montré une grande aversion contre les nouvelles
doctrines, étoit au fond indifférent sur ces matières; que les
persécutions exercées jusqu'alors contre eux ne devoient être imputées
qu'aux importunités des évêques et au zèle trop ardent des magistrats;
enfin, que l'occasion étoit favorable pour répandre plus librement leur
opinion. Des placards injurieux contre la messe et la présence réelle
furent affichés, dans la nuit du 18 octobre, au coin des rues et dans
tous les carrefours de Paris. On les afficha, dans la même nuit et à la
même heure, aux portes du château de Blois, où la cour séjournoit alors,
et dans plusieurs autres villes du royaume. Un tel concert annonçoit
une association déjà nombreuse, et par cela seul de nature à inquiéter
dans une monarchie. Un aussi grand scandale, s'il restoit impuni,
pouvoit faire une impression fâcheuse sur l'esprit des peuples, et
aigrir en même temps contre le roi le pape et ses alliés d'Italie, qu'à
cette époque il avoit le plus grand intérêt à ménager; la politique
indiquant donc ici au monarque une marche toute différente, et par une
heureuse inconséquence, s'accordant avec sa religion, il résolut de
déployer la plus grande sévérité, et d'effrayer par des châtiments
terribles des coupables que jusque là l'impunité avoit enhardis. Le
parlement, toujours plein d'ardeur contre les hérétiques, n'avoit pas
même attendu ses ordres pour commencer des recherches à l'occasion d'un
si grand attentat: on fit des processions dans toutes les églises de
Paris pour la réparation du scandale; et par les soins des officiers du
Châtelet, les auteurs du placard furent arrêtés au nombre de
vingt-quatre. Le roi, voulant que la réparation fût encore plus
éclatante que l'outrage, vint à Paris au milieu de l'hiver, et ordonna
une procession générale, dans laquelle les châsses de sainte Geneviève,
de saint Marcel et des autres églises de Paris, furent portées comme
dans les plus grandes calamités publiques, et à laquelle il assista avec
toute la famille royale, les ducs, les grands officiers de la couronne,
les chevaliers de l'ordre, et tous les ambassadeurs étrangers. À la
suite de cette pieuse solennité, François, ayant assemblé dans la grande
salle de l'évêché les chefs de toutes les compagnies, fit un discours
dans lequel, exprimant toute son horreur pour le forfait exécrable qui
venoit d'être commis, il déclara qu'il étoit décidé à poursuivre sans
relâche et sans pitié tous les partisans et fauteurs d'hérésie; il
publia en même temps un édit sévère par lequel il étoit enjoint à tous
ses sujets de les dénoncer, sous peine d'être traités comme leurs
complices. Le soir du même jour, six des coupables que l'on avoit
arrêtés furent conduits à la place de Grève où des bûchers avoient été
préparés, et y furent brûlés à petit feu. L'effet de cette exécution
terrible fut de faire sortir précipitamment du royaume un grand nombre
d'Allemands religionnaires qui étoient alors à Paris; et les princes
protestants refusèrent, quelque temps après, d'entrer dans l'alliance du
roi contre l'empereur.
Après six ans d'une paix simulée, la guerre se ralluma plus vivement que
jamais entre ces deux monarques. Nous ne les suivrons point dans les
nombreux événements qu'elle fit naître, événements qui sont entièrement
étrangers à l'histoire de Paris. François, toujours obstiné à rentrer
dans le Milanais, ne fut pas plus heureux dans cette entreprise, que
Charles-Quint dans le projet qu'il conçut de conquérir la France en
faisant une invasion dans ses provinces méridionales. Cette guerre
nouvelle offre une alternative de bons et de mauvais succès qui épuisent
les deux partis, sans procurer à l'un ni à l'autre aucun avantage
décisif; et une trève de dix ans, conclue à Nice, donne à la France un
repos plus funeste peut-être que les agitations dont elle venoit de
sortir. Par cet accord et par les intrigues qui le suivirent,
Charles-Quint trouva le moyen de brouiller le roi avec tous ses alliés;
le connétable de Montmorenci, qui avoit toute sa confiance, se montra
moins habile politique qu'il n'avoit été prudent capitaine dans la
campagne de Provence, et tomba dans tous les piéges que lui tendit le
génie astucieux du perfide empereur.
