[Note 317: Ce tombeau, partagé maintenant, nous ne savons

pourquoi, en trois parties, se voyoit aussi dans le même

Musée. Louis d'Orléans et Valentine de Milan sont séparément

sur deux portions du monument, et leurs deux fils sur la

troisième. On voit déjà dans ces sculptures gothiques une

sorte de retour vers l'étude de la nature. Il y a dans les

grandes figures une exécution qui n'est pas dépourvue

d'agrément; et les petites figures d'apôtres, quoique d'un

dessin très-mauvais, annoncent déjà quelque science et

l'origine d'une école. Elles ont été exécutées sous le règne

de Louis XII, à qui l'on devoit l'érection entière du

monument.]

Près de ce mausolée, trois grandes tables de marbre, sur

lesquelles étoient gravés quatre écussons des armes de France et

d'Orléans, contenoient des inscriptions, monuments de la piété de

Louis XII, petit-fils de Louis et de Valentine de Milan.

Assez près de ce tombeau, et du côté de l'autel, on voyoit ce

fameux groupe des trois Grâces, sculptées en albâtre par _Germain

Pilon_; elles étoient debout sur un piédestal, se tenant par la

main, et soutenoient sur leur tête une urne de bronze doré, dans

laquelle étoient renfermés les coeurs de Henri II, de Catherine

de Médicis, de Charles IX et de François de France, duc d'Anjou,

son frère[318].

[Note 318: Sur chacune des trois faces du piédestal étoient

gravés deux vers latins.

Ire face.

_Cor junctum amborum longum testatur amorem,

Ante homines junctus, spiritus ante Deum._

IIe face.

_Cor quondam charitum sedem, cor summa secutum,

Tres charites summo vertice jure ferunt._

IIIe face.

_Hîc cor deposuit regis Catharina Mariti,

Id cupiens proprio condere posse sinu._

On étoit étonné de rencontrer dans un temple chrétien un

monument dont l'allégorie étoit toute païenne, et cette

inconvenance avoit en effet quelque chose de choquant; mais

cette première impression peu favorable faisoit bientôt place

à la juste admiration que faisoit naître cette excellente

production. On y retrouve sans doute un peu du style maniéré

de l'école florentine, mais il y a tant d'élégance dans les

formes, une grâce si naïve dans les attitudes, les caractères

de têtes sont si vrais et si charmants, l'exécution totale

d'un sentiment si délicat, qu'on pardonne facilement à

l'artiste l'agencement bizarre de ses draperies, qui

ressemblent un peu à de la gaze chiffonnée, et sous lesquelles

toutefois il a eu l'adresse de faire sentir parfaitement le

nu. Ce vêtement singulier nous semble le seul défaut qu'on

puisse reprocher à ce monument, considéré avec juste raison

comme l'un des chefs-d'oeuvre de la sculpture françoise. Il

étoit déposé aux Petits-Augustins.]

À l'autre extrémité du tombeau des ducs d'Orléans s'élevoit, sur

un piédestal triangulaire en porphyre, une colonne de marbre

blanc semée de flammes. Cette colonne supportoit une urne de

bronze doré, dans laquelle étoit renfermé le coeur de François

II. Au pied de la colonne trois enfants ou génies aussi en marbre

blanc, tenoient chacun un flambeau. Une inscription annonçoit que

ce monument avoit été érigé par Charles IX[319].

[Note 319: Ce monument existoit, dit-on, dans les dépôts du

même Musée, mais n'étoit point exposé.]

À l'entrée de la chapelle, une urne de bronze posée sur une

grande colonne de marbre blanc, chargée de feuillages et de

moulures, renfermoit le coeur d'Anne de Montmorenci, connétable

de France, tué à la bataille de Saint-Denis le 12 novembre 1567.

Cette colonne étoit élevée sur un piédestal de marbre, et

accompagnée de trois statues qui représentoient des vertus. Le

tout étoit de la main de _Barthélemi Prieur_.

Des tables noires placées au-dessous de ces figures contenoient

des vers français et latins, et une inscription en prose à la

louange de cet homme illustre[320].

[Note 320: Cette colonne, que les historiens ont appelée

_composite_, n'est certainement d'aucun ordre; et l'on ne peut

rien imaginer de plus bizarre et de plus capricieux que les

ornements dont elle est surchargée depuis la base jusqu'au

chapiteau. Toutefois ces ornements sont traités avec un soin

extrême et une grande délicatesse. Il n'en est pas de même des

figures; et si l'on peut juger de celles qui manquent par la

seule qui nous reste, le dessin en étoit roide, mesquin,

presque barbare, le travail très-grossier. Cette figure est

maintenant fixée sur le sommet de la colonne, où elle remplace

l'urne, qui probablement aura été profanée et détruite pendant

les jours révolutionnaires. (Déposé aux Petits-Augustins.)]

