seigneur d'Yverni, évêque de Soissons, et garde des sceaux, mort
en 1558;
Pierre de Ruyer, auteur tragique, et membre de l'Académie
française, mort en 1658;
Paul Scarron, auteur du Roman Comique, poète burlesque, et le
premier mari de Françoise d'Aubigné, depuis madame de Maintenon,
mort en 1660;
Marin, sieur de Gomberville, de l'Académie françoise, mort en
1674;
Philippe de Champagne, peintre célèbre, mort en 1674.
Michel Le Tellier, chancelier de France, mort en 1685. Son
mausolée, exécuté par deux sculpteurs, _Mazeline_ et _Hurtrel_,
se voyoit dans une chapelle à la droite du choeur[211];
[Note 211: Ce monument, déposé depuis au Musée des
Petits-Augustins, représente le chancelier, les mains jointes,
et à moitié couché sur un sarcophage de marbre noir. On voit à
ses pieds un génie en pleurs appuyé sur son écusson. Malgré
tous les éloges qu'on a donnés à ce morceau, nous ne le
regardons que comme une production très-médiocre. L'attitude a
de la roideur, la draperie est lourde, la tête manque
d'expression; l'enfant n'offre ni élégance ni souplesse dans
ses contours, et son attitude maniérée est peut-être plus
mauvaise encore que celle de la figure principale.]
Charles Dufresne, plus connu sous le nom de Du Cange, savant
distingué, mort en 1688;
Louis Boucherat, chancelier de France, mort en 1699;
Amelot de La Houssaye, érudit, mort en 1706;
Antoine de La Fosse, auteur tragique, mort en 1708;
Charles Maurice Le Tellier, archevêque, duc de Reims, mort en
1710; il fut inhumé dans le tombeau du chancelier Le Tellier son
père.
Claude Le Pelletier, contrôleur-général des finances, mort en
1711;
Claude Voisin, chancelier de France, mort en 1717.
Dans une chapelle, vis-à-vis la porte latérale du choeur, étoit
le mausolée de François Feu, curé de cette paroisse, mort en
1761. Il avoit été exécuté en stuc par _Feuillet_.
CIRCONSCRIPTION.
Le territoire de Saint-Gervais consistoit en plusieurs portions, savoir:
1º. Le carré formé par les rues Pernelle, du Monceau, de Long-Pont et de
la Mortellerie, avec les deux petits carrés qui sont au-dessous de cette
étendue, et qui bordent le quai; il faut ensuite y comprendre la rue de
Long-Pont, la rue du Pourtour, la rue des Barres, le côté occidental de
la partie inférieure de la rue Geoffroi-l'Asnier, et le côté méridional
de la rue Grenier-sur-l'Eau;
2º. Tout l'assemblage de maisons qui n'étoient séparées du chevet de
Saint-Jean que par un petit passage; il falloit suivre ensuite le dedans
du cloître Saint-Jean à droite, la rue du Pet-au-Diable du même côté,
le côté droit de la rue de la Tixeranderie, et revenir par la place
Baudoyer, près du chevet de Saint-Jean, d'où l'on étoit parti;
3º. Quelques maisons à l'entrée de la rue Saint-Antoine, et dans la rue
Cloche-Perche.
4º. Un carré de maisons formé par la rue Saint-Antoine, par une partie
de la vieille rue du Temple à gauche jusqu'à la rue de Berci qui étoit
en entier de cette paroisse, puis par le côté gauche du cimetière
Saint-Jean.
5º. La portion la plus considérable de la paroisse de Saint-Gervais
commençoit au coin de la rue du Roi de Sicile, le plus avancé dans la
vieille rue du Temple; elle comprenoit tout le côté droit de cette même
rue du Temple jusqu'aux remparts, puis les deux côtés de la rue
Saint-Louis-du-Marais et presque toutes les rues environnantes jusqu'à
la rue Neuve-Saint-Gilles, dont elle avoit le côté septentrional. Après
quoi, revenant par la rue du Parc-Royal dont elle embrassoit
pareillement le côté septentrional, elle reprenoit le côté droit de la
rue des Trois-Pavillons, puis les deux côtés de la rue des Juifs;
tournant enfin dans la rue du Roi de Sicile, elle en prenoit encore le
côté droit jusqu'au point d'où nous sommes partis.
