Sainte-Avoie furent compris dans l'acquisition de Jean Sequence. L'acte
que nous venons de citer ne fait aucune mention de cet achat; la
fausseté de cette opinion est encore prouvée par une inscription qu'on
lisoit autrefois sur le mur de la chapelle de Sainte-Avoie, et qui a été
conservée par du Breul[363]. Elle contenoit un legs fait par _M. Jean
Hersant, jadis fondateur de la chapelle de l'hôtel Sainte-Avoie_. Le
père Dubois pense aussi que le nom de Sainte-Avoie ne fut donné à la
chapelle et à la maison des pauvres femmes que postérieurement à l'an
1288. Il est certain qu'en 1303 et même au milieu du seizième siècle on
les appeloit encore _les pauvres veuves de la rue du Temple_, et que
dans tous les titres du chapitre de Saint-Merri, le chefcier y est
désigné ainsi: _Magister, seu provisor domûs pauperum mulierum de portâ
Templi._ Il est vrai qu'il existoit dans les archives de ce chapitre un
concordat de 1423, où cette communauté est désignée sous le titre de
_Maîtresses et bonnes femmes de l'hôtel et hôpital Sainte-Avoie_; que
Corrozet et le plan de Dheulland indiquent également _la Chapelle
Sainte-Avoie_; enfin que la rue où elle est située est appelée _rue du
Temple, autrement Sainte-Avoie_, dans le manuscrit d'un plan terrier de
Saint-Merri, fait en 1512; mais on ne peut tirer aucune preuve de ces
dates postérieures de beaucoup à la fondation.
[Note 362: T. I, p. 271.]
[Note 363: Pag. 827.]
Sans appartenir à aucun ordre religieux, ces bonnes femmes vivoient en
communauté, soumises à des statuts et à des réglements particuliers.
Cependant, ayant témoigné le désir d'embrasser un genre de vie vraiment
monastique, pour se conformer aux ordonnances du royaume qui étoient
contraires à leur établissement, madame Luillier, veuve de M. de
Sainte-Beuve, leur proposa, de concert avec M. Guy Houissier, curé de
Saint-Merri, d'adopter la règle et les constitutions des Ursulines, à
qui cette dame avoit procuré un établissement, rue Saint-Jacques; et à
cette condition elle s'engagea de leur faire une rente de mille livres.
Le concordat par lequel ces bonnes femmes acquiescèrent à ce
changement[364] fut signé le 10 décembre 1621, homologué par les grands
vicaires de M. le cardinal de Retz, évêque de Paris, le 4 janvier
suivant, confirmé par le souverain pontife, et approuvé par
lettres-patentes du mois de février 1623, qui furent vérifiées au
parlement quelques jours après. Les religieuses ursulines furent mises
en possession de la maison de Sainte-Avoie dès le mois de janvier 1622.
Les bonnes femmes qui l'occupoient, et dont le nombre étoit réduit à
neuf, prirent aussitôt l'habit et persévérèrent avec édification dans le
nouvel institut qu'elles avoient embrassé. Ce changement ne fit rien
perdre au curé de Saint-Merri de ses droits sur cette maison, et il y
conserva jusqu'à la fin tous ceux dont avoient joui ses
prédécesseurs[365].
[Note 364: Ce changement est le seul qu'ait subi cette maison,
quoique dom Félibien, Piganiol et ceux qui les ont copiés,
aient dit qu'on y introduisit des _religieuses béguines_.
Cette erreur a pris sa source dans le mot _béguines_, que l'on
n'a pas bien entendu, ou auquel on a donné trop d'extension.
Les béguines étoient des filles ou femmes dévotes qui, sans
s'astreindre à aucune règle, ni s'engager par des voeux,
vivoient en commun, et consacroient à la prière et à d'autres
exercices de piété le temps qu'elles n'employoient pas au
travail des mains. Ainsi elles tenoient un milieu entre le
genre de vie des laïques et celui des personnes qui avoient
embrassé l'état religieux. Le peuple prit l'habitude de donner
le nom de béguines à toutes les femmes qui vivoient en commun;
et comme les bonnes femmes de Sainte-Avoie vivoient ainsi, on
les appela _béguines_, sans que pour cela il y ait eu le
moindre changement dans leur communauté.]
