[Note 178: Les principaux articles des priviléges dont ce

prince leur accorda la confirmation portoient que les

marchands de cette capitale pouvoient seuls faire remonter les

bateaux depuis le pont de Mantes jusqu'au port de Paris; que

ceux qui contrevenoient aux défenses faites à ce sujet

perdoient leurs marchandises, dont la moitié étoit confisquée

au profit du roi, et l'autre moitié au profit des marchands de

l'eau de Paris. On y lit de plus que si le valet d'un marchand

se rend coupable de quelque crime, il n'est justiciable que de

son maître, à moins qu'il n'eût été pris sur le fait par la

justice du roi.]

Jusque là il n'est point encore parlé de prévôt des marchands et

d'échevins; et c'est à tort que quelques écrivains en ont attribué la

création à ce dernier roi, car il n'existe pas un seul acte qui puisse

servir de fondement à cette opinion[179]. Cependant, dès cette époque,

la ville avoit des armoiries qu'elle avoit prises au commencement des

croisades[180]. Ce n'étoit pas alors ce gros vaisseau voguant à pleines

voiles, qu'on a vu depuis dans son écusson jusqu'au moment de la

révolution, mais seulement une nef mise à flot, sur un champ parsemé de

fleurs de lis sans nombre. Cet emblème étoit aussi gravé sur son

sceau[181].

[Note 179: Son testament, que l'on cite à ce sujet, ne fait

mention que d'une commission particulière donnée à quelques

habitants de Paris, pour avoir, en son absence, le dépôt de

ses finances; ce qui n'a aucun rapport avec les droits de la

ville.]

[Note 180: Elle le fit à l'exemple des nobles, qui inventèrent

ces armoiries pour se distinguer les uns des autres, et

établir en même temps la distinction de leurs sceaux.]

[Note 181: On le trouve sur un ancien sceau gravé vers le

temps de saint Louis, avec cette inscription: _Sceau de la

marchandise de l'eau de la ville_. Ces armoiries ont été

rétablies depuis la restauration.]

Le premier titre où il soit parlé des prévôt des marchands et échevins

est une ordonnance de police d'Étienne Boilesve, prévôt de Paris, où les

échevins sont tour à tour présentés sous cette dénomination, et sous

celle de _jurés de la confrérie des marchands de Paris_. Le chef de ces

jurés est également appelé _prévôt des marchands_ dans un arrêt du

parlement de la Chandeleur, donné en 1269. Cependant ce nom ne lui étoit

pas encore définitivement accordé; car en 1273 on le trouve désigné sous

celui de _maître des échevins_ de la ville de Paris, dans un autre arrêt

du parlement de la Pentecôte. Enfin, l'année suivante, sous

Philippe-le-Hardi, on abandonna entièrement ces anciens titres pour

celui que le corps municipal n'a point cessé de porter jusqu'à sa

destruction.

L'hôtel-de-ville jouit de tous les priviléges qui lui avoient été

successivement accordés par nos rois jusqu'à Charles VI. Ce prince,

voulant tirer une vengeance éclatante de la sédition des Maillotins, ne

se contenta pas d'ôter aux bourgeois leurs armes, la garde, les chaînes

de la ville, il supprima encore la prévôté des marchands, l'échevinage,

la juridiction, la police et le greffe; et le premier prévôt de Paris

fut chargé de l'administration municipale, à laquelle on voulut bien

admettre quelques bourgeois, mais sans en rendre la propriété à la

ville. Cet état violent ne fut pas de longue durée. Le roi, s'étant

apaisé, rétablit en 1411 _le parloir aux bourgeois_, et rendit à la

ville tous ses priviléges; mais il ne put lui rendre également les

titres sur lesquels ils étoient fondés. Il s'étoit commis pendant cette

interruption du gouvernement municipal des désordres irréparables dans

les archives qui avoient été presque entièrement détruites ou dissipées.

Il fallut pour remédier à un tel désastre travailler à une ordonnance

générale qui pût servir de règle dans l'administration de la police et

de la justice municipale. On tâcha, autant qu'il fut possible, de

rassembler les chartes, les titres, les registres égarés: pour éviter

les innovations dans le nouveau code, aux preuves par écrit furent

réunies les preuves testimoniales, et des assemblées furent formées,

dans lesquelles on réunit tous ceux qui pouvoient donner des

éclaircissements sur cette matière importante. Ce fut ainsi qu'après

trois ans de soins et de recherches on parvint à rétablir l'ancien droit

de la ville, lequel fut rédigé dans une ordonnance générale, scellée du

grand sceau au mois de février 1415. Cette ordonnance étoit composée de

près de 700 articles, parmi lesquels on pouvoit surtout remarquer ceux

qui regardoient le commerce par eau, et la juridiction que la ville de

Paris a toujours eue sur la rivière de Seine et sur toutes celles qui

s'y jettent.

