ajoutées en 1697 par le prince de Soubise. On retourna l'ancienne porte
dans l'alignement de la rue du Chaume, en face de celle de Braque et de
l'ancien passage, lequel resta toujours ouvert au public, quoiqu'il
traversât tout l'hôtel, sous les fenêtres mêmes du bâtiment principal.
Il n'a été fermé que depuis la révolution.
La façade de l'ancien bâtiment fut alors décorée, au rez-de-chaussée, de
seize colonnes d'ordre composite, accouplées, dont huit forment au
milieu un avant-corps surmonté d'un second ordre de colonnes
corinthiennes que couronne un fronton. Les huit autres colonnes du
rez-de-chaussée supportent quatre statues qui représentent les quatre
Saisons. Deux autres statues allégoriques, la Force et la Sagesse,
s'élèvent au-dessus du fronton.
La nouvelle cour a trente et une toises de longueur sur vingt de
largeur, et présente une forme elliptique dans l'extrémité qui fait face
au bâtiment. Elle est entourée d'une galerie de cinquante-six colonnes
accouplées, d'ordre composite, et d'un pareil nombre de pilastres
correspondant aux colonnes. La galerie que forme cette colonnade est
couverte en terrasse; une balustrade règne au pourtour; l'ensemble en
est grand, riche et d'un bel effet[383].
[Note 383: _Voyez_ pl. 112. L'hôtel de Soubise est maintenant
le dépôt des archives de France.]
La porte d'entrée principale est également décorée, en dehors et en
dedans, de colonnes accouplées, à l'intérieur composites, corinthiennes
à l'extérieur. Elles forment sur chaque face un avant-corps, qui étoit
autrefois couronné de grands écussons aux armes du prince et accompagnés
de statues. Il y avoit encore sur la balustrade plusieurs trophées
d'armes qui s'élevoient de distance en distance. Ces diverses sculptures
avoient été exécutées par Lorrain, Costou jeune et Bourdy. Toutes ont
disparu depuis la révolution, à l'exception des figures des quatre
Saisons.
Le vestibule et l'escalier, dont l'ensemble est vaste et magnifique,
avoient été décorés de peintures par _Brunetti_; une salle d'entrée
renfermoit des tableaux peints par Restout; plusieurs autres pièces
offroient une collection d'ouvrages de peintres françois, tels que
Boucher, Trémolière, Vanloo, etc.
_Hôtel de Strasbourg._
En 1712, Armand Gaston, cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, membre
de l'académie françoise et de celle des sciences, fit élever, sur une
partie du terrain de l'hôtel de Soubise, un autre hôtel, qu'on a nommé
d'abord le Palais-Cardinal. Il a sa principale entrée sur la Vieille rue
du Temple, une autre sur la rue des Quatre-Fils, et une troisième sur
l'ancien passage qui traversoit l'hôtel de Soubise.
La face de cet édifice, sur la cour, est d'une grande simplicité; celle
qui regarde le jardin est décorée d'un avant-corps de quatre colonnes,
doriques au rez-de-chaussée et ioniques au premier étage, lequel est
surmonté d'un attique, et terminé par un fronton. Le jardin est commun
aux deux hôtels[384].
[Note 384: Depuis la révolution, l'imprimerie royale a été
établie dans les bâtiments de cet hôtel.]
On ne trouve d'hôtels anciens dans ce quartier que ceux que nous avons
dit avoir été réunis pour former l'hôtel de Soubise. Toutefois nous ne
devons pas oublier de dire que le duc d'Orléans, fils de Philippe de
Valois, avoit aussi son hôtel joignant l'emplacement où fut depuis le
couvent de la Merci. Cet édifice fut en partie compris dans l'hôtel du
connétable de Montmorency, dont nous avons déjà parlé.
_Hôtel de Notre-Dame du Bec-Hellouin._
Un accord passé en 1273 entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de
Saint-Merri[385] nous apprend que l'abbé de N.-D. du Bec-Hellouin en
Normandie possédoit un hôtel dans une rue de ce quartier, qui en a pris
et conservé le nom de _Bar-du-Bec_[386].
[Note 385: Sauval, t. I, p. 113.]
[Note 386: _Voyez_ dans la nomenclature de ce quartier
l'article de cette rue.]
