Lebeuf, conviennent que cette chapelle cimétériale étoit sous
l'invocation de saint Paul apôtre, et ils se sont fondés sur
l'autorité du texte de la vie de saint Éloi, écrite par saint
Ouen son ami. Ce savant pense, au contraire, qu'elle étoit
sous le nom de saint Paul, premier ermite; mais les raisons
qu'il en apporte ne paroissent pas décisives.]
[Note 301: Sainte Aure, abbesse de ce monastère, y fut
inhumée, ainsi que l'abbé Quintilien. Le corps de la sainte
fut depuis transféré dans son couvent.]
Une tradition, qui n'est appuyée sur aucun titre positif, nous apprend
que les foulons et tondeurs de draps se prétendoient fondateurs de cette
église; et on lit en tête de leurs statuts, imprimés en 1742, qu'ils
firent bâtir l'église de Saint-Paul sous le règne de Clovis II, en 650.
Il y avoit en effet sous le clocher, du côté de la rue, un vitrage où
ils étoient représentés travaillant à leur métier; et ils avoient outre
conservé l'usage de faire en particulier dans cette église, et avec une
grande solennité, la fête de saint Paul, le lendemain du jour qu'elle
avoit été célébrée par la paroisse. Toutefois il n'est pas difficile de
voir le peu de fondement de cette prétention, si l'on se rappelle, 1º
que le monastère de Saint-Aure fut fondé par saint Éloi en 633, et qu'il
n'est guère vraisemblable qu'on ait attendu jusqu'en 650 pour accorder
un cimetière à cette communauté, composée dès lors de trois cents
religieuses; 2º que, dès l'année 640, saint Éloi ayant été nommé à
l'évêché de Noyon, partit aussitôt pour se rendre à Rouen, et s'y
préparer à recevoir les ordres sacrés. Quant au vitrage, qui, suivant
les apparences, n'étoit que du dix-septième siècle, il avoit été fait
sans doute en mémoire de quelque contribution assez considérable que les
foulons, alors en très-grand nombre dans cette paroisse, avoient
peut-être payée pour la construction de l'église antérieure,
c'est-à-dire de celle qui fut bâtie au treizième siècle. Cette opinion
devient très-probable si l'on considère que ces artisans avoient alors
une place ou marché aux environs de la porte et de la place Baudoyer; et
que le prieuré de Saint-Éloi y possédant une censive, ce lieu devoit
être de la paroisse Saint-Paul.
Il ne nous reste aucun monument qui puisse nous instruire de l'état de
cette église jusqu'au douzième siècle; il paroît cependant qu'elle étoit
déjà assez considérable dès le neuvième, puisque, lors de
l'établissement de la procession du 25 avril, introduite alors en France
avec plusieurs rites romains, l'église de Paris la choisit pour la
station de cette journée. Une charte de Galon, évêque de Paris, de l'an
1107, fait entendre que dès lors c'étoit une ancienne coutume que le
chapitre de Paris allât à l'église de Saint-Paul le jour de la fête, et
que pour cette raison l'abbaye de Saint-Éloi étoit tenue, ce jour-là,
envers ce chapitre, à une redevance de huit moutons, deux muids de vin,
mesure du cloître, trois setiers de froment, six deniers et une
obole[302]. Ce titre ne prouve pas sans doute que dès lors Saint-Paul
fût paroisse; mais il est vraisemblable qu'il le devint vers ce
temps-là, ainsi que les autres chapelles dépendantes de l'abbaye de
Saint-Éloi[303]: car dans une bulle d'Innocent II de 1136, où il est
parlé de quatre autres églises de la Cité, celle-ci est qualifiée
d'_Ecclesia sancti Pauli extra civitatem_; et vers le même temps, la
qualification de _presbyter_, qui ne s'accordoit qu'aux prêtres
cardinaux ou curés, fut donnée à l'ecclésiastique qui la desservoit.
[Note 302: _Gallia Christiana_, t. VIII.]
[Note 303: Il est probable que ce changement arriva après la
donation faite du monastère de Saint-Éloi et de ses
dépendances à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, et lors de la
remise qui en fut faite, en 1125, à l'évêque de Paris, par
Thibaut. (_Voyez_ t. Ier, p. 226.)]