Dans le mur, sur un tombeau de marbre noir, étoit une statue en

marbre blanc, à demi couchée. Cette figure, due au ciseau de

_Jean Cousin_, représentoit Philippe Chabot, amiral de France

sous François Ier, mort en 1543.

Au bas de cette statue le même artiste avoit placé une petite

figure de la Fortune, couchée et dans l'attitude de

l'abattement[321].

[Note 321: Ce beau monument, qui se voyoit également au Musée

des Petits-Augustins, doit être mis, de même que les Grâces de

Germain Pilon, au nombre des chefs-d'oeuvre de la sculpture

françoise. L'attitude de la figure est simple et noble, la

tête pleine de vérité et du plus beau caractère; l'exécution

totale d'une main ferme et savante; on reconnoît ici la grande

école de Michel-Ange, et ce morceau ne seroit pas indigne de

lui. Cependant il est remarquable que tous les historiens de

Paris qui ont donné la description de ces monuments et

prononcé sur leur mérite, accoutumés à prendre leurs jugements

dans Piganiol, n'ont pas manqué de répéter très-exactement,

d'après lui, que tout ce monument _étoit bizarre et de mauvais

goût_. Ils débitoient de semblables blasphèmes dans le temps

même qu'infatués de tous les préjugés systématiques du siècle

de Louis XV, ils prodiguoient les éloges les plus outrés aux

détestables productions de cette époque de dégénération et de

barbarie.

La petite figure de la Fortune existe encore; l'attitude en

est un peu contournée, mais le style et l'exécution y sont

dignes de la figure principale. Du reste ce tombeau est

maintenant composé d'une foule de pièces de rapport, de débris

tirés d'autres monuments. Il n'est pas le seul qu'on ait

défiguré de cette manière, et il est inutile sans doute de

faire sentir le ridicule et l'inconvenance de ces

restaurations arbitraires: il n'est pas un bon esprit qui

d'abord n'en soit frappé.]

À côté de ce mausolée, on en voyoit un autre de marbre blanc, sur

lequel étoit la statue d'un homme mort, dont la tête étoit

soutenue par un petit génie. Un autre génie placé à ses pieds

semble dérouler le manteau ducal qui l'enveloppe. Cette figure

étoit celle de Henri Chabot, duc de Rohan, pair de France,

gouverneur d'Anjou, mort en 1655[322].

[Note 322: Ce monument, déposé aux Petits-Augustins, est de la

main d'_Anguier_, que les mêmes historiens qualifient de

_fameux_. Ils donnent aussi de grands éloges à toutes ces

figures. S'il faut dire ce que nous en pensons, nous les

trouvons lourdes, maniérées, d'un mauvais goût, d'une

exécution qui manque de finesse, et dans laquelle on ne trouve

qu'un sentiment médiocre d'imitation de la nature, mêlé à ces

combinaisons systématiques qui commençoient déjà à infecter

l'école.]

Vis-à-vis, et de l'autre côté de la chapelle, sur un piédestal de

marbre noir, étoient deux génies appuyés sur un bouclier;

au-dessus s'élevoit une colonne en marbre blanc, chargée de

chiffres et de colonnes ducales. L'entablement, à quatre faces,

et couvert des mêmes ornements, supportoit une urne dorée, dans

laquelle étoit le coeur de Timoléon de Cossé, comte de Brissac,

colonel-général de l'infanterie, grand-panetier et

grand-fauconnier de France, tué au siége de Mucidan en 1569.

Le mausolée de la maison d'Orléans-Longueville étoit un des

monuments les plus considérables de cette chapelle; il se

composoit d'une pyramide en marbre blanc, chargée de trophées en

bas-relief, accompagnée, aux quatre angles de son piédestal, des

quatre vertus cardinales, et de deux bas-reliefs dorés qui en

occupoient les deux faces principales, représentant, l'un _le

secours d'Arques_, et l'autre _la bataille de Senlis_. Ce

mausolée, qui renfermoit les coeurs de plusieurs ducs de

Longueville, avoit été commencé pour celui de Henri Ier, qui

mourut à Amiens en 1595, des suites d'un coup de mousquet[323];

il fut achevé par Anne Geneviève de Bourbon, pour Henri II, duc

de Longueville, son époux, fils du précédent, et mort en 1663. On

y avoit aussi déposé les restes de Charles-Pâris d'Orléans son

fils, tué au passage du Rhin en 1672. Toute la sculpture en fut

alors composée et exécutée par _François Anguier_[324].

