grand et le petit Arsenal_. Le grand avoit cinq cours, et le petit deux,
lesquelles communiquoient les unes avec les autres. Dans le premier
étoient les appartements du grand-maître, du lieutenant-général et du
secrétaire-général; dans l'autre, celui du contrôleur-général, etc.
On y voyoit deux fonderies construites sous Henri II, et dans lesquelles
on a fabriqué autrefois une très-grande quantité de pièces d'artillerie;
mais depuis long-temps elles avoient cessé d'être employées à ce
service, parce que Louis XIV avoit jugé plus convenable de faire fondre
l'artillerie sur les frontières des pays où il portoit la guerre. Sous
son règne, le seul usage qu'on en tira fut de les faire servir à la
fonte des statues qui décorent le jardin de Marly et de Versailles.
Au-dessus de la grande porte qui étoit située en face du quai, près du
couvent des Célestins, et qu'on avoit décorée de canons en place de
colonnes, étoit une table de marbre sur laquelle on lisoit les deux vers
suivants composés par _Nicolas Bourbon_:
_Ætna hæc Henrico Vulcania tela ministrat,
Tela giganteos debellatura futuros._
L'architecture de la seconde porte étoit d'un meilleur goût: on prétend
que les ornements en avoient été sculptés par _Jean Goujon_.
Dans l'intérieur de l'Arsenal il y avoit un bailliage de l'artillerie de
France, lequel connoissoit de toutes les affaires civiles et criminelles
dans l'enclos de sa juridiction. Les appels en ressortissoient
directement au parlement.
HÔTELS.
ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.
_Hôtel Saint-Paul._
Nous avons eu souvent occasion de parler, dans la partie historique de
ce livre, de cette maison royale que Charles V fit bâtir pour être
_l'hôtel solennel des grands ébattements_, ainsi qu'il est marqué dans
son édit du mois de juillet 1364. Ce prince n'étoit encore que dauphin
lorsqu'il acheta de Louis, comte d'Étampes, et de Jeanne d'Eu sa femme,
leur hôtel situé rue Saint-Antoine, lequel s'étendoit depuis le
cimetière Saint-Paul jusqu'aux jardins de l'archevêque de Sens. Dans les
deux années suivantes il acquit encore l'hôtel de ce prélat, et un autre
hôtel connu sous le nom de Saint-Maur. Quelque vaste que fût
l'emplacement de ces édifices, Charles V et ses successeurs
l'agrandirent encore en y joignant celui de _Pute y Muce_, et plusieurs
autres; en sorte qu'il comprenoit tout l'espace qui s'étend depuis la
rue Saint-Paul jusqu'aux Célestins, et depuis la rue Saint-Antoine
jusqu'à la rivière, à la réserve de l'église, du cimetière Saint-Paul,
et des granges de Saint-Éloi.
Cet hôtel, comme toutes les maisons royales de ce temps-là, étoit
flanqué de grosses tours; l'on trouvoit alors, et l'on avoit raison d'en
juger ainsi, que ces constructions massives donnoient à de tels édifices
un caractère de puissance et de majesté. Le roi, la reine, les enfants
de France, les princes du sang, les connétables, les chanceliers et les
grands en faveur, y avoient d'immenses appartements, la plupart
accompagnés de chapelles, de jardins, de préaux, de galeries; on y
comptoit plusieurs grandes cours, une entre autres si spacieuse qu'on y
faisoit des exercices de chevalerie, et qu'elle en avoit pris le nom de
_Cour des Joutes_.
Les historiens nous ont conservé des détails assez curieux sur
l'appartement du roi: il consistoit d'abord en une grande antichambre et
une chambre de parade, appelée la chambre à _parer_. Cette pièce, qui
avoit quinze toises de long sur six de large, étoit aussi nommée chambre
de _Charlemagne_. À la suite de cette chambre, on trouvoit
successivement celle du _gîte du roi_, celle des _nappes_, la chambre
d'_étude_, celle des _bains_, etc. Les poutres et solives des principaux
appartements étoient enrichies de fleurs de lis d'étain doré. Il y avoit
des barreaux de fer à toutes les fenêtres, avec un treillage de fil
d'archal _pour empêcher les pigeons de venir faire leurs ordures dans
les appartements_. Les vitres, peintes de différentes couleurs, et
chargées d'armoiries, de devises et d'images de saints et de saintes,
étoient semblables en tout aux vitraux des anciennes églises. On n'y
voyoit d'autres siéges que des bancs ou des escabelles. Le roi seul
avoit des chaises à bras garnies de cuir rouge avec des franges de soie.