On ne peut douter que la chapelle bâtie par saint Éloi n'ait été
plusieurs fois ravagée par les Normands, et qu'elle n'ait entièrement
cessé d'exister au dixième siècle, époque à laquelle on rebâtit la
plupart des églises. Elle ne fut reconstruite que dans le cours du
treizième; mais depuis la nouvelle enceinte de Philippe-Auguste, les
environs de Saint-Paul ayant été couverts de maisons, et le nombre des
habitants s'étant considérablement augmenté, tant par cette circonstance
que par le voisinage de l'hôtel Saint-Paul, bâti depuis par Charles V,
cette église fut de nouveau rebâtie, augmentée et décorée par les
libéralités de ce prince et de ses successeurs. La dédicace en fut faite
en 1431 par Jacques du Chatellier, évêque de Paris; et l'on y fit, en
1542 et 1547, des augmentations et des réparations qui se renouvelèrent
encore en 1661.
La maçonnerie lourde et massive de cet édifice, ses voûtes basses et
mal éclairées, annonçoient combien l'architecture avoit encore peu fait
de progrès dans le temps où il fut élevé. Le bas de l'intérieur de la
tour devoit être du treizième siècle, et les bases des trois portiques
paroissoient avoir été construites vers le milieu du quatorzième. Le
reste étoit du règne de Charles VII.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-PAUL.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, l'institution de l'Eucharistie, par
_Jean-Baptiste Corneille_.
Dans la première chapelle à gauche, un _Benedicite_, par
_Lebrun_.
Dans la quatrième, une Ascension, par _Jouvenet_.
Dans la chapelle du curé, un saint Jacques, dont l'auteur est
inconnu.
Les jours de fêtes, la nef étoit ornée d'une tenture de
tapisserie, en or, argent et soie, représentant l'histoire de
saint Paul; c'étoit un présent qu'avoit fait à cette église Anne
Phelypeaux de Villesavin, veuve de M. Bouthilier, comte de
Chavigni, ministre d'état.
Le jour de la Fête-Dieu, on portoit, avec beaucoup de pompe, une
arche faite sur les dessins de _Mansard_, et enrichie de
pierreries.
Dans la chapelle de la communion et autour des charniers, on
voyoit sur les vitraux de très-belles peintures, exécutées,
d'après les cartons de Vignon, par les trois _Pinaigrier_,
_Levasseur_, _Monnier_, _Perrier_, _Desaugives_ et _Porcher_,
tous contemporains, et les premiers artistes qu'il y eût alors en
ce genre[304].
[Note 304: Nous croyons que ces vitraux ont été entièrement
détruits pendant la révolution.]
TOMBEAUX.
Auprès du maître-autel avoient été inhumés trois favoris de Henri
III, _Caylus_, _Maugiron_ et _Saint-Mégrin_, les deux premiers
tués en duel le même jour, le troisième assassiné en sortant du
Louvre. Le roi leur avoit fait élever des tombeaux en marbre
noir, ornés de leurs statues extrêmement ressemblantes. Ces
tombeaux furent détruits, en 1588, par la populace de Paris,
lorsqu'on y eut appris la mort des Guises, assassinés à Blois par
l'ordre de ce prince. Ils étoient tous les trois de la main de
_Germain Pilon_[305].
[Note 305: Ces monuments étoient chargés d'épitaphes, parmi
lesquelles nous citerons seulement celle de Maugiron, écrite
en vers françois.
La déesse Cyprine avoit conçu des cieux,
En ce siècle dernier, un enfant dont la vue
De flammes et d'éclairs étoit si bien pourvue,
Qu'Amour, son fils aîné, en devint envieux.
Chagrin contre son frère et jaloux de ses yeux,
Le gauche lui creva[305-A]; mais sa main fut déçue;
Car l'autre, qui étoit d'une lumière aiguë,
Blessoit plus que devant les hommes et les dieux.
Il vient, en soupirant, s'en complaindre à sa mère:
Sa mère s'en moqua; lui, tout plein de colère,
La Parque supplia de lui donner confort.
La Parque, comme Amour, en devint amoureuse;
Aussi Maugiron gît sous cette tombe ombreuse,
Et vaincu par l'Amour et vaincu par la Mort.
Saint-Foix remarque avec raison qu'on peut éprouver quelque
étonnement de rencontrer les Parques, l'Amour et Vénus dans
une église.]
[Note 305-A: À l'âge de seize ans il avoit perdu un oeil au
siége d'Issoire.]
Près la petite porte du choeur à gauche, on voyoit le mausolée de
François d'Argouges, premier président du parlement de Bretagne,
conseiller d'État, par _Coizevox_.