_Mont-de-Piété._
Cet établissement avoit été formé par lettres-patentes du 9 décembre
1777, au profit des pauvres de l'hôpital général. En 1786 on éleva dans
la rue des Blancs-Manteaux, un peu au-dessus du couvent, un bâtiment
considérable pour les bureaux et magasins de cette administration,
détruite pendant la révolution, et rétablie depuis dans le même local
sur des bases nouvelles. Personne n'ignore que cet établissement est
destiné à prêter de l'argent à intérêt sur des nantissements composés de
toutes sortes d'effets mobiliers, et à diminuer ainsi les désordres de
l'usure, si funestes dans une ville immense où habitent ensemble la
richesse extrême et l'extrême pauvreté avec toutes les corruptions
qu'elles amènent si souvent à leur suite.
FONTAINES.
_Fontaine de Sainte-Avoie._
Elle est située dans la rue de ce nom. On y lisoit l'inscription
suivante:
_Civis aquam petat his de fontibus: illa benigno
De patrum patriæ munere jussa venit._--1687.
_Fontaine de Braque._
Elle est située rue du Chaume, et tire son eau de l'aquéduc de
Belleville.
_Fontaine des Blancs-Manteaux._
Elle est située dans la rue dont elle a pris le nom.
_Fontaine du Paradis._
Elle tire son nom de la rue où elle est située, et donne de l'eau de
l'aquéduc de Belleville.
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINTE-AVOIE.
_Rue Sainte-Avoie._ Elle fait la continuation de la rue Barre-du-Bec, et
aboutit à celle du Temple, au coin de la rue Michel-le-Comte.
Anciennement on ne la connoissoit que sous le nom de la _grande rue du
Temple_, dont elle faisoit partie. On lui a donné celui qu'elle porte à
cause de la chapelle et de l'hôpital Sainte-Avoie qui y étoient
situés[387].
[Note 387: Les archives du Temple font mention d'une _rue du
Four-du-Temple_ qui donnoit dans celle-ci; elle étoit située
entre la maison de la Barre et la rue
Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie.]
_Rue Barre-du-Bec._ Elle commence à la rue de la Verrerie, et aboutit à
celle de Sainte-Avoie, au coin des rues Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie
et Neuve-Saint-Merri.
Guillot l'appelle _rue de l'abbaye-du-Bec-Hellouin_. Sauval a hésité sur
l'orthographe du nom de cette rue et sur son étymologie; il vient, dit-il,
ou d'une maison appelée, en 1273, _Domus de Barra_, ou d'une autre qui, au
milieu du seizième siècle, se nommoit l'hôtel de la Barre-du-Bec, ou enfin
de l'hôtel de l'Abbé-de-Notre-Dame-du-Bec-Hellouin en Normandie. On ne voit
pas trop la raison de cette hésitation; car il cite l'accord passé entre
Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merri, en 1273, lequel ne laisse
à ce sujet aucune incertitude. Cet acte fait mention de la maison de la
Barre, qui avoit appartenu à Simon de Paris, et qui étoit alors en la
possession de l'abbé du Bec. Il paroît donc certain que c'est du séjour que
les abbés du Bec y ont fait qu'elle a pris son nom[388]. À l'égard de celui
de _la Barre_, on peut également en rapporter l'origine à cette maison, qui
étoit le siége de la justice que l'abbaye du Bec possédoit en ce
quartier[389]. Ce nom, ainsi que celui de _Barreau_, vient d'une barre de
fer ou d'une barrière de bois qui séparoit le lieu où se tenoient les
plaideurs de celui qui étoit réservé aux juges; et c'étoit à cette barrière
que se plaçoient ceux-ci pour recevoir les mémoires et les requêtes qu'on
avoit à leur présenter. Le chapitre de Saint-Merri avoit une semblable
barre, qu'on nommoit _les barres de Saint-Merri_[390].
[Note 388: _Voyez_ p. 1011.]
[Note 389: On appeloit ces endroits, la barre, _barra_,
_septum curiæ_, _cancelli auditorium_. De là vient cette façon
de parler: «la barre des requêtes du palais, la barre du
chapitre Notre-Dame, la barre de l'officialité, etc.»]
[Note 390: Dans cette rue, et près celle de la Verrerie, il y
en avoit une autre dont les archives du Temple font mention,
en 1463, sous le nom de _rue Dorée_.]