Pendant ces diverses révolutions du corps municipal, nos historiens font

mention de quatre endroits dans lesquels il a tenu successivement ses

assemblées. Le premier, situé _à la vallée de Misère_[182], étoit connu

sous le nom de _maison de la Marchandise_. Le second, que l'on nommoit

le _Parlouer aux bourgeois_, étoit dans le voisinage de l'église

Saint-Leufroi et du Grand-Châtelet. On voit ensuite les officiers

municipaux tenir leurs séances près la porte Saint-Michel, dans de

vieilles tours qui appartenoient à la ville; enfin, en 1357, ce corps

acheta une grande maison située à la place de Grève. Elle se nommoit, en

1212, la _maison de la Grève_, et appartenoit alors à Philippe _Cluin_,

chanoine de Notre-Dame, qui la vendit cette année même à

Philippe-Auguste[183]. On la nomma ensuite la _Maison aux piliers_,

parce qu'elle étoit dès lors soutenue par un rang de piliers assez

semblables à ceux qu'on y voyoit encore avant la révolution. Enfin elle

prit le nom de _Maison aux Dauphins_, parce qu'on en avoit fait don aux

deux derniers dauphins de Viennois. Charles de France, à qui elle

appartenoit en cette qualité, finit par la donner à _Jean d'Auxerre_,

receveur des gabelles de la prévôté de Paris; et celui-ci la vendit à la

ville, par contrat du 7 juillet 1357, moyennant 2880 liv. parisis. Cette

demeure étoit bien loin d'être aussi considérable qu'elle l'est

aujourd'hui[184]; mais dans la suite des temps la ville ayant fait

l'acquisition d'un assez grand nombre de maisons environnantes, il fut

décidé, lorsqu'on crut posséder un terrain assez vaste, que les

anciennes constructions seroient démolies, et que sur leur emplacement

on éleveroit un monument plus digne d'une aussi grande capitale.

[Note 182: _Voyez_ t. Ier, p. 595, 2e partie.]

[Note 183: Trésor des chart.]

[Note 184: Cet hôtel Dauphin n'étoit qu'une maison formée par

deux pignons, et située entre plusieurs maisons de simples

particuliers. «Il y avoit, dit Sauval, deux cours, un

poulailler, des cuisines hautes et basses, grandes et petites;

des étuves accompagnées de chaudières et de baignoires; une

chambre de parade, une autre d'audience, appelée _le

plaidoyer_; une chapelle lambrissée, une salle couverte

d'ardoises, longue de cinq toises et large de trois, et

_plusieurs autres commodités_.» Cette maison, qui nous

paroîtroit aujourd'hui si chétive, étoit une des plus grandes

de ce temps-là, et servoit non-seulement de lieu d'assemblée

aux officiers municipaux, mais encore de logement au prévôt

des marchands et à sa famille. En 1384, Juvénal des Ursins y

demeuroit avec ses frères.]

Ce fut en 1532 que le projet du nouvel édifice fut définitivement

arrêté; et le 15 juillet de l'année suivante la première pierre en fut

posée par Pierre Niole, alors prévôt des marchands. Il avoit été conçu

d'abord sur un plan gothique, et s'élevoit déjà jusqu'au second étage,

lorsqu'on en suspendit tout à coup la construction. On commençoit à se

dégoûter en France de ce genre d'architecture; et cette lumière des

beaux-arts, qui venoit de renaître en Italie, avoit déjà pénétré jusqu'à

nous. Un architecte italien (_Dominique Boccadoro_, dit _Cortone_)

conçut un projet qu'il présenta, en 1549, au roi Henri II, et qui fut

adopté: c'est celui du bâtiment qui subsiste encore aujourd'hui.

Toutefois l'inventeur n'eut pas la satisfaction de le voir achever: de

même que presque tous les grands monuments de Paris, celui-ci n'a été

construit que lentement et à plusieurs reprises; et ce n'est qu'en 1605,

sous le célèbre prévôt des marchands, _François Miron_[185], qu'il fut

entièrement achevé. Henri IV régnoit alors; et ce fut ce magistrat qui

fit placer la statue équestre de ce monarque, qu'on voyoit avant la

révolution dans le cintre qui surmonte la porte d'entrée[186], ainsi

qu'une autre statue de bronze représentant Louis XIV. Celle-ci étoit

pédestre, de ronde-bosse, et placée sous l'arcade de la cour qui fait

face à celle de l'entrée.

