l'autre à la rue Saint-Bont. Dès le milieu du treizième siècle on la
connoissoit sous le nom de _ruelle de Saint-Bont_. Elle est ainsi
désignée dans l'accord fait entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de
Saint-Merri. On ne sait pas précisément à quelle époque elle prit le nom
de la Lanterne, qui lui vient probablement d'une enseigne; mais elle le
portoit en 1440, comme on peut le voir dans un contrat de vente de cette
même année, qui se trouve dans les Archives de l'archevêché. Cependant
de Chuyes l'appelle _rue de la Dentelle_, et l'auteur des Tablettes
Parisiennes lui donne le même nom, quoiqu'on ne trouve aucun titre où
elle soit indiquée ainsi.
_Rue de la Levrette._ Elle donne d'un côté dans la rue du Martroi, et de
l'autre dans celle de la Mortellerie. Cette rue se prolongeoit autrefois
jusqu'au quai de la Grève, sous le nom de rue _Pernelle_, dont elle
conserve encore le nom dans cette extrémité. On voit dans un compte du
domaine de 1491[235] qu'elle se nommoit à cette époque _ruelle aux
Poissons_, et Sauval dit qu'en 1552 elle s'appeloit la rue _des Trois
Poissons_[236]. Gomboust, qui publia son plan dans le siècle suivant, la
nomme rue _Pernelle_.
[Note 235: Sauval, t. III, p. 494.]
[Note 236: _Ibid._, t. I, p. 146.]
_Rue de Longpont._ Elle commence vis-à-vis l'église de Saint-Gervais, et
aboutit au quai de la Grève. Les religieux de Longpont y avoient sans
doute un hospice au treizième siècle, car alors on la nommoit rue aux
moines de _Longpont_. Au commencement du seizième, on l'appeloit _rue du
Port-Saint-Gervais, autrement de Longpont_[237]. Elle a repris ce
dernier nom et ne l'a pas quitté.
[Note 237: Ordin. de Par., 1518, f. 352.]
_Rue du Martroi._ Elle aboutit d'un côté à la place de Grève, et de
l'autre à la rue du Monceau-Saint-Gervais. Nous avons déjà vu qu'on
l'appeloit du _Marteret_, _Martrai_, et _Martroi-Saint-Jean_. Le censier
de l'évêché de 1372 la nomme _le Martelet-Saint-Jean_. On la trouve
aussi désignée sous le nom du Chevet-Saint-Jean, et de _rue Saint-Jean_
dans plusieurs actes[238] et sur les plans du dix-septième siècle. On
lui a ensuite donné le nom de _Martroi_, que portoit celle qui venoit y
aboutir; et depuis ce nom a été altéré de différentes façons. Corozet
l'appelle _du Martel-Saint-Jean_, d'autres _du Maltois_, _Martrois_ et
_Martrai_. L'étymologie de ce nom n'est pas facile à donner. Sauval[239]
le fait dériver du vieux mot _Martyretum_, diminutif de _Martyrium_,
qui, selon lui, signifie un tombeau, une châsse, un cimetière, une
église. En admettant la signification qu'il donne à ce mot, un tel nom
auroit plutôt convenu à la rue du Monceau-Saint-Gervais; cependant on ne
voit point qu'on le lui ait jamais donné. Borel, dans son _Trésor des
recherches et antiquités gauloises_[240], dit que le mot Martroi vient
de _Martyrium_, qui signifie _lieu de supplice_. Cette étymologie paroît
mieux fondée que celle de Sauval, d'autant plus que cette rue n'a porté
ce nom que depuis que la place de Grève, où elle aboutit, a été destinée
au supplice des criminels[241].
[Note 238: Sauval, t. III, p. 371 et 552.--Compte des
Annivers. de N. D., 1482.]
[Note 239: Sauval, t. I, p. 149.]
[Note 240: Pag. 387.]
[Note 241: Le jeune roi Philippe, que son père Louis-le-Gros
avoit associé à la couronne, passant par cette rue, un cochon
s'embarrassa dans les jambes de son cheval et l'abattit; la
chute du jeune prince fut si rude qu'il en mourut le
lendemain, 13 octobre 1131. Il fut alors défendu de laisser
vaguer des pourceaux dans les rues.]