_Rue des Billettes._ Elle traverse de la rue de la Verrerie dans celle
de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Au treizième siècle elle s'appeloit
_rue des Jardins_. Piganiol se trompe en disant qu'en 1290 on la nommoit
_vicus Hortorum_. Nos aïeux n'étoient pas si puristes, ils disoient
simplement, _vicus Jardinorum_, _vicus de Jardinis_, comme on le voit
dans les lettres de Philippe-le-Bel, du mois de décembre 1299[391]; dans
d'autres actes du quinzième siècle, on la trouve indiquée sous le nom de
_rue où Dieu fut bouilli_, _du Dieu Bouliz_; enfin, dans Corrozet, sous
celui des Billettes.
[Note 391: Dubreul, p. 970.]
On a cherché et donné différentes étymologies de ce nom: Sauval insinue
qu'il pourroit bien venir d'une espèce de péage qu'on appeloit encore de
son temps _billette_, à cause d'un billot de bois qu'on suspendoit à la
porte de la maison où ce péage devoit être acquitté. Pour autoriser
cette idée, il pense que, la rue de la Verrerie conduisant à l'ancienne
porte Saint-Merri, on payoit peut-être le péage dans quelque maison de
cette rue, située au coin de celle des Jardins, et que c'est de là que
celle-ci aura reçu le nom de _rue des Billettes_. Jaillot trouve que
cette conjecture est un peu hasardée: «Il est vrai, dit-il, qu'on a
appelée _billette_ une petite enseigne posée aux lieux où on devoit
payer le péage; mais la rue de la Verrerie n'étoit point un chemin royal
où l'on pût établir un bureau pour la perception d'un pareil droit; les
marchandises qui y étoient sujettes devoient le payer avant que d'entrer
dans la ville: ainsi les droits étoient perçus, de ce côté, à la porte
Baudoyer, et de l'autre à celle de Saint-Merri.» Plusieurs autres
auteurs ont aussi proposé leurs conjectures, qui ne nous paroissent pas
mieux fondées. Ce qui nous a paru le plus vraisemblable, après avoir
examiné toutes les discussions qui se sont élevées à ce sujet, c'est que
le nom de cette rue est dû aux religieux hospitaliers de la Charité de
Notre-Dame qui précédèrent les Carmes dans le couvent situé dans cette
rue, et qui étoient connus sous le nom de _Billettes_ dès les premiers
temps de leur établissement à Paris. Il n'est pas même hors de
vraisemblance que ces hospitaliers, qui, dans leur origine, n'étoient ni
tout-à-fait religieux ni tout à fait séculiers, portassent des
_billettes_[392] sur leurs habits comme un signe propre à les faire
reconnoître, et que ce soit à cette occasion que le peuple leur ait
donné ce nom.
[Note 392: _Billette_, terme de blason, petite pièce carrée
qu'on met dans l'écu pour signifier constance et fermeté.
(_Dict. de l'Acad._) On donnoit le même nom à de petits
scapulaires qui avoient une forme toute semblable.]
_Rue des Blancs-Manteaux._ Elle traverse de la rue Sainte-Avoie dans la
vieille rue du Temple. Au treizième siècle elle n'étoit connue que sous
le nom de la _Parcheminerie_ et de la _Petite-Parcheminerie_. On la
trouve ainsi nommée, en 1268, dans les archives du Temple; mais les
religieux qui s'y établirent vers le milieu du même siècle, portant des
manteaux blancs, le peuple prit l'habitude de les appeler les _Blancs
Manteaux_, et l'on en donna le nom à la rue; elle le portoit dès 1289,
et l'a toujours conservé depuis.
Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé _Pequai_; il tire cette
dénomination d'un particulier nommé _Piquet_, qui y avoit une maison, et
dont on a altéré le nom. Il a porté aussi celui de _Novion_, parce que
M. de Novion a occupé la maison Piquet, et enfin celui des
_Blancs-Manteaux_, parce que ce monastère en étoit voisin. Sauval
l'appelle _rue Piquet_, et ajoute que c'étoit autrefois la _rue Molard_.
Comme il n'est point fait mention de cette rue dans Guillot ni dans les
listes des rues des quatorzième et quinzième siècles, Jaillot a
conjecturé que la _rue Pernelle-Saint-Pol_, qui y est distinguée de la
rue de _l'Homme-Armé_, pouvoit bien être cette _rue Molard_, laquelle
seroit enfin représentée aujourd'hui par ce cul-de-sac.
