_Rue des Nonaindières._ Elle va depuis la rue de Jouy jusqu'au quai des

Ormes, en face du pont Marie: on devroit écrire et prononcer _rue des

Nonains-d'Hières_, nom qu'elle porte dans tous les titres. En effet,

Ève, abbesse d'Hières, acheta en cette endroit une maison en 1182[348],

et c'est certainement ce qui a fait donner à la rue le nom de ces

religieuses. Sauval dit que, de son temps, cette maison s'appeloit

_maison de la Pie_[349].

[Note 348: _Gall. christ._, t. VII, col. 607.]

[Note 349: T. II, p. 270.]

_Rue du Paon-Blanc._ Elle descend de la rue de la Mortellerie sur le

quai des Ormes ou place aux Veaux. Valleyre ne l'énonce que comme un

cul-de-sac, quoiqu'il ne paroisse pas qu'elle ait jamais été fermée à

aucune de ses extrémités. Corrozet ne l'indique que sous le nom de

_Descente à la rivière_. Quelques auteurs lui ont donné les noms de _la

Porte_ ou de _l'Arche dorée_, qui ne conviennent qu'à la rue de

l'Étoile.

_Rue Saint-Paul._ Elle commence à la rue Saint-Antoine, et aboutit au

quai et port Saint-Paul. Cette rue est très-ancienne, puisqu'elle doit

son nom à l'église Saint-Paul, qui elle-même est d'une grande antiquité.

_Rue des Prêtres-Saint-Paul._ Elle fait la continuation de la rue de

Joui, et aboutit à la rue Saint-Paul. Nous avons déjà fait observer que

la rue de Joui se prolongeoit jusqu'aux murs de l'enceinte de

Philippe-Auguste, et que dans cet endroit il y avoit une fausse porte,

qui fit donner à cette partie le nom de _la Fausse-Poterne-Saint-Paul_.

Lorsqu'on continua cette rue jusqu'à celle de Saint-Paul, on lui

conserva d'abord cette même dénomination de _rue de la Fausse-Poterne_;

depuis on lui a donné le nom de Prêtres-Saint-Paul, parce que la plupart

de ceux qui desservoient cette église avoient leur domicile dans cette

rue.

_Rue Neuve-Saint-Paul._ Elle va d'un bout dans la rue Saint-Paul, et

aboutit de l'autre au coin de celles de Beautreillis et Gérard-Boquet:

elle a été ouverte sur l'ancien emplacement de l'hôtel Saint-Maur. Le

voisinage de l'église Saint-Paul lui a fait donner le nom qu'elle porte

aujourd'hui.

_Rue Percée._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Antoine, et de

l'autre à celle des Prêtres-Saint-Paul. Cette rue est ancienne; Guillot

en fait mention, et l'appelle _rue Percié_; on lit aussi _rue Perciée_

dans le rôle de 1313, et ce nom n'a pas changé depuis.

_Rue des Trois-Pistolets._ Elle fait la continuation de la rue

Neuve-Saint-Paul depuis la rue de Beautreillis jusqu'à celle du

Petit-Musc, et doit son nom à une enseigne.

QUAIS.

_Quai des Célestins._ Il commence à la rue Saint-Paul, et finit à

l'Arsenal. Il est inutile de dire que ce quai, qui fut refait et pavé en

1705, doit son nom aux religieux qui se sont établis dans son voisinage.

_Quai des Ormes._ Suivant La Caille, il s'étend depuis la rue

Geoffroi-l'Asnier jusqu'à celle du Paon-Blanc. D'autres le placent entre

la rue des Nonaindières et celle de l'Étoile, et le nomment _Mofils_ et

_Monfils_. En 1586, ce lieu fut destiné par la ville au _débâclage_ des

bateaux, jusqu'aux Célestins[350]; et la place aux Veaux y fut

transférée par arrêt du 8 février 1646.

[Note 350: Reg. de la ville, f. 371.]