_Rue de la Mortellerie_[242]. La partie de cette rue qui est dans ce
quartier commence à la Grève et finit au coin de la rue
Geoffroi-l'Asnier. Il y a plusieurs opinions relativement à l'étymologie
de son nom. Quelques-uns ont cru qu'elle l'avoit pris des meurtres qu'on
y commettoit autrefois. Sauval prétend qu'elle le doit à Pierre et à
Richard _Le Mortelier_, qui y demeuroient en 1358[243]; qu'on la nomma à
cause d'eux _Mortelière_, ensuite de _la Mortiellerie_, et enfin de _la
Mortellerie_. Jaillot pense que ce nom vient des _Morteliers_, espèce
d'ouvriers qui emploient la chaux et le plâtre, et dont il est parlé
dans les _réglements de la marchandise_. Quoi qu'il en soit, si cette
rue doit son nom à une famille des _Mortelier_, elle le portoit
long-temps avant l'époque que Sauval lui assigne; car elle est nommée
rue _de la Mortellerie_ dans un acte de 1212, et _Mortelleria_ dans un
autre de 1264[244], ainsi que dans des lettres de Simon, évêque de Paris
en 1289. Guillot et le rôle de 1313 l'appellent aussi _la Mortellerie_,
et il ne paroît pas que ce nom ait varié[245].
[Note 242: Dans cette rue, entre celle de Longpont et la rue
des Barres, sont deux rues autrefois sans nom. La plus
occidentale se nomme aujourd'hui _rue des Trois-Maures_,
l'autre _rue Frileuse_. Cependant celle-ci offroit une
ancienne inscription gravée sur la pierre, laquelle porte le
nom de _Chat-Frileux_.
Entre la rue des Barres et celle de Geoffroi-l'Asnier se
trouve une autre rue sans nom, qui a reçu celui de _rue
Hyacinthe_.]
[Note 243: Sauval, t. I, p. 152.]
[Note 244: _Ibid._, p. 423.]
[Note 245: Quelques titres indiquent dans cette rue la _cour
Brisset_, laquelle devoit être située entre les rues
_Pernelle_ et _de Longpont_. Jaillot parle aussi d'une _ruelle
aux Foulons_ et d'une _rue Dame-Agnès_, qu'il dit avoir
trouvées mentionnées dans des titres du quinzième siècle, mais
dont il n'a pu découvrir aucune trace. Cette dernière étoit
située près de la chapelle des Haudriettes.]
_Rue du Mouton._ Elle aboutit à la rue de la Tixeranderie et à la place
de Grève. Son nom est dû à l'enseigne d'une maison qui probablement le
devoit elle-même au propriétaire: car, au treizième siècle, Jean Mouton
en possédoit deux en cet endroit. Cette maison est appelée _domus de
ariete_, et _domus arietis_ dans le cartulaire de Saint-Maur de
1263[246].
[Note 246: On a autrefois fabriqué de la monnoie à la Grève,
et c'étoit peut-être dans cette maison. Nos annales font
mention des _moutons d'or et des écus au mouton_. Saint Louis
passe pour être le premier qui les ait fait frapper. On les
appeloit des _agnels d'or_: ils portoient pour empreinte un
mouton ou agneau d'or, avec ces mots: _Ecce Agnus Dei._]
_Rue Pernelle._ Elle fait la continuation de la rue de la Levrette, et
va depuis celle de la Mortellerie jusqu'au quai de la Grève. Sur la
plupart des anciens plans, elle n'est pas distinguée de celle de la
Levrette. L'abbé Lebeuf l'appelle _Peronelle_[247]. Elle n'étoit
anciennement connue que sous le nom général de _ruelle de Seine_.
Corrozet paroît l'indiquer sous celui de ruelle du Port-au-Blé. La
Caille la nomme _Pernelle_ ou _Prunier_.
[Note 247: T. II, p. 600.]
