Cette maison, située vis-à-vis de l'église des Ménétriers, et rebâtie

vers la fin du siècle dernier, offroit au-dessus de sa porte

l'inscription suivante, gravée sur une table de marbre.

_Summum crede nefas animam præferre pudori, Et propter vitam vivendi

perdere causas[128]._

«Crois que c'est un grand crime de préférer l'existence à

l'honneur, et de perdre, pour conserver ta vie, les vrais motifs

que nous avons de vivre.»

[Note 128: Sat. VIII, v. 83.]

Cette inscription excita la curiosité, et fit faire des recherches. On

prétendit qu'elle avoit été d'abord habitée par Gabrielle d'Estrées;

qu'ensuite elle étoit devenue un réceptacle des plus abominables

débauches; que, celui qui y demeuroit ayant péri à la place de Grève du

même supplice dont Dieu punit les villes de Sodome et Gomorrhe, cette

inscription avoit été mise sur la porte en exécution de l'arrêt qui

l'avoit condamné. Cette tradition n'est appuyée d'aucune preuve. Tout ce

que l'on a pu découvrir de certain sur cette maison, c'est qu'en 1647

c'étoit un bureau où se faisoient inscrire ceux qui vouloient

s'embarquer pour les Indes ou y expédier des marchandises, et dans les

actes où il en est fait mention, elle est ainsi indiquée: _L'hôtel des

Indes orientales pour s'embarquer_.

_Maison des Fiacres._

Cette maison, qui étoit également située dans la rue Saint-Martin, en

face de la rue du Cimetière-Saint-Nicolas, appartenoit dans le

dix-septième siècle à un particulier nommé Galland, et avoit alors pour

enseigne une image de _saint Fiacre_[129]. En 1637 elle étoit occupée

par Jacques Sauvage, lequel avoit alors l'entreprise des coches publics:

il imagina de faire faire pour la ville des carrosses auxquels on donna

le nom de _fiacres_, à cause de l'enseigne de cette maison. Ils ont

conservé jusqu'à ce jour ce nom bizarre, qui a même passé aux cochers

qui les conduisent, et il n'y a pas d'apparence qu'il soit jamais

changé.

[Note 129: M. S. de S.-Germain-des-Prés, c. 1585.]

_Bureau des jurés crieurs._

Ce bureau étoit situé rue Neuve-Saint-Merri, dans une maison où l'on

prétend que Catherine de Médicis a demeuré. Cette tradition n'est

appuyée d'aucun témoignage authentique; et c'est également sans aucune

preuve que l'on a dit que la maison voisine, laquelle a dû faire partie

de celle-ci, avoit appartenu à la reine Blanche, mère de saint Louis.

Cette opinion n'avoit d'autre fondement qu'une simple fleur de lis

sculptée sur le mur extérieur, ce qui certainement ne suffit pas pour

prouver que ce fut l'hôtel d'une reine de France. Toutefois on ne peut

douter qu'elle n'ait été jadis occupée par des personnes d'un haut rang;

car on y voyoit encore, à la fin du siècle dernier, un cabinet orné de

peintures, de sculptures et de dorures, qui donnoient l'idée d'une

grande magnificence dans l'ancienne décoration de cette maison.

HÔTELS MODERNES.

Les plus remarquables en 1789 étoient:

L'hôtel d'Aligre, rue de Bondi.

---- de Rosambo, même rue.

---- de Boyne, faubourg Saint-Martin.

WAUXHALL D'ÉTÉ.

Cet édifice, construit en 1785, à l'extrémité de la rue de Bondi, près

du boulevart, occupoit un emplacement d'un arpent et demi, y compris le

jardin. L'intérieur offroit une salle de danse de forme elliptique,

décorée avec beaucoup d'élégance, environnée d'un double rang de

galeries pour les spectateurs, et se prolongeant dans une dimension de

soixante-douze pieds sur cinquante-six de largeur; le plafond, soutenu

par des cariatides, avoit cinquante pieds d'élévation, et sous la salle

étoit pratiqué un café souterrain. On donnoit dans cet emplacement des

fêtes, des feux d'artifice, etc., qui, depuis la révolution, ont été

successivement transportés au jardin de Marbeuf et à Tivoli[130].