[Note 185: Ce fut lui qui changea le don que la ville faisoit

tous les ans à Notre-Dame, d'une bougie d'une longueur égale à

celle de l'enceinte de Paris, en celui d'une lampe d'argent.

(_Voyez_ t. I, p. 316.) Dans une courte administration de deux

années, il fit à lui seul plus d'embellissements à la ville,

et fonda plus de monuments utiles, que tous les prévôts

ensemble qui l'avoient précédé.]

[Note 186: Au-dessus de cette porte étoit gravée, en lettres

d'or, l'inscription suivante:

_Sub Ludovico Magno felicitas urbis._]

Quoique l'Hôtel-de-Ville ne soit pas un monument d'un style très-pur, ni

conçu d'après les vrais principes de la bonne architecture, il est

cependant extrêmement remarquable, si l'on considère l'époque à laquelle

il fut bâti. Il y règne une ordonnance qui annonce le retour au bon goût

de l'antiquité. Les entablements, les profils, les chambranles des

fenêtres et les détails de sculpture d'ornement répandus tant au dehors

qu'au dedans, annoncent une tendance bien marquée vers la régularité des

formes et le vrai style de décoration. La cour intérieure, assez

spacieuse pour le bâtiment, est environnée de portiques.

C'est avec raison sans doute que l'on regarde aujourd'hui cet édifice

comme hors de toute proportion avec les besoins actuels d'une ville

aussi immense et aussi opulente que Paris, puisqu'il n'offre pas même

d'entrée aux voitures; «mais, comme l'a judicieusement observé un auteur

moderne[187], il y auroit de l'injustice à en accuser les hommes

d'alors. Paris est plus que doublé, depuis ce temps, en étendue et en

population; et le luxe des commodités de la vie s'est accru dans une

proportion beaucoup plus grande encore. L'Hôtel-de-Ville n'étoit

d'ailleurs destiné jadis qu'à quelques cérémonies annuelles, et il

n'étoit, à vrai dire, le centre d'aucune grande administration. Une

vaste salle pour les banquets publics étoit la partie la plus importante

de ces sortes de bâtiments. C'est encore dans ce système qu'est bâti

l'Hôtel-de-Ville d'Amsterdam, l'un des beaux édifices de l'Europe.»

[Note 187: Feu M. Legrand.]

Les prévôt des marchands et échevins tenoient leur juridiction les

mercredis et samedis matin. Elle s'étendoit, avant la révolution, sur

les rentes de l'Hôtel-de-Ville, sur la police des quais et des ports de

la rivière, sur les marchandises qui arrivoient par eau, etc.[188]

[Note 188: Outre le prévôt des marchands et les quatre

échevins, qui étoient élus tous les ans le 16 août, jour de

saint Roch, avec beaucoup de pompe, il y avoit vingt-six

conseillers de ville, un procureur, un avocat du roi, un

substitut, un greffier, un receveur, des quarteniers,

dixainiers, cinquanteniers, trois cents archers et leurs

officiers, des commis, des huissiers, des commissaires de

police sur les ports, des étalonneurs, etc.]

CURIOSITÉS DE L'HÔTEL-DE-VILLE EN 1789.

Dans le cintre, la statue de Henri IV, dont nous avons déjà

parlé. Elle étoit en bronze doré, et fixée sur un marbre noir qui

subsiste encore. Cette statue, qui passoit pour le chef-d'oeuvre

de _Biard_, habile sculpteur de ce temps-là, fut dégradée en

1652, dans une émeute populaire, restaurée ensuite avec la plus

grande maladresse par _Biard_ le fils, et enfin détruite

entièrement pendant la révolution.

Au milieu de la base d'une des arcades qui environnent la cour

intérieure, la statue également en bronze de Louis XIV. Elle

étoit pédestre et posée sur un piédestal de marbre blanc, chargé

de bas-reliefs et d'inscriptions[189]. Dans ce monument, qui

passoit pour un des chefs-d'oeuvre de _Coizevox_, le monarque

étoit représenté revêtu de l'habit d'un triomphateur romain,

appuyé d'une main sur un faisceau d'armes, et étendant l'autre en

signe de commandement.