_Rue du Pet-au-diable_[248]. Elle va de la rue de la Tixeranderie au
cloître Saint-Jean. La singularité de ce nom a engagé plusieurs auteurs
à en chercher la véritable étymologie. Sauval, que les historiens
modernes ont copié, dit que[249] ce nom vient d'une ancienne tour carrée
qui y étoit située, et qu'on nommoit autrefois la _Synagogue_, _le
Martelet-Saint-Jean_, _le vieux Temple_, _et l'hôtel du
Pet-au-Diable_[250], par dérision des Juifs. Cette étymologie nous
semble fausse, attendu qu'il ne paroît pas naturel que les Juifs eussent
une synagogue dans cet endroit, puisqu'ils en possédoient certainement
une dans la rue de la Tacherie, qui en est voisine. On donne au nom de
cette rue une autre origine, qui a l'air d'une plaisanterie, et qui
cependant pourroit bien être la véritable. On suppose que la maison et
la tour dont il s'agit ont été possédées et occupées par un particulier
appelé _Petau_, qui étoit si méchant qu'on le surnomma _Diable_, et que
son nom est resté à la rue. Le poète Villon, dans son _Grand Testament_,
parle d'un roman qui portoit le même nom.
Je lui donne ma librairie
Et le roman du Petau-Diable.
[Note 248: On la nomme maintenant _rue du Sanhédrin_.]
[Note 249: T. I, p. 157.]
[Note 250: _Voyez_ pag. 852 et 853.]
Cette rue n'étoit autrefois qu'une ruelle que l'auteur des Tablettes
Parisiennes appelle par inadvertance ruelle _Tournai_, ayant mal entendu
ces deux vers de Guillot, qui dit simplement qu'il tourna dans une
ruelle.
. . . . . En une ruelle _tournai_
Qui de Saint-Jean voie à Porte.
Corrozet et Bonfons indiquent seulement une rue au _Chevet-Saint-Jean_.
Le rôle de 1636 l'appelle rue du _Cloître-Saint-Jean_; mais de Chuyes,
Boisseau, Gomboust, la nomment rue du Pet-au-Diable.
_Rue Planche-Mibrai._ Elle commence en face du pont Notre-Dame, et
aboutit à la rue des Arsis. On disoit simplement, en 1300, le _Carrefour
de Mibrai_, en 1313 _les Planches de Mibrai_, et en 1319 _les Planches
dou petit Mibrai_. Ce n'étoit alors qu'une ruelle qui conduisoit à la
rivière. Il y avoit en cet endroit des moulins et un pont de planches
pour y conduire[251]. Quelques-uns ont pensé que le nom de _Mibrai_
venoit de ce que le bras de la rivière qui passoit auprès n'avoit que la
moitié de la largeur de la rue. René Macé, moine de Vendôme, dans son
poëme manuscrit intitulé _le Bon Prince_, en donne une étymologie plus
juste.
L'empereur vient par la Coutellerie
Jusqu'au Carfour nommé la Vannerie,
Où fut jadis la Planche de Mibray:
Tel nom portoit pour la vague et le bray[252]
Getté de Seyne en une creuse tranche,
Entre le pont que l'on passoit à planche,
Et on l'ôtoit pour être en seureté, etc.
La construction du pont Notre-Dame mit dans la nécessité d'élargir la
ruelle de Mibrai[253].
[Note 251: Il est fait mention dans un diplôme de Henri Ier
d'environ 1032, et dans la grande charte de
Saint-Martin-des-Champs en 1137, d'un moulin en Mibrai, que
Robert Pisel avoit donné à ce prince, _in Malbraio_. (_Hist.
S. Martini de Campis._, p. 27.)]
[Note 252: _Fange_, _boue_.]
[Note 253: C'étoit au coin de cette rue que le voyer de Paris
tenoit autrefois sa justice.]
_Rue des Plumets._ C'est une ruelle qui descend de la rue de la
Mortellerie sur le quai de la Grève, entre les rues Pernelle et de
Longpont. Elle ne porte aucun nom sur les anciens plans; il paroît que
c'est elle que Corrozet indique sous celui de _ruelle du
Petit-Port-Saint-Gervais_.