[Note 130: Le Wauxhall est occupé maintenant par des bains

publics.]

FONTAINES.

_Fontaine Maubué._

Cette fontaine, située au coin de la rue de ce nom et de celle de

Saint-Martin, donne de l'eau de l'aquéduc de Belleville.

_Fontaine Saint-Martin_ ou _du Verdbois_.

Elle fut construite en 1712, sur un emplacement donné à cet effet par

les religieux bénédictins de Saint-Martin, près de l'encoignure de la

rue du Verdbois. Cette fontaine donne de l'eau du même aquéduc.

_Fontaine des Récollets._

Cette fontaine, située dans la rue du Chemin de Pantin, faubourg

Saint-Martin, est très ancienne; l'eau qu'elle donne vient de l'aquéduc

des Prés-Saint-Gervais.

BARRIÈRES.

L'extrémité septentrionale de ce quartier en offre trois; savoir:

La barrière Saint-Martin[131].

---- de Pantin[132].

---- de la Chopinette.

[Note 131: Cette barrière est partagée maintenant en deux

entrées, dont la plus orientale se nomme barrière de _Pantin_;

l'autre, barrière de _la Villette_.]

[Note 132: Il y a également dans cette barrière deux entrées;

celle qui est à l'orient se nomme barrière du _Combat_;

l'autre, barrière de _la Boyauterie_.]

RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-MARTIN.

_Rue Bailly._ Cette rue, ouverte depuis 1780 dans le marché

Saint-Martin, forme un angle avec la rue Henri et celle de Saint-Paxant.

_Rue Beaubourg._ Elle aboutit à la rue Simon-le-Franc et à la rue

Grenier-Saint-Lazare. Son nom lui vient de quelques maisons qui furent

bâties en cet endroit vers la fin du onzième siècle, ou au commencement

du suivant. Elles formèrent un territoire auquel on donna le nom de

_Beaubourg, in Pulchro Burgo_. Il comprenoit l'espace qui est

aujourd'hui renfermé entre les rues Maubué, Grenier-Saint-Lazare,

Saint-Martin, Sainte-Avoie; ce qui duroit encore dans le quatorzième

siècle, temps auquel toute cette étendue n'étoit désignée que sous le

nom général de _Biau-Bourc_, qu'on a donné privativement depuis à la rue

qui traverse cet espace du nord au sud.

Cette rue fut depuis coupée en deux par le mur de l'enceinte ordonnée

par Philippe-Auguste. On ouvrit en cet endroit une fausse porte ou

poterne désignée dans tous les anciens titres sous le nom de _Nicolas

Huidelon_, et quelquefois, mais mal à propos, _Huidron_ et _Hydron_. On

trouve aussi que, depuis cette porte jusqu'à la rue Transnonain, la rue

Beaubourg s'appeloit _rue outre la poterne Nicolas Hydron_; mais la

partie en-deçà de cette porte n'a jamais été nommée _cul-de-sac le

Grand_, comme le prétendent Sauval et l'auteur des Tablettes

parisiennes[133]. En effet, cette partie de rue ne pouvoit nullement

être regardée comme un cul-de-sac, _angiportus_. Ce mot signifie une

ruelle qui n'a pas d'issue; or la rue Beaubourg, comme nous venons de le

dire, aboutissoit à une porte; elle en avoit même reçu le nom de rue de

la _Poterne_ et de la _Fausse Porte_; et c'est ainsi qu'elle est

désignée dans la liste des rues du quinzième siècle. D'ailleurs elle

avoit des issues dans toutes les rues voisines, dont la plupart

existaient déjà à cette époque.

[Note 133: Sauval, t. II, p. 114.--Tab. Par., p. 31.]