[Note 365: En reconnoissance de ces droits, le couvent faisoit
présenter chaque année à l'offrande, en l'église de
Saint-Merri, et le jour de la fête de ce saint, un cierge
d'une livre, auquel étoit attaché un écu d'or.]
Il falloit monter au premier étage pour voir l'église de ces
religieuses, qui étoit assez jolie, mais fort petite. Le maître-autel
étoit décoré d'un assez bon tableau représentant l'Annonciation, par un
peintre inconnu.
Les religieuses de Sainte-Avoie tenoient une pension de jeunes
demoiselles.
LES RELIGIEUX DE LA MERCI,
OU DE NOTRE-DAME DE LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS.
C'est, selon nous, une chose admirable de voir à quel point les
institutions religieuses l'emportent, dans cette grande ville, sur
celles qui sont purement civiles, non-seulement par leur nombre, mais
encore par l'importance de leurs travaux, par la régularité de leur
action, par le bien qu'elles font à la société. Ce que la politique n'a
pu même imaginer pour le soulagement de l'humanité, parce qu'en effet il
est certains dévouements qu'aucune récompense donnée par les hommes ne
peut payer, des ordres religieux, l'ont fait parce qu'ils se proposoient
un prix qui seul pouvoit être au-dessus de leurs sacrifices. Leur
charité avoit prévu tout ce qui peut contribuer à l'ordre et au bonheur
dans une vaste cité, toutes les misères, toutes les souffrances qui
peuvent affliger ses habitants: nous les avons montrés ouvrant de tous
côtés des asiles pour instruire, édifier, soulager. Ils ont fait plus:
ils ont étendu cette charité ardente jusque sur des malheureux dont la
terre et la mer sembloient devoir les séparer à jamais; on les a vus
braver tous les périls, franchir tous les obstacles pour arracher à
l'esclavage et la mort des chrétiens que leurs amis, leurs parents mêmes
avoient abandonnés; et dans ce triomphe de la religion, ils ont donné
une preuve éclatante qu'elle étoit plus forte que toutes les affections
humaines, qu'elle l'emportoit même sur les sentiments de la nature.
L'ordre de la Merci, en qui nous admirons ce dévouement sublime et
jusque-là inconnu, prit naissance à Barcelone en 1218[366]. Ce n'étoit,
dans son origine, qu'une congrégation de gentilshommes qui, pour imiter
la charité de saint Pierre Nolasque, leur fondateur, consacrèrent leurs
biens et leurs personnes à la délivrance des captifs chrétiens, sur le
récit qu'ils avoient entendu faire des cruautés inouïes exercées sur eux
par les infidèles, qui ne leur laissoient d'autre alternative que de
mourir dans les supplices ou de changer de religion. On les appeloit
_les Confrères de la Congrégation de N.-D. de Miséricorde_. Ils avoient
aussi le titre d'ordre royal et militaire, parce que, pendant les
premiers siècles de leur institution, ils étoient aussi destinés à faire
la guerre aux Maures, qui avoient envahi les plus belles provinces de
l'Espagne. Aux trois voeux ordinaires de religion ces pieux chevaliers
ajoutoient celui de sacrifier leurs biens, leur liberté, et même leur
vie pour le rachat des captifs.
[Note 366: Ils reçurent l'habit de leur institut dans l'église
cathédrale de Barcelone, des mains de Bérenger, qui en étoit
évêque, en présence de Jacques Ier, roi d'Aragon, le 10 août
1223. Cet habit, tout blanc, consistoit en une tunique, une
chape et un scapulaire sur lequel étoit l'écu d'Aragon, avec
une croix en chef. Leurs constitutions particulières furent
dressées par Raimond de Pegnafort, dominicain fameux, qui
étoit le confesseur de Pierre Nolasque, fondateur de l'ordre.]
Les succès de cet ordre furent si rapides que, dès 1230, il fut approuvé
par Grégoire IX, qui le confirma de nouveau par sa bulle du 17 janvier
1235, en le mettant sous la règle de saint Augustin. Mais, en 1308,
Clément V ayant ordonné que cet ordre seroit régi par un religieux
prêtre, ce changement occasionna quelques divisions entre les clercs et
les laïques: les chevaliers se séparèrent des ecclésiastiques, et
insensiblement ces derniers furent seuls admis dans l'ordre.