_Rue des Deux-Portes._ Elle traverse de la rue de la Tixeranderie dans
celle de la Verrerie. Cette rue doit son nom aux portes qui la fermoient
anciennement à ses extrémités, et non aux portes d'une ancienne
enceinte, comme l'ont pensé quelques auteurs modernes. En 1281 elle se
nommoit _rue entre deux Portes_, et en 1300 _rue des Deux-Portes_. On la
trouve aussi quelquefois sous le nom de _rue Galiace_ ou _des
Deux-Portes_.
_Rue de la Poterie._ Elle donne d'un bout dans la rue de la Verrerie, et
de l'autre au carrefour Guillori. Sauval[254] et quelques autres disent
que cette rue s'appeloit autrefois de _Vieille-Oreille_, et par
corruption _Guigne-Oreille_ et _Guilleri_. Nous avons déjà remarqué
qu'on avoit confondu cette rue et d'autres avec le carrefour où elles
aboutissent. Le cartulaire de Saint-Maur de 1263 et 1264 indique et
distingue le carrefour et les deux rues, _in vico qui dicitur Poteria,
in vico veteris Auris, in quadrivio veteris Auris_. Sauval a avancé que
le nom de cette rue étoit dû à Guillaume et Gui Potier, qui avoient leur
maison en cet endroit dans le treizième siècle, ainsi qu'on le lit dans
le cartulaire cité ci-dessus. Jaillot pense qu'il ne vient ni d'eux ni
de leurs ancêtres, attendu qu'on trouve dans les archives de
Saint-Martin-des-Champs un acte de donation fait en 1172, dans lequel
cette rue est nommée _Figularia_[255], ce qui prouve qu'elle le tenoit
des potiers qui s'y étoient établis long-temps auparavant. Le nom de la
rue de la Poterie n'a pas varié depuis: on la nommoit _Poteria_ dès
1228[256].
[Note 254: T. I, p. 159.]
[Note 255: Archiv. de Saint-Martin-des-Champs.]
[Note 256: _Cart. S. Mauri_, fol. 237, cart. 5.]
_Rue du Pourtour._ On donne ce nom à la continuation de la rue du
Monceau-Saint-Gervais jusqu'à la place Baudoyer. On l'appeloit
anciennement le _Monceau-Saint-Gervais_, et en 1300 _rue du Cimetière_,
parce que l'enclos du cimetière s'étendoit alors jusqu'à la place; ce
n'est qu'en 1473 qu'on en prit une partie pour y bâtir des maisons.
Corrozet la nomme rue Saint-Gervais. Elle fut élargie de sept pieds en
1583, ainsi que l'indiquoit une inscription rapportée par le même
auteur.
_Rue Renaud-Le-Fèvre._ Elle aboutit à la place Baudoyer et au cimetière
ou marché Saint-Jean. Ce n'étoit qu'une ruelle au seizième siècle,
laquelle n'étoit alors désignée que sous ce nom général _de ruelle par
laquelle on va au cimetière Saint-Jean_, ainsi qu'on le voit dans la
déclaration de l'abbaye Saint-Antoine, en 1522. Le nom de cette rue n'a
varié depuis que dans l'orthographe, _Regnault_, _Regnaud Le Feure_, _Le
Fèvre_. La Caille la nomme _Renard-le-Fèvre_.
_Rue de la Tâcherie._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Coutellerie,
et de l'autre à la rue Jean-Pain-Mollet. C'étoit anciennement le lieu de
la demeure et des écoles ou synagogue des Juifs[257]: aussi n'est-elle
désignée, dans les anciens titres, que sous le nom de _Juiverie_. Dans
les lettres de l'official de Paris de 1261, elle est nommée _Judæaria
sancti Boniti_[258]; dans l'accord de Philippe-le-Bel avec le chapitre
de Saint-Merri, _Judæaria_; et _vetus Judæaria_ en 1284, dans le
cartulaire de Saint-Maur[259]. Dès 1300 elle avoit pris le nom de la
Tâcherie, comme on peut le voir dans Guillot, et il ne paroît pas
qu'elle en ait changé depuis[260].