Il y a dans cette rue deux culs-de-sac fort anciens. Le premier et le

plus grand est situé entre les rues Geoffroi-l'Angevin et

Michel-le-Comte, et s'appelle aujourd'hui _cul-de-sac Bertaut_. Il est

indiqué dans l'accord fait en 1273 entre Philippe-le-Hardi et le

chapitre de Saint-Merri, sous le nom de _cul-de-sac sans chef_: _Item

quemdam vicum, qui vocatur cul-de-sac sine capite_. Il a été ensuite

prolongé jusqu'à un cul-de-sac de la rue Geofroi-l'Angevin, qu'on a

supprimé depuis, et qui formoit le retour d'équerre de celui-ci. On ne

trouve point que, jusqu'au milieu du quatorzième siècle, ce dernier

cul-de-sac ait eu un nom particulier; mais en 1342 on le nommoit _rue

Agnès-aux-Truyes_, et en 1386 _rue des Truyes_. Il conserve ce nom sur

le plan de Gomboust, et l'a même porté long-temps depuis; dans le papier

terrier de Saint-Merri de 1723, toutes les maisons de ce cul-de-sac sont

désignées rue _des Truyes_, autrement grand _cul-de-sac de la rue

Beaubourg_. Les mêmes énonciations se trouvent dans les terriers de

Saint-Martin-des-Champs.

Le second cul-de-sac de cette rue est nommé dans l'inscription

_cul-de-sac des Anglois_. Dans l'accord de 1273, que nous avons cité, il

est simplement désigné _cul-de-sac-le-Petit sine capite_ et _petit

cul-de-sac près la fausse Poterne Nicolas Hydron_. Dans des temps

postérieurs, et vers l'an 1517, Jean Bertaut fit construire, rue

Beaubourg, un jeu de paume qui régnoit le long de ce cul-de-sac, ce qui

lui fit donner le nom de _cul-de-sac du Tripot-de-Bertaut_, nom qu'il

portoit encore en 1640. Dans les déclarations des censitaires de

Saint-Merri en 1722, on le nomme _cul-de-sac de la rue Beaubourg, tenant

au jeu de paume appelé Bertaut_. Ainsi le nom de ce particulier ayant

prévalu dans la dénomination de ce cul-de-sac, il n'est pas surprenant

qu'il se trouve dans les titres qui en font mention, sur les plans de

Gomboust et sur ceux qui ont été publiés depuis. D'après toutes ces

autorités, fondées sur les titres et les anciens plans, il paroît

démontré que c'est par une méprise de ceux qui, dans le siècle dernier,

ont renouvelé les inscriptions, qu'on a appliqué le nom de _Bertaut_ au

premier cul-de-sac dont nous venons de parler, et qu'il appartient

incontestablement au dernier, appelé mal à propos cul-de-sac _des

Anglois_.

_Rue Saint-Benoît._ C'est une des rues ouvertes depuis 1765 dans le

marché Saint-Martin. Elle est fermée dans sa partie septentrionale, et

donne de l'autre côté dans la rue Royale.

_Rue de Bondi._ Cette rue commençoit à la rue du Faubourg-Saint-Martin,

et aboutissoit autrefois à une voirie de laquelle elle avoit pris

d'abord le nom de _chemin de la voirie_. On la nomma ensuite rue _des

Fossés-Saint-Martin_, et depuis elle fut prolongée jusqu'à la barrière

du Temple, sous le nom de _rue Basse-Saint-Martin_, parce qu'elle est en

effet plus basse que le boulevart le long duquel elle est située. C'est

ainsi qu'elle est désignée dans un arrêt du conseil du 7 août 1769. Le

roi en rendit un second le 17 mars 1770, par lequel il ordonna qu'elle

seroit continuée en ligne droite, parallèlement à la grande allée du

Rempart, jusqu'à la rue du Faubourg-du-Temple. Cette rue ayant été

alignée en conséquence de cet ordre, le nom de rue Basse-Saint-Martin

fut changé en celui de _Bondi_, par l'effet d'un troisième arrêt du

conseil, du mois de décembre 1771[134].

[Note 134: Il y avoit autrefois dans cette rue une caserne des

Gardes-Françoises; depuis la révolution on y a bâti, au coin

de la rue de Lancry, une petite salle de spectacle, connue

sous le nom de _Théâtre des Jeunes Artistes_, et depuis

changée en maison particulière.]