Les historiens n'indiquent pas la date précise de l'introduction de ces
religieux en France; mais on sait d'une manière positive que, dès 1515,
ils avoient à Paris une maison et un collége qui subsistoient encore au
milieu du dernier siècle, au bas de la rue des Sept-Voies, près de la
montagne Sainte-Geneviève. Ils durent leur second établissement, rue de
Braque, à la reine Marie de Médicis, qui, par ses lettres du 16
septembre 1613, leur fit donner les chapelles de Notre-Dame et de
Saint-Claude de Braque[367]. Les religieux de la Merci en prirent
aussitôt possession. L'évêque de Paris approuva ce changement le 4
novembre 1613, et il fut autorisé par lettres-patentes du 1er août
1618. On bâtit alors, à la place de ces anciennes constructions, une
église et un monastère; et, depuis cette époque, on reconstruisit le
portail de l'église. Il étoit composé de deux ordonnances couronnées
d'un attique, au-dessus duquel s'élevoit un campanille. Le premier
ordre, dont les colonnes étoient ovales et corinthiennes, fut bâti sur
les dessins de Cottard; le second, dont les chapiteaux étoient
composites, étoit de Boffrand, qui avoit eu, dit-on, l'intention de
disposer la masse entière de ce morceau d'architecture, de manière
qu'elle pût se lier avec celle de l'hôtel Soubise, situé vis-à-vis, et
lui servir en quelque sorte de décoration. Parmi les constructions
pyramidales de ce genre, celle-ci pouvoit passer pour une des plus
agréables, parce qu'elle étoit une des plus simples[368].
[Note 367: En 1348, Arnould de Braque avoit fondé cette
chapelle et un hôpital. On voit, par les registres de la
chambre des comptes, que, le 7 juillet 1384, Charles VII donna
à Nicolas de Braque, moyennant douze deniers de cens annuel,
les anciens murs, avec les tours ou tourelles, et les places
vagues entre la porte du Chaume et celle du Temple; Nicolas de
Braque y fit bâtir un hôtel, et augmenta beaucoup la chapelle
et l'hôpital. Ce dernier établissement étoit déjà détruit au
commencement du dix-septième siècle; mais la chapelle,
suffisamment rentée par la famille de Braque, étoit encore
desservie par quatre chapelains.]
[Note 368: _Voyez_ pl. 113.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA MERCI.
TABLEAUX.
Dans une chapelle, un tableau représentant saint Pierre Nolasque
recevant le premier, en 1223, l'habit de l'ordre de la Merci des
mains de l'évêque de Barcelone, en présence du roi d'Aragon, par
_Bourdon_.
SCULPTURES.
Sur les côtés du maître-autel, les statues de saint Raymond
Nonnate et de saint Pierre Nolasque, par _Michel Anguier_.
SÉPULTURES.
La famille de Braque avoit dans cette église un tombeau décoré de
figures en marbre blanc[369]. Un cartouche de marbre appliqué sur
un des piliers de la nef indiquoit que les coeurs du maréchal de
Themines et du marquis de Themines son fils y avoient été
inhumés.
[Note 369: Les bustes de Nicolas de Braque et de Jeanne
Bouteillers de Senlis son épouse étoient déposés au Musée des
Petits-Augustins.]
C'étoit aussi la sépulture de MM. de La Mothe et Ferrari.
Quoique le rachat des esclaves fût aussi la fin principale de
l'institution d'un autre ordre religieux (les Trinitaires Mathurins), il
y avoit entre eux cette différence, que non-seulement les Pères de la
Merci faisoient le voeu d'aller racheter les captifs, ce qui leur étoit
commun avec les Trinitaires, mais encore de demeurer en otage pour eux,
voeu que ces derniers ne faisoient point[370].
[Note 370: L'église et les bâtiments de ce monastère ont été
démolis.]
MONASTÈRE DES BLANCS-MANTEAUX.
Trois ordres différents ont successivement occupé ce monastère. _Les
religieux serfs de sainte Marie mère de. J.-C._ furent les premiers qui
s'y établirent en 1258[371]. Les archives du Temple nous apprennent
qu'en cette année Amauri de Laroche, maître de cette maison, permit à
ces religieux d'établir dans sa censive un couvent, une chapelle et un
cimetière, si l'évêque et le curé de Saint-Jean-en-Grève le trouvoient
bon.
[Note 371: Sauval et Lemaire disent, mal à propos, que ce fut
en 1252.]