[Note 257: Lorsque les Juifs furent chassés par
Philippe-le-Bel, en 1306, ce prince donna l'année suivante
leur synagogue à Jean Pruvin son cocher. (Sauval, t. I, p.
163.)]
[Note 258: Part. A., p. 759 et 782.]
[Note 259: Fol. 2333 et 407. Biblioth. du Roi.]
[Note 260: Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé
_Saint-Benoît_; il se nommoit auparavant _Ruelle des
Bons-Enfants_. Ces deux noms viennent d'une enseigne. La
caille l'appelle _de la petite Tâcherie_.]
_Rue de la Tannerie._ Elle va de la rue Planche-Mibrai à la place de
Grève. Cette rue portoit ce nom en 1300, puisque Guillot en fait
mention. Sauval dit, sans en donner de preuves bien solides, qu'en 1348
elle s'appeloit _ruelle de la Planche-aux-Teinturiers_, et depuis _rue
de l'Écorcherie_[261].
[Note 261: Sauval, t. I, p. 163. Il y avoit dans cette rue, au
commencement du dix-septième siècle, trois ruelles descendant
à la rivière, lesquelles n'existent plus: la première, du côté
de la Planche-Mibrai, est simplement appelée _ruelle_, sans
aucun nom dans les censiers de l'archevêché. Peut-être
étoit-ce celle qu'on nommoit _Jean-Le-Forestier_ en 1369. La
seconde, nommée de l'_Archet_, à cause d'une arcade qui étoit
au bout, faisoit la continuation de la rue des Teinturiers,
laquelle va maintenant jusque sur le quai. La troisième est
celle que Corrozet désigne sous le nom de _ruelle allant aux
chambres de Maître Hugues_. On nommoit ainsi trois moulins qui
étoient situés vis-à-vis l'entrée de cette ruelle, et qu'un
particulier nommé M{e} Hugues Restoré, avoit eu la permission
de faire reconstruire. (Cart. S. Magl., 5414. Fol. 273,
Bibliot. du Roi.) Gomboust les a marqués sur son plan.]
_Rue de la Vieille-Tannerie._ Cette rue, qui aboutit de la rue de la
Tannerie au bord de la rivière en passant sous le quai, portoit aussi le
nom de _Simon-Finet_, qu'elle vient de reprendre dans la nouvelle
nomenclature faite depuis quelques années. Elle le devoit à Simon Finet,
dont le père obtint, le 5 juin 1481, _la permission de ficher quatre
pieux en la rivière de Seine, pour soutenir un quai derrière sa maison,
faisant le coin d'une petite ruelle qui va à Seine_. (Arch. de
l'archevêché.)
_Rue des Teinturiers._ Elle traverse de la rue de la Vannerie à celle de
la Tannerie. Les censiers du quinzième siècle et le compte des
Anniversaires de Notre-Dame de 1482 ne la désignent que comme _une
ruelle qui va de la Tannerie en la Vannerie_. Il paroît, par le plan de
Gomboust, qu'on lui donnoit un nom qui n'est pas honnête, et qui ne
devoit s'appliquer qu'au bout qui donne sur la rivière; car, suivant de
Chuyes, cette rue s'appeloit depuis long-temps des _Teinturiers_, à
cause des artisans de cette profession que le voisinage de la rivière
avoit engagés à s'y établir. L'autre bout étoit nommé de l'_Archet_,
comme nous l'avons remarqué dans l'article de la rue de la Tannerie. On
l'a depuis appelé _Navet_ et _des Trois-Bouteilles_, à cause d'une
enseigne.
_Rue de la Tixeranderie_[262]. Elle aboutit d'un côté au carrefour
Guillori, de l'autre à la place Baudoyer. Le commencement de cette rue,
du côté du carrefour jusqu'à la rue du Mouton, se nommoit _rue de
Vieille-Oreille_[263], nom qui, comme nous l'avons remarqué, fut donné à
plusieurs des rues qui aboutissoient au carrefour Guillori; le reste
s'appeloit de la Tixeranderie, comme on le voit dans un contrat du mois
de décembre 1263, inséré dans le Trésor des chartes. Il ne paroît pas
qu'elle ait porté d'autre nom que celui-ci, nom qu'elle devoit
probablement aux tisserands qui l'habitoient. En 1300 on l'appeloit _la
Viez-Tisseranderie_; on la trouve même indiquée dès 1293 dans un
amortissement fait à Saint-Nicolas-du-Louvre[264].