_Rue de Breteuil._ Cette rue, ouverte depuis 1765 dans le marché

Saint-Martin, donne d'un côté dans la rue Royale, et vient finir de

l'autre, par un retour d'équerre, dans le passage qui borne ce marché au

nord; elle est fermée à cette extrémité.

_Rue Brise-Miche._ Cette rue, qui aboutit au cloître Saint-Merri et dans la

rue Neuve-Saint-Merri, n'a été ouverte qu'au commencement du quinzième

siècle. Jusqu'à cette époque il n'y avoit là qu'une seule rue représentée

aujourd'hui par la rue _Taille-Pain_. Elle aboutissoit à la rue

Neuve-Saint-Merri, étoit fermée par une porte à chacune de ses extrémités,

et portoit le nom de rue _Baillehoë_, nom qui étoit déjà altéré: car on a

trouvé dans les archives de Saint-Merri un acte du 8 octobre 1207, dans

lequel on lit très-distinctement _vicus de Bay-le-Hoeu_; et, dans

l'énonciation de la censive de Saint-Martin-des-Champs, en 1540[135], on

indique la _Villette Saint-Ladre au lieu dit_ BAILLEHEU, _autrement

Chaumont_, ce qui fait conjecturer que ces deux endroits devoient leur nom

à un particulier.

[Note 135: Rec. de Blondeau. (Bibl. du R., t. XX, 2e

cahier.)]

Il y avoit dans cette rue un petit cul-de-sac qui fut prolongé et ouvert

du côté du cloître. On donna dans le quinzième siècle le nom de

_Brise-Miche_ à cette nouvelle rue, et le nom de _Baillehoë_ fut

conservé à la partie qui étoit du côté de la rue de Saint-Merri. Il fut

également affecté à l'entrée de la rue Taille-Pain, comme on peut le

voir sur le plan manuscrit de la censive de Saint-Merri, fait en

1512[136].

[Note 136: Sauval et ses copistes ont parlé inexactement de

cette rue, en disant qu'en 1273 elle s'appeloit la rue

_Baillorhe_; en 1399, 1424 et 1427, la rue _Boullehouë_,

_Baillehoë_ et _Baillehoc_. On voit, par ce que nous venons de

dire, que ces auteurs se sont trompés, tant pour l'orthographe

que pour la situation.]

Sauval a conjecturé que _le nom de Brise-Miche pouvoit venir de

quelques-uns des devanciers d'Étienne Brise-Miche, curé de Besons, qui

mourut en_ 1515. Comme il n'appuie cette conjecture sur aucune autorité,

nous trouvons plus vraisemblable l'étymologie donnée par Jaillot, qui

suppose que les noms _Brise-Pain_, _Tranche-Pain_, _Taille-Pain_, et

_Brise-Miche_[137] ont été donnés à cet endroit, parce qu'on y faisoit

la division et la distribution des pains de _chapitre_, que l'usage

étoit de donner aux chanoines de la collégiale de Saint-Merri.

[Note 137: L'abbé Lebeuf pense que Guillot a voulu désigner

ces deux rues par celles qu'il appelle _rues à Chavetiers_ et

_de l'Étable du Cloître_. Mais, outre qu'on n'a trouvé, dans

les archives de Saint-Merri, aucun acte qui fît mention des

deux rues indiquées par Guillot, il paroît, par la marche de

ce poëte, que les rues qu'il mentionne ne pouvoient être de ce

côté, mais qu'elles étoient du côté de la rue de la Verrerie

et de l'entrée du cloître qui conduit au Tribunal des

Consuls.]

_Rue du Carême-Prenant._ Elle va de l'hôpital Saint-Louis à la rue du

Faubourg-du-Temple. Il paroît, par les plans de Gomboust, La Caille et

autres, qu'elle commençoit autrefois à la rue du Faubourg-Saint-Laurent,

et que la rue des _Récollets_ en faisoit alors partie. Cette rue doit

son nom au territoire sur lequel elle a été ouverte. À la fin du

quatorzième siècle on appeloit cet endroit la _Courtille Jacqueline

d'Épernon_[138]; et, en 1417, _la Courtille Barbette_[139]. On trouve

dans les archives de Saint-Merri un titre de 1455, qui énonce le clos

_Jacqueline d'Épernon, autrement dit Carême-Prenant, et la Courtille

tenant au chemin qui conduit à Saint-Maur_. Elle est indiquée rue de

Carême-Prenant dans le terrier du roi, de 1540.