Les lits étoient de drap d'or[337]. L'histoire et les mémoires du temps
nous apprennent que les chenets de fer de la chambre du roi pesoient
cent quatre-vingts livres.
[Note 337: On appeloit alors les lits _Couches_ quand ils
avoient dix ou douze pieds de long sur autant de large, et
_Couchettes_ quand ils n'avoient que six pieds de long et six
de large. Il a été long-temps d'usage en France de retenir à
coucher ceux à qui l'on vouloit donner une marque
d'affection.]
Les jardins n'étoient pas plantés d'ifs et de tilleuls, mais de
pommiers, de poiriers, de vignes et de cerisiers. On y voyoit la
lavande, le romarin, des pois, des fèves, de longues treilles et de
belles tonnelles. C'est d'une treille qui faisoit la principale beauté
de ces jardins, et d'une belle allée plantée de cerisiers, que l'hôtel,
la rue Beautreillis et la rue de la Cerisaie ont pris leurs noms.
Les basses-cours étoient flanquées de colombiers et remplies de
volailles que les fermiers des terres et domaines du roi étoient tenus
de lui envoyer, et qu'on y engraissoit pour sa table et pour celles de
ses commensaux. On y voyoit aussi une volière, une ménagerie pour les
grands et petits lions, etc. Le principal corps-de-logis de l'hôtel
Saint-Paul et la principale entrée étoient du côté de la rivière, entre
l'église Saint-Paul et les Célestins.
Charles V unit cet hôtel au domaine par son édit du mois de juillet
1364, et ordonna qu'il n'en seroit _jamais démembré pour quelque cause
et raison que ce pût être_. Cependant, soit qu'il tombât en ruines, ou
que le palais des Tournelles parût alors plus commode, en 1516 François
Ier en permit l'aliénation, et vendit d'abord quelques-uns des édifices
qui le composoient. Le reste fut acheté, en 1551, par divers
particuliers qui commencèrent à bâtir et à percer les rues encore
existantes aujourd'hui sur le vaste terrain qu'occupoit cet hôtel.
_Hôtel de Beautreillis._
Cet hôtel avoit été construit sur une partie de l'emplacement de l'hôtel
Saint-Paul. Il contenoit plusieurs corps-de-logis, des cours, des
jardins et un jeu de paume. Toutefois il paroît que ces constructions
avoient été faites avec peu de soin, car, dès 1548, le roi Henri II en
ordonna l'aliénation. Le parlement ayant jugé nécessaire de faire une
information préalable et nommé des commissaires à cet effet, on voit,
par le procès-verbal qu'ils dressèrent le 13 avril 1554, que cet hôtel
tomboit en ruine, et que, pour l'utilité et la décoration de la ville,
on en pouvoit diviser l'emplacement en trente-sept places à bâtir, et
percer une rue sur le jardin; ce qui fut exécuté.
_Hôtel de Lesdiguières_[338].
[Note 338: En 1742 on voyoit encore dans les jardins de cette
maison un monument assez singulier: c'étoit un petit tombeau
de fort bon goût, que Paule-Françoise-Marguerite de Gondi,
veuve d'Emmanuel de Créqui, duc de Lesdiguières, avoit fait
ériger à une chatte qu'elle avoit beaucoup aimée. On y lisoit
cette épitaphe, d'un tour naïf et délicat:
Cy gît une chatte jolie:
Sa maîtresse, qui n'aima rien,
L'aima jusques à la folie.
Pourquoi le dire? on le voit bien.]