_Quai Saint-Paul._ Il règne depuis le quai des Ormes jusqu'à la rue

Saint-Paul. C'est celui de Paris qui a le moins d'étendue; et c'est là

qu'arrivent le poisson d'eau douce et les fruits, et qu'on en fait la

vente.

MONUMENTS NOUVEAUX

ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.

_Arsenal._ Il a été opéré de grands changements dans les constructions

de l'Arsenal: 1º une partie de la porte d'entrée du grand Arsenal et le

pavillon situé à l'entrée de la grande cour ont été abattus pour

l'ouverture d'une large rue nommée _rue de Sully_, qui vient aboutir au

nouveau boulevart. Ce pavillon réunissoit les deux parties du bâtiment

où se trouve la bibliothèque; 2º le jardin a été détruit et remplacé par

le boulevart dont nous venons de parler; 3º l'esplanade, anciennement

nommée le Mail, qui suit le bord de l'eau depuis les Célestins jusqu'au

fossé, forme un nouveau quai, dont les travaux sont maintenant achevés;

4º le petit Arsenal a été démoli en grande partie, pour l'ouverture

d'une autre rue qui donne également sur le boulevart, et qu'on nomme

_rue Neuve-de-la-Cerisaie_. Les deux pavillons encore existants sont

occupés, l'un par l'administration générale, l'autre par la raffinerie

des salpêtres.

La bibliothèque de MONSIEUR a été placée dans les bâtiments du grand

Arsenal.

_Greniers de réserve._ Ils ont été commencés en 1807, par M. Delaunay,

sur l'ancien jardin de l'Arsenal. Ces greniers forment une longue ligne

de cinq pavillons carrés liés entre eux par quatre grands corps de

bâtiments, et s'étendent le long du boulevart, depuis la pointe du

grand Arsenal jusqu'au petit. Chaque façade offre 67 croisées en

arcades au-dessus desquelles ont été pratiquées autant d'ouvertures

carrées. L'intérieur est divisé en plusieurs planchers où l'on conserve

le grain. Si l'on ne considère un édifice que sous le rapport de

l'utilité, celui-ci remplit son but; mais, sous le rapport de l'harmonie

qui doit régner dans toutes les parties d'une composition, il laisse à

désirer.

_La Gare._ On pousse avec activité les travaux de cette gare qui n'est

point encore achevée. La voûte qui doit s'étendre sous le pavé de la

place de la Bastille est en partie terminée; et la poudrière que l'on

avoit établie dans les fossés a été démolie.

RUES NOUVELLES.

_Rue Neuve-de-la-Cerisaie._ (Voyez p. 975.)

_Rue de Sully._ (Voyez _id._)

QUARTIER SAINTE-AVOIE, OU DE LA VERRERIE.

Ce quartier est borné à l'orient par la vieille rue du Temple

exclusivement; au septentrion, par les rues des Quatre-Fils et

des Vieilles-Haudriettes aussi exclusivement; à l'occident, par

les rues Sainte-Avoie et Barre-du-Bec inclusivement, depuis la

rue des Vieilles-Haudriettes jusqu'à celle de la Verrerie; et au

midi, par les rues de la Verrerie et de la Croix-Blanche

inclusivement, depuis le coin de la rue Barre-du-Bec jusqu'à la

vieille rue du Temple.

On y comptoit, en 1789, seize rues, un cul-de-sac, quatre

communautés d'hommes, une de femmes, etc.

L'espace que contient ce quartier, encore hors de la ville sous

Louis-le-Jeune, fut renfermé dans son enceinte par la muraille que fit

élever Philippe-Auguste. Ce n'étoit d'abord qu'un terrain vague, lequel

dépendoit en grande partie de la censive du Temple. Il se couvrit par

degrés de maisons; plusieurs établissements religieux s'y formèrent; et

sous les règnes de Charles V et Charles VI, si l'on en excepte sa partie

septentrionale qui n'étoit point encore entièrement habitée, ce quartier

étoit à peu près tel que nous le voyons aujourd'hui. Sur cette partie

septentrionale s'élevèrent successivement plusieurs hôtels qui furent

ensuite presque tous réunis pour composer le célèbre hôtel de Soubise,

dont nous ne tarderons pas à parler.