[Note 138: Arch. de S. Merri.]

[Note 139: Manusc. de la Bibl. du R., E. 5185, B.]

_Rue des Petits-Champs._ Elle traverse de la rue Beaubourg dans celle de

Saint-Martin. Il en est fait mention sous ce nom dans l'accord de

Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri, en 1273. _Vicus de

Parvis Campis._

_Rue Chapon._ Elle aboutit à la rue Transnonain et à celle du Temple. On

l'appeloit anciennement _vicus Roberti Begonis_, et _Beguonis sive

Caponis_, comme l'indiquoient les terriers de Saint-Martin de 1293 et de

1300. On la trouve sur quelques plans prolongée mal à propos jusqu'à la

rue Saint-Martin; car la rue du Cimetière-Saint-Nicolas, qui en est la

continuation, existoit sous ce nom dès 1220. L'auteur du supplément _aux

Antiquités de Paris_ de Dubreul, a voulu, de son autorité privée,

ennoblir le nom de cette rue; il l'appelle rue _du Coq_[140]. Dès 1313

elle étoit connue sous celui qu'elle porte aujourd'hui.

[Note 140: P. 52 et 81.]

_Rue du Combat._ Cette rue, qui commence à la rue du

Faubourg-Saint-Laurent, et se prolonge jusqu'à la barrière de Pantin,

étoit encore un chemin sans nom dans le siècle dernier. Elle prit celui

qu'elle porte aujourd'hui, quelques années avant la révolution, et le

dut au spectacle connu sous le nom de _combat du taureau_, spectacle qui

subsiste encore, et qui n'est fréquenté que par la dernière classe du

peuple. On la nomme aujourd'hui rue de la _Butte Saint-Chaumont_.

_Rue de la Corroyerie._ Elle aboutit à la rue Beaubourg et à celle de

Saint-Martin. Cette rue s'appeloit au treizième siècle _rue de la

Plâtrière_. Cependant le censier de Saint-Martin-des-Champs, de 1300,

indique d'abord _vicus Plastrariæ_, et quelques lignes après _vicus

Correarii_; ce qui sembleroit marquer deux rues différentes. Quoi qu'il

en soit, on voit, par un registre de la chambre des comptes[141], qu'on

la nommoit rue _de la Plâtrière_ en 1313 et en 1482. Dans la liste du

quinzième siècle, elle est désignée sous le nom de _la Plastaye_. Elle

avoit déjà pris le nom de _Conroirie_ en 1500, quoique Sauval lui donne

une origine plus moderne d'un siècle. Sur les plans de Gomboust, de

Bullet et autres, elle est indiquée sous le nom de _Courroyerie_, et mal

à propos sous celui de _Courrerie_ dans les tables de La Caille et de

Valleyre.

[Note 141: Reg. _noster_.]

Il y a dans cette rue un cul-de-sac qu'on appelle _cul-de-sac

Boudroirie_. Sauval et ceux qui l'ont suivi ont été induits en erreur

par la dénomination de ce cul-de-sac, lorsqu'ils ont dit qu'en 1300

cette rue s'appeloit de la _Baudraërie_, et depuis _Baudroirie_; ils ont

confondu cette rue avec celle du Poirier, ainsi nommée alors, ou avec la

rue Maubué, à laquelle on a quelquefois donné ce nom par extension.

_Rue Cour-au-Vilain._ (Voyez rue Montmorenci.)

_Rue Cour-du-More._ Cette rue, qui traverse de la rue Beaubourg dans

celle de Saint-Martin, doit sans doute son nom à une cour qu'on aura

percée et prolongée. On l'appeloit, suivant le rôle de 1313, rue _Jehan

Palée_, et ensuite _Palée_. Elle est encore désignée sous ce nom dans

une déclaration des religieuses de Montmartre, du 3 juillet 1551.