Cet hôtel avoit été bâti dans la rue qui porte ce nom, par Sébastien
Zamet, ce financier fameux dont nous avons déjà eu occasion de parler.
Il étoit très-considérable, et les jardins qui en dépendoient
s'étendoient jusqu'à la rue Saint-Antoine.
Ses héritiers le vendirent à François de Bonne, duc de Lesdiguières et
connétable de France. Il passa ensuite, par succession, dans la maison
de Villeroi; et enfin il fut vendu dans le siècle dernier à des
particuliers qui le firent démolir. Plusieurs maisons en prirent la
place, et sur son emplacement on perça un passage. C'est dans cet hôtel
que logea, en 1717, le czar Pierre, pendant le séjour qu'il fit à Paris.
_Hôtel de la Barre._
Cet hôtel, situé dans la rue de Jouy, est célèbre dans l'histoire par la
destinée extraordinaire d'un de ses possesseurs, Jean de Montaigu,
grand-maître de l'hôtel du roi, lequel termina, par une mort tragique et
ignominieuse, une vie qui avoit été remplie de toutes les faveurs de la
fortune. Avant lui, ce manoir avoit appartenu à Hugues Aubriot, prévôt
de Paris, qui l'avoit reçu en présent de Charles V. Il étoit passé
ensuite à Pierre de Giac, chancelier de France; et ce fut encore par une
libéralité du roi, qui lui accorda en même temps les vieux murs de la
ville, lesquels s'étendoient depuis la rue Saint-Antoine jusqu'à son
jardin. Ceci se passa en 1383; et cet édifice s'appeloit alors la
_Maison du Porc-épic_. On ignore à quel titre elle fut ensuite possédée
par le duc de Berri; mais on a la certitude que ce fut lui qui, en 1404,
la donna à Jean de Montaigu, dont nous venons de parler.
Celui-ci y fit des augmentations considérables; mais ayant eu la tête
tranchée en 1409, Charles VI donna cet hôtel à Guillaume de Bavière,
après la mort duquel ce prince en fit encore présent à Jean de
Bourgogne, duc de Brabant. Différents titres nous apprennent qu'au
commencement du seizième siècle cet édifice avoit été divisé, donné ou
vendu à divers particuliers. Il s'étendoit depuis la rue Percée
jusqu'aux anciens murs, et de ce dernier côté il étoit appelé l'hôtel de
la Barre. On voit, par le censier de l'évêché de 1498, qu'anciennement
il avoit été nommé _Maison des Marmouzets_.
_Hôtel de Jouy et de Châlis, etc._
Dans cette même rue étoit, au treizième siècle, l'hôtel de l'abbé et des
religieux de Jouy.
Les religieux de Châlis y possédoient aussi un hôtel.
Les religieux de Preuilli avoient leur hôtel dans la rue
Geoffroi-l'Asnier.
_Hôtel des Barbeaux._
Vis-à-vis le couvent de l'_Ave-Maria_ étoit l'hôtel des _Barbeaux_. Cet
hôtel devoit son nom à l'abbaye de _Portus Sacer_ ou _Barbeaux_, près
Melun. On l'avoit bâti sur un terrain que Philippe-le-Hardi donna à ce
monastère en 1279.
_Chantier du Roi._
En face de cet hôtel, du côté de la rivière, on avoit construit, sur
une place que le roi destina à cet effet le 13 novembre 1392, un
bâtiment de vingt-deux toises de profondeur sur six et demi de large,
qu'on appela le _Chantier du Roi_. On en abattit une partie en 1606,
pour continuer le quai Saint-Paul, et le reste fut donné, en 1614, à
Jean Fontaine, maître de la charpenterie. Depuis, l'édifice entier a été
démoli, pour faciliter la décharge des bateaux qui débarquent au port
Saint-Paul.
_Hôtel Saint-Maur._
Il étoit situé sur l'emplacement où a été depuis percée la rue
Neuve-Saint-Paul, et fut destiné à faire les écuries d'Isabelle de
Bavière. Cette circonstance lui fit donner le nom d'_Hôtel des écuries
de la Reine_.