[Note 323: Dans une salve d'artillerie que l'on avoit faite

pour lui à son entrée à Dourlens. Son épitaphe faisoit

entendre que c'étoit un simple accident. Saint-Foix en pense

autrement, et voici ce qu'il dit à ce sujet: «La princesse de

Conti, dans son Histoire des amours de Henri IV, met

l'assassinat de ce duc sur le compte de Gabrielle d'Estrées,

qui vouloit se venger, dit-elle, d'une fourberie qu'il lui

avoit jouée; mais d'autres ont écrit avec plus de

vraisemblance que le marquis d'Humières, ayant surpris

quelques lettres de sa femme et du duc de Longueville, se

détermina à faire tuer ce prince. Il est certain, ajoute-t-il,

qu'à peu près dans ce temps-là le mari, qui devenoit furieux

au moindre sujet de jalousie, étrangla sa femme avec ses

propres cheveux.»]

[Note 324: Voici encore un monument présenté comme un prodige

de perfection par Piganiol et par ses copistes, admiré sur

parole par le vulgaire des amateurs, et qui cependant est un

ouvrage de tous points médiocre et de mauvais goût. Les quatre

vertus, grandes comme nature, qui en sont les parties les plus

remarquables, offrent, dans toutes leurs draperies, un style

maniéré, un agencement faux; dans leurs formes, un dessin

lourd, dépourvu de sentiment, et qu'on peut appeler en quelque

sorte la _caricature_ de l'antique. Les ornements qui couvrent

la pyramide, les deux bas-reliefs dorés qui décorent le

piédestal, sont encore plus médiocres que les statues. On

remarque seulement, sur les deux autres faces de ce piédestal,

deux petits bas-reliefs en marbre blanc, qui représentent des

enfans et quelques autres sujets allégoriques, dont le dessin,

le sentiment et l'exécution sont tellement supérieurs à tout

le reste, qu'on peut douter qu'ils soient de la même main.

(Déposé au Musée des Monuments françois.)]

Au côté droit de l'autel, sur un tombeau de marbre noir, étoit

couchée une petite statue de marbre blanc, représentant Renée

d'Orléans, comtesse de Dunois, morte à Paris en 1525, à l'âge de

sept ans[325].

[Note 325: Ce petit monument existe encore dans le même musée.

L'attitude de la figure a la roideur gothique alors en usage;

mais le travail en est fin et naïf, et l'on y remarque ce

progrès sensible vers la bonne sculpture, qui caractérise

cette époque de l'art.]

Dans le fond de la chapelle, et sous une arcade vitrée, on voyoit

une petite urne peinte et dorée, où étoient renfermées les

entrailles du jeune duc de Valois et de Marie-Anne de Chartres,

enfants du duc d'Orléans et de Marguerite de Lorraine, tous les

deux morts en bas âge en 1656[326].

[Note 326: L'épitaphe du jeune duc de Valois étoit en vers

latins très-délicatement tournés; ils exprimoient avec

beaucoup de vivacité les sentiments des tendres parents à qui

la mort l'avoit enlevé.

_Blandulus, eximius, pulcher, dulcissimus infans,

Deliciæ matris, deliciæque patris,

Hîc situs est teneris raptus Valesius annis,

Ut rosa quæ subitis imbribus icta cadit._]

Dans la même chapelle étoient encore inhumés:

Jean de Montauban, mort en 1407.

Bonne Visconti de Milan, soeur de Valentine, duchesse d'Orléans,

morte en 1468.

Arthus de Montauban, archevêque de Bordeaux, mort en 1468.

François d'Espinay, seigneur de Saint-Luc, grand-maître de

l'artillerie de France, tué au siége d'Amiens en 1597.

Jeanne de Cossé sa femme, morte en 1602.

François de Roncherolle, dit de Maineville, tué au siége de

Senlis en 1689.

_Chapelle de Rostaing._

Cette chapelle, située derrière celle d'Orléans, avoit été

construite en 1652 par Charles, marquis de Rostaing, en l'honneur

de sa famille, qui paroît avoir été infatuée de sa noble

extraction au point de se rendre un peu ridicule[327]. Les

armoiries de cette maison et celles de ses alliances faisoient

l'unique ornement de cette chapelle. Celle qui étoit destinée à

sa sépulture étoit dans l'église des Feuillants[328].