6º. Le territoire de cette paroisse s'étendoit aussi un peu au-delà de
la place de Grève; savoir:
De la rue de la Vannerie à la place de Grève, elle avoit les maisons
qui commencent à gauche, jusque dans la rue des Arcis, où elle
continuoit à gauche; elle renfermoit également les maisons de la rue
Planche-Mibrai, jusqu'au milieu du pont Notre-Dame, toujours du même
côté; ensuite, le quai Pelletier avec son retour jusqu'au coin de la rue
de la Vannerie, point de départ.
On comptoit plus de vingt chapellenies fondées dans cette église depuis
le treizième siècle, et trois confréries, au nombre desquelles étoit la
fameuse confrérie des Ligueurs, de laquelle nous aurons, par la suite,
occasion de parler[212].
[Note 212: L'église de Saint-Gervais a été rendue au culte.
C'est une des paroisses de Paris.]
_Hôpital Saint-Gervais._
Vers le milieu du siècle dernier on voyoit encore, au bout de la rue de
la Tixeranderie, la chapelle et les restes d'un hôpital qui y a
long-temps subsisté sous le nom de Saint-Gervais. Il avoit été construit
par les soins et aux frais d'un maçon nommé _Garin_, et de son fils;
celui-ci étoit prêtre et se nommoit _Harcher_. Ces deux particuliers
destinèrent à cet établissement une maison dont ils étoient
propriétaires devant l'église de Saint-Gervais, laquelle maison fut
amortie, en 1171, par Robert, comte de Dreux[213]. Les bâtiments de cet
hospice tombant en ruines, on les abattit en 1758, et sur leur
emplacement on construisit des maisons particulières.
[Note 213: Nous en parlerons plus au long à l'article des
religieuses de Sainte-Anastase ou Hospitalières de
Saint-Gervais, vieille rue du Temple.]
LES FILLES DE LA CONGRÉGATION DE SAINTE-CROIX.
Cette société, formée d'abord à Roye par les soins d'un vertueux
ecclésiastique nommé Guérin, avoit pour objet d'exercer envers les
jeunes filles nées de pauvres parents toutes les oeuvres spirituelles et
temporelles qu'exigent l'instruction chrétienne et l'éducation de leur
sexe. Les désordres que la guerre occasionnoit en Picardie ayant forcé
les vertueuses personnes qui composoient cette communauté à venir, en
1636, chercher un asile à Paris, le P. Lingendes, jésuite, trouva le
moyen d'intéresser en leur faveur Marie Luillier, veuve de Claude
Marcel, maître des requêtes, et seigneur de Villeneuve-le-Roi. Cette
dame, dont la charité étoit ardente et la dévotion éclairée, conçut
d'abord toute l'utilité qu'il étoit possible de tirer d'un semblable
établissement pour les moeurs et pour la religion; et, non contente de
procurer à ces pieuses institutrices une maison à Brie-Comte-Robert,
elle voulut elle-même venir l'habiter avec elles et partager tous leurs
travaux. Le 15 février 1640, M. de Gondi, archevêque de Paris, érigea, à
sa sollicitation, cette société en congrégation sous le nom de Filles de
la Croix, et les réglements qu'il lui donna furent confirmés par la
puissance temporelle en 1642 et 1644.
Peu de temps après madame de Villeneuve se retira à Vaugirard avec une
partie de ses compagnes, comme le lui permettoient les lettres-patentes
qu'elle avoit obtenues; mais ayant voulu outrepasser les statuts qui
défendoient aux membres de cette société aucun voeu solennel, et exiger
de ces filles qu'elles s'engageassent, en même temps qu'elle, à la vie
religieuse, quelques-unes d'entre elles qui ne voulurent pas se
soumettre à cette loi nouvelle restèrent à Brie-Comte-Robert, et celles
qui consentirent à suivre son exemple l'accompagnèrent peu de temps
après à Paris: ainsi se formèrent deux sociétés, l'une dite de la
Congrégation de la Croix, l'autre des Filles de la Société de la Croix.