LES CARMES-BILLETTES.

Les historiens ne sont pas d'accord sur l'origine de cet établissement.

Corrozet, Dubreul, Félibien, Helyot, Sauval, en ont parlé chacun

différemment. La vérité se perd au milieu de ce conflit d'opinions

diverses; et, sans fatiguer nos lecteurs d'une discussion fastidieuse et

peu importante, nous nous bornerons à donner ici ce qui nous a paru le

plus vraisemblable.

En 1294, Reinier Flaming, bourgeois de Paris, ayant obtenu du roi

Philippe l'emplacement de la maison d'un juif condamné au dernier

supplice pour un sacrilége horrible qu'il avoit commis sur la sainte

hostie[351], résolut d'y bâtir une chapelle: le pape Boniface VIII,

instruit de ses intentions, engagea, par sa bulle du 17 juillet 1295,

l'évêque de Paris à permettre l'érection de ce pieux monument, lequel

fut appelé _la Maison des Miracles_[352].

[Note 351: Nous rapporterons ce fait et le miracle dont il fut

accompagné, d'après le témoignage unanime de tous les

historiens, qui eux-mêmes ne l'ont raconté qu'en s'appuyant

sur des titres certains et sur une tradition constante qui

remonte jusqu'aux contemporains. Ce juif se nommoit

_Jonathas_: une pauvre femme lui ayant emprunté 30 sous

parisis sur le meilleur de ses habits, et se trouvant hors

d'état de retirer ce gage extrêmement précieux pour elle, le

pria de vouloir bien le lui prêter seulement pour les fêtes de

Pâques, afin qu'elle pût paroître décemment à cette solennité.

Le juif n'y consentit que sous la condition qu'elle lui

apporteroit l'hostie qu'elle recevroit à la communion. Cette

malheureuse le lui promit, reçut la communion à Saint-Merri,

mit l'hostie dans un mouchoir et alla la livrer au juif.

Celui-ci, qui ne l'avoit demandée que pour exercer sur elle

les outrages les plus insensés, prit un canif et l'en frappa à

plusieurs reprises; il en jaillit aussitôt du sang, qui coula

encore avec plus d'abondance lorsqu'il eut imaginé de la

déchirer avec un clou, de la flageller, de la percer d'un coup

de lance, imitant ainsi tous les supplices racontés dans la

passion de Jésus-Christ. Enfin, n'ayant pu la détruire par

tant d'outrages réitérés, il la jeta dans un grand feu, la

plongea dans une chaudière d'eau bouillante, d'où l'hostie

s'éleva, voltigeant dans la chambre, et échappant à tous les

efforts qu'il faisoit pour la saisir, jusqu'à ce qu'une bonne

femme du voisinage étant entrée dans sa maison pour demander

du feu, l'hostie miraculeuse vint se reposer sur une jatte de

bois qu'elle tenoit à la main. Elle la reçut avec respect, et

la porta à Saint-Jean-en-Grève, où on la voyoit encore avant

la révolution[351-A]. Telles sont les circonstances

principales d'un récit sur lequel les incrédules peuvent

former telles conjectures qu'il leur plaira d'imaginer, mais

dont tant d'actes authentiques qui en constatent la vérité,

qui constatent en même temps et les aveux du juif et son

supplice, ne nous permettent pas de douter. Ce crime fut

commis le 2 avril 1290.]

[Note 351-A: Elle étoit enchâssée dans un petit soleil placé

au-dessous du grand. On conservoit aux Carmes-Billettes le

canif arec lequel le juif l'avoit percée, et le vase de bois

sur lequel elle s'étoit reposée.]

