L'historien de l'église de Paris, le P. Dubois, et quelques autres, ont

pensé que cette basilique a toujours été située dans la place qu'elle

occupe encore maintenant. Dubreul, le commissaire Delamare et l'abbé

Lebeuf[108] ont cru, au contraire, que la situation primitive de ce

monastère étoit un peu plus reculée du côté du faubourg Saint-Denis, à

l'endroit où a été bâtie depuis la maison de la congrégation de

Saint-Lazare; et cette opinion paroît la plus vraisemblable. On sera

porté à l'adopter de préférence, si l'on fait attention que le chemin

qui conduit actuellement en ligne droite de Saint-Martin à Saint-Laurent

n'existoit pas alors, mais que, commençant en effet à Saint-Martin, il

se réunissoit un peu au-dessus de cette église, à la grande chaussée qui

conduisoit à Saint-Denis. Cette disposition des lieux ne permet pas de

douter que le fondateur de l'abbaye de Saint-Laurent l'aura plutôt fait

bâtir le long d'un chemin public très-fréquenté, que dans un marais

situé vis-à-vis, et dont le terrain étoit souvent impraticable, tant par

la nature et la position du sol que par l'exhaussement de la chaussée.

Mais comme dans les premiers siècles de la monarchie l'usage d'enterrer

les morts dans les églises ne s'étoit pas encore introduit parmi nous,

ne pourroit-on pas penser que le cimetière de l'ancienne abbaye étoit

situé au même lieu qu'occupe aujourd'hui Saint-Laurent, et que depuis

cette basilique aura pris la place de la chapelle qui, suivant la

coutume établie partout, devoit s'élever au milieu de cet enclos

consacré? Cette opinion n'est point une conjecture vague et dépourvue

d'autorité, elle est appuyée sur la découverte que l'on fit, en creusant

la terre entre l'église et le cimetière vers la fin du dix-septième

siècle, de plusieurs tombeaux antiques en pierre et en plâtre, dans

lesquels on trouva des corps dont les vêtements noirs parurent

semblables à des habits de moines; et nous ajouterons que l'abbé Lebeuf

et les auteurs dont nous avons cité le témoignage ont fait la remarque

importante que le prieuré de Saint-Lazare se trouvoit chargé envers le

chapitre de Notre-Dame de certaines redevances qui, dans l'origine,

avoient été acquittées par l'abbaye de Saint-Laurent, redevances

auxquelles il ne se seroit pas assujetti, si les lieux qu'il occupoit

n'avoient pas autrefois fait partie du territoire de cette abbaye.

[Note 108: Dubreul, p. 866; Delamare, t. I, p. 75; Lebeuf, t.

II, p. 474.]

La situation de ce monastère l'exposoit à toute la fureur des Normands;

et l'on ne peut douter qu'il n'ait été, à plusieurs reprises, dévasté

par ces barbares: car il n'en restoit presque pas de vestiges à la fin

du neuvième siècle. Les religieux qui avoient été forcés de

l'abandonner, ou n'existoient plus, ou manquoient des moyens nécessaires

pour le rétablir, et jusqu'au douzième siècle nos annales n'en font

aucune mention. À cette époque, on voit reparoître l'église de

Saint-Laurent: des lettres de Thibaud, évêque de Paris[109], semblent

faire entendre qu'en 1149 elle appartenoit au prieuré de

Saint-Martin-des-Champs, et l'abbé Lebeuf insinue que ce pouvoit être un

don de cet évêque qui avoit été prieur de ce monastère[110].

[Note 109: _Hist. S. Martini_, p. 156.]

[Note 110: T. II, p. 473. Ces donations ne se faisoient point

sans le consentement du chapitre, qui se réservoit certains

droits et redevances, comme marques de sa juridiction.]