Sur un pilier près la chapelle de la communion étoit un monument
érigé à la mémoire de Jules-Hardouin Mansard, par le même
sculpteur. Il offroit le médaillon, en marbre blanc, de cet
architecte célèbre, posé sur une demi-colonne de la même
matière[306]. Pierre Biard, autre architecte, mort en 1609, étoit
aussi enterré dans cette église.
[Note 306: Ce tombeau, décoré d'une épitaphe très-honorable,
se voyoit au Musée des Petits-Augustins.]
À côté de l'autel de cette chapelle étoit le tombeau, en marbre,
d'un duc de Noailles. Ce monument, composé de plusieurs figures,
avoit été exécuté par _Anselme Flamand_.
Dans la chapelle de Saint-Louis on lisoit l'épitaphe de Nicolas
Gilles, auteur des Annales et Chroniques de France, mort en 1503.
Dans l'église étoient inhumés: Jacques Bourdin, sieur de La
Villette, secrétaire des finances sous Charles VIII et Louis XI,
mort en 1524.
Robert Ceneau, évêque d'Avranches, docteur en théologie de la
faculté de Paris, auteur de plusieurs ouvrages, mort en 1560. Son
tombeau, placé dans le choeur, offroit, sur une table de marbre
noir, une statue en cuivre de ce personnage, décorée des
attributs de sa dignité.
Adrien Baillet et Pierre-Silvain Regis, écrivains connus, morts
en 1706 et 1707.
Le fameux Rabelais, mort le 9 avril 1553, avoit été enterré dans
le cimetière de cette paroisse, etc. etc.
CIRCONSCRIPTION.
Pour avoir une idée du contour de la paroisse Saint-Paul, on peut le
commencer à la maison qui fait le coin de la rue des Nonaindières et du
quai des Ormes, de là, suivre jusqu'aux Célestins, puis y comprendre
ensuite l'Arsenal et l'emplacement de la Bastille, et après avoir passé
par-devant la porte Saint-Antoine, y renfermer tout ce qui est au-dedans
des remparts, jusqu'à la rue Saint-Gilles, qui donne dans celle de
Saint-Louis.
Dans cet endroit la paroisse traversoit cette même rue Saint-Louis; elle
prenoit ensuite le côté gauche des rues du Parc-Royal, des
Trois-Pavillons, le côté oriental de la rue des Francs-Bourgeois,
ensuite la rue Pavée, la rue du Roi de Sicile jusqu'à celle des Juifs:
là elle n'avoit que le côté gauche et quelques maisons de la rue du
Temple à gauche, et jusqu'à la rue Saint-Antoine qu'elle partageoit avec
la paroisse Saint-Gervais. Le côté gauche de la rue de Joui lui
appartenoit, ainsi qu'une grande partie du côté droit. Les rues de
Fourci et des Nonaindières dépendoient d'elle en totalité. Elle
comprenoit encore le carré de la rue de la Mazure, s'étendoit ensuite
sur le quai des Ormes jusqu'à la rue du Paon-Blanc inclusivement, et
enfin dans la rue de la Mortellerie.
Tel étoit le plus grand contour de cette paroisse qui renfermoit les rues
de Fourci, Percée, du Figuier, des Prêtres, des Barres, des Jardins, de
Sainte-Anastase, de Saint-Paul, l'ancienne et la neuve, des Lions, de
Gérard-Boquet, des Trois-Pistolets, du Beau-Treillis, du Petit-Musc, du
Foin, des Minimes, de la Cerisaie, de Lesdiguières, des Fournelles, du
Pas-de-la-Mule, de Sainte-Catherine, de l'Égout-Sainte-Catherine, Païenne,
des Barres, Cloche-Perce, et la grande rue Saint-Antoine.
Il y avoit aussi quelques cantons détachés: le plus étendu commençoit à
la vieille rue du Temple, au coin de la rue de la Croix-Blanche; et
s'étendoit à gauche de cette rue jusqu'au premier coin de la rue des
Blancs-Manteaux, où il tournoit à gauche; il continuoit de ce côté
jusqu'au coin de la rue du Puits, et dans une partie des rues
Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, Bourg-Thiboud et de la Croix-Blanche.
Cette paroisse avoit encore plusieurs autres écarts singuliers, d'où il
résultoit que son territoire se trouvoit enclavé en plusieurs endroits
dans celui de la paroisse Saint-Gervais.