[Note 352: D. Félibien a cru, sans fondement, que ce lieu

étoit dans le fief _aux Flamands_, et qu'on l'avoit ainsi

appelé à cause de Reinier Flaming, fondateur de la chapelle.

Il est vrai que ce territoire a depuis reçu ce nom; mais on le

nommoit alors _la Bretonnerie_, et il étoit possédé par Jean

Arrode, panetier de France, lequel le tenoit à foi et hommage

de Jean de Sèvre (JAILLOT.)]

Gui de Joinville, seigneur de _Dongeux_ ou _Dongiers_ (de Domno

Georgio), avoit, en 1286, fait bâtir à Boucheraumont, dans le diocèse de

Châlons-sur-Marne, un hôpital pour y recevoir _les malades et les

pauvres passants_. Cet hôpital étoit desservi par une communauté

séculière d'hommes et de femmes, sous le titre et la protection de la

Sainte-Vierge, ce qui leur avoit fait donner le nom d'_Hospitaliers de

la Charité N.-D._

Le succès de cet établissement ayant fait naître au fondateur la pensée

d'en former un autre tout semblable à Paris, il jeta les yeux sur la

maison des Miracles, que Reinier Flaming consentit à lui céder.

Non-seulement Philippe-le-Bel, qui régnoit alors, donna son approbation

à ce marché; mais ce prince voulut encore favoriser la nouvelle

institution, en faisant présent aux Hospitaliers des restes de la maison

du juif et d'un autre bâtiment qui en étoit voisin[353].

[Note 353: Les lettres-patentes par lesquelles Philippe-le-Bel

donna cette maison aux frères de la Charité-de-Notre-Dame, se

trouvoient en original dans les archives du couvent des

Carmes-Billettes. Comme cette maison étoit alors dans la

censive et seigneurie de la Bretonnerie, les frères de la

Charité obtinrent de Jean Arrode, seigneur de ce fief, des

lettres d'amortissement datées de 1302. Ce territoire prit

ensuite, comme nous l'avons dit, le nom de _fief aux

Flamands_. On y bâtit plusieurs hôtels et de grandes maisons,

qui appartinrent par la suite aux Carmes-Billettes, et dont

ils furent possesseurs jusqu'au moment de leur suppression.]

Ceci arriva en 1299. À cette époque les frères qui composoient cette

communauté n'étoient encore d'aucun ordre approuvé par l'Église. En

1300, Gui de Joinville les engagea à choisir celui du tiers-ordre, ils

l'embrassèrent en effet; mais il paroît qu'ils le firent sans

autorisation de supérieurs ecclésiastiques, et sans les formalités

requises; car quoique plusieurs actes, datés de 1312 et 1315, leur

donnent déjà le titre de _religieux_, et appellent leur maison

l'_Hôpital des frères religieux_, ou _Collège des Miracles de la Charité

N.-D._, il n'en est pas moins vrai qu'ils reconnurent eux-mêmes qu'ils

étoient illégalement constitués, dans une supplique qu'ils présentèrent

au pape Clément VI, lequel, par ses bulles du 27 juillet 1346, leur

donna l'absolution des censures qu'ils avoient encourues, et commit

l'évêque de Châlons pour leur donner l'habit et la règle de

Saint-Augustin; ce qui fut exécuté le 13 avril de l'année suivante.

La vie exemplaire que menoient ces religieux ne tarda pas à exciter la

libéralité des fidèles; et les aumônes qu'ils reçurent furent bientôt

assez abondantes pour leur fournir les moyens de faire bâtir un cloître,

des lieux réguliers, et d'agrandir leur chapelle, qui fut consacrée en

1350[354]. Il paroît cependant que les changements opérés dans ce

quartier au commencement du quinzième siècle, et principalement

l'exhaussement considérable du pavé de la rue des Billettes, les

obligèrent de rebâtir de nouveau le cloître et l'église[355]: cette

dernière fut dédiée le 13 mai 1408.