Soit que les facultés des serfs de la Vierge ne leur permissent pas de
profiter alors de cette faveur, soit que quelque autre obstacle fût venu
s'opposer à leur établissement, on voit qu'ils n'obtinrent le
consentement de Renaud de Corbeil, évêque de Paris, qu'au mois d'août de
l'an 1263, et non en 1258, comme le dit Sauval. La chapelle fut bâtie la
même année par les libéralités de saint Louis[372]. Les historiens nous
apprennent que ce prince donna en outre quarante sous de rente à la
maison des chevaliers du Temple, pour la dédommager du droit de censive
qu'elle avoit sur le lieu où fut bâti ce monastère. C'est pourquoi ce
prince en est justement regardé comme le principal fondateur, quoique
plusieurs particuliers aient aussi contribué de leurs aumônes à l'entier
achèvement de cette bonne oeuvre.
[Note 372: Hist. de Par., t. III, p. 243.]
Les Blancs-Manteaux[373] ne jouirent pas long-temps de l'établissement
que la charité leur avoit procuré dans la capitale. Dès l'an 1274, leur
ordre fut supprimé par le second concile de Lyon, qui abolit tous les
ordres mendiants établis depuis le quatorzième concile de Latran[374], à
la réserve des Jacobins, des Cordeliers, des Carmes et des Augustins.
[Note 373: Le nom de _Monastère des Blancs-Manteaux_ fut donné
au couvent des serfs de la Vierge, parce que les religieux
portoient des manteaux blancs. Les Guillelmites, qui les
remplacèrent, conservoîent ce nom, quoique les leurs fussent
noirs; et cette dénomination passa aux Bénédictins, qui
succédèrent aux Guillelmites.]
[Note 374: Ce concile avoit été tenu sous Innocent III, en
1215.]
Il paroît que les serfs de la Vierge, qui, par ordre d'Alexandre IV, et
en vertu de sa bulle du 15 septembre 1257, c'est-à-dire dès leur
origine, avoient adopté la règle de saint Augustin, se maintinrent
encore quelque temps, malgré le décret du concile de Lyon: car ce ne fut
qu'en 1297 qu'ils se réunirent à un autre ordre monastique établi, à peu
près à la même époque, dans le diocèse de la capitale.
Les vertus de saint Guillaume de Malleval, les miracles qui s'opéroient
chaque jour sur son tombeau, avoient engagé les fidèles à lui faire
bâtir une église et un monastère. Les solitaires qui s'y établirent
adoptèrent la règle de saint Benoît, et prirent le nom de Guillelmites,
où _hermites de saint Guillaume_. Sous le règne de saint Louis, ils
obtinrent une demeure à Mont-Rouge, près de Paris. Leur maison et leur
chapelle étoient alors sous le titre des _Machabées_.
Ces religieux, quoique mendiants, n'avoient point été du nombre de ceux
que Grégoire et le concile de Lyon supprimèrent, parce qu'on les
considéroit comme vivant sous la loi d'un ordre approuvé par l'Église.
La suppression des _serviteurs de la Vierge_ leur fit naître la pensée
de se procurer un établissement dans la capitale. S'étant facilement
entendus avec ceux qu'ils vouloient remplacer, ils exposèrent à Boniface
VIII qu'il ne restoit plus que quatre membres de cette communauté, y
compris le prieur, lesquels désiroient se réunir à eux et entrer dans
leur ordre, et lui demandèrent de leur accorder la maison des
Blancs-Manteaux. Le souverain pontife y consentit par sa bulle donnée le
18 juillet 1297, et confirmée, l'année suivante, par Philippe-le-Bel.
Dans le siècle suivant, ce monastère se trouvant trop resserré par
l'enceinte de la ville à laquelle il étoit contigu, Philippe-de-Valois
accorda, en 1334, la permission de percer le mur, et d'y pratiquer une
porte, tant pour la commodité des personnes du dehors qui venoient
assister au service divin, que pour celle des religieux qui possédoient
par-delà l'enceinte une place et quelques bâtiments. En 1404 ils
obtinrent encore de Charles VI une tour et environ quarante toises des
anciens murs, à condition de payer chaque année quatre livres dix sous
huit deniers parisis de rente, et huit sous six deniers parisis de fonds
de terre.