C'est à la tête de celle-ci qu'étoit madame de Villeneuve.
Les filles qui composoient la première restèrent encore quelques années
à Brie-Comte-Robert, et dans cette retraite elles se bornèrent, suivant
leur institut, à vivre en communauté et à exercer envers les jeunes
filles les charités et les oeuvres spirituelles auxquelles elles
s'étoient engagées; mais le séjour à Paris de madame de Villeneuve et de
son troupeau ayant fait connoître de quelle utilité pouvoient être de
tels établissements dans une si grande capitale, on jugea qu'il étoit
utile de les y multiplier, et les soeurs de la Congrégation de la Croix
obtinrent de M. de Péréfixe la permission de venir se fixer dans cette
ville. Ceci arriva en 1664; et les lettres qu'elles obtinrent à ce sujet
furent confirmées par M. de Harlai et par des lettres-patentes du roi en
1686 et 1687. Jusqu'au moment de la révolution, elles ont continué, dans
la même maison, rue des Barres, l'exercice de leurs travaux charitables.
La supérieure de cette communauté ne prenoit que le titre de _soeur
première_[214].
[Note 214: Les bâtiments de cette communauté sont maintenant
occupés par des particuliers.]
HÔTELS.
ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.
Il y avoit autrefois dans ce quartier plusieurs hôtels fameux par leur
étendue et par la qualité des personnes qui les habitoient.
_Hôtel de Sicile ou d'Anjou._
Il étoit situé dans la rue de la Tixeranderie, où il occupoit tout
l'espace qui se trouve entre la rue du Coq et celle des Coquilles
jusqu'à la rue de la Verrerie. Sauval dit qu'il s'étendoit jusqu'à celle
de la Poterie, ce qu'il ne faut entendre que des dépendances de cet
hôtel; car la rue Gentien ou des Coquilles, qui traverse cet
emplacement, existoit déjà à cette époque; peut-être son erreur
vient-elle de ce qu'il a confondu cet édifice avec un autre hôtel qui
portoit le nom du _Chantier d'Anjou_, et subsistoit encore en
1575[215]. L'hôtel de Sicile fut aussi appelé l'_Hôtel du roi Louis_,
parce qu'il fut habité, à la fin du quatorzième siècle, par Louis II,
duc d'Anjou, roi de Naples, de Jérusalem, d'Aragon et de Sicile,
petit-fils de Jean, roi de France.
[Note 215: Cet hôtel prit ensuite le nom de _La Macq_, de
Thomas La Macque, qui demeura d'abord vis-à-vis, et occupa
depuis cette maison, dans laquelle, selon Sauval, on a
pratiqué pour la première fois l'art de filer de l'or, suivant
les procédés employés à Milan, et introduits en France vers
cette époque.]
_Hôtels de Berri, du connétable de Bourbon, de Faron et d'Auxerre._
Entre la rue du Coq et celle des Deux-Portes étoient situés les hôtels
de Jacques de Bourbon, connétable de France sous le roi Jean, et du duc
de Berri, fils de ce monarque. Ces deux hôtels furent ensuite réunis et
passèrent à Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois.
Telle est l'origine du nom d'_Hôtel de la reine Blanche_, qu'ils
portèrent après leur réunion.
Dans le même temps les abbés de Saint-Faron et les comtes d'Auxerre
avoient leurs hôtels dans cette rue et dans celle de la Verrerie.