_Rue Bourg-Thiboud._ Elle donne d'un côté dans le marché du Cimetière
Saint-Jean, et de l'autre dans la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. On
trouve dans les archives de l'archevêché un contrat de vente du mois de
juillet 1220, où elle est appelée _rue Bourtibou_; dans un acte de 1280,
_vicus Burgi Thiboudi_. Ce même nom se trouve dans un arrêt de 1300.
Guillot écrit rue _Bourc-Tibout_. Ainsi les autres noms de cette rue,
tels que _Beautibourg_, _Bourtibourg_, _Bourg-Thiébaut_ ne sont que des
altérations de celui-ci. Quoique Sauval prétende[393] que les rues
Bourg-l'Abbé, Beau-Bourg, Bourg-Thiboud, ne viennent pas du mot _bourg_,
mais de noms de famille, il paroît cependant plus vraisemblable de
l'attribuer à des amas de maisons hors de la ville, qui ont formé peu à
peu de petits bourgs, et auxquels on a donné le nom de l'église qui y
étoit située, du seigneur ou du particulier le plus remarquable qui y
demeuroit. Telle est sans doute l'origine des bourgs Saint-Germain, du
bourg de l'Abbé de Saint-Magloire, du bourg Thiboud, etc. Cette rue n'a
pas changé de nom.
[Note 393: T. I, p. 115.]
_Rue de Braque._ Elle traverse de la rue Saint-Avoie à celle du
Chaume. Il paroit qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la
Vieille rue du Temple; elle portoit alors le nom de rue _des Bouchers_
et _des Boucheries-du-Temple_, à cause d'une boucherie que les
chevaliers du Temple y établirent en 1182. Arnoul de Braque y fit
bâtir, en 1348, un hôpital et une chapelle, et alors on la nomma
_rue des Boucheries-au-Braque_, _rue de Braque_, et _de la
Chapelle-de-Braque_[394].
[Note 394: Entre cette rue et celle des Vieilles Haudriettes,
étoit anciennement une rue ou ruelle appelée _de la
Traverse-Cadier_.]
_Rue du Chaume._ Elle aboutit d'un côté dans la rue des Blancs-Manteaux,
et de l'autre dans celle du Grand-Chantier, au coin de la rue des
Quatre-Fils. Cette rue est ancienne, car il en est fait mention dans les
actes de 1290. Il paroît qu'elle donna son nom à une porte que
Philippe-le-Bel permit d'ouvrir dans l'enceinte de Philippe-Auguste; et
c'est pourquoi elle est souvent indiquée, dans les titres des
quatorzième et quinzième siècles, sous le nom de la rue de la
_Porte-du-Chaume_. Il faut observer que quand cette rue (ou chemin) eut
été prolongée jusqu'aux murs du Temple, elle prit dans toute son étendue
le nom de _rue du Chantier-du-Temple_, à cause d'un bâtiment ainsi nommé
que les Templiers y avoient fait construire, et qui fait aujourd'hui
partie de l'hôtel de Soubise; elle le conserve encore dans une de ses
extrémités. Lorsque la porte eut été percée, la rue prit le nom de _rue
de la Porte-Neuve_, _rue Neuve-Poterne_ et _rue d'Outre-la-Porte-Neuve_.
Elle reprit depuis le nom de _rue du Chaume_; on la retrouve ensuite
sous le nom _du Vieil-Braque_. Sur le plan de Saint-Victor, elle est
nommée _grande rue de Braque_; et dans Corrozet _rue de la
Chapelle-de-Braque_. Quelques modernes lui ont donné le nom de _rue de
la Merci_, à cause de la maison et de l'église de ces religieux; mais
elle n'a jamais été inscrite sous cette dénomination à aucune de ses
extrémités.
_Rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie._ Elle fait la continuation de la
rue Neuve-Saint-Merri, depuis la rue Barre-du-Bec jusqu'à la Vieille rue
du Temple. Cette rue fut ouverte sur un terrain qu'on appeloit le _Champ
aux Bretons_ et _la Bretonnerie_. Il a porté aussi, comme nous l'avons
déjà dit, celui de la _Terre aux Flamands_; en 1232 on nommoit le chemin
qui le traversoit, _rue de Lagny_ dite la _Grande-Bretonnerie_, parce
qu'il étoit en partie sur le fief de l'abbé de Saint-Pierre de Lagny. Ce
terrain devoit sans doute son nom à une famille _des Bretons_ ou
_Lebreton_[395], connue par différents actes du treizième siècle, ce qui
le fit donner ensuite à la rue et même aux chanoines réguliers qui s'y
établirent. On y a depuis ajouté celui de Sainte-Croix qu'elle a reçu de
ces mêmes chanoines. Il paroît, par tous les titres du Temple, que le
commencement de cette rue s'appeloit, au quatorzième siècle, rue
_Agnès-la-Buschère_. Elle aboutissoit au carrefour du Temple, formé par
celle-ci et par les rues Neuve-Saint-Merri, Barre-du-Bec et
Sainte-Avoie[396].