[Note 262: Il y a dans cette rue un cul-de-sac nommé le
_cul-de-sac Saint-Faron_, lequel doit ce nom à l'hôtel des
abbés de Saint-Faron, qui y étoit autrefois situé. On trouve
qu'il a été aussi nommé successivement rue de l'_Escullerie_,
rue de la _Violette_ en 1313, et depuis _cul-de-sac_ et _rue
des Juifs_, _ruelle_ ou _cul-de-sac Barentin_, enfin
_cul-de-sac Saint-Faron_.]
[Note 263: _Cart. S. Mauri_, p. 253.]
[Note 264: (Ms. de Saint-Germain-des-Prés, cot. 453, p. 144.)
Paul Scarron logeoit au second étage d'une maison située au
milieu de cette rue; lui et sa femme (depuis madame de
Maintenon) n'avoient pour tout logement que deux chambres sur
le devant, séparées par l'escalier, une cuisine sur la cour,
et un cabinet où couchoit un petit laquais.]
_Rue de la Vannerie._ Elle va de la rue Planche-Mibrai à la place de
Grève. Sauval dit que cette rue s'appeloit en 1269 vicus _in Avenariâ_,
et _rue de l'Avoinerie en_ 1296. Jaillot croit que c'est une faute du
copiste, parce que, dit-il, dans une transaction entre le sieur
Saint-Germain et le prieur de Saint-Éloi[265], passée au mois de
novembre 1162, elle est appelée _Vaneria_; elle porte le même nom dans
l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri; Guillot
et le rôle des taxes de 1313, la nomment _la Vannerie_. On l'a
quelquefois distinguée en Haute et Basse-Vannerie[266].
[Note 265: Arch. de l'archev.]
[Note 266: Il y a dans cette rue un carrefour où aboutit la
rue de la Coutellerie, que quelques auteurs ont mal à propos
appelé _le carrefour Guilleri_ ou _Guillori_, dont nous avons
déjà parlé. Sauval le nomme _carrefour des Recommandaresses_;
et il en a conclu avec raison que le haut de cette rue, du
côté de la Planche-Mibrai, était appelé _rue des
Recommandaresses_. On voit en effet, dans une sentence du
trésor du 12 juillet 1597, concernant le fief de _Mercadé_,
qu'il consiste entre autres en deux maisons rue de la
Coutellerie, et une entre la _rue des Recommandaresses_,
autrement dite _rue de la Vannerie_. Il paroît que ce
carrefour a été formé par le retranchement de quelques
maisons, retranchement qui fut ordonné le 19 mars 1565, ainsi
qu'on le voit dans les registres de la ville. (Fº. 255,
_verso_.)]
QUAIS.
_Le Port-au-Blé._ Il fait la continuation du quai de la Grève jusqu'à la
rue Geoffroi-l'Asnier. Son nom indique assez à quel usage il étoit
destiné. Cet usage n'a point changé.
_Quai de la Grève._ Il règne depuis la place à laquelle il doit son nom
jusqu'au coin de la rue des Barres. C'étoit autrefois un chemin qui, en
1254, se nommoit _vicus Merrenorum_, la rue _des Merreins_[267]. Dès ce
temps-là et depuis, jusqu'à nos jours, ce lieu a toujours été destiné à
la décharge du charbon, du foin et autres marchandises qui arrivent par
eau en cet endroit.
[Note 267: Past. A., p. 654.]