Il n'y avoit point de reliques remarquables dans cette église, et l'on
n'y comptoit que trois ou quatre chapellenies qui méritassent d'être
citées[307].
[Note 307: L'église Saint-Paul a été entièrement détruite
pendant la révolution. La vue que nous en donnons, faite
d'après un dessin original, et que nous croyons unique, n'a
jamais été gravée. _Voyez_ pl. 106.]
LES CÉLESTINS.
Ces religieux furent institués vers le milieu du treizième siècle par
saint Pierre dit de _Morron_[308], du nom d'une montagne où il s'étoit
retiré près de Sulmone, dans l'Abbruze citérieure. Ce pieux cénobite
s'établit ensuite sur le mont de Majelle, à quelque distance de cette
ville; et c'est là que, rassemblant plusieurs de ses disciples, il forma
une congrégation sous la règle de saint Benoît, laquelle fut approuvée
par le concile général tenu à Lyon en 1274. Ayant été élu pape le 5
juillet 1294, le saint fondateur prit le nom de Célestin VI, nom qui fut
depuis adopté par tous les religieux de son ordre.
[Note 308: Dom Félibien écrit _de Mouron_.]
Saint Louis, à son retour de la terre sainte, en 1254, avoit amené avec
lui six religieux du Mont-Carmel, depuis connus sous le nom de _Carmes_,
mais que l'on appeloit alors les _Barrés_, à cause de leurs manteaux
blancs et noirs. Ces religieux, que le saint roi avoit d'abord logés
dans une partie d'un vaste terrain nommé le _Champ au plâtre_, ayant été
transférés en 1318 à la place Maubert, vendirent l'emplacement qu'ils
venoient de quitter à Jacques Marcel, bourgeois de Paris. Ce nouveau
propriétaire y fit bâtir deux chapelles, et les dota chacune de 20 liv.
de rente amortie. On trouve dans le grand cartulaire que l'acte de
fondation en fut approuvé le 1er juin 1319 par l'évêque de Paris.
Ce terrain et les deux chapelles passèrent à Garnier Marcel, fils du
précédent, qui les donna aux Célestins[309], par contrat du 10 novembre
1352. On voit cette donation confirmée la même année par des lettres de
Jean de Meulan, évêque de Paris, et de Guillaume de Melun, archevêque de
Sens. Robert de Jussi, chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois et
secrétaire du roi, qui avoit été novice chez les Célestins à
Saint-Pierre de Châtres, près Compiègne, fut un de ceux qui
contribuèrent le plus à leur établissement à Paris.
[Note 309: Dubreul attribue à Jacques Marcel la donation faite
aux Célestins. Cette erreur a été relevée par Jaillot, qui
produit à l'appui de son opinion les actes et titres que nous
avons cités dans le texte.]
Quoique ces religieux ne fussent qu'au nombre de six, le revenu que
Garnier Marcel leur avoit donné étoit si modique qu'ils avoient bien de
la peine à subsister. À la sollicitation de leur ardent protecteur,
Robert de Jussi, les secrétaires du roi établirent chez eux leur
confrérie, et avec la permission du roi Jean, ils donnèrent chaque mois
à ce couvent une bourse pareille à celle qu'ils recevoient pour leurs
honoraires. Charles, dauphin et régent du royaume, confirma cette
libéralité en 1358, et de plus permit aux Célestins d'acquérir 200 liv.
parisis de rente, qu'il amortit par ses lettres données à Melun au mois
de juin 1360. Toutes ces dispositions furent ratifiées par le roi Jean à
son retour d'Angleterre, en 1361 et 1362; et ces religieux ont continué
à jouir de la bourse jusqu'au moment de leur suppression.
Charles V avoit conçu une telle affection pour l'ordre des Célestins,
qu'à son avénement à la couronne il s'en déclara non-seulement le
protecteur, mais encore le fondateur. Au don de la bourse de la
chancellerie et des deux cents livres de rente, il ajouta celui de dix
mille livres, et de tous les bois nécessaires pour la construction de
leur église. Il y fit bâtir les lieux réguliers, en augmenta
l'emplacement d'une partie des jardins de l'hôtel Saint-Paul et d'un
hôtel contigu à leurs murs, qu'il acheta à leur intention; enfin il mit
le comble à tant de bienfaits en accordant à ces religieux un grand
nombre d'exemptions et de priviléges, que son successeur Charles VI
confirma et étendit ensuite sur tous les monastères de cet ordre.