Cependant, dès le commencement du quatorzième siècle, la proximité de

l'église de Saint-Julien, à laquelle elle est contiguë, lui avoit fait

donner le nom de _ruelle_ ou _rue Saint-Julien_, sous lequel elle est

indiquée dans le compte des confiscations de 1421, et dans Corrozet. On

l'a aussi nommée rue de _la Poterne_ ou de _la Fausse Poterne_, parce

qu'elle aboutissoit dans la rue Beaubourg, à peu de distance de la

poterne ou fausse porte de Nicolas Huidelon. Depuis on lui a donné le

nom de _Cour-du-More_ et de _rue du More_ qu'elle portoit dès 1606,

suivant plusieurs titres des archives de Saint-Merri. On la trouve

aussi, en 1640, indiquée _Cour-de-More_, dite des _Anglois_. Jaillot

pense que c'est sans fondement qu'on a gravé sur plusieurs anciens plans

_Cour des Morts_, étymologie que l'abbé Lebeuf a suivie.

_Rue de la Croix._ Elle aboutit d'un côté à la rue Phelipeaux, et de

l'autre au coin des rues Neuve-Saint-Laurent et du Verdbois. Ce nom lui

vient d'un canton de la Courtille-Saint-Martin, hors les murs, qui

s'appeloit _la Croix-Neuve_ en 1546; et dans le terrier de cette année,

cette rue est effectivement indiquée sous le nom de _la Croix-Neuve_. La

dénomination de ce canton, suivant toute apparence, étoit due à une

croix qu'on y avoit élevée ou rétablie depuis peu. On sait que c'étoit

l'usage ordinaire de placer des croix à la sortie des villes, à l'entrée

des principaux chemins et dans les carrefours.

_Rue des Étuves._ Elle traverse de la rue Saint-Martin à la rue

Beaubourg. Son nom lui vient des _étuves aux femmes_, situées dans la

rue Beaubourg, au coin de celle-ci. Ces étuves avoient pour enseigne _le

lion d'argent_, et il en est fait mention dans des lettres de

Philippe-le-Bel, de 1313. Il est même certain qu'elles existoient avant

ce temps-là, puisque déjà Guillot énonce cette rue sous le même nom: en

1578 elles subsistoient encore. On l'a quelquefois appelée _rue des

Vielles-Étuves_. Au milieu du treizième siècle, on la nommoit _rue

Geofroi-des-Bains_, _vicus Gaufridis_, ou _Gaudefridi de balneolis sive

stupharum_[142].

[Note 142: Arch. de S. Mart. des Champs. Il y avoit dans cette

rue une petite maison, vieille et sans apparence, dont la

porte offroit un marbre noir avec cette inscription:

Dieu tient le coeur des rois en ses mains de clémence,

Soit chrétien, soit païen, leur pouvoir vient d'en haut,

Et nul mortel ne peut (c'est un faire le faut)

Dispenser leurs sujets du joug d'obéissance.

Une tradition populaire veut que cette maison ait été bâtie

par un architecte de Henri IV, ou qu'elle lui ait appartenu.

Sur quoi Jaillot remarque que, si cette opinion a quelque

fondement, la maison fait moins d'honneur au goût et aux

talents de l'architecte, que l'inscription n'en fait au coeur

et aux sentiments du sujet.]

_Rue des Fontaines._ Cette rue donne d'un bout dans la rue du Temple, et

de l'autre dans celle de la Croix. Dès le commencement du quinzième

siècle, elle étoit connue sous ce nom qu'elle a toujours conservé

depuis. Quelques auteurs la nomment des _Madelonettes_, à cause du

couvent des filles de la Madeleine, qui en étoit voisin; mais cette

dénomination étoit entièrement populaire.

_Rue Frepillon._ Elle fait la continuation de la rue de la Croix, et

aboutit au cul-de-sac de Rome et à la rue au Maire. Elle doit son nom à

celui d'une famille qui demeuroit dans cette rue au treizième siècle.