[Note 354: Parmi les acquisitions que les religieux de la

Charité firent pour s'agrandir, étoit une maison située

vis-à-vis leur église. Charles V, par ses lettres du 6 juillet

1375, leur avoit permis de faire construire une arcade sur la

rue, pour communiquer de leur couvent à cet édifice; mais il

est probable qu'ils n'usèrent pas de cette permission, puisque

Charles VI, par d'autres lettres du 29 juin 1382, leur permit

de faire une voûte sous la rue, pour servir au même usage.

Cette maison étant tombée en ruines fut entièrement démolie au

commencement du seizième siècle. Il paroît que l'emplacement

qu'elle occupoit forme aujourd'hui le petit cul-de-sac qui se

trouve dans cette rue.]

[Note 355: L'ancienne devint alors souterraine, et servit,

jusque dans les derniers temps, de cimetière aux religieux et

aux bienfaiteurs du couvent. Malgré ces changements et ceux

qui les ont suivis, la chapelle des Miracles fut toujours

conservée, et l'on voyoit près d'elle des restes de l'ancien

cloître. Sur l'entrée de cette chapelle, dans laquelle on

descendoit par un escalier entouré d'une balustrade, on lisoit

encore, en 1685, une inscription conçue en ces termes:

«_Ci-dessous le juif fit bouillir la sainte Hostie._»

Mais cette partie de la chapelle souterraine ayant été depuis

couverte d'une espèce de tambour de bois, l'ancienne

inscription avoit été remplacée par celle-ci:

«_Cette chapelle est le lieu où un juif outragea la sainte

Hostie._»]

Dans la suite des temps, le relâchement qui s'étoit insensiblement

introduit parmi ces religieux fut enfin porté à un tel excès qu'on

songea à les réformer; mais les différents projets que l'on proposa à

ce sujet éprouvèrent tant d'obstacles qu'il fallut y renoncer, et

prendre le parti de laisser éteindre cet ordre. Autorisés à vendre leurs

biens pour payer leurs dettes, les Hospitaliers, après avoir offert leur

maison à différents ordres religieux, traitèrent avec les Carmes de

l'observance de Rennes, en la province de Tours, à qui ils cédèrent

l'_église, prieuré et monastère des Billettes, et tous les biens,

meubles et immeubles appartenans audit prieuré_, par concordat du 24

juillet 1631, lequel fut approuvé la même année par l'archevêque de

Paris, et confirmé par lettres-patentes du roi, vérifiées au parlement

le 8 janvier 1632, et en la chambre des comptes le 22 mai 1633; enfin

l'union de ce prieuré à la congrégation des Carmes reçut le dernier

sceau de l'autorité, par les bulles confirmatives que ces religieux

obtinrent d'Urbain VIII, le 12 février 1632, en vertu desquelles ils en

prirent possession le 27 juillet 1633. Ils s'y sont maintenus jusqu'au

moment de la suppression des ordres monastiques.

Vers le milieu du dernier siècle, l'église de ce couvent fut rebâtie de

nouveau sur les dessins du frère Claude, religieux dominicain, qui se

mêloit d'architecture, mais qui ne donna pas, dans cette occasion, une

grande preuve de son habileté. Il étoit impossible de voir une

construction plus mauvaise, plus incohérente dans toutes ses parties que

celle de cet édifice[356].

[Note 356: L'église des Billettes a été restaurée et accordée

aux religionnaires professant le culte luthérien.]

CURIOSITÉS.

SÉPULTURES.

Dans cette église étoit le tombeau de Papire Masson, écrivain

françois, et érudit estimé, mort en 1611.