_Hôtel du Pet-au-Diable._
Dans la rue du Pet-au-Diable étoient une maison et une ancienne tour
carrée, appelées, comme la rue, l'_Hôtel du Pet-au-Diable_[216]. Cette
demeure avoit encore plusieurs autres noms que nous ferons connoître en
parlant de la rue. Des titres authentiques nous apprennent que, le 18
août 1379, Raoul de Couci acheta cet hôtel de François Chante-Prime; et
l'on y lit qu'il étoit situé au _martelet Saint-Jehan_. Par un autre
acte de 1463, il paroît que cet édifice avoit appartenu à Jean de
Béthisi, et ensuite à Jean Thuillier; il passa depuis à M. Jacques de
l'Hôpital, seigneur de Sainte-Mesme, et tous les titres du dix-septième
siècle le nomment en conséquence l'Hôtel de Sainte-Mesme. M. de Torci en
devint ensuite propriétaire par son mariage avec Sylvie de l'Hôpital.
Son fils le vendit en 1719, et il fut possédé depuis par différents
particuliers.
[Note 216: Sur ce nom singulier, _voyez_ l'article de la rue
du _Pet-au-Diable_, dans la nomenclature des rues de ce
quartier.]
_Hôtel de Chelles._
Dans la rue de Berci les religieuses de Chelles avoient un hôtel où
elles se sont quelquefois retirées en temps de guerre; elles le
possédoient encore à la fin du dernier siècle, sous le nom de _Maison
du Mouton_.
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
_Hôtel de Charni._
Cet hôtel portoit anciennement le nom d'_Hôtel des Barres_, nom qu'il a
donné à la rue dans laquelle il est situé. Il existoit au treizième
siècle, et fut amorti, au mois de juin 1364, en faveur des religieux de
Saint-Maur-des-Fossés; on l'appeloit alors l'hôtel Saint-Maur, autrement
de _la Barre_.
À la fin du dix-huitième siècle on avoit établi dans cet édifice le
bureau de l'administration générale des aides, lequel fut depuis
transporté rue de Choiseul, dans le quartier Montmartre.
FONTAINES.
_Fontaine de la Grève._
Nous avons déjà parlé de cette fontaine depuis long-temps détruite[217].
[Note 217: _Voyez_ p. 797.]
_Fontaine du cimetière Saint-Jean._
Elle est située place Baudoyer, et n'a rien de remarquable dans son
architecture. On ignore l'époque de sa construction.
RUES ET PLACES DU QUARTIER DE LA GRÈVE.
_Rue des Arsis_ ou _Arcis_. Elle est située entre les rues
Planche-Mibrai et Saint-Martin, depuis la rue de la Vannerie jusqu'à
celle de la Verrerie. Sauval dit[218] que dans le douzième siècle elle
s'appeloit _de Arsionibus, vicus de Assiz_; lui-même la nomme _rue des
Assis_. Toutefois les étymologies qu'il en donne ne sont fondées que sur
des conjectures faciles à détruire. Dans les anciens titres elle est
nommée indifféremment rue des _Assis_, des _Arcis_, et des _Arsis_, mais
plus ordinairement de cette dernière manière. On la trouve dans un
pastoral de 1254 appelée _magnus vicus qui dicitur des Ars_[219].
[Note 218: T. I, p. 110.]
[Note 219: Past. A., p. 654.]
La rue des Arsis fut élargie en 1673, ainsi que la rue
Planche-Mibrai[220].
[Note 220: Le censier de Saint-Éloi de 1367 énonce dans la rue
des Arsis _une maison qui fait le coin d'une ruelle qui va
vers Saint-Jacques devers la Planche-Mibrai_. Cette ruelle
s'appeloit, en 1304, ruelle _Richard-Arrode_. Elle a été
depuis comprise dans l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie.]
_Rue des Barres._ Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue
Saint-Antoine, et de l'autre au quai de la Grève, doit son nom à l'hôtel
des Barres qui y étoit situé; vis-à-vis étoient des moulins qui en 1293
appartenoient aux Templiers. De là vient que la rue a été appelée tantôt
_ruelle aux Moulins des Barres_, tantôt _ruelle des Moulins du Temple_;
mais elle portoit ce nom seulement depuis la rue de la Mortellerie
jusqu'à la rivière. La partie située du côté de la rue Saint-Antoine
étoit confondue avec celle du _Pourtour_, alors appelée rue du
Cimetière-Saint-Gervais. Vers la fin du quatorzième siècle, on la nomma
rue du _Chevet-Saint-Gervais_, et rue des _Barres_. Enfin, vers le
milieu du seizième siècle, le bout de cette rue, du côté de la rivière,
fut appelé rue _Malivaux_. On lui donnoit ce nom à cause du moulin de
Malivaux qui étoit placé sur la rivière, vis-à-vis de son ouverture.