_Quai Pelletier_ ou _quai Neuf_. Ce quai, qui commence à l'entrée de la
rue Planche-Mibrai, a pris son nom de _Claude Pelletier_, prévôt des
marchands, qui le fit construire en 1675 par _Pierre Bullet_, habile
architecte. Auparavant on ne voyoit, depuis la Grève jusqu'au pont
Notre-Dame, que quelques vieilles maisons habitées par des tanneurs et
des teinturiers, dont les travaux infectoient ce quartier. Il fut
ordonné, par arrêt du conseil du 24 février 1673[268], qu'ils iroient
s'établir au faubourg Saint-Marcel et à Chaillot; et, par un second
arrêt du 17 mars de la même année, le roi ordonna que le quai de Grève
seroit continué sur cet emplacement, depuis la première culée du pont
Notre-Dame; ce qui fut exécuté en deux années par le magistrat que nous
venons de nommer. Tout le trottoir en est porté sur une voussure d'une
coupe très-hardie; il se termine à la place de Grève.
[Note 268: Traité de la pol. t. I, p. 555.]
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.
_Hôtel-de-Ville._ La cour de ce monument a reçu une décoration nouvelle.
On y arrive par un double perron; et cette cour, qui forme un carré, est
entourée de portiques ornés de colonnes ioniques. On compte de chaque
côté sept arcades que surmontent autant de fenêtres cintrées et
accompagnées de colonnes corinthiennes. Le couronnement est formé par
des fenêtres détachées du toit; qui sont des restes de la construction
primitive. L'arcade en face du perron fait saillie, et au milieu de deux
colonnes de marbre dont elle est décorée, on a replacé une statue
pédestre et en bronze de Louis XIV. Le monarque est appuyé d'une main
sur un casque; un lion est à ses pieds. C'est un ouvrage d'un assez beau
dessin, mais d'un style maniéré qui rappelle celui du dix-septième
siècle.
Dans le cintre de la façade on a rétabli en stuc la statue équestre de
Henri IV. Cette sculpture, d'un mauvais dessin, est encore d'une plus
mauvaise exécution.
_L'église Saint-Jean-en-Grève._ Dans ce qui reste encore des bâtiments
de cette église, ont été placées les archives et la bibliothèque de la
ville. C'est dans une salle de ces bâtiments, que l'on avoit restaurée à
cet effet, que fut tenu le _grand Sanhédrin_.
_L'église Saint-Gervais._ Dans une des chapelles de cette église on voit
un très-beau tableau de _Blondel_, représentant le martyre de sainte
Juliette et celui de son fils Saint-Cyr (donné par la ville en 1819);
dans une autre chapelle un _Ecce homo_, peint par _Rouget_, qui offre
aussi de très-belles parties; dans une troisième chapelle, une sculpture
assez médiocre, représentant le même sujet; enfin, dans la chapelle
située à droite de celle de la Vierge, une descente de croix moulée,
groupe de six figures et d'un très-bel effet.
RUES NOUVELLES.
_Rue Frileuse._ Elle va de la rue de la Mortellerie sur le quai.
_Rue Hyacinthe._ Cette rue suit la même direction. Elle est fermée par
une porte du côté du quai.
_Rue des Trois-Maures._ Elle suit la même direction que les deux
précédentes[269].
[Note 269: Ces trois rues ne sont point nouvelles; mais elles
étoient sans nom avant la révolution. (_Voyez_ p. 863).]
QUARTIER SAINT-PAUL OU DE LA MORTELLERIE.
Ce quartier est borné à l'orient par les fossés de l'Arsenal
inclusivement[270], depuis la rivière jusqu'à la porte
Saint-Antoine; au septentrion, par la rue Saint-Antoine
exclusivement; à l'occident, par la rue Geoffroy-l'Asnier
inclusivement; et au midi, par les quais inclusivement, depuis le
coin de la rue Geoffroy-l'Asnier jusqu'à l'extrémité de
l'emplacement de l'ancien Mail.
[Note 270: Depuis que la Bastille a été abattue, une partie de
ces fossés a été remplacée par un nouveau boulevart; mais le
mur de revêtement existe encore du côté de la rue
Contrescarpe, et la ligne qu'il décrit forme, de ce côté, la
limite du quartier.]
On y comptoit, en 1789, vingt-quatre rues, sept culs-de-sac, une
église paroissiale, une communauté d'hommes, une de filles, un
arsenal, trois quais, etc.
PARIS SOUS CHARLES VIII ET LOUIS XII.