Il n'est pas bien facile d'assigner l'époque précise où cette église

commença à devenir paroissiale. Sauval, Lacaille et Piganiol la placent

en 1180, sans en indiquer la preuve; Dubreul, sous Philippe-Auguste,

lorsque ce prince ordonna de faire élever l'enceinte achevée pendant son

règne; ce qui recule cette époque de dix ans. L'abbé Lebeuf,

très-instruit dans ces matières, ne s'explique pas clairement sur cet

article; cependant il laisse entrevoir qu'il croit à cette paroisse une

plus grande antiquité. Jaillot est du même avis: il ne doute point que

cette église n'ait été baptismale dans des temps antérieurs à la clôture

de Philippe-Auguste: la distance qu'il y avoit entre elle et la ville,

et le nombre considérable d'habitants qui demeuroient sur son

territoire, en sont une preuve qu'il est difficile de combattre. Ce fut

cette multitude d'habitants, dont le nombre augmentoit tous les jours

dans les bourgs environnant Paris, qui donna lieu à l'érection des

curés. Dans le concile tenu en 829 dans cette capitale[111], on voit

qu'il est défendu aux ecclésiastiques de posséder deux cures à la fois;

et celui de 847[112] ordonne aux évêques d'ériger, dans les villes et

dans les faubourgs, des _titres-cardinaux_, c'est-à-dire des paroisses,

et d'y préposer des prêtres: or le prieur de Saint-Martin-des-Champs et

le curé de Saint-Laurent sont nommés parmi ces prêtres-cardinaux[113].

[Note 111: _Hist. eccles. Par_., t. I, p. 346.]

[Note 112: _Ibid._, p. 397.]

[Note 113: _Past._ A, _lib._ 19, cart. 79. C'est de là que les

évêques avoient introduit l'usage de se faire assister à

l'autel, les jours de Noël, de Pâques et de l'Assomption, par

ces prêtres-cardinaux, et qu'à la tête de leur chapitre ils

alloient célébrer la fête patronale dans leurs églises.]

La nomination de cette cure appartenoit au prieur de

Saint-Martin-des-Champs, qui avoit le droit d'envoyer plusieurs

religieux de son monastère officier à la paroisse de Saint-Laurent,

conjointement avec les chanoines députés de Notre-Dame. Ce droit fut

restreint au prieur titulaire seulement, par une déclaration du roi, de

l'an 1726; de sorte que, dans ces derniers temps, il n'y avoit plus que

les députés de l'église métropolitaine qui y vinssent chanter la

grand'messe le 10 août, jour de Saint-Laurent. C'étoit une marque de la

supériorité de l'église-mère sur ces paroisses érigées par elle, et de

leur dépendance de la cathédrale.

L'église de Saint-Laurent, qui subsistoit au douzième siècle, fut

rebâtie au commencement du quinzième, et la dédicace en fut faite le 19

juin 1429 par Jacques du Chatellier, évêque de Paris. On l'augmenta en

1548; elle fut reconstruite en grande partie en 1595; enfin en 1622 on y

fit des réparations considérables, et on y ajouta le portail qui existe

encore aujourd'hui[114].

[Note 114: _Voyez_ pl. 98.]

CURIOSITÉS ET SÉPULTURES.

Il n'y avoit dans cette église aucun tableau remarquable. Elle

possédoit quelques sculptures médiocres de _Gilles Guérin_,

professeur de l'académie royale de peinture et sculpture, mort en

1678, et inhumé sous le jubé. Dans la chapelle de la Visitation

avoit été enterrée _Louise de Marillac_, veuve de M. Legras,

fondatrice et première supérieure des filles de la Charité; et

dans l'église, _Charlotte Gouffier_, épouse de François

d'Aubusson, duc de la Feuillade; morte en 1623.

La paroisse de Saint-Laurent s'étendoit du côté du nord jusqu'au village

de La Chapelle. À l'orient elle comprenoit une partie de la Courtille,

et l'hôpital Saint-Louis; d'un autre côté elle revenoit passer à la

Villette, dont presque toutes les maisons lui appartenoient. Au midi,

elle s'étendoit au-delà des portes Saint-Denis et Saint-Martin, et dans

la rue Saint-Denis, son territoