d'employer des moyens plus rigoureux, et dont Louis XII avoit déjà fait
connoître l'efficacité. Deux compagnies d'archers, commandées par des
seigneurs de la cour, arrivèrent à Paris; les placards séditieux de
l'université furent arrachés; on emprisonna et l'on condamna à de fortes
amendes, quelques-uns de ses principaux membres, ainsi que les avocats
qui lui avaient servi de conseil. Tout rentra aussitôt dans l'ordre, et
le concordat fût paisiblement imprimé, publié et affiché. Néanmoins le
parlement, comme s'il eût prévu dès lors que la puissance toute
populaire qu'il avoit commencé à s'arroger, ne pouvoit s'élever et se
consolider que sur les ruines de l'autorité spirituelle (et il en avoit
sans doute un pressentiment qui seul peut expliquer une opiniâtreté
aussi inconcevable), le parlement, dis-je, continua de juger toutes les
affaires en matières bénéficiales, conformément aux décrets de la
pragmatique, affectant toujours de méconnoître le concordat; et l'on ne
parvint à donner une action véritable à cette loi nouvelle qu'en ôtant à
cette compagnie la connoissance de ces sortes d'affaires, pour
l'attribuer au grand-conseil: ce qui n'arriva néanmoins qu'après la
prison et la délivrance du roi.
Ce seroit cependant une erreur de croire que le parlement, si opposé à
l'autorité du pape, et presque rebelle à celle du roi, fût composé
d'hommes sans religion et d'ennemis de la monarchie. La plupart de ses
membres étoient alors et furent encore pendant long-temps des
personnages graves et réguliers dans leurs moeurs, fermes dans leur
croyance, dévoués au prince, et ne respirant que le bien de l'État. Mais
ils étoient possédés de cette passion qu'ont tous ceux qui jouissent
d'un pouvoir quelconque, de l'accroître, de l'étendre, tant qu'il n'est
pas aussi grand et aussi étendu qu'il pourroit être: et c'est là ce qui
les attachoit si fortement à des doctrines dont il est probable qu'ils
ne sentoient pas toutes les conséquences, mais qu'ils jugeoient
très-bien être extrêmement favorables à leurs vues ambitieuses. Aussi
les verrons-nous, partagés ainsi entre leurs principes et leurs
affections, tomber plus d'une fois dans les contradictions les plus
étranges, et selon qu'ils seront ainsi poussés d'un côté ou d'un autre,
devenir des instruments de perte ou de salut pour la monarchie. Mais le
temps n'étoit pas encore venu où le parlement pût se permettre
impunément de semblables libertés; et ses résistances, tant que dura ce
règne, ne produisirent pour lui que des humiliations nouvelles, et des
coups d'autorité encore plus fâcheux que le premier.
Peu de temps après l'événement du concordat, commença entre François Ier
et Charles d'Autriche, devenu roi d'Espagne, cette rivalité fameuse,
cette haine implacable et envenimée qui inonda l'Europe de sang, et
produisit les plus grands événements dont elle eût été le théâtre depuis
plusieurs siècles. La première cause de cette division fut le dépit
qu'éprouva le roi de France de la préférence accordée à Charles pour la
dignité d'empereur que François désiroit avec ardeur, et qu'il s'étoit
flatté d'obtenir. Il chercha dès lors à lui susciter des ennemis dans
toute l'Europe, et peut-être y seroit-il parvenu sans l'inquiétude
qu'inspiroient sa nouvelle conquête du Milanais et la puissance
colossale de la France: cette considération l'emporta sur toutes les
craintes que pouvoit causer son rival. Le pape, avec lequel il négocia,
traita d'abord avec lui, pour l'abandonner dès qu'il eut reconnu qu'un
tel allié étoit pour lui plus dangereux qu'un ennemi; les intrigues du
nouvel empereur, désormais connu dans l'histoire sous le nom de
Charles-Quint, détachèrent également de son alliance le roi
d'Angleterre, alors entièrement dirigé par son premier ministre, le
cardinal Wolsey; et, par un retour de fortune auquel le roi de France
étoit loin de s'attendre, la guerre éclata bientôt de tous côtés contre
lui. François a des succès dans les Pays-Bas et sur les frontières
d'Espagne, mais en Italie tout semble se réunir pour l'accabler: les
peuples du Milanais se révoltent; le pape se déclare ouvertement son
ennemi; il est mal secondé par ses alliés, les Suisses et les Vénitiens,
toujours alarmés d'un voisinage aussi dangereux; Lautrec, son général,
ne peut agir, faute d'argent; enfin, après une résistance opiniâtre, le
combat sanglant de la Bicoque décide du succès de la campagne, et le
duché de Milan est de nouveau évacué par les François.
L'embarras des finances, l'une des premières causes de tant de
désastres, s'étoit fait sentir dès les commencements de la guerre. Pour
réparer un déficit causé en grande partie par les prodigalités
auxquelles le roi se livroit au milieu de la cour nombreuse et galante
dont il se plaisoit à être entouré[410], il fallut employer des moyens
extraordinaires, et par conséquent nuisibles et violents. Parmi les
ressources qu'imagina alors l'industrie financière, deux surtout sont
remarquables: une somme de 200,000 liv. demandée à la ville de Paris en
1521, et la vénalité des offices établie quelque temps après. Ce n'étoit
pas la première fois que les rois de France s'adressoient au corps
municipal pour en tirer des secours dans leurs nécessités urgentes; mais
jusqu'ici les sommes qu'ils en avoient obtenues leur avoient toujours
été accordées à titre de _don_. Cette fois-ci elles furent considérées
comme un _emprunt_ portant intérêt jusqu'à l'entier remboursement; et,
pour faciliter le paiement de cet intérêt fixé à douze pour cent, le roi
céda aux officiers municipaux le produit des droits qu'il prélevoit sur
tout le vin qui se consommoit dans Paris. Dès que cette disposition fut
connue, les contribuables à l'emprunt, envers qui l'on craignoit d'être
forcé d'employer la contrainte, s'empressèrent, au contraire, d'y porter
leur argent; et, assurés désormais d'en tirer un intérêt si lucratif,
ils craignirent plutôt qu'ils ne sollicitèrent leur remboursement. C'est
là le premier exemple des rentes perpétuelles en France, et le germe
d'une des plus grandes maladies de l'État. «François, dit l'un de nos
historiens, abusant de la dangereuse facilité que lui offroit l'oisive
opulence des bourgeois, recourut plus d'une fois à cet expédient
ruineux[411]. Ses successeurs, plus embarrassés encore que lui, ne
manquèrent pas de suivre son exemple: la classe stérile des rentiers se
multiplia, et a toujours continué depuis à dévorer la substance de
l'État.»
[Note 410: La reine Anne de Bretagne, qui jouissoit en propre
des revenus de son duché, avoit donné le premier exemple de
cette nouveauté, en appelant auprès d'elle un grand nombre de
demoiselles de condition qu'elle élevoit, et qui
l'accompagnoient partout. Cet établissement fut conservé après
la mort de cette princesse, et fit naître à François Ier la
pensée d'attirer aussi à la cour les dames les plus
distinguées par leur beauté, leur esprit et leur naissance.
C'étoit un moyen infaillible d'y faire venir tout ce qu'il y
avoit en France d'hommes ambitieux et galants. Dès ce moment
la vie de la cour devint une suite de bals, de fêtes, de
voyages, qui se succédèrent sans interruption; le luxe y fit
des progrès effrayants, et le trésor public en fut épuisé.]
[Note 411: On continua de créer des rentes sous les règnes de
Henri II, de François II, et jusqu'au commencement de celui de
Charles IX, avec une telle profusion, que l'Hôtel-de-Ville,
qui, en 1562, ne payoit que 633,000 liv. de rentes, se trouva
chargé, en quatorze ans, de 1,938,000. Elles augmentèrent
encore par la suite dans une proportion encore plus rapide; et
le mal devint si grand sous Louis XIV, qu'il fallut songer
sérieusement à détruire ce ver rongeur des finances, en
remboursant le plus grand nombre des rentiers. C'est alors que
furent créées les tontines, les rentes viagères, les rentes
moitié viagères et moitié perpétuelles, etc. Toutefois
l'Hôtel-de-Ville étoit encore chargé de beaucoup de rentes au
moment de la révolution.]
La multiplication et la vénalité des offices ne furent pas établies avec
la même facilité. Le parlement, sans être découragé par les échecs qu'il
avoit déjà essuyés, s'éleva fortement contre une nouveauté qu'il
considéroit comme dangereuse et tendant à remplir toutes les parties de
l'administration de sujets indignes d'y être admis par leurs mauvaises
moeurs ou par leur incapacité. Il osa même renvoyer avec mépris trois
conseillers convaincus d'avoir obtenu à prix d'argent leurs lettres de
nomination. Le chancelier fit des représentations qui ne furent point
écoutées, envoya des lettres de jussion, auxquelles on n'eut point
égard. Jugeant alors qu'un nouveau coup d'autorité étoit nécessaire, il
ne se contenta pas d'exiger, par l'_absolu commandement du roi_,
l'admission des trois conseillers; mais pour déconcerter et accabler à
la fois le parlement, en lui faisant voir le peu de puissance et de
crédit qu'auroient désormais ses remontrances, il fit ordonner en même
temps l'enregistrement d'un édit portant création d'une quatrième
chambre, composée de dix-huit conseillers et de deux présidents. La
cour, traitée avec cette dureté et ce mépris, se soumit comme elle
l'avoit déjà fait, mais avec toutes les protestations et formalités qui
constatoient la violence qui lui étoit faite, et de plus avec des
distinctions si injurieuses pour les nouveaux membres qu'on vouloit
introduire dans son sein, que les acheteurs d'offices s'en dégoûtèrent
et n'osèrent plus se présenter. Il fallut de nouveaux ordres plus
positifs encore, des menaces encore plus effrayantes pour les forcer à
se relâcher de leur première sévérité; et néanmoins ce ne fut que
long-temps après, et lorsque les anciennes charges eurent été soumises à
la vénalité comme les nouvelles, que toute espèce d'inégalité fut enfin
bannie entre les membres de cette compagnie. Le parlement se crut en
cette circonstance bien humilié, bien outragé: nous pensons au contraire
que, s'il eût bien compris les intérêts nouveaux qu'il prétendoit se
faire, et ce qui étoit favorable à cet amour de pouvoir et
d'indépendance dont il étoit possédé, au lieu de s'opposer à la vénalité
des charges et de s'en affliger, il auroit dû s'en réjouir et la
provoquer. Par la même raison, on peut s'étonner que le roi n'ait pas vu
que rien n'étoit plus propre qu'une telle mesure à relever ceux qu'il
vouloit abaisser: on se trompoit des deux côtés[412].
[Note 412: Nous osons exprimer ici une opinion entièrement
opposée à celle de deux illustres écrivains de notre âge (MM.
de Bonald et de Maistre), qui, tout en blâmant les motifs qui
firent établir la vénalité des charges, ont pensé que cette
mesure fiscale, bien qu'elle eût des inconvénients, valoit
mieux cependant que le _choix_ prétendu du _mérite et du
talent_. En considérant la question sous cet aspect, il est
évident qu'ils n'ont vu dans le parlement que ce qu'il devoit
être en effet, _la cour de justice du roi_, et non ce qu'il
avoit trouvé le moyen de se faire, et ce qu'il étoit déjà sous
François Ier, une sorte d'assemblée _politique_, et,
relativement à l'action du pouvoir monarchique, comme une
chambre _d'opposition_ permanente. Pour achever de se
constituer ainsi, il ne lui manquoit que d'assurer à ses
membres une existence entièrement indépendante du choix et de
la volonté du monarque. Déjà sous Charles VIII, et par un
concours de circonstances qu'il est inutile de rappeler ici,
s'étoit introduit un usage qui mettoit une grande différence
entre les conseillers que créoit le roi en vertu du pouvoir
qu'il avoit toujours eu d'en faire, et les conseillers formant
le parlement ou sa cour de justice: ce fut le privilége que
s'arrogea cette cour et qu'on lui laissa prendre, de _choisir_
elle-même ses membres et de les présenter au roi, qui
confirmoit alors ou rejetoit ce choix selon son plaisir; d'où
il arriva que tous les conseillers n'eurent plus comme
autrefois le droit de siéger au parlement. Par la vénalité des
charges, le monarque se priva lui-même de la faculté qu'il
avoit du moins conservée jusqu'alors de punir par la
destitution ceux de ces magistrats qui s'étoient mis dans le
cas de lui déplaire; leur inamovibilité fut consacrée; le
parlement prit dès lors le nouveau caractère que nous avons
déjà signalé, et commença à jouer dans les affaires publiques
un rôle d'une tout autre importance. La suite nous apprendra
si ce changement fut avantageux ou funeste à l'État.]
Cependant, malgré ces mesures extraordinaires, qui devoient, disoit-on,
terminer heureusement la guerre, non-seulement il fallut abandonner le
Milanais, comme nous venons de le dire, mais encore François vit se
former contre lui une ligue de tous les États de l'Europe pour la
conservation de l'Italie, qu'il menaçoit encore. Pour déjouer cette
ligue, il lui auroit suffi de se renfermer quelque temps dans son
royaume, où il étoit difficile de l'attaquer avec succès; mais une
conduite aussi prudente, un plan qui offroit des apparences de crainte
et de timidité, ne pouvoient convenir à ce bouillant courage: il résolut
de tenir tête à tout, et ne fut ébranlé, ni par le nombre et le concert
de ses ennemis, ni par la défection du connétable de Bourbon, que les
persécutions de la duchesse d'Angoulême, mère du roi, et la perte
injuste d'un procès qu'elle lui avoit suscité, ne peuvent justifier
d'avoir trahi son roi et de s'être armé contre sa patrie.
Ce dernier événement étoit fait surtout pour exciter les plus vives
alarmes, car on ignoroit dans l'intérieur jusqu'où s'étendoient les fils
de la conspiration; et avant même qu'elle eût éclaté, une fermentation
sourde dont la misère publique sembloit être la cause, des désordres et
des brigandages commis audacieusement dans diverses parties de la France
et jusque dans le sein de la capitale, avoient déjà fait craindre d'y
voir renouveler les scènes horribles dont elle avoit été le théâtre sous
Charles V et Charles VI. Cependant Paris resta fidèle et donna au roi
une nouvelle preuve de son dévouement, en offrant de lever à ses frais
un corps de mille hommes d'infanterie. François fut si touché de cet
acte de patriotisme, qu'il alla lui-même à l'Hôtel-de-Ville exprimer la
satisfaction qu'il ressentoit de la conduite des Parisiens. Il donna en
même temps des marques de sa bienveillance au parlement, en le rassurant
sur le bruit qui s'étoit répandu qu'il alloit créer à Poitiers une
nouvelle cour de justice; mais il fallut encore enregistrer de nouvelles
créations d'offices qui fournissoient à ce prince de l'argent dont il
avoit un si grand besoin; et, fidèle à la tactique qu'il avoit adoptée,
le parlement ne le fit encore que par _exprès commandement_.
Depuis bien des années, la France n'avoit point été menacée d'un péril
aussi imminent. L'empereur, le roi d'Angleterre, le pape, tous les
princes de l'Empire, tous les États d'Italie, étoient réunis contre elle
dans une confédération générale; et elle n'avoit d'autres alliés que les
Suisses, sur lesquels l'expérience avoit appris qu'il falloit peu
compter. Indépendamment de douze mille Allemands qui s'étoient joints à
elle, l'armée angloise, augmentée de toutes les forces des Pays-Bas,
traversoit la Somme sans presque rencontrer d'obstacles, et sembloit
annoncer le dessein de marcher droit sur Paris. D'un autre côté, toutes
les milices impériales rassemblées à Pampelune se préparoient à fondre
sur les provinces méridionales. À des forces si redoutables et qui
menaçoient de pénétrer jusqu'au coeur du royaume, on n'avoit à opposer
qu'un très-petit nombre de soldats: car, par une imprudence qui tenoit à
ce malheureux système des conquêtes dont le roi ne vouloit point se
départir, presque toutes les troupes françoises étoient passées en
Italie, et il n'étoit déjà plus temps de les rappeler. Ces extrémités
auxquelles il étoit réduit fournirent à ce prince une occasion nouvelle
de donner des preuves de la fermeté de son âme et de l'activité de son
courage. Il étoit alors à Lyon, où il attendoit un renfort de dix mille
Suisses, résolu de se porter ensuite avec eux partout où sa présence
seroit le plus nécessaire: craignant que l'approche des Anglois, ou le
regret qu'un grand nombre avoient encore du connétable ne causât à Paris
quelque fermentation dangereuse, et sentant de quelle importance il
étoit pour lui de conserver surtout sa ville capitale, il se hâta d'y
envoyer Philippe de Chabot, seigneur de Brion. C'étoit alors le temps
des vacances du parlement: Brion, s'étant présenté à la chambre des
vacations, annonça l'arrivée prochaine du duc de Vendôme avec deux cents
lances et deux mille hommes, ajoutant que le roi lui-même étoit prêt à
le suivre avec toutes ses forces et celles de ses alliés, si Paris
venoit à courir le moindre danger; qu'obligé de séjourner encore quelque
temps à Lyon, le prince envoyoit à ses habitants, comme un gage de son
affection particulière et du soin qu'il prendroit de les défendre, sa
femme et ses enfants qui résideroient au milieu d'eux; qu'il ne
craignoit point ses ennemis tant qu'il pourroit compter sur la fidélité
de sa bonne ville de Paris. Peignant ensuite le connétable sous les
couleurs les plus odieuses, le représentant comme l'unique cause d'une
guerre que l'empereur et le roi d'Angleterre n'eussent jamais osé
entreprendre, si ce traître ne les eût flattés d'une révolution
complète, ne leur eût promis la ruine et le partage de son pays;
étalant ensuite à leurs yeux le spectacle de toutes les horreurs qui
désoleroient la France si son plan exécrable pouvoit obtenir quelque
succès, il finit en disant que le roi désiroit que son parlement reprît
sur-le-champ ses fonctions, qu'il fût exclusivement chargé de la haute
police, qu'il l'exerçât avec plus de vigueur que jamais, et donnât son
avis sur les mesures qu'il étoit nécessaire de prendre dans des
circonstances aussi graves.
Le président de la chambre ne répondit au discours de l'envoyé du roi
que par des protestations du plus entier dévouement. Il rappela les
diverses circonstances dans lesquelles les Parisiens avoient donné à
leurs souverains des marques éclatantes de leur fidélité; et, quant à ce
qui regardoit la cour, il lui déclara qu'elle n'avoit point attendu les
exhortations du monarque pour prendre toutes les précautions que la
sûreté de Paris pouvoit exiger. En sortant du parlement, le sire de
Brion se rendit à l'Hôtel-de-Ville, où il répéta le même discours, à peu
près dans les mêmes termes, et annonça également l'arrivée
très-prochaine du duc de Vendôme. Ce prince entra, en effet, peu de
jours après à Paris, et sort premier soin fut de mettre en bon état les
moyens de défense que la ville pouvoit offrir. Les anciennes
fortifications furent réparées; on en commença de nouvelles entre la
porte Saint-Honoré et celle de Saint-Martin; mais on les abandonna
avant qu'elles fussent achevées, pour élever à la place de petits
bastions où l'on plaça quelques pièces d'artillerie. Le parlement, de
son côté, ordonna une levée de deux mille hommes, qui furent pris parmi
les habitants et joints à la garnison.
Cependant tant de précautions devinrent inutiles, et les alarmes
nouvelles auxquelles Paris alloit être bientôt livré, les malheurs dont
le royaume entier devoit être accablé, vinrent du côté où l'on devoit le
moins les attendre. Le duc de Vendôme et le sire de La Trémouille
repoussèrent les Anglois, qui, après avoir fait quelques dégâts dans la
Picardie, se virent obligés de se retirer dans leur île. Les Allemands
entrés en Champagne en furent également chassés par le duc de Guise. La
guerre se fit en Espagne avec moins de bonheur et de vivacité; mais
enfin les frontières méridionales de la France ne furent point entamées.
Il étoit décidé que l'Italie seule seroit la source de tous nos maux:
l'amiral Bonivet, à qui la faveur de la duchesse d'Angoulême avoit fait
donner la conduite de cette guerre, la soutint, la première année, avec
quelques avantages qui furent bientôt suivis des plus grands revers.
L'année suivante, abandonné par les Suisses, battu par le connétable, la
désastreuse retraite de Rebec lui fit perdre en un moment tout ce que
deux campagnes lui avoient fait si difficilement acquérir. Ce fut alors
que le roi, obstiné dans ses projets sur le Milanais (1525.), rentra en
Italie, où, après quelques succès dont l'éclat sembloit annoncer
l'avenir le plus heureux, il livra la malheureuse bataille de Pavie,
qu'il perdit par sa faute, et dans laquelle il fut fait prisonnier.