Dans un acte de 1269, elle est nommée _vicus Ferpillonis_; rue

_Ferpillon_ en 1282; _vicus Ferpillionis_ dans le terrier de

Saint-Martin-des-Champs, de 1300. Depuis ce temps ce nom a été altéré

par le peuple ou par les copistes, et l'on a écrit _Ferpeillon_,

_Serpillon_, _Frepillon_, _Fripilon_, etc.

_Rue Geoffroi-l'Angevin._ Elle traverse de la rue Beaubourg à celle de

Sainte-Avoie. Dès le milieu du treizième siècle elle portoit ce nom, et

l'a toujours conservé depuis, à quelques variations près, introduites

dans l'orthographe ou dans la prononciation. Ainsi on la trouve écrite

_Géfroi-l'Angevin_ en 1278 et 1287, et _Giéfroi-l'Angevin dans_

Guillot[143].

[Note 143: Jaillot relève une erreur commise par Sauval, qui

dit que _cette rue s'appeloit, en 1273, Vicus sine capite, qui

vocatur Cul-de-Pet; en 1389, une ruelle sans bout, nommée

Cul-de-Pet, et en 1445, la rue du Cul-de-Sac_. Cette erreur a

été adoptée par l'auteur des _Tablettes parisiennes_, qui sans

doute n'avoit, non plus que Sauval, lu ni l'original ni la

copie du titre qu'il cite: car, dans l'accord de 1273, cette

rue est énoncée: _Item totum vicum Gaufridi Langevin, sicut se

comportat ab utrâque parte cum quâdam ruellâ sine capite, quæ

vocatur Cul-de-Pet._ Ce qui prouve clairement qu'ils ont

confondu la rue et la ruelle, et qu'ils ont pris pour la rue

Geoffroy-l'Angevin le cul-de-sac qu'on y trouvoit et qui a

subsisté très-long-temps. La maison qui le terminoit avoit sa

sortie dans le cul-de-sac nommé aujourd'hui mal à propos

_cul-de-sac Bertaut_, sur lequel ces deux auteurs se sont

encore trompés. Du reste, le cul-de-sac nommé _Cul-de-Pet_

dans le treizième siècle n'avoit point de nom dans le

quinzième; et dans le suivant il étoit désigné par l'enseigne

de la maison devant laquelle il étoit situé. C'est pourquoi,

immédiatement après la rue Geoffroi-l'Angevin, Corrozet

indique _une ruelle devant le Petit-Paon_. Elle ne subsiste

plus aujourd'hui.]

_Rue Grange-aux-Belles._ Cette rue, ouverte depuis 1780, commence à

la rue des Marais en face de la rue de Lancry, et traverse la rue

de Carême-Prenant et celle des Récollets jusqu'à celle de

l'Hôpital-Saint-Louis.

_Rue des Gravilliers._ Elle donne d'un bout dans la rue Transnonain et

de l'autre dans celle du Temple. Son véritable nom est rue _Gravelier_,

ou du _Gravelier_, _vicus Gravelarii_, qu'elle portoit en 1250[144]. On

l'a appelée depuis rue des _Graveliers_. Elle conservoit ce nom jusqu'à

la rue Saint-Martin, comme on peut le voir sur plusieurs anciens plans.

[Note 144: _Cart. S. Martini._]

_Rue Henri._ Cette rue, ouverte dans le marché Saint-Martin depuis 1765,

donne d'un côté rue Bailly, de l'autre rue Royale. Le nom qu'elle porte

lui a sans doute été donné en l'honneur de Henri Ier, qui rebâtit le

monastère de Saint-Martin.

_Rue Saint-Hugues._ Elle a été ouverte dans le même temps que la

précédente et dans la même direction. Elle est seulement située un peu

plus à l'orient du marché.

_Rue Jean Robert._ Elle fait la continuation de la rue des Gravilliers,

dont elle portoit le nom, ainsi que nous venons de le dire, et aboutit à

la rue Saint-Martin. Celui qu'elle porte actuellement ne lui a été donné

qu'au commencement du siècle dernier.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8) · 第 10 / 46 段