(1539.) Ce fut pendant ces temps d'une apparente réconciliation, à
laquelle la cour de France se livroit avec tant de sécurité, que
Charles, pressé d'aller châtier les Gantois, qui venoient de se
révolter, demanda et obtint de François Ier la permission de traverser
la France, et eut la hardiesse de venir jusqu'à Paris se mettre entre
les mains d'un ancien ennemi qu'autrefois il avoit si cruellement
trompé, et que dans ce moment même il trompoit encore. Son voyage eut
l'air d'un triomphe continuel. Les deux fils de France et le connétable
allèrent le recevoir sur les frontières d'Espagne; et, dans toutes les
villes où il passa, il fut accueilli comme l'auroit été le souverain
lui-même. Ces honneurs excessifs n'étoient toutefois que le prélude de
la réception plus éclatante encore qui lui étoit préparée dans la
capitale. (1540.) Il y fit son entrée solennelle le 1er janvier 1540.
Tous les ordres religieux, l'université, les cours de justice, le
chancelier, à la tête du grand conseil, les gentilshommes de la maison
du roi, les cardinaux, les princes, enfin le connétable, l'épée nue à la
main, précédoient la marche de l'empereur, qui n'étoit vêtu que de noir,
parce qu'il portoit encore le deuil de l'impératrice. Arrivé à la porte
Saint-Antoine, les échevins lui présentèrent le dais aux armes
impériales, qu'il accepta après s'en être défendu quelque temps. Il fut
ainsi conduit au milieu de la population entière de Paris, à travers des
rues toutes ornées des plus riches tapisseries, et aux coups redoublés
du canon de la Bastille, jusqu'à l'église de Notre-Dame, où il fit une
courte prière. De là il se rendit au palais: le roi, qui l'y attendoit,
le reçut au bas de l'escalier de marbre et le conduisit dans la
grand'salle, où l'on avoit préparé le banquet royal. Un bal brillant
suivit ce festin magnifique; et pendant huit jours que l'empereur passa
dans la capitale, les tournois, les danses, les cavalcades, en un mot
les fêtes de toute espèce se succédèrent sans interruption.
Au milieu de ces réjouissances, ce prince affectoit une sécurité qu'il
étoit loin d'éprouver. Quelques paroles échappées au roi[422] lui
avoient fait comprendre que ceux qui environnoient ce prince et qui
exerçoient sur lui quelque influence étoient loin d'approuver la loyauté
impolitique dont il se piquoit envers son ennemi; et dès lors il vit
avec le plus grand effroi tout le danger de sa position et l'imprudence
qu'il avoit faite. Toutefois il sut dissimuler ses alarmes, fortifier
dans ses intérêts ceux qui lui étoient déjà attachés, adoucir par ses
galanteries et ses libéralités les personnes dont les intentions lui
parurent suspectes; mais ce qui le servit mieux sans doute que toutes
ces précautions, ce fut le grand coeur de François Ier. On a prétendu
que le monarque françois s'étoit repenti par la suite de n'avoir pas
usé plus utilement pour ses intérêts d'une circonstance qui pouvoit lui
faire regagner plus qu'il n'avoit perdu à Pavie; et le président Hénault
fait entendre que ce fut là la cause de la disgrâce du connétable, qui,
gagné par la reine Éléonore, soeur de l'empereur, maintint le roi dans
ses premières dispositions. Nous ne partageons point cette opinion: le
roi se dégoûta du connétable, parce qu'il reconnut, malheureusement trop
tard, les fautes qu'il lui avoit fait commettre, et une intrigue de cour
très-connue acheva de le perdre; mais nous ne croyons pas que l'on
puisse trouver une seule preuve authentique que ce prince ait jamais eu
de regret de n'avoir pas violé sa parole; et le héros qui écrivoit dans
les fers, _tout est perdu, fors l'honneur_, ne pouvoit se repentir de ne
s'être pas déshonoré.