[Note 327: On prétend que les Rostaing avoient offert aux

pères Feuillants de faire reconstruire leur maître-autel, dont

le dessin étoit très-pauvre, à condition qu'ils y placeroient

leurs armoiries en soixante endroits. Cette vanité parut à ces

bons pères si déplacée et si peu chrétienne qu'ils rejetèrent

l'offre qu'on leur faisoit, quel qu'en fût d'ailleurs

l'avantage.]

[Note 328: Voyez tome 1er, page 991.]

_Chapelle des dix mille Martyrs._

Au côté méridional de l'église des Célestins étoit une autre

église voûtée et séparée de la première par plusieurs piliers.

C'est là qu'avoit été située jadis cette chapelle des Martyrs

abattue depuis long-temps. Son existence étoit constatée par

plusieurs inscriptions, qui apprenoient que la première pierre en

avoit été posée par le cardinal de Bourbon, archevêque de Lyon;

la dédicace du nouveau bâtiment fut faite en 1482, par Louis de

Beaumont, évêque de Paris.

_Chapelle de Gêvres ou de Saint-Léon._

Elle avoit été bâtie par François, duc de Luxembourg et d'Épinay,

sur une partie de l'emplacement de la chapelle des dix mille

martyrs, et dédiée, le 19 juin 1621, par Pierre Scaron, évêque de

Grenoble, sous l'invocation de la Sainte-Vierge, des dix mille

martyrs et de saint Pierre de Luxembourg. Cette chapelle, qui

étoit celle des ducs de Gêvres, avoit pris, au commencement du

siècle dernier, le nom de saint Léon, patron d'un des chefs de

cette maison. Elle contenoit plusieurs tombeaux remarquables.

Du côté de l'épître étoit le mausolée de René Potier, duc de

Tresmes, etc. etc., mort en 1670. Sa statue, en marbre blanc,

étoit à genoux sur ce monument.

Contre le mur du choeur et du côté de l'évangile, on voyoit, sur

un tombeau de marbre blanc, la statue également à genoux de

Marguerite de Luxembourg, sa femme, morte en 1645.

Louis Potier, marquis de Gêvres, leur fils, tué, en 1643, au

siége de Thionville, avoit sa sépulture dans cette chapelle. Il y

étoit aussi représenté à genoux, et armé de pied en cap[329].

[Note 329: Ces trois statues avoient été déposées au Musée des

Petits-Augustins.]

Vis-à-vis étoit le tombeau de Léon Potier, duc de Gêvres, premier

gentilhomme de la chambre, etc., mort en 1704.

Plusieurs autres personnages illustres y avoient encore leur

sépulture et leurs épitaphes; savoir:

François de Gêvres, fils du précédent, mort en 1685.

Louis de Gêvres, marquis de Gandelus, mort en 1689.

Bernard-François de Gêvres, duc de Tresmes, pair de France, etc.,

mort en 1739.

Dans la nef étoit un tombeau de marbre noir adossé contre le mur

du choeur, sur lequel la passion de Jésus-Christ étoit

représentée en marbre blanc. Une inscription apprenoit que ce

monument avoit servi de sépulture aux deux chanceliers Guy et

Guillaume de Rochefort, morts en 1492 et 1527, ainsi qu'à

plusieurs de leurs descendants. (Ce tombeau a été détruit.)

Auprès de ce tombeau, et du même côté, étoit la statue, en pierre

de liais, de Charles de Maigné, capitaine des gardes de la porte

sous Henri II. Il étoit représenté assis, vêtu de l'habit de

guerre, et la tête appuyée sur le bras gauche. Ce monument,

exécuté par _Paul Ponce_, avoit été érigé à ce gentilhomme en

1556, par Martine de Maigné sa soeur[330].

[Note 330: Cette figure, d'une exécution médiocre, est

cependant encore de la bonne école. La roideur qu'on y

remarque ne doit être attribuée qu'à l'armure dont elle est

couverte, car du reste l'attitude ne manque pas de naïveté.

(Déposée aux Petits-Augustins.)]

_Chapelle de la Magdeleine ou de Noirmoustier._

Dans cette chapelle avoient été inhumés,

Claude de Beaune, femme de Claude Gouffier, marquis de Boissy,

duc de Rouanez, morte en 1561.