Lorsque l'église, aux fondements de laquelle Charles V avoit voulu
poser la première pierre, eut été achevée, ce prince la fit consacrer et
dédier sous le titre de l'invocation de la Sainte-Vierge. Cette
dédicace, faite le 15 septembre 1370, fut accompagnée d'une foule de
dons précieux[310], dont les auteurs contemporains nous ont transmis
tous les détails, et qui furent ensuite conservés avec soin dans le
trésor de ce monastère.
[Note 310: Ces dons consistoient principalement en riches
ornements, parmi lesquels on remarquoit deux chapes de drap
d'or, l'une semée de fleurs de lis et l'autre d'étoiles. À
l'offertoire de la première messe qui y fut célébrée, le roi
présenta une croix d'argent doré, la reine une statue de la
Vierge aussi d'argent doré, et le dauphin, qui régna dans la
suite sous le nom de Charles VI, un vase très-riche du même
métal.]
Le duc d'Orléans, Louis, fils puîné du roi Charles V, hérita de la
prédilection de son père pour ce couvent, et ne cessa de le combler de
marques de sa bienveillance. Ce fut lui qui y fit bâtir la magnifique
chapelle qui portoit son nom[311], et sous l'autel de laquelle il fut
inhumé en habit de Célestin, ainsi que l'avoit ordonné une disposition
de son testament, daté du 19 octobre 1403[312].
[Note 311: Un accident, dont ce prince fut la cause innocente,
donna lieu à la construction de cette chapelle. Dans un bal
qui se donnoit à l'occasion du mariage d'une des dames de la
reine, Charles VI avoit imaginé de se déguiser en satyre avec
quelques jeunes seigneurs de sa cour. Lorsqu'ils entrèrent
dans la salle, le duc d'Orléans, qui n'étoit pas dans le
secret de cette partie, s'étant approché avec un flambeau pour
essayer de reconnoître ces masques, le feu prit à l'habit de
l'un d'entre eux, et se communiqua aux autres avec d'autant
plus de rapidité que ces habits avoient été enduits de poix,
afin d'y faire tenir du coton et du lin, disposés de manière à
figurer le poil des satyres. Par une circonstance plus
malheureuse encore, il se trouva que tous ceux qui composoient
la mascarade étoient enchaînés les uns aux autres, ce qui
porta le désordre à son comble, et donna une nouvelle activité
à l'embrasement. Plusieurs y périrent; le roi lui-même courut
risque de la vie, et n'échappa à cet affreux danger que par le
courage et la présence d'esprit de la duchesse de Berri, qui
jeta sur lui son manteau, et étouffa les flammes en le serrant
fortement dans ses bras. On rendit au ciel les actions de
grâces les plus solennelles, et le duc d'Orléans, pour expier
son imprudence, fit bâtir aux Célestins la chapelle qui
portoit son nom. C'est ce même duc d'Orléans qui fut
assassiné, en 1407, par ordre du duc de Bourgogne.]
[Note 312: L'original de ce testament étoit gardé dans ce
monastère.]
Cet ordre a donné à la France plusieurs sujets distingués: il étoit
gouverné par un provincial qui, dans le royaume, avoit la même autorité
sur tous les monastères de cet ordre que le général sur l'ordre entier.
Cette prérogative avoit été accordée par une bulle de Clément VII; et il
y eut à ce sujet en 1418, entre les Célestins de France et ceux
d'Italie, un concordat qui fut ratifié par le souverain pontife en 1423.
Quoique le monastère des Célestins de Paris ne fût pas le plus ancien du
royaume, cependant, par des constitutions de l'an 1417, il fut arrêté
qu'à l'avenir il seroit, non pas le chef-lieu de l'ordre, comme quelques
auteurs semblent le faire entendre, mais le chef-lieu principal de la
congrégation des Célestins en France: ce qui étoit fort différent. Ce
monastère fut supprimé quelques années avant la révolution.
Le couvent passoit pour une des plus belles et des plus riches maisons
religieuses qu'il y eût à Paris. L'église, d'une architecture gothique
très-grossière, étoit peu digne des autres constructions, mais elle n'en
étoit pas moins une des plus curieuses de cette capitale, et celle que
les étrangers visitoient avec le plus d'empressement, à cause de la
quantité prodigieuse de monuments qui y étoient en quelque sorte
entassés. Après l'abbaye de Saint-Denis, c'étoit sans contredit l'église
de France qui contenoit le plus d'illustres sépultures[313].