[Note 422: On avoit effectivement fait quelques tentatives
auprès du roi pour le déterminer à violer la parole qu'il
avoit donnée: «Mon frère, dit-il à l'empereur, dans un de ces
accès de gaieté et de franchise qu'il n'étoit pas le maître de
réprimer, voyez-vous cette belle dame (il lui montroit la
duchesse d'Étampes)? elle me conseille de ne point vous
laisser partir d'ici que vous n'ayez révoqué le traité de
Madrid.--Eh bien, répondit l'empereur un peu déconcerté, si
l'avis est bon, il faut le suivre.» C'en fut un pour lui de
mettre la duchesse dans ses intérêts. Cette dame n'étoit pas
la seule qui eût conçu de semblables idées: le fou de la cour,
nommé Triboulet, qui pouvoit, en raison du rôle qu'il jouoit,
s'exprimer plus librement qu'un autre, avoit écrit sur ses
tablettes que Charles-Quint étoit plus fou que lui de
s'exposer à passer par la France. «Mais, lui dit François, si
je le laisse passer sans lui rien faire, que diras-tu?--Cela
est bien aisé, reprit Triboulet; j'effacerai son nom et je
mettrai le vôtre.» On prétend que le dauphin, le roi de
Navarre et le duc de Vendôme, désespérés de voir le roi
laisser échapper une semblable occasion, avoient résolu
d'arrêter l'empereur en leur propre nom dans le château de
Chantilly, mais que le connétable fit avorter leur projet.]
Toutefois la guerre ne tarda pas à recommencer, parce que Charles,
échappé aux dangers qu'il avoit courus, refusa de tenir tous ses
engagements, entre autres de donner l'investiture du Milanais, qu'il
promettoit depuis long-temps à l'un des fils du roi de France. Telle fut
la véritable cause de ces nouvelles hostilités, qui eurent pour prétexte
le meurtre des ambassadeurs du roi, assassinés par ordre de Dugast,
gouverneur du Milanais pour l'empereur. (1542.) Le roi eut d'abord en
Flandre des succès dont il ne tira aucun profit, par la conduite
imprudente de son second fils, le duc d'Orléans[423]; l'année suivante,
ce jeune prince répara sa faute en s'emparant du Luxembourg, et le comte
d'Anguien gagna, peu de temps après (1544.), la bataille de Cerisolles;
mais Charles-Quint, qui avoit trouvé le moyen de faire un ennemi à
François de son allié le plus utile et le plus puissant, entra en
Champagne avec une armée formidable, tandis que Henri VIII faisoit une
irruption dans la Picardie. Les alarmes que causa cette expédition
furent les dernières et les plus vives que les Parisiens eussent encore
éprouvées pendant la durée de ce règne: car l'armée de l'empereur
s'étant avancée jusqu'aux bords de la Marne, on vit bientôt arriver dans
les murs de la ville une foule innombrable d'habitants de la campagne,
traînant avec eux leurs familles désolées, leurs bestiaux, et tout ce
qu'ils avoient pu dérober aux ravages de l'ennemi ou à la licence
effrénée des troupes françoises. On y transporta le trésor de
Saint-Denis, les vases sacrés et les ornements des églises
circonvoisines; tandis que les Parisiens, saisis d'une terreur plus
grande encore, mais bien moins fondée, chargeoient sur des chariots
leurs effets les plus précieux, et fuyoient, les uns à Rouen, les
autres à Orléans ou dans les provinces méridionales. Le parti de la cour
attaché au connétable de Montmorenci, et à la tête duquel étoit le
dauphin, essaya d'obtenir son rappel dans une circonstance où son
expérience dans la guerre pouvoit être décisive pour le salut de l'État;
mais le roi, livré entièrement à ceux qui le haïssoient, n'y voulut
point consentir. Cependant, alarmé lui-même de la consternation dont
Paris étoit frappé, il se hâta de venir dans cette capitale, accompagné
du duc de Guise et du cardinal de Tournon. Ayant mandé aussitôt les
députés du parlement, et leur ayant reproché la terreur panique à
laquelle ils s'étoient livrés, eux à qui leur rang et leur état
faisoient au contraire un devoir sacré de donner aux autres citoyens
l'exemple de la confiance et du courage, il leur ordonna de reprendre le
cours de la justice qu'ils avoient imprudemment interrompu, d'enjoindre
aux marchands d'ouvrir leurs boutiques, aux artisans de se livrer à
l'exercice de leurs professions, ajoutant que, bien que l'ennemi se fût
approché très-près de la ville, il n'étoit arrivé aucun accident qui pût
causer de l'effroi, ni qui présageât rien d'inquiétant pour l'avenir.