[Note 189: La principale étoit conçue en ces termes:

_Ludovico Magno, victori perpetuo, semper pacifico, ecclesiæ

et regum dignitatis assertori; præfectus et ædiles æternum hoc

fidei, obsequentiæ, pietatis et memoris animi monumentum

posuerunt an._ R. S. U. M. D. C. LXXXIX.]

Le long des portiques on voyoit incrustés dans le mur les

portraits en médaillons d'un grand nombre de prévôts des

marchands, et plus de trente inscriptions composées par _André

Félibien_, lesquelles étoient relatives aux événements les plus

glorieux des règnes de Louis XIV et de Louis XV.

Dans les vastes salles de cet édifice étoient plusieurs autres

monuments, savoir:

_Dans l'antichambre de la salle des gouverneurs_, un tableau

peint par _de Troy_ le père, à l'occasion de la naissance du duc

de Bourgogne, père de Louis XV; _entre les croisées_, les

portraits des gouverneurs, revêtus de leurs habits de cérémonie.

_Dans la salle des gouverneurs_, 1º sur la cheminée un portrait

de Louis XV, donné par ce prince en 1736 à l'Hôtel-de-Ville; 2º

un grand tableau de _Carle Vanloo_, représentant le même monarque

qui reçoit sur son trône les actions de grâces des prévôt et

échevins de Paris, à l'occasion de la paix de 1739.

_Dans la salle dite de la Seine_, un tableau dans lequel est

représenté Louis XIV accordant des lettres de noblesse au corps

de ville.

_Dans l'antichambre de la salle des petites audiences_, plusieurs

tableaux, parmi lesquels on remarquoit celui où Louis XIV reçoit

les hommages des échevins, en 1654.

_Dans la grande salle_, 1º Louis XIV rendant à la ville les

lettres de noblesse dont elle avoit été dépouillée, par _Louis

Boullongne_; 2º deux tableaux de _Rigaud_, représentant des

hommages rendus au roi par le corps-de-ville; 3º le mariage du

duc de Bourgogne avec Adélaïde de Savoie, par _Largillière_; 4º

la réception de Louis XV à l'Hôtel-de-Ville, après sa maladie de

Metz, par _Roslin_; 5º l'inauguration de la statue de ce

monarque, par _Vien_; 6º la naissance du dauphin, fils de Louis

XVI, par _Ménageot_; 7º deux tableaux de Porbus, dans lesquels on

voyoit les échevins aux pieds de Louis XIII, avant et après sa

majorité.

_Dans la salle d'audience_, 1º Henri IV faisant son entrée à

Paris, après la réduction de cette ville; 2º l'entrée de Louis

XVI à Paris, à l'occasion du rétablissement des parlements en

1774. Ce dernier tableau avoit été peint par _Robin_.

Dans une autre pièce les douze mois de l'année, par _Jean

Goujon_. Nous n'avons pu nous assurer si ces sculptures

existoient encore; mais il est inutile sans doute de dire que

presque tous les autres monuments ont été détruits par la rage

révolutionnaire.

À l'entrée de la rue de la Mortellerie, au-dessus de l'arcade qui sert

d'entrée à la rue du Martroy, est un bâtiment qui servoit autrefois

d'arsenal à la ville.

L'HÔPITAL DU SAINT-ESPRIT.

Tous les historiens de la ville de Paris fixent la fondation de cet

hôpital à l'année 1362[190], et s'accordent à dire que les malheurs des

temps ayant considérablement augmenté le nombre des pauvres orphelins,

quelques personnes charitables se réunirent pour leur procurer un asile

et des secours. Elles achetèrent à cet effet une maison et une grange à

la place de Grève; dans la même année, Jean de Meulent, évêque de Paris,

permit la construction, sur cet emplacement, d'un hôpital, et l'érection

d'une confrérie qui devoit fournir aux frais de l'établissement. Le pape

Urbain V ne tarda pas à l'approuver, et sa bulle fut confirmée par deux

autres papes, Grégoire XI et Clément VII. On bâtit la chapelle en 1406;

elle fut bénite le 4 août 1415, et dédiée le 15 juillet 1503.

[Note 190: L'abbé Lebeuf est le seul qui dise, sur la foi d'un

pouillé de l'ordre du Saint-Esprit, imprimé au commencement du

dix-septième siècle, que l'hôpital du Saint-Esprit existoit

avant l'an 1228, et que de son temps il restoit une tradition

selon laquelle cet hôpital avoit été établi au haut de la rue

Geoffroi-l'Asnier; mais il ajoute que peut-être il y a eu deux

hôpitaux du même nom.]