Dans une des chapelles avoit été inhumé le coeur de l'historien

Mezeray, ainsi que le faisoit connoître l'inscription suivante:

D. O. M.

«Ci-devant repose le coeur de François-Eudes de Mezeray,

historiographe de France, secrétaire perpétuel de l'académie

françoise. Ce coeur, après sa foi vive en Jésus-Christ, n'eut

rien de plus cher que l'amour de sa patrie. Il fut constant ami

des bons, et ennemi irréconciliable des méchants. Ses écrits

rendront témoignage à la postérité de l'excellence et de la

liberté de son esprit, amateur de la vérité, incapable de

flatterie, qui, sans aucune affectation de plaire, s'étoit

uniquement proposé de servir à l'utilité publique. Il cessa de

respirer le 10 juillet 1683.»

LES CHANOINES RÉGULIERS DE SAINTE-CROIX-DE-LA-BRETONNERIE.

Théodore de Celles, chanoine de Liége, désirant mener une vie solitaire

et contemplative, s'étoit retiré avec quelques compagnons sur une petite

colline près de Huy, entre Liége et Namur. Il y avoit en cet endroit une

petite église appelée Saint-Thibaud-de-Clairlieu: l'évêque de Liége la

leur donna, et ils y bâtirent, en 1211, un monastère, qui devint depuis

le chef-lieu de l'ordre. La nouvelle institution fut approuvée par

Honoré III, et confirmée au concile général tenu à Lyon en 1245 par

Innocent IV. Ces chanoines suivoient alors la règle de Saint-Dominique;

et comme leur occupation principale étoit de méditer sur la Passion et

sur la Croix de Jésus-Christ, ils furent appelés _Frères de la

Sainte-Croix_, _Croisiers_, _Porte-Croix_, _Cruciferi_, _Crucigeri_,

_Cruce signati_.

Saint Louis ayant été informé de la vie édifiante de ces chanoines

réguliers, et des succès des prédications de Jean de Sainte-Fontaine,

leur troisième général, en fit venir quelques-uns à Paris, et les plaça

rue de la Bretonnerie, dans une maison où étoit l'ancienne monnoie du

roi, et que depuis ils ont toujours occupée.

Les historiens ne sont pas d'accord sur l'époque précise à laquelle le

pieux monarque introduisit ces chanoines à Paris; mais on peut

conjecturer avec beaucoup de vraisemblance que ce fut entre les années

1254 et 1258. En effet, saint Louis partit le 10 juin 1248 pour la

Terre-Sainte, d'où il ne revint qu'à cette époque de 1254; et des

lettres de ce prince, du mois de février 1258, constatent que, pour

augmenter la demeure de ces chanoines, il leur avoit fait céder par

Robert Sorbon quelques maisons contiguës, en lui donnant en échange

d'autres maisons, situées rue Coupe-Gueule[357]: il en faut donc

conclure que les frères de Sainte-Croix étoient déjà établis en 1258,

mais que leur établissement étoit très-récent.

[Note 357: _Cartul. Sorbon._, fº 54, vº.--Dubreul, p. 618.]

Ces chanoines restèrent long-temps paisibles dans l'obscurité de leur

cloître, jusqu'à ce que le relâchement qui s'introduisit peu à peu dans

l'observation de leur règle eût fait d'assez grands progrès pour appeler

sur eux l'attention de l'autorité. On tenta, au commencement du

seizième siècle et à plusieurs reprises, mais inutilement, d'y opérer

une réforme; et, quoique le parlement se fût joint à cet effet à la

puissance ecclésiastique, il n'en résulta rien de bien satisfaisant

jusque vers la fin du règne de Louis XIII, que le cardinal de La

Rochefoucauld ayant été chargé, par le souverain pontife, de la

réformation des ordres religieux, saisit l'occasion de quelques

désordres qui s'étoient passés dans cette maison, pour y introduire des

chanoines réguliers de Sainte-Geneviève. Ceux-ci, après y être restés

trois mois, furent obligés d'en sortir[358]; mais les chanoines de

Sainte-Croix, touchés sans doute du scandale qui résultoit de semblables

événements, prirent le parti de se réformer eux-mêmes, et reprirent la

règle de Saint-Augustin, qu'ils n'ont cessé d'observer avec beaucoup de

régularité jusqu'à la suppression des ordres monastiques.