Louis de La Trémouille, marquis de Noirmoustier, etc., mort en

1613.

Charlotte de Beaune, femme de François de La Trémouille, et mère

du précédent, morte en 1617.

Dans la nef étoit le tombeau de Zamet, ce financier fameux qui,

né dans l'indigence et l'obscurité, vint d'Italie en France, où

il trouva le moyen non-seulement d'acquérir des richesses

immenses, mais encore d'obtenir les bonnes grâces de Henri IV.

Ses richesses et sa considération passèrent à ses descendants,

dont plusieurs avoient leur sépulture dans ce même tombeau, élevé

pour sa famille par Sébastien Zamet, abbé de Saint-Arnould de

Metz, évêque et duc de Langres. On y lisoit trois épitaphes de

ces divers personnages.

Dans le cloître avoit été inhumé Antoine Perez, ministre de

Philippe II, accusé de trahison, et réfugié en France, où il

mourut en 1611.

Dans le chapitre, une tombe peu élevée contenoit les cendres de

Philippe de Maizières, chevalier, chancelier de Chypre du temps

de Pierre de Lusignan, mort en 1405.

Il y avoit encore dans cette église plusieurs autres tombeaux de

prélats, présidents, conseillers au parlement, etc. etc., dont le

détail seroit peu intéressant, et passeroit d'ailleurs les bornes

que nous devons donner à ces sortes de nomenclatures[331].

[Note 331: Presque tous les monuments dont nous venons de

faire la description étoient ornés de longues épitaphes, dont

la plupart avoient été composées par le père _Carneau_,

célestin. Il eût été fastidieux de les rapporter; et

généralement, dans ces sortes d'inscriptions, nous nous

bornons à choisir celles qui offrent quelque chose de piquant

ou de singulier.]

VITRAUX DES CÉLESTINS.

Ces vitraux, précieux par leur antiquité, ne l'étoient pas moins

par l'authenticité des portraits qu'ils représentoient. Les plus

anciens, placés au fond du choeur vers la sacristie, offroient

les portraits du roi Jean et de Charles V dans la proportion de

dix-huit pouces de hauteur[332].

[Note 332: Nous croyons qu'ils avoient été transportés au

Musée des monuments françois.]

Les autres ornoient la chapelle d'Orléans, et représentoient

également onze rois ou princes avec les costumes du temps. Dans

l'origine on n'en comptoit que sept; mais l'explosion de la tour

de Billy les ayant détruits, François Ier, qui les fit rétablir,

y ajouta le sien, celui de François, dauphin, et de Henri, duc

d'Orléans, ses deux fils aînés. On y joignit depuis le portrait

de Charles IX. Une inscription latine placée sous chaque portrait

faisoit connoître le personnage qu'il représentoit.

Ces derniers portraits, dégradés par le temps, et restaurés à

diverses reprises, ont été presque entièrement détruits pendant

la révolution; et à peine en restoit-il quelques débris, que l'on

conservoit aux Petits-Augustins. On les attribue à un Flamand

nommé _Van Orlay_, qui florissoit vers 1535.

Le cloître des Célestins passoit pour un des plus beaux de Paris,

surtout à cause de la délicatesse des sculptures dont ces arcades

étoient ornées. La bibliothèque, décorée avec le même soin, contenoit

environ dix-sept mille volumes, parmi lesquels on remarquoit des

ouvrages rares et plusieurs manuscrits très-curieux. Le jardin, spacieux

et bien situé, régnoit le long des murs de l'Arsenal[333]. Dans le

cloître étoit la salle de la confrérie des secrétaires du roi.

L'institution de cette confrérie sous l'invocation des quatre

évangélistes datoit du temps même de l'établissement du monastère.

[Note 333: L'église et les bâtiments des Célestins ont été

depuis peu en partie abattus; ce qui reste de ces

constructions forme une caserne de cavalerie. La vue que nous

en donnons est curieuse, en ce qu'elle offre la perspective de

l'ancien Mail qui régnoit le long de l'Arsenal. (_Voyez_ pl.

107).]

L'ARSENAL[334].