[Note 395: Telle est l'opinion de Jaillot; Saint-Foix lui
donne une autre origine: «Sous le règne de saint Louis,
dit-il, il n'y avoit encore dans ce quartier que quelques
maisons éparses et éloignées les unes des autres. Renaud de
Brehan, vicomte de Podoure et de l'Isle, qui avoit épousé, en
1225, la fille de Leolyn, prince de Galles, étoit venu à Paris
pour quelque négociation secrète contre l'Angleterre. La nuit
du vendredi ou samedi saint 1228, cinq Anglais entrèrent dans
son _vergier_, le défièrent et l'insultèrent. Il n'avoit avec
lui qu'un chapelain et un domestique; ils le secondèrent si
bien, que trois de ces Anglais furent tués, les deux autres
s'enfuirent; le chapelain mourut le lendemain de ses
blessures. Brehan, avant que de partir de Paris, acheta cette
maison et le _vergier_, et les donna à son brave et fidèle
domestique, appelé _Galleran_. Le nom de _Champs-aux-Bretons_
qu'on donna au verger ou jardin à l'occasion de ce combat,
devint le nom de toute la rue; on l'appeloit encore, à la fin
du treizième siècle, la _rue du Champ-aux-Bretons_». (Essais
hist. sur Paris.)]
[Note 396: Quelques auteurs prétendent que la monnoie se
frappoit anciennement dans l'endroit de cette rue où furent
depuis établis les chanoines réguliers.]
_Rue de la Croix-Blanche._ Elle aboutit au cimetière ou marché
Saint-Jean et à la Vieille rue du Temple. À la fin du treizième siècle,
elle étoit connue sous le nom d'_Augustin-le-Faucheur_. Elle est
indiquée ainsi dans des lettres de Philippe-le-Hardi du mois d'août
1280, _cuneum sancti Augustini Falcatoris_. Ce nom a été altéré depuis
par les copistes, qui ont écrit _Anquetin_, _Anquetil_, _Huguetin_,
_Annequin_, _Hennequin_, _Otin-le-Fauche_, etc. Elle doit à une enseigne
de la Croix-Blanche le nom qu'elle porte, nom sous lequel elle est
énoncée dans un bail du 8 juillet 1448, et dans une sentence de
licitation du 27 août 1639, laquelle se trouvoit dans les archives de
l'archevêché.
_Rue de l'Homme-Armé._ Elle traverse de la rue
Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie dans celle des Blancs-Manteaux. Sauval et
l'abbé Lebeuf[397] avancent qu'anciennement on l'appeloit _rue
Pernelle-Saint-Pol_. Jaillot pense qu'ils se sont trompés, attendu que
cette rue Pernelle-Saint-Pol est distinguée de celle de l'Homme-Armé
dans différents actes. (_Voyez_ cul-de-sac Pequai, rue des
Blancs-Manteaux.) On ignore l'étymologie du nom de cette rue.
[Note 397: Sauv., t. III, p. 572.--Lebeuf, t. II, p. 594.]
_Rue de Moussy._ Elle traverse de la rue de la Verrerie dans celle de
Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. À la fin du treizième siècle, elle étoit
connue sous le nom _du Franc-Mourier_, _Morier_ et _Meurier_[398]; elle
est ainsi désignée sur tous les anciens plans. Corrozet ne l'appelle que
_ruelle descendant à la Verrerie_. Les papiers censiers de l'archevêché
prouvent qu'elle portoit le nom de Moussi dès 1644, quoiqu'on trouve
quelques actes postérieurs qui lui conservent son premier nom.
[Note 398: Cens. de S. Éloi.]
_Rue de Paradis._ Elle traverse de la Vieille rue du Temple dans celle
du Chaume. Son nom est dû à l'enseigne d'une maison dont il est fait
mention dès 1291; et même, suivant quelques titres du Temple, dès 1287;
on la nommoit _rue de Paradis_ ou _des Jardins_.