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
_Hôtel de Sens._
L'ancien hôtel de Sens, demeure des archevêques de ce siége, étoit situé
sur le quai des Célestins, à quelque distance de celui qui existe
aujourd'hui. Charles V ayant désiré l'avoir pour agrandir son hôtel de
Saint-Paul, l'archevêque Guillaume de Melun le lui vendit au
commencement du seizième siècle[339]. Tristan de Salazar, l'un de ses
successeurs, fit depuis rebâtir cet hôtel comme on le voit
aujourd'hui[340]. Les traditions nous apprennent que la reine
Marguerite, première femme de Henri IV, y vint loger à son retour
d'Auvergne.
[Note 339: Trés. des Chart., f. 45.]
[Note 340: Nous avons jugé à propos de donner une vue de ce
bâtiment, qui, dans plusieurs parties, telles que les portes
et les frontons, étoit chargé des ornements les plus délicats
de l'architecture gothique. On retrouve sur notre gravure
toutes ces sculptures, détruites pendant la révolution.
(_Voyez_ pl. 109.) L'hôtel de Sens est depuis long-temps une
maison de roulage, et on le trouve déjà indiqué sous ce titre
dans le plan de La Caille.]
AUTRES HÔTELS
LES PLUS REMARQUABLES DE CE QUARTIER.
Hôtel d'Aumont, rue de Jouy.
---- de Beauvais, même rue.
---- de Fourci, rue de Fourci.
FONTAINES.
_Fontaine des Lions._
Elle est située dans la rue qui porte le même nom, et n'offre rien de
remarquable dans son exécution.
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-PAUL.
_Rue Neuve-Saint-Anastase._ Elle aboutit d'un côté à celle de
Saint-Paul, vis-à-vis l'église, et de l'autre, en faisant un retour
d'équerre, à la rue des Prêtres-Saint-Paul. Il paroît que cette rue est
celle que le censier de Saint-Éloi, de 1367, indique sous le nom de
ruelle Saint-Paul; les plans du milieu du dix-septième siècle n'en font
pas mention.
_Rue des Barrés._ Cette rue, qui aboutit au carrefour de l'hôtel de Sens
et à la rue Saint-Paul, doit son nom aux Carmes qu'on appeloit ainsi à
cause de leurs manteaux de deux couleurs. On sait que ces religieux,
lors de leur arrivée à Paris, furent établis au lieu occupé depuis par
les Célestins; et la rue dont nous parlons conduisoit à leur couvent. À
son extrémité étoit une porte du même nom. L'une et l'autre ont aussi
été appelées _des Béguines_, parce que le couvent de ces filles y étoit
situé. Enfin, dans le dix-septième siècle, la rue avoit été nommée _rue
des Barrières_. C'est ainsi qu'elle est désignée dans Corrozet, Sauval,
de Chuyes, et sur les plans de Gomboust, Bullet, De Fer, De l'Isle,
etc.; quoique long-temps auparavant, sous le règne de François Ier, on
la nommât déjà _rue Barrée_ ou _des Barrés_, nom qu'elle porte encore
aujourd'hui.
_Rue de Beautreillis._ Un de ses bouts donne dans la rue Saint-Antoine,
et l'autre se termine à la rencontre des rues Gérard-Boquet, des
Trois-Pistolets et Neuve-Saint-Paul. Il paroît, par les anciens plans,
qu'elle se prolongeoit autrefois jusqu'à la rue des Lions. Sauval dit
qu'elle s'appeloit alors _Gérard-Bacquet_[341]. Une partie en a
véritablement le nom; mais celui de Beautreillis, dont nous avons déjà
fait connoître l'étymologie, est le plus ancien, et cette rue le prit
parce qu'elle avoit été percée sur les jardins de l'hôtel qui le portoit
avant elle.
[Note 341: T. I, p. 115.]
_Rue de la Cerisaie._ Elle commence à la rue du Petit-Musc, et aboutit à
la cour du petit Arsenal. Cette rue est une de celles qui furent percées
sur l'emplacement de l'hôtel Saint-Paul, et nous avons déjà dit qu'elle
prit son nom d'une avenue plantée de cerisiers qu'elle remplaçoit.