C'est encore dans cette église, le 8 septembre 1413, que fut fondée une

confrérie de Notre-Dame de Liesse. Le roi Charles VI et Isabelle de

Bavière sa femme en furent les principaux bienfaiteurs; et c'est la

cause pour laquelle on voyoit leurs portraits peints sur les vitraux

auprès du grand hôtel.

Cet hôpital étoit destiné aux orphelins des deux sexes, nés à Paris en

légitime mariage, et dont les pères et mères étoient décédés à

l'Hôtel-Dieu. On y recevoit ces enfants jusqu'à l'âge de neuf ans. Ils

donnoient en y entrant la somme de 150 liv., qui leur étoit rendue

lorsqu'ils en sortoient pour apprendre un métier.

L'administration de cet hôpital fut réunie à celle de l'hôpital général,

par lettres-patentes du 23 mai 1679, enregistrées le 18 avril de l'année

suivante.

CURIOSITÉS.

Dans l'église de cet hospice étoient quatre tableaux:

Un saint Sébastien, par _Lépicier_; sainte Geneviève, saint Éloi,

saint Nicolas, par _Eysen_.

La classe des garçons étoit ornée d'un tableau représentant la

Vierge protégeant des enfants bleus.

_Grand Bureau des pauvres._

Il étoit situé près de cet hôpital. François Ier, par ses

lettres-patentes du 5 novembre 1544, ayant chargé le corps de ville du

soin général des pauvres et de l'administration de tout ce qui concerne

cette classe souffrante de la société, les magistrats qui le composoient

choisirent treize personnes notables qu'elles chargèrent de diriger

cette opération importante conjointement avec quatre commissaires nommés

par le parlement. Il avoit été décidé d'abord que les directeurs du

nouvel établissement tiendroient leurs assemblées dans une salle de

l'Hôtel-de-Ville; mais comme, à cette époque, les bâtiments n'en étoient

point encore achevés, les officiers municipaux achetèrent une maison

dans laquelle ce bureau fut établi et s'est maintenu jusqu'au moment de

la révolution[191].

[Note 191: Ce bureau n'existe plus, et les bâtiments de

l'hôpital du Saint-Esprit sont employés à divers usages.]

CHAPELLE SAINT-BONT.

Cette chapelle, située dans la rue qui porte son nom, étoit fort

ancienne, et la grossièreté de son architecture faisoit reconnoître

d'abord cette haute antiquité. On y descendoit par plusieurs marches; et

la tour élevée sur le côté méridional du sanctuaire paroissoit avoir été

bâtie depuis environ six ou sept cents ans. Quant à l'époque de la

fondation entière de l'édifice, il étoit impossible d'en juger autrement

que sur les apparences: car il ne reste aucuns documents authentiques ni

sur cette origine ni sur le nom du fondateur. La seule chose qui soit

certaine, c'est que cette chapelle existoit au douzième siècle sous le

nom d'_Ecclesia Sancti Boniti_[192], qu'elle a toujours conservé depuis.

[Note 192: C'est ainsi qu'elle est nommée dans une énumération

faite à cette époque des biens qui appartenoient au monastère

de Saint-Maur, alors nommé _Saint-Pierre-des-Fossés_. L'abbé

Lebeuf a tâché de prouver que l'église de Sainte-Colombe, dont

il est fait mention dans la vie de saint Éloi, étoit la même

que la chapelle Saint-Bont; il a prétendu encore que ce

n'étoit point à la gloire de saint Bont ou Bonnet, évêque de

Clermont, qu'elle avoit été élevée, mais bien à la gloire de

saint Baldus, pénitent et solitaire de Sens; cependant ce

savant avoue qu'il n'en a point trouvé de preuves entièrement

décisives; et en effet les conjectures, qu'il établit fort

longuement, ne portent que sur ce qu'il a pu entrevoir de plus

probable. Jaillot, qui avoit fouillé toutes les archives, et

consulté la plupart des chartes et des titres concernant les

anciennes églises, réfute, par un grand nombre de raisons,

l'opinion de l'abbé Lebeuf. Nous avons cru devoir épargner à

nos lecteurs cette longue discussion, qui n'offre pour

résultat que des _conjectures_ sur un monument qui d'ailleurs

est par lui-même de peu d'importance.