[Note 358: Ils en sortirent le 13 octobre 1641, par un ordre

du roi, que les chanoines de Sainte-Croix eurent le crédit

d'obtenir.]

L'église, dédiée sous le titre de l'exaltation de la Sainte-Croix, étoit

un monument gothique assez vaste, et bâti par le célèbre architecte de

la Sainte-Chapelle, _Eudes de Montreuil_. Elle avoit son entrée

principale rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie; et sur la plus grande

porte on lisoit l'inscription suivante:

_Hæc est domus Domini_, 1689.

La maison étoit dans le goût moderne et nouvellement rebâtie[359].

[Note 359: L'église et la maison n'existent plus; une moitié a

été remplacée par des maisons particulières, l'autre partie

forme un passage qui donne dans le cul-de-sac ouvert vis-à-vis

les Billettes.]

CURIOSITÉS.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, un tableau représentant Notre-Seigneur mis

au tombeau, par un peintre inconnu.

Sur le côté gauche du choeur, une Nativité, par _Simon Vouet_.

Dans une chapelle latérale, un Christ, par _Philippe de

Champagne_.

Le réfectoire étoit décoré de quelques tableaux, parmi lesquels

on distinguoit un saint Jean-Baptiste et une Magdeleine, par

_Colin de Vermont_. Ces tableaux étoient encadrés dans une

superbe boiserie, exécutée sur les dessins de _Servandoni_.

Dans le vestibule de ce réfectoire étoit une très-belle fontaine

construite par le même architecte; elle étoit décorée de colonnes

peintes en marbre; les caissons et autres ornements étoient en

plomb doré.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Barnabé Brisson, second président au parlement, l'un des quatre

magistrats qui furent pendus, le 15 novembre 1591, par ordre des

Seize, à une poutre de la chambre du conseil du Châtelet.

Hennequin, conseiller clerc. On voyoit son monument au-dessus des

stalles du choeur. C'étoit un bas-relief exécuté par _Sarrasin_,

lequel représentoit une Vertu en pleurs, soutenant le médaillon

de ce magistrat.

Il y avoit au-dessous de l'église seize caveaux, qui servoient de

sépulture à plusieurs familles de Paris.

LES RELIGIEUSES DE SAINTE-AVOIE.

Les historiens se sont expliqués si différemment sur l'origine de ces

religieuses, qu'il est presque impossible de démêler la vérité dans la

foule de leurs récits contradictoires[360]. Le père Dubois[361] est le

seul qui nous paroisse avoir recueilli des renseignements exacts sur

l'établissement de cette communauté. Cet écrivain rapporte un acte passé

devant l'official de Paris, le samedi avant Noël 1288, par lequel il

semble que _Jean Sequence_, chefcier de Saint-Merri, avoit acheté depuis

peu une maison dans la rue du Temple; que, conjointement avec une veuve

nommée _Constance de Saint Jacques_, il avoit fait rebâtir cette maison

dans l'intention d'y placer une communauté de pauvres femmes veuves,

âgées au moins de cinquante ans; et enfin, qu'à cette époque, ces deux

charitables fondateurs en avoient déjà recueilli quarante. Le même acte

porte qu'ils donnèrent cette maison _auxdites pauvres femmes, avec ses

appartenances et dépendances_, sous la condition de reconnoître comme

supérieur et administrateur le chefcier de Saint-Merri et ses

successeurs.

[Note 360: Les uns attribuent leur établissement à saint

Louis, d'autres confondent ces religieuses avec les _béguines

de l'Ave-Maria_, et la porte des _Barrés_ avec celle du

Temple. Quelques-uns, comme nous le dirons tout à l'heure,

pensent que les béguines n'y furent pas établies d'abord, mais

qu'on les y introduisit par la suite, etc.]

[Note 361: _Hist. eccles. Paris_, t. II, p. 510.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8) · 第 23 / 46 段