Dès le même jour, le roi monta à cheval, se promena dans les rues de
Paris, accompagné du duc de Guise[424], et parlant avec bonté à la
multitude qui l'environnoit: «Mes enfants, leur disoit-il, Dieu vous
garde de la peur, et je vous garderai des ennemis.» Incertain cependant
si l'armée du dauphin pourroit contenir long-temps les troupes
impériales au-delà de la Marne, et voulant lui assurer une retraite en
cas de malheur, il entreprit d'envelopper Montmartre par de longs fossés
afin de pouvoir asseoir son camp sur cette éminence, et envoyer de là
des détachements dans tous les quartiers de la ville; mais la paix de
Crespi rendit bientôt toutes ces précautions inutiles.
[Note 423: Il abandonna les conquêtes qu'il y faisoit, ayant
sous lui Claude de Guise, pour venir partager la gloire de la
prise de Perpignan, dont le siége fut levé.]
[Note 424: La conduite que ce duc tint en cette circonstance
fut, dit-on, la source de la vive affection que les Parisiens
conçurent pour sa famille, affection dont elle fit par la
suite un usage si funeste à la France.]
(1545.) Dans les dernières années de son règne, François renouvela les
mesures de rigueur qu'il avoit déjà prises contre les protestants: un
recteur de l'université ayant osé prêcher publiquement dans le sens de
la nouvelle doctrine, ne dut son salut qu'à une prompte fuite; et peu de
jours après, un moine jacobin, convaincu d'avoir répandu les mêmes
principes, fut puni du dernier supplice. Alarmé de ces prédications
dangereuses, François crut devoir prendre de nouvelles précautions pour
arrêter un mal qui menaçoit déjà de se répandre sur la nation entière.
La faculté de théologie, à laquelle il s'adressa, rédigea, d'après ses
ordres, un formulaire en vingt-six articles, dans lequel étoient
clairement expliquées toutes les matières controversées, et qui dut être
signé par tous ses membres, sous peine de dégradation. Le roi, l'ayant
revêtu de lettres-patentes, l'adressa à tous les évêques, chapitres et
couvents de son royaume, afin qu'il devînt loi de l'État, autorisant les
tribunaux à traiter comme séditieux, rebelles et conspirateurs tous ceux
qui refuseroient de s'y conformer. De telles mesures forçoient sans
doute au silence les apôtres fanatiques de la réforme; mais la racine du
mal étoit plus profonde: les rois de l'Europe avoient en quelque sorte
conspiré depuis deux siècles contre la seule puissance à laquelle il
appartenoit de l'arracher et de la détruire; ils alloient recueillir et
particulièrement en France ce qu'ils avoient semé; la secte s'y
accroissoit dans les ténèbres, comptoit des prosélytes dans les premiers
rangs de l'État, et préparoit pour les époques suivantes les malheurs
inouïs dont nous ne tarderons pas à parler.
Aux troubles qui agitèrent Paris pendant la durée de ce règne, se
joignit le fléau des maladies pestilentielles. Elles se renouvelèrent
deux fois dans ce court espace de temps, et enlevèrent un grand nombre
de personnes. La première, qui se déclara en 1522, força le parlement à
quitter la ville, et causa en outre une telle émigration de ses
habitants, que le roi, craignant que sa capitale ne devînt tout-à-fait
déserte, prit la résolution généreuse de s'y rendre lui-même, et de
calmer ainsi, par sa présence et en partageant ses dangers, l'effroi qui
s'étoit emparé de toute la population. On prit alors des mesures qui peu
à peu firent disparoître le fléau; mais on n'avoit point encore un
système de police générale assez bien ordonné pour prévenir par la suite
de semblables malheurs; et onze ans après, en 1533, une nouvelle
épidémie vint désoler cette grande cité. Les ravages qu'elle y fit
furent tels qu'on fut obligé d'acheter six arpents de terre dans la
plaine de Grenelle pour enterrer les morts.
François Ier mourut au château de Rambouillet le dernier jour de mars
1547.
* * * * *
Le règne de ce prince ne fut pas seulement l'époque de l'introduction
des beaux arts en France, mais on peut le considérer encore comme celle
de leur plus grande perfection. Les monuments qu'y produisirent alors la
sculpture et l'architecture n'ont point été depuis égalés; les plus
grands peintres de l'Italie remplirent de leurs chefs-d'oeuvre les
palais du monarque, et l'école qui se forma depuis dans le siècle le
plus brillant de la France, ne produisit rien qui pût leur être comparé.
On doit aussi à François Ier l'établissement du collége Royal.
ORIGINE DU QUARTIER DU TEMPLE.