_Rue du Plâtre._ Elle aboutit d'un côté à la rue Sainte-Avoie, et de
l'autre à celle de l'Homme-Armé. Sauval dit avec raison qu'en 1240 elle
s'appeloit _rue Jehan-Saint-Pol_, en 1280, _la rue au Plâtre_, et depuis
_rue de la Plâtrière_ et _du Plâtre_[399].
[Note 399: T. I, p. 157.]
_Rue du Puits._ Elle traverse de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie
dans celle des Blancs-Manteaux. On la connoissoit sous ce nom au
treizième siècle; il ne paroît pas qu'elle en ait changé.
_Rue des Singes._ Elle est parallèle à la précédente, et aboutit dans
les mêmes rues. Suivant Sauval[400], elle s'appeloit, en 1269, la _rue
Pierre-d'Estampes_. Le peuple avoit altéré et changé ce nom en celui de
_Perriau_, _Perrot_, _Perreau-d'Estampe_. On voit, dans le _Dit des
rues_ de Guillot, que, dès 1300, on l'appeloit _rue à Singes_, à cause
d'une maison ainsi nommée. Ce nom n'a pas varié depuis[401].
[Note 400: _Ibid._, p. 162.]
[Note 401: Il y avoit dans cette rue une ruelle que les titres
du Temple nomment _rue Étienne le Meunier_.]
_Rue de la Verrerie._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier
commence à la rue Barre-du-Bec, et aboutit à la rue Bourg-Thiboud et au
marché Saint-Jean. Dès le treizième siècle on la trouve ainsi nommée.
Sauval dit que son nom vient d'une ou plusieurs verreries qui ont existé
en cet endroit. Dans des lettres du chapitre de Notre-Dame, de
1185[402], il est fait mention du terrain qui va depuis la maison de
Robert de Paris, rue du Renard, jusqu'à celle de Gui le Verrier ou le
Vitrier, _usque ad domum Guidonis Vitrearii_. Il est vraisemblable que
c'est du nom de ce particulier que dérive celui de la rue où il
demeuroit[403].
[Note 402: Arch. de S. Merri.]
[Note 403: C'est dans cette rue que demeuroit Jacquemin
Gringonneur, peintre, qui fut l'inventeur des cartes à jouer,
vers la fin du règne de Charles V; car il en est fait mention
dans la Chronique de _Petit-Jehan de Saintré_, page de ce
prince. On lit aussi dans un compte de Charles Poupart,
surintendant des finances et argentier de Charles VI: _Donné
cinquante-six sols parisis à Jacquemin Gringonneur, peintre,
pour trois jeux de cartes à or et diverses couleurs, de
plusieurs devises, pour porter devers ledit seigneur roi, pour
son ébattement_ (pendant les intervalles de sa funeste
maladie).]
RUES NOUVELLES.
_Rue des Guillelmites._ Elle a été percée sur le terrain des
Blancs-Manteaux, et commençant à la rue qui porte ce nom, elle va finir
à celle de Paradis.
PASSAGES NOUVEAUX.
_Passage Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie._ Il va de la rue
Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie à celle des Billettes.
QUARTIER DU TEMPLE, OU DU MARAIS.
Ce quartier est borné à l'orient par les boulevarts et par la rue
de Mesnil-Montant inclusivement; au septentrion, par les
extrémités des faubourgs du Temple et de la Courtille
inclusivement; à l'occident, par la grande rue des mêmes
faubourgs et par la rue du Temple inclusivement, jusqu'au coin de
celle des Vieilles-Haudriettes; et, au midi, par les rues des
Vieilles-Haudriettes, des Quatre-Fils, de la Perle, du Parc-Royal
et Neuve-Saint-Gilles inclusivement.
On y comptoit, en 1789, soixante-quatre rues, quatre culs-de-sac,
deux communautés d'hommes, trois couvents et une communauté de
filles, le Temple, un hôpital, etc.
PARIS SOUS FRANÇOIS Ier.
Sous le règne de François Ier, dont nous allons extraire tous les
événements qui offrent quelque rapport avec l'histoire de Paris, nous ne
trouvons pas qu'il se soit passé rien de remarquable dans le quartier du
Temple, si l'on en excepte la fondation de l'hôpital des Enfants-Rouges,
monument de la charité de ce monarque et de Marguerite de Valois, reine
de Navarre, sa soeur.