_Rue de Berci._ Elle aboutit d'un côté à la vieille rue du Temple, et de
l'autre au cimetière Saint-Jean. Sur le plan de Saint-Victor, publié par
d'Heuland, elle est nommée rue _du Hoqueton_, et sur celui de Boisseau,
rue de la _Réale_.
_Rue Saint-Bont._ Elle traverse de la rue Jean-Pain-Mollet dans celle de
la Verrerie. Dans les titres du treizième siècle, elle portoit déjà ce
nom, _vicus sancti Boniti_[221]. Elle le doit à la chapelle qui y étoit
située, et l'a conservé jusqu'à nos jours.
[Note 221: Past. A., p. 639 et 772.]
_Rue du Coq._ Elle traverse de la rue de la Verrerie dans celle de la
Tixeranderie. Le premier nom que cette rue ait porté est celui d'_André
Malet_; elle est ainsi nommée dans un acte de 1243. On voit, dans
l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri en 1273,
que cette rue y est énoncée sous le nom de _Lambert de Râle_ ou _André
Malet_. Guillot lui donne ce dernier nom. Dès 1416, elle avoit pris
d'une enseigne le nom de rue du Coq.
_Rue des Coquilles._ Elle va de la rue de la Tixeranderie à celle de la
Verrerie. On voit, dans les actes du quatorzième siècle, qu'elle se
nommoit ruelle _Gentien_. Le cartulaire de Saint-Maur[222] fait mention
de Pierre Gentien, dont la maison, située dans la rue de la
Tixeranderie, vis-à-vis de celle-ci, étoit occupée par les Lombards. On
l'a depuis nommée _ruelle Jean Gentien_; elle prit ensuite celui de
Jacques Gentien, et de rue Gentien, _vicus Gentianus_. À la fin du
quinzième siècle[223] on bâtit au coin de cette rue une maison dont la
porte et les fenêtres étoient ornées de coquilles, laquelle fut nommée
hôtel des Coquilles; et dès lors la rue prit ce nom qui lui est resté.
Jaillot croit que c'est cette rue que les anciens titres indiquent sous
le nom de _vicus Radulphi de S. Laurentio_.
[Note 222: _Cart. S. Mauri._, 1263.]
[Note 223: Sauval, t. I, p. 127.]
_Rue de la Coutellerie._ Elle aboutit aux rues de la Tixeranderie et de
la Vannerie. Sauval dit qu'en 1300 on la nommoit _rue aux
Commanderesses_, et un censier de Saint-Éloi, de 1495, énonce une maison
faisant le coin de la rue de la Vannerie et de la rue des Couteliers,
dite des _Recommandaresses_[224]. Cette rue n'étoit connue au treizième
siècle que sous le nom de _Vieille-Oreille_, _Veteris Auris_. On
trouvoit dans les archives de Saint-Maur une foule de titres qui
faisoient mention du carrefour, de la rue et du four de Vieille-Oreille.
Ce nom, dont aucun historien n'a pu découvrir l'étymologie[225], a été
depuis altéré en celui de _Guigne-Oreille_ et de _Guillori_. Le rôle des
taxes de 1513 nous apprend qu'un maréchal nommé _Guillori_ demeuroit au
carrefour de cette rue: on trouve aussi un fief qui porte le même nom;
et c'est là sans doute ce qui aura engagé à le donner au carrefour.
Enfin les couteliers qui vinrent s'établir dans cette rue lui firent
perdre son ancien nom pour celui de _rue aux Couteliers_, et de _la
Coutellerie_, qu'elle portoit dès le règne de Henri II, et qu'elle a
toujours porté depuis.