La chapelle Saint-Bont n'existe plus; elle est remplacée par

des maisons particulières.]

Cette chapelle n'a jamais été érigée en paroisse; elle servoit seulement

à faire l'office de quelques confréries.

L'ÉGLISE SAINT-JEAN.

Cette église n'étoit originairement que la chapelle baptismale de

Saint-Gervais. Elle devint paroissiale, comme tant d'autres, par

l'augmentation considérable des habitants de la partie septentrionale de

la ville, après l'érection de l'enceinte ordonnée par Philippe-Auguste.

Pour établir cette nouvelle cure, Pierre de Nemours, évêque de Paris en

1212[193], partagea en deux la paroisse de Saint-Gervais, après avoir

obtenu le consentement de l'abbé du Bec-Hellouin et du prieur de

Meulent, à qui appartenoit la présentation de la cure de Saint-Gervais,

et qui n'autorisèrent cette division qu'en se réservant le droit de

présenter le nouveau curé.

[Note 193: Sauval ou ses éditeurs attribuent cette érection à

_Pierre Louis_; mais ils se sont évidemment trompés, n'y ayant

eu aucun évêque de Paris ainsi nommé. L'auteur du _Calendrier

historique_ nomme avec aussi peu de fondement _Pierre

Lombart_, oubliant que cet évêque étoit mort cinquante-deux

ans auparavant.]

Il est donc constant que Saint-Jean étoit un démembrement de la paroisse

Saint-Gervais: _Cura Sancti Joannis suum sumpsit exordium à curâ Sancti

Gervasii_, comme le porte l'acte d'érection du mois de janvier 1212. En

conséquence l'évêque voulut que le nouveau curé supportât une partie des

redevances dues au chapitre de Notre-Dame par le curé de Saint-Gervais,

et que le jour des Morts il vînt en procession au cimetière de cette

paroisse. Il fut mis, peu de temps après, au nombre des

prêtres-cardinaux qui devoient accompagner l'évêque célébrant aux

grandes fêtes.

Cette église étoit dans l'origine peu spacieuse. L'accroissement

successif et continuel de population, qui avoit déterminé à en faire

une paroisse, mit bientôt dans la nécessité de l'agrandir[194]. En 1324,

le roi Charles IV, fils de Philippe-le-Bel, accorda des lettres-patentes

qui permettoient de démolir plusieurs maisons voisines pour construire

sur leur emplacement l'église qui a subsisté jusqu'à la fin du siècle

dernier[195]. C'étoit un bâtiment gothique d'une assez belle

exécution[196]. Les connoisseurs estimoient surtout la tribune de

l'orgue, faite, long-temps après, sous la conduite de Pasquier de Lille,

et exécutée par Daily, un des meilleurs appareilleurs de la fin du

quinzième siècle. Elle étoit extrêmement surbaissée et toute suspendue

en l'air par une arrière-voussure de vingt-quatre pieds d'ouverture.

Cette construction, d'une exécution hardie, avoit en outre l'avantage de

se raccorder très-ingénieusement avec la forme des piliers de la nef.

[Note 194: Outre les nombreux paroissiens qui en dépendoient,

le miracle de la Sainte-Hostie, dont nous parlerons à

l'article des Billettes, y attiroit un concours prodigieux de

fidèles de toutes les parties de la ville.]

[Note 195: L'église de Saint-Jean avoit déjà été agrandie: car

on trouve qu'au mois d'août 1255 saint Louis accorda

l'amortissement de la maison de Marie La Goulière, que les

curés et marguilliers de Saint-Jean devoient acheter pour

augmenter l'église et bâtir la maison curiale.]

[Note 196: _Voyez_ pl. 104. Le portail en étoit entièrement

masqué par le bâtiment de l'Hôtel-de-Ville.]

Ce monument fut reblanchi et restauré en entier au commencement du

siècle dernier (en 1724), et peu de temps après (en 1733) on construisit

sur une partie du cimetière[197] une chapelle de la communion qui

passoit pour un morceau d'architecture très-estimable. Elle avoit été

élevée sur les dessins d'un architecte nommé François Blondel, qui

passoit pour avoir du mérite, mais qu'il ne faut cependant pas confondre

avec le célèbre auteur de la porte Saint-Denis.

[Note 197: Avant que ce terrain fût destiné à la sépulture des

paroissiens de Saint-Jean, on le nommoit _la place au

Bon-homme_. Il portoit ce nom en 1322.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8) · 第 13 / 46 段