L'enceinte élevée sous Charles V et Charles VI renferma dans Paris
l'enclos du Temple, ainsi qu'une partie du quartier auquel il a donné
son nom. À cette époque, tout le terrain que contient ce quartier à
l'orient et au midi, en dedans des boulevarts, n'étoit composé que de
cultures, dont une partie appartenoit au Temple, et l'autre à l'hôpital
Saint-Gervais. Quelques amas de maisons s'étoient déjà formés au midi de
la maison du Temple.
Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. À cette
époque on commença à bâtir sur la culture du Temple, et des rues
nouvelles furent successivement percées derrière son enclos. Le terrain
de la culture Saint-Gervais resta seul tel qu'il étoit, jusqu'au
commencement du dix-septième siècle.
Quant au faubourg situé par-delà le boulevart, on trouve que, dès le
règne de Charles IX, il y avoit dans cet endroit quelques maisons qu'on
avoit élevées, suivant l'usage, aux portes de la ville. Le nombre s'en
étant augmenté par degrés, et principalement depuis le règne de Louis
XIV, forma depuis cette vaste portion du quartier comprise dans la
dernière enceinte élevée sous Louis XVI. La nomenclature des rues fera
connoître précisément les époques et la nature des diverses révolutions
qui ont amené cette portion de la ville au point où nous la voyons
aujourd'hui.
LES CAPUCINS DU MARAIS[425].
Ce couvent, le troisième de cet ordre à Paris, fut fondé en 1622 sur
l'emplacement d'un ancien jeu de paume, par le père Athanase Molé,
capucin, frère de M. Mathieu Molé, alors procureur général, et depuis
premier président et garde des sceaux. Le grand crédit de ce magistrat
servit beaucoup à consolider cet établissement, auquel l'archevêque de
Paris et le grand-prieur du Temple donnèrent leur consentement en 1623.
[Note 425: Pour l'histoire des Capucins, _voyez_ t. I, p.
992, 2e partie.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CAPUCINS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une adoration des bergers, par _La Hyre_.
Dans la chapelle de Saint-François, un autre tableau du même
maître, dans lequel il s'étoit peint lui-même avec les attributs
du secrétaire du pape Nicolas V. Ce pontife y étoit représenté
visitant le corps de saint François d'Assise.
Dans la chapelle de Sainte-Anne, cette Sainte, par le même.
Sur le mur, vis-à-vis la chapelle de la Vierge, un saint Jérôme,
par _l'Espagnolet_.
Dans le choeur des religieux, un saint François en prière, par
_Michel Corneille_.
Dans la nef, en face de la chaire, une descente de croix, de
l'école de _Vandyck_.
Huit tableaux représentant différents sujets de la vie de la
Vierge, par _Robert de Vamps_, _Colin de Vermont_ et
_d'André-Bardon_[426].
[Note 426: L'église de ce monastère existe encore, et a été
rendue au culte. Elle n'offre rien de remarquable dans son
architecture.]
LES FILLES DU SAINT-SACREMENT.
Cet établissement est le second que les filles de cet ordre aient formé
à Paris. Il doit son origine à quelques religieuses que la supérieure du
monastère de Toul envoya dans cette ville en 1674, pour soustraire ainsi
une partie de son troupeau aux dangers de la guerre qui désoloit alors
ces contrées.
Ces religieuses furent d'abord recueillies dans le couvent que leur
ordre possédoit déjà rue Cassette[427]. Ayant ensuite obtenu de
l'archevêque de Paris la permission de prendre à loyer une maison
habitée par les soeurs de la congrégation de Notre-Dame, et que
celles-ci venoient de quitter pour aller s'établir ailleurs, les filles
du Saint-Sacrement entrèrent, le 26 octobre de la même année, dans cette
nouvelle demeure, située rue des Jeux-Neufs (ou Jeûneurs), près de la
porte Montmartre. Elles y restèrent jusqu'en 1680, époque à laquelle
cette maison fut vendue. Obligées de chercher un nouvel asile, ces
religieuses jetèrent les yeux sur une maison située au-delà de la porte
de Richelieu, et s'y installèrent, avec l'espérance d'y faire enfin un
établissement durable, en vertu de lettres-patentes qu'elles avoient,
cette année même, obtenues de la faveur du roi. Mais elles reconnurent
bientôt que ce logement étoit trop incommode pour une communauté; et,
s'étant déterminées à le quitter encore, elles cherchoient à acheter
une autre maison, lorsque la duchesse d'Aiguillon vint fort heureusement
à leur secours. Cette dame, ayant appris l'embarras dans lequel se
trouvoient les filles du Saint-Sacrement, leur fit généreusement le don
de l'hôtel de Turenne[428], situé rue Neuve-Saint-Louis au Marais,
qu'elle venoit d'acquérir peu de temps auparavant du cardinal de
Bouillon, en échange de la terre, seigneurie et châtellenie de Pontoise.