[Note 224: Jaillot pense que ce nom n'étoit donné qu'à la
partie de cette rue qui va du petit carrefour à la rue
Planche-Mibrai.]
[Note 225: L'auteur des Tablettes Parisiennes dit _qu'on
nommoit ce carrefour Guigne-Oreille, parce qu'on y coupoit les
oreilles au pilori, qui y étoit du temps de Raoul de Presle_.
Jaillot pense que cette étymologie ne mérite pas une grande
confiance. «Il est vrai, dit-il, qu'on coupoit les oreilles
dans les carrefours, aux halles et aux places publiques, et
celui-ci pouvoit être un lieu patibulaire de la justice de
Saint-Éloi ou Saint-Maur; mais je ne vois pas que dans notre
ancien langage, ni dans le nouveau, le mot _guigner_ ait
jamais signifié _couper_.»]
_Rue des Mauvais-Garçons._ Elle traverse de la rue de la Tixeranderie
dans celle de la Verrerie. Tous les anciens titres qui parlent de cette
rue prouvent qu'elle s'appeloit rue de _Chartron_. Ce n'est que dans
ceux du seizième siècle qu'elle est indiquée sous le nom de rue de
_Chartron, dite des Mauvais-Garçons_[226].
[Note 226: Sauval a prétendu que les seigneurs de Craon
avoient dans cette rue un hôtel dont elle avoit pris d'abord
le nom; que Pierre de Craon ayant caché dans cet hôtel
quelques gens apostés pour assassiner le connétable de
Clisson, l'on donna à la rue le nom des _Mauvais-Garçons_, que
l'hôtel fut rasé, et la place donnée aux marguilliers de
Saint-Jean pour être convertie en cimetière. Non-seulement les
historiens modernes ont adopté ce récit peu exact; il y en a
même qui ont fait de nouvelles fautes en disant que ce
cimetière avoit été _depuis_ converti en marché. Nous avons
déjà prouvé, en parlant du cimetière Saint-Jean, que cette
opinion est contraire aux titres, que l'hôtel de Craon n'étoit
point dans cette rue, et qu'on a confondu l'ancien cimetière
avec le nouveau.]
_Rue des Vieilles-Garnisons._ Elle se termine d'un bout à la rue de la
Tixeranderie, et de l'autre aboutissoit à la place ou cloître
Saint-Jean. Cette rue étoit connue au treizième siècle sous le nom de
_Marteret_, _Martrai_ et _Martroi-Saint-Jean_[227]. Elle commençoit
au-delà de l'arcade que l'on voit à la Grève, et passant entre l'église
Saint-Jean et l'Hôtel-de-Ville actuel, elle aboutissoit à la rue de la
Tixeranderie, comme elle fait à présent. Un compte de la prévôté, de
1448[228], énonce la _rue des Garnisons_, et le compte de l'ordinaire de
Paris, de 1463, l'indique comme une petite ruelle à laquelle il ne donne
aucun nom[229]. Sauval en parle sous le nom de ruelle _Jehan-Savari_.
Jaillot croit y reconnoître la rue _Simon-Bade_ dont il est fait mention
dans un acte de 1482, lequel indique, rue de la Tixeranderie, _une
maison faisant le coin de la rue Simon-Bade, tenant au maître qui fut
des garnisons_. Elle a été appelée _du Saint-Esprit_, à cause des
bâtiments de cet hôpital qui en étoient voisins.
[Note 227: Reg. du parlem. 1320.]
[Note 228: Sauval, t. I, p. 345.]
[Note 229: _Ibid._, p. 367.]
_Rue du Monceau-Saint-Gervais_[230]. Cette rue, qui fait la
continuation de la rue du Martroi, et aboutit à l'église Saint-Gervais,
doit son nom au terrain plus élevé que la Grève, sur lequel cette église
a été bâtie. On la confondoit à la fin du treizième siècle avec la rue
du Pourtour, et on l'appeloit _rue entre Saint-Gervais et Saint-Jean_,
et rue du Cimetière-Saint-Gervais.