Jaillot présume qu'anciennement il y avoit eu une rue dans ce même
endroit; il dit avoir lu dans un cartulaire de Saint-Maur qu'au mois
d'avril 1269 on donna à _Bertaud de Canaberiis_ un arpent et quatre
toises et demie de terre dans la culture de Saint-Éloi, pour y bâtir et
faire une rue, et l'acte porte que ces quatre toises et demie faisoient
partie _d'une masure et dépendances sise hors les murs, et contiguë à la
maison ou église ou monastère de l'ordre de la bienheureuse Marie du
Mont-Carmel_.
_Rue de l'Étoile._ Elle aboutit à l'extrémité de la rue des Barrés dont
elle faisoit anciennement partie, et au port Saint-Paul. Son nom est dû
à une maison appelée le _Château de l'Étoile_[342]; elle a aussi porté
celui _des Petites-Barrières_, parce que la rue des Barrés étoit ainsi
nommée, comme nous l'avons dit ci-dessus. Dans le procès-verbal de 1637
elle est simplement indiquée _petite ruelle descendant au chantier du
roi_. Jaillot croit que c'est elle qu'on trouve dans quelques titres
sous la dénomination de _Petite-Barrée_, _Tillebarrée_ et de _l'Arche
dorée_; il se fonde sur ce que _l'Arche dorée_ étoit l'enseigne d'une
maison contiguë au château de l'Étoile, et qui appartenoit au sieur
Dorée. Cette rue a depuis été nommée _l'Arche-Beaufils_. Le même nom fut
aussi donné au quai sur lequel elle aboutissoit; et, par corruption, ce
quai fut dans la suite appelé _Mofils_ et _Monfils_.
[Note 342: Mss. de S. Germ. des Prés, c. 1589.]
_Rue du Fauconnier._ Elle va de la rue des Prêtres-Saint-Paul à
l'extrémité des rues du Figuier et des Barrés. Son véritable nom est
_des Fauconniers_; elle est indiquée ainsi dans Guillot, Corrozet, et
sur tous les plans exacts. Cette rue est ancienne, car on trouve, dans
le Trésor des chartes, qu'au mois d'avril 1265 les Béguines acquirent
une maison _en la censive de Tiron, rue aux Fauconniers_.
_Rue du Figuier._ Elle commence comme la précédente, et suit la même
direction. Dès 1300 elle portoit ce nom, et il ne paroît pas qu'elle en
ait changé.
_Rue de Fourci._ Elle traverse de la rue Saint-Antoine à celle de Jouy.
Ce n'étoit anciennement qu'un cul-de-sac, appelé, en 1313, _ruelle
Sans-Chief_; en 1642, _rue Sans-Chef_; en 1657, _cul-de-sac Sancier_. Ce
nom a été altéré presque dans le même temps, car de Chuyes et Gomboust
la nomment _rue Censée et Sansée_. Elle doit sa dénomination actuelle à
M. Henri de Fourci, prévôt des marchands, qui fit percer ce cul-de-sac
et ouvrir la rue jusqu'à celle de Jouy. Le premier plan où elle se
trouve est celui de De Fer, publié en 1692.
_Rue Geoffroi-l'Asnier._ Elle traverse de la rue Saint-Antoine au quai
de la Grève. On trouve que, dans le quatorzième siècle et même au milieu
du quinzième, on l'appeloit _Frogier_ et _Forgier-l'Asnier_, quoique,
dès 1445, elle fût indiquée sous le nom de Geoffroi-l'Asnier. Cette rue
doit sans doute son nom à la famille des l'Asnier, qui étoit fort
connue; et il est vraisemblable qu'un Geoffroi l'Asnier aura fait
substituer son prénom à celui de Frogier[343].