On ne peut douter que les rois de France, commandant à une nation

guerrière, et occupés de guerres continuelles, n'aient eu dans tous les

temps des arsenaux; mais on ignore absolument en quel endroit de Paris

étoient ces grands dépôts d'armes, sous la première et la seconde race,

même pendant les deux premiers siècles de la troisième. Le premier

arsenal, dont l'existence soit bien prouvée, étoit situé dans l'enceinte

du Louvre. Nous en trouvons la preuve dans les comptes des baillis de

France, rendus en la chambre en 1295. _Il y est parlé des arbalètes, des

nerfs et des cuirs de boeufs, du bois, du charbon, et autres menues

nécessités du service de l'artillerie._ Les comptes des domaines, des

treizième et quatorzième siècles, sont remplis des noms et des pensions

de ceux qui avoient la direction de cet arsenal; ils y sont désignés

sous le nom _d'artilleurs ou canonniers, maîtres des petits engins,

gardes et maîtres de l'artillerie._

[Note 334: _Voyez_ pl. 108.]

Les registres des oeuvres royaux de la chambre des comptes font foi

qu'en 1391 la troisième chambre de la tour du Louvre étoit pleine

d'armes; que cette pièce ayant été destinée à recevoir des livres, ces

armes en furent enlevées, et qu'en 1392 la basse cour, qui étoit du côté

de Saint-Thomas-du-Louvre, servoit d'arsenal. Nos rois ont eu aussi de

l'artillerie et des munitions de guerre au jardin de l'hôtel Saint-Paul,

à la Bastille, à la tour de Billy[335], à la tour du Temple et à la

Tournelle.

[Note 335: Le tonnerre étant tombé sur la tour de Billy le 19

juillet 1538, mit le feu à une grande quantité de poudre qui y

étoit renfermée, et détruisit entièrement cette tour, placée

sur le bord de la Seine, derrière les Célestins.]

La ville de Paris possédoit de son côté un arsenal particulier. On

comptoit autrefois, outre son hôtel, plusieurs endroits dans lesquels

elle avoit des dépôts d'armes et de munitions de guerre. Mais son

établissement le plus vaste en ce genre étoit situé derrière les

Célestins, dans une partie de ce terrain dont nous avons déjà parlé, et

qui se nommoit _le Champ au Plâtre_. Cet emplacement étoit si vaste

qu'en 1396 Charles VII en donna une partie à son frère le duc d'Orléans,

qui y fit construire un hôtel; et que ce qui restoit fut encore

suffisant pour y bâtir des granges et les autres bâtiments dont

l'ensemble constitue un arsenal. La ville en jouit paisiblement jusqu'en

1533, que François Ier, ayant résolu de faire fondre des canons,

emprunta l'une de ces granges, avec promesse de la rendre aussitôt que

cette opération seroit finie. Pour accélérer cette opération, il en

emprunta, peu de temps après, une seconde. Cette fois-ci la ville

n'obéit qu'avec beaucoup de répugnance: elle prévoyoit sans doute que la

restitution n'auroit pas lieu; et en effet, elle n'étoit pas encore

effectuée en 1547. À cette époque, Henri II, voulant faire construire

d'autres fourneaux pour une nouvelle fonte de canons, demanda encore au

prévôt des marchands et échevins quelques bâtiments de l'arsenal, en

leur faisant dire toutefois que _la ville avisât à ce qu'elle vouloit

pour dédommagement_. Ces magistrats acquiescèrent à la demande du roi,

et la promesse du dédommagement fut oubliée. Ce prince, devenu ainsi

maître de tout l'arsenal, y construisit plusieurs logements pour les

officiers de l'artillerie, sept moulins à poudre, deux grandes balles

et plusieurs autres bâtiments. Tout cela fut presque ruiné le 28 janvier

1562, par un accident qui mit le feu à près de vingt milliers de poudre.

Henri IV, ayant acquis quelques terrains des Célestins, fit beaucoup

d'augmentations à l'arsenal; il l'embellit d'un jardin, et fit planter

le long de la rivière un mail qui a été détruit[336] vers le milieu du

siècle dernier; sous Louis XIII et Louis XIV, on y ajouta quelques

embellissements; en 1713, on détruisit une grande partie des anciens

bâtiments; enfin, en 1718, ceux qui existent encore aujourd'hui

commencèrent à s'élever sous la direction de l'architecte Germain

Boffrand.

[Note 336: Ce fut aussi ce prince qui créa, en 1600, la charge

de grand-maître de l'artillerie de France, en faveur de Sully,

son ministre et son ami, chez lequel il alloit souvent; et

c'est en s'y rendant, le 14 mai 1610, qu'il fut assassiné.

Cette place fut supprimée par édit du 8 décembre 1755, et ses

fonctions réunies au ministère de la guerre. Quelques

historiens attribuent l'érection du mail à Charles IX.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8) · 第 21 / 46 段