Les Guillelmites demeurèrent en possession de ce monastère jusqu'en
1618, époque à laquelle leur communauté étoit réduite à un si petit
nombre de religieux[375] qu'ils obtinrent d'être agrégés à la
congrégation réformée des Bénédictins, nommée alors _Gallicane_, et
depuis de _Saint-Maur_. Cette réforme faisoit de rapides progrès, et
plusieurs monastères l'avoient déjà embrassée. Les religieux de
Saint-Guillaume s'y étant unanimement soumis le 3 septembre 1618, deux
jours après, Henri de Gondi, cardinal de Retz, fit entrer des
Bénédictins dans leur monastère, et cette union, approuvée par des
lettres-patentes de Louis XIII, données la même année, fut maintenue
malgré les réclamations du général des Guillelmites, résidant alors dans
la ville de Liége.
[Note 375: La communauté n'étoit plus composée que d'un
prieur, six profès et deux novices.]
On lit, dans l'histoire de Paris et dans le _Gallia Christiana_[376],
que la première église des Blancs-Manteaux fut dédiée le 30 novembre
1397, et ensuite le 13 mai 1408. Cette église étoit alors autrement
située qu'elle n'est aujourd'hui; elle s'élevoit le long de la rue des
Blancs-Manteaux, et touchoit presqu'à la porte Barbette. L'église et le
monastère furent rebâtis en 1685; M. le chancelier Le Tellier et dame
Élisabeth Turpin son épouse en posèrent la première pierre le 26 avril
de la même année.
[Note 376: Hist. de Par., t. I, p. 378, et t. III, p. 243 et
298.--_Gall. Christ._, t. VII, col. 141 et 142.]
Cette église, d'une grandeur médiocre, et surtout très-étroite, est
cependant composée d'une nef et de bas côtés qui en sont séparés par des
arcades ornées de pilastres corinthiens et de médaillons. Le tout est de
cette architecture mesquine que l'on ne rencontre que trop communément
dans les églises de Paris[377].
[Note 377: _Voyez_ pl. 111.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES BLANCS-MANTEAUX.
TABLEAUX.
Au fond du bas côté de l'église, près de la principale porte
d'entrée, un grand tableau représentant Jésus-Christ au Jardin
des Olives, par _Parrocel_.
SCULPTURES ET TOMBEAUX.
Auprès du maître-autel, six figures sculptées par un frère lai de
cette maison, nommé _Bourlet_.
Le tombeau de Jean Le Camus, lieutenant civil, mort en 1710, par
_Simon Mézières_. Ce magistrat y étoit représenté à genoux; un
ange tenoit un livre ouvert devant lui.
La bibliothèque contenoit environ vingt mille volumes.
Cette maison a servi de retraite à plusieurs bénédictins estimés pour
leur vertu et pour leur érudition. C'est là qu'ont été composés _l'Art
de vérifier les dates_, _la Nouvelle Diplomatique_, _la Collection des
Historiens de France_, et d'autres ouvrages importants[378].
[Note 378: Les bâtiments des Blancs-Manteaux ont été détruits,
et sur leur emplacement on a percé une rue nouvelle. L'église
vient d'être rendue au culte.]
HÔTELS.
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
_Hôtel de Saint-Aignan_ (rue Sainte-Avoie).
Cet hôtel portoit autrefois le nom de Beauvilliers; il avoit été bâti
par Le Muet, architecte, pour Claude de Mesmes, comte d'Avaux, célèbre
par ses négociations et ses ambassades, et fut ensuite vendu à Paul de
Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, pair de France. Cet édifice, d'une
construction assez régulière, offre sur la cour une ordonnance de
pilastres corinthiens qui s'élèvent depuis le rez-de-chaussée jusqu'à
l'entablement[379].
[Note 379: C'est aujourd'hui le siége de la municipalité du
sixième arrondissement.]
_Hôtels de Mesmes, de la Trémouille, Caumartin_, etc. (même rue).
L'hôtel de Mesmes étoit originairement la demeure du connétable Anne de
Montmorency[380].
[Note 380: Ce seigneur mourut dans cet hôtel, le 12 novembre
1567, des blessures qu'il avoit reçues à la bataille de
Saint-Denis; il étoit âgé de soixante-quatorze ans, avoit
servi sous cinq rois, et s'étoit trouvé à près de deux cents
combats et à huit batailles rangées.]
Henri II se plaisoit quelquefois à venir y faire un séjour passager, ce
qui l'avoit fait appeler _le Logis du Roi_. Cet hôtel passa ensuite à
Jean-Antoine de Mesmes, premier président du parlement.