[Note 343: Il y a dans cette rue deux culs-de-sac; le premier,
qu'on nomme _Putigno_[343-A], n'est désigné sur aucuns plans
antérieurs à celui de Roussel, publié en 1731; il existoit
cependant dès la fin du treizième siècle. Guillot en fait
mention sous le nom de _rue des Poulies-Saint-Pou_
(Saint-Paul). Sauval en parle sous celui _de Viez-Poulies_ (t.
I, p. 170), comme d'une rue inconnue, quoiqu'il rapporte
ensuite des titres où elle est clairement énoncée.
Le second, appelé _Putigneux_, a été confondu avec le premier
dans la nomenclature des rues de Paris par Valleyre; Corrozet
le nomme _Putigneuse_. Jaillot croit que c'est le cul-de-sac
que Guillot a désigné sous le nom de _Rue Ermeline-Boiliauë_,
laquelle sans doute se prolongeoit alors jusqu'à la rue des
Barrés. Ces deux culs-de-sac servoient encore, en 1640, de
passage et d'entrée à deux jeux de paume.]
[Note 343-A: Ce cul-de-sac est maintenant occupé par un
établissement de voitures publiques.]
_Rue Gérard-Boquet._ Elle fait la continuation de la rue Beautreillis
depuis la rue Neuve-Saint-Paul jusqu'à celle des Lions; anciennement
elle n'en étoit pas distinguée, comme on peut le voir dans de Chuyes et
sur les plans de Gomboust, Bullet, Jouvin et autres. Les auteurs qui
sont venus après la nommoient _rue du Pistolet_; on l'a ensuite appelée
Gérard-Boquet et Gérard-Bouquet, du nom d'un particulier, et pour ne pas
la confondre avec la rue des Trois-Pistolets qui vient y aboutir.
_Rue des Jardins._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Barrés, et de
l'autre à celle des Prêtres-Saint-Paul: Sauval n'a pas fait mention de
cette rue, qui existoit cependant au treizième siècle; elle est ainsi
nommée dans deux contrats de vente faits par l'abbé et le couvent du
Val-des-Écoliers en 1277 et 1298[344]; elle est indiquée sous le même
nom dans les archives de l'archevêché de 1302, et dans le censier de
Saint-Éloi de 1367; elle l'avoit pris des jardins sur lesquels elle a
été ouverte, lesquels aboutissoient aux murs de l'enceinte de
Philippe-Auguste.
[Note 344: Trésor des chart.]
_Rue de Jouy._ Cette rue, qui va de la rue Saint-Antoine à celle des
Prêtres-Saint-Paul, doit son nom à l'hôtel que l'abbé et les religieux
de Jouy y avoient dans le treizième siècle[345]; on l'appeloit _rue à
l'Abbé-de-Joy_, et elle conservoit encore ce nom dans le siècle suivant;
elle a été aussi quelquefois appelée _rue des Juifs_, par corruption du
nom de Jouy, et se prolongeoit alors jusqu'aux murs, où il y avoit une
fausse poterne, ce qui l'a fait aussi nommer _rue de la
Fausse-Poterne-Saint-Paul_; mais elle ne portoit ce dernier nom que
depuis la rue des Nonaindières.
[Note 345: Il y avoit dans cette rue deux culs-de-sac. Le
premier s'appelle _cul-de-sac Guépine_: l'abbé Lebeuf a pris
ce cul-de-sac pour la _rue des Viez-Poulies_ de Guillot;
cependant la _rue à la Guépine_ étoit connue sous ce nom, et
indiquée dans un acte du mois de mai 1266 (Cart. _S. Maur.,
fol._ 22), et dans le rôle de taxe de 1313.
Le second se nomme _cul-de-sac de Fourci_; il doit ce nom à
l'hôtel auquel il est contigu. Le censier de Saint-Éloi de
1367 le nomme _petite ruelle Sans-Chef_, et ruelle qui fut
jadis _Hélie-Annot_. Au commencement du dix-septième siècle on
le nommoit _rue de l'Aviron_, nom qui lui venoit d'une
enseigne. On voit cependant que dès 1633 il avoit été donné à
M. de Fourci. (Chamb. des Compt. Mem. C. D., f. 260.)]
_Rue Lesdiguières._ C'est un passage qui conduit de la rue de la
Cerisaie à celle de Saint-Antoine: il doit son nom à l'hôtel de
Lesdiguières, situé jadis, en cet endroit, et sur l'emplacement duquel
il a été percé.