Ceci arriva en 1684. «Ainsi, dit Jaillot, l'adoration perpétuelle du
saint Sacrement fut établie dans le lieu même où s'étoient tenues les
assemblées de ceux qui attaquent cet auguste mystère.»
[Note 427: Nous parlerons de leur origine à Paris, à l'article
de ce couvent.]
[Note 428: Piganiol est le premier qui ait fait connoître la
pieuse munificence de cette dame. Tous les historiens venus
avant lui avoient présenté l'établissement des Filles du
Saint-Sacrement dans l'hôtel de Turenne comme le résultat
d'une vente qui leur en avoit été faite. (T. IV, p. 376.)]
L'église de ces religieuses n'avoit rien de remarquable[429]. Le
maître-autel étoit décoré d'un tableau de _Hallé_, représentant la
fraction du pain.
[Note 429: Cette église a été rendue au culte.]
LES RELIGIEUSES DU CALVAIRE.
Cet ordre fut établi à Paris en 1620, comme nous aurons occasion de le
dire en parlant de la première maison de ces religieuses, située dans le
quartier du Luxembourg. Ce fut le père Joseph, ce capucin devenu si
fameux par les négociations importantes auxquelles l'employa le cardinal
de Richelieu, qui forma le projet de leur procurer à Paris un second
établissement. Il choisit à cet effet un emplacement d'environ trois
arpents, qui s'étendoit depuis l'extrémité de la Vieille rue du Temple
jusqu'à celles de Poitou et du Pont-aux-Choux, sur lequel on avoit déjà
construit un grand corps-de-logis, plusieurs bâtiments et trois
jardins[430]. Ces constructions étoient appelées l'_Hôtel d'Ardoise_.
Piganiol ajoute que cet emplacement fut payé 37,000 l., des deniers
communs de la congrégation des Bénédictines du Calvaire.
[Note 430: Arch. de Sainte-Opportune.]
Les historiens varient beaucoup sur l'époque de cet établissement. Il
semble pourtant qu'on peut la fixer avec assez de certitude à l'année
1633. En effet, dès le 25 mai de cette année, l'archevêque de Paris
donna son consentement, d'après lequel Louis XIII accorda, au mois de
septembre suivant, ses lettres-patentes, enregistrées en 1635. Environ
un an avant cette époque, douze religieuses avoient été tirées du
monastère du Luxembourg et placées dans un hospice voisin du Temple, en
attendant que le nouveau monastère fût bâti. On en jeta les fondements
en 1635. Le cardinal de Richelieu, qui s'en étoit déclaré le protecteur,
chargea la duchesse d'Aiguillon sa nièce d'y poser la première pierre,
cérémonie qui fut faite avec beaucoup d'éclat. Les bâtiments en furent
ensuite élevés par les libéralités du roi, du cardinal de Richelieu et
de la duchesse. Dès qu'il fut achevé et bénit, les douze religieuses
établies dans le voisinage vinrent en prendre possession; elles y furent
introduites le 10 avril 1637, par madame la duchesse d'Aiguillon et par
plusieurs autres dames du plus haut rang.
Cette maison devoit porter le nom de _Crucifixion_, pour la distinguer
de celle de la rue de Vaugirard; et c'est pour cette raison qu'on avoit
mis sur la porte cette inscription: _Jesus amor noster crucifixus est._
Cependant l'église fut consacrée en 1650, sous le titre de la
_Transfiguration_.
Ce couvent devint le chef-lieu de la Congrégation des bénédictines de
Notre-Dame-du-Calvaire, et la résidence ordinaire de la directrice
générale de l'ordre, dont on comptoit en France vingt monastères[431].
[Note 431: Ce monastère a été détruit, et sur son emplacement
on a percé une rue nouvelle, qui, d'un côté, aboutit au
boulevart, de l'autre à la rue Saint-Louis. (_Voyez_ pl.
117.)]
L'HÔPITAL DES ENFANTS-ROUGES.