[Note 313: _Voyez_ pl. 107.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CÉLESTINS.
TABLEAUX.
Au-dessus de la principale porte du choeur, en dedans,
Jésus-Christ avec les docteurs de la loi, par _Stradan_.
Au-dessus de la même porte, en dehors, l'Économe de l'Évangile,
par le même.
Dans une chapelle, saint Léon devant Attila, par _Paul Mathey_.
Dans une autre, une Magdeleine, par _Pierre Mignard_.
Derrière le maître-autel, un grand tableau de la Transfiguration.
Sur l'autel de la chapelle d'Orléans, une descente de croix,
peinte sur bois, par _Salviati_, Florentin.
Le plafond du grand escalier du couvent, peint par _Bon
Boullongne_, représentoit Pierre de Morron enlevé au ciel par
des anges.
SCULPTURES.
Le maître-autel étoit orné de quelques figures, entre autres
d'une Annonciation, par _Germain Pilon_.
Dans une chapelle on voyoit la figure de Charlemagne, vêtu d'un
habit de guerre, par _Paul Ponce_.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
_Nef et Sanctuaire._
Devant le maître-autel avoient été inhumés le coeur du roi Jean,
mort en 1364, et celui de Jeanne, comtesse de Boulogne, sa
seconde femme, morte en 1361.
Philippe de France, premier duc d'Orléans, fils puîné de Philippe
VI et de Jeanne de Bourgogne, avoit sa sépulture dans cette
église, devant le sanctuaire. À l'époque où il mourut, en 1391,
la chapelle d'Orléans n'étoit point encore bâtie.
À peu de distance, et aussi devant le sanctuaire, avoit été
inhumé Henri, duc de Bar, mort à Venise en 1398.
Sous une tombe de cuivre, et vers la même place, étoient
renfermés les corps de Jean Budé, audiencier de la chancellerie
de France, mort en 1501, et de Catherine Le Picard sa femme,
morte en 1506. Le savant Guillaume Budé, maître des requêtes sous
François Ier, étoit leur fils.
Dans le mur, du côté de l'évangile, étoit le mausolée de Léon de
Lusignan, roi d'Arménie, mort à Paris en 1393[314].
[Note 314: Ce monument, qui avoit été déposé au Musée des
Petits-Augustins, représente ce prince couché sur sa tombe, et
revêtu de ses ornements royaux. Il est du gothique le plus
grossier.]
Plus bas, et du même côté, une épitaphe gravée sur un autre
tombeau annonçoit qu'il contenoit les cendres de Jeanne de
Bourgogne, épouse du duc de Bedfort, régent de France, morte en
1432. Sur ce monument de marbre noir étoit sa statue couchée, et
en marbre blanc[315].
[Note 315: Déposé aux Petits-Augustins.]
Du même côté, à peu de distance du cloître, avoit été inhumé
_Fabio Mirto Frangipani_, nonce du pape près Charles IX et Henri
III, mort à Paris en 1587.
Du côté de l'épître, un tombeau de marbre noir, sur lequel étoit
couchée une figure de marbre blanc, contenoit les entrailles de
Jeanne de Bourbon, femme de Charles V, morte en 1377[316].
[Note 316: Déposé au Musée des Petits-Augustins.]
Auprès de cette tombe furent inhumés deux fils de Louis, duc
d'Orléans, et de Valentine de Milan, morts en bas âge.
Du même côté étoit le tombeau d'André d'Espinay, cardinal,
archevêque de Bordeaux et de Lyon, et petit-neveu de Louis, duc
d'Orléans, mort en 1500.
Au milieu de la nef et devant le crucifix avoient été inhumés,
sous une tombe de marbre noir, Garnier Marcel, bourgeois et
échevin de Paris, bienfaiteur de cette maison, et Eudeline sa
femme, morts en 1352. Son père, Jacques Marcel, et sa soeur,
avoient aussi leur sépulture sous le même tombeau.
_Chapelle d'Orléans._
Elle contenoit un grand nombre de monuments très-remarquables,
savoir:
Un tombeau de marbre, orné dans son pourtour des statues des
douze apôtres et de celles de plusieurs saints. Sur ce tombeau
étoient couchées quatre figures, représentant Louis de France,
duc d'Orléans, Valentine de Milan sa femme, et leurs deux fils,
Charles, duc d'Orléans, et Philippe d'Orléans, comte de
Vertus[317].