[Note 230: Le Monceau-Saint-Gervais, _Moncellum_, étoit connu
sous ce nom avant le règne de Louis-le-Jeune; il en est fait
mention dans une charte de ce prince de l'an 1141. (Hist. de
Par., t. 1, p. 95.) On voit, par le petit cartulaire de
l'évêché de Paris (_Fol._ 35, _verso_, Cart. 55.), que le
_Monceau_ de Saint-Gervais était un fief de cet évêché; que
Pierre de Nemours le transmit par un échange, en 1216, à
Gautier, fils de Jean-le-Chambrier; et que celui-ci le céda
ensuite au roi, ainsi qu'il est constaté par la charte de
Philippe-Auguste, de 1222. (Rec. des hist. de Fr., t. 6, 2e
part., not. 122.) Ce fief étoit qualifié de prévôté: car on
voit, dans le trésor des chartes, qu'au mois de juin 1245
saint Louis acquit de Gui et d'Isabelle sa femme, 100 sous sur
la prévôté du Monceau-Saint-Gervais.]
_Rue Grenier-sur-l'Eau._ Elle traverse de la rue Geoffroi-l'Asnier dans
celle des Barres. Le véritable nom de cette rue est _Garnier-sur-l'Eau_.
Sauval dit qu'en 1257 on la nommoit _André-sur-l'Eau_. Guillot et le
rôle de 1313 l'appellent _Garnier-sur-l'Yauë_, qui est le nom d'un
bourgeois de Paris[231].
[Note 231: Sauval et l'auteur des Tablettes Parisiennes ont
avancé qu'en 1410 cette rue s'appeloit la _rue aux Bretons_:
ils se sont trompés et l'ont confondue avec une ruelle nommée
_aux Bretons_, qui avoit d'un bout une issue dans une maison
de la rue Grenier-sur-l'Eau, et de l'autre dans la rue de la
Mortellerie. Dreux Budé, secrétaire du roi et audiencier en la
chancellerie, avoit, en 1449, sa maison rue des Barres; elle
aboutissoit par-derrière sur la ruelle aux Bretons, et il
obtint la permission de renfermer dans son enclos la partie de
cette ruelle qui régnoit le long de sa maison. Sauval en
convint lui-même en rapportant le compte qui en fait mention.
(T. 3, p. 34.)]
_Rue des Haudriettes._ Elle aboutit à la rue de la Mortellerie et au
quai de la Grève. Cette rue doit son nom à la chapelle qui y étoit
située; et il ne paroît pas qu'elle en ait jamais eu d'autre. Quelques
plans ne l'indiquent que sous le nom général de _ruelle descendant à la
Seine_.
_Rue Jean-de-l'Épine._ Elle aboutit à la Grève et à la rue de la
Coutellerie. Il paroît qu'elle doit son nom à Jean de l'Épine, dont la
maison, suivant un cartulaire de Saint-Maur, de 1284[232], s'ouvroit
dans la rue de _Vieille-Oreille_, et avoit sa sortie dans la place de
Grève. Sauval dit, mais sans en donner des preuves, qu'elle s'est
appelée autrefois _rue de la Tonnellerie_ et du _carrefour Guillori_.
Elle porte le nom de _Philippe-l'Épine_ dans la liste du quinzième
siècle; mais le premier nom a prévalu, et cette rue l'a depuis toujours
conservé.
[Note 232: F. 233 et seg.]
_Rue Jean-Pain-Mollet._ Elle commence à la rue des Arsis et aboutit au
carrefour Guillori, vis-à-vis la rue Jean-de-l'Épine. Sauval seul dit
qu'elle s'est nommée rue du _Croc_[233]. Elle étoit connue dès 1261[234]
sous le nom de Jean-Pain-Mollet, qui étoit celui d'un bourgeois de
Paris. Il ne paroît pas qu'elle en ait changé depuis.
[Note 233: T. 1, p. 144.]
[Note 234: Past. A., p. 759 et 777.]