Ce fut dans cette maison que furent d'abord établis les bureaux de la
banque de Law. Peu de temps avant la révolution, elle étoit occupée par
M. de Vergennes et par les bureaux de la recette générale des
finances[381].
[Note 381: C'est aujourd'hui la demeure de l'administrateur
général des droits réunis.]
On trouve encore dans cette rue les hôtels de la Trémouille et de
Caumartin, et dans la rue Bourg-Thiboud l'hôtel d'Argouges.
_Hôtel de Soubise._
Cet hôtel, dont la principale entrée donne sur la rue de Paradis, occupe
une grande partie du carré que forment les rues du Chaume, des
Quatre-Fils, de Paradis, la vieille rue du Temple; et réunit dans son
enceinte les emplacements de plusieurs autres hôtels connus dans notre
histoire. Du côté de la rue des Quatre-Fils étoit le _grand chantier du
Temple_, dont les Parisiens firent présent au connétable de
Clisson[382], et sur lequel il fit bâtir son hôtel en 1383. Du côté de
la rue de Paradis s'élevoit l'hôtel des rois de Navarre, de la maison
d'Évreux, devenu depuis la propriété du duc de Nemours, comte
d'Armagnac, sur lequel il fut confisqué.
[Note 382: Lorsque, selon Pasquier, ils se virent réduits, par
son moyen, à venir crier _miséricorde_ au roi dans la cour du
palais; et en effet les M d'or couronnées qu'on a vues
long-temps sur les murailles et sur les combles de cet hôtel y
avoient été peintes pour rappeler le souvenir de la faute et
du châtiment des Parisiens. Elles indiquent aussi la raison
pour laquelle, sous Charles VI, et même après lui, on nommoit
cet hôtel l'_hôtel de la Miséricorde_. La manière dont
Froissard et les historiens nous parlent de l'assassinat
d'Olivier de Clisson (_Voyez_ 1re partie, p. 97), fait croire
que ce connétable logeoit encore dans cette maison, et qu'il
étoit en chemin pour s'y rendre lorsqu'il fut attaqué.]
L'hôtel de Clisson appartenoit, au commencement du quinzième siècle, au
comte de Penthièvre; il passa ensuite au sieur Babon de la Bourdaisière,
qui, par contrat du 14 juin 1553, le vendit 16,000 liv. à Anne d'Est,
épouse de François de Lorraine, duc de Guise; celui-ci le donna, le 7
octobre 1556, au cardinal de Lorraine son frère, qui en fit don
lui-même, le 4 novembre suivant, à charge de substitution, à Henri de
Lorraine, prince de Joinville, son neveu.
L'hôtel de Navarre et d'Armagnac, passé au comte de Laval, fut vendu par
ce seigneur, en 1545, au sieur Brinon; celui-ci le céda au cardinal de
Lorraine, lequel en fit don au duc de Guise son frère, le 11 juin 1556.
Le duc de Guise acheta encore, en 1560, l'hôtel de la Roche-Guion.
L'acte d'acquisition porte qu'il étoit alors possédé par Louis de Rohan,
comte de Montbazon, seigneur de Guémené, et par dame Éléonore de Rohan
son épouse.
Enfin les princes de cette dernière famille acquirent, dans le même
temps, plusieurs autres maisons voisines; et c'est sur ce vaste
emplacement qu'ils firent bâtir l'hôtel qui reçut leur nom. Il porta ce
nom jusqu'en 1697, que François de Rohan, prince de Soubise, l'ayant
acheté des héritiers de la duchesse de Guise, en augmenta
considérablement les constructions.
Le principal corps-de-logis, qui s'étend depuis la rue du Chaume
jusqu'au jardin, et dont la façade donnoit immédiatement sur le passage
qui conduisoit de cette rue à la Vieille rue du Temple, avoit été
construit par Henri, duc de Guise, sur la conduite et sur les dessins de
Lemaire. La grande cour n'existoit pas encore à cette époque. La porte
d'entrée se présentoit en pan coupé sur l'angle de la rue du Chaume et
de ce passage; elle étoit accompagnée de deux tourelles en saillie qui
existent encore, et entre lesquelles étoit située la chapelle, ornée de
peintures à fresque par _Nicolo_, peintre florentin, appelé d'Italie par
François Ier pour décorer le palais de Fontainebleau.