_Rue des Lions._ Elle traverse de la rue Saint-Paul à celle du
Petit-Musc. Sur le plan de Dheulland elle est figurée sans nom, et
Corrozet n'en fait pas mention; ainsi on ne peut guère faire remonter
son origine au-delà du règne de Charles IX. Elle doit son nom à la
partie de l'hôtel Saint-Paul où l'on gardoit des lions du roi.
_Rue de la Masure._ Elle va de la rue de la Mortellerie à la place aux
Veaux ou quai des Ormes. Les anciens plans ne lui donnent aucun nom;
elle n'est pas même figurée sur celui de Gomboust: il paroît cependant
qu'elle existoit plus de cent ans auparavant, car Corrozet la désigne
sous le nom général d'une descente à la rivière.
_Rue de la Mortellerie._ La partie de cette rue qui se trouve dans ce
quartier commence au coin de la rue Geoffroi-l'Asnier, et finit au
carrefour de l'hôtel de Sens[346].
[Note 346: Il y avoit dans cette rue un cul-de-sac appelé
d'_Aumont_. La Caille et Valleyre l'ont confondu avec celui de
Fourci, et n'en font qu'un des deux. On voit, par l'indication
qu'ils en donnent comme aboutissant à la place aux Veaux,
qu'ils l'ont identifié avec la rue du Paon-Blanc. Ce
cul-de-sac a été bouché depuis quelques années.
Il y avoit aussi dans cette rue un autre cul-de-sac appelé de
_la Longue-Allée_, qui conduisoit à un grand logis nommé _la
cour Gentien_. Il est assez difficile d'en déterminer au juste
la position: car dans le manuscrit du procès-verbal des
commissaires, fait en 1637 et années suivantes, ce cul-de-sac
est indiqué entre la rue Geoffroi-l'Asnier et celle des
Nonaindières; et dans la déclaration de l'abbé de Tiron, du 12
avril 1676, la ruelle Gentien est dite _aboutir sur le quai
des Ormes et la rue des Nonaindières, entre cette rue et le
chantier du Roi, près l'hôtel de Sens_. Dans le même recueil
qui contient ces actes, on trouve qu'il y avoit une ruelle
sans bout nommée ruelle du _Mûrier_, dont l'entrée étoit rue
de la Mortellerie, et dont rien n'a pu nous indiquer la
position.]
_Rue du Petit-Musc._ Cette rue, qui traverse de la rue Saint-Antoine au
quai des Célestins, occupe une partie de l'ancien _Champ-au-Plâtre_ et
d'une voirie qui y étoit située, d'où l'on a prétendu que lui venoit le
nom de _Put-y-Muce_ qu'elle portoit anciennement. Sauval[347] dit qu'en
1358 elle s'appeloit du _Petit-Muce_ et de _Pute-y-Muce_. Corrozet a
jugé à propos de la nommer _rue de la Petite-Pusse_, quoique sous le
règne de François Ier, et même dès 1450, elle fût connue sous le nom du
_Petit-Musse_. Germain Brice avoit avancé que la rue du _Petit-Musc_
étoit ainsi appelée par altération du mot latin _petimus_, parce que
Charles VI avoit fait construire sur l'emplacement qu'elle occupe un
logement pour les maîtres des requêtes; et toutes celles qu'on leur
présentoit étant en langue latine, suivant l'usage de ces temps-là,
commençoient ainsi: _Petimus_. Piganiol a relevé cette erreur en
prouvant que l'hôtel des maîtres des requêtes étoit dans la rue
Saint-Paul. Jaillot ajoute que cette rue étoit ouverte avant le règne de
Charles VI, et que cent ans auparavant il existoit un hôtel du
Petit-Musc, dont cette rue a pris le nom, ou auquel elle avoit donné le
sien.
[Note 347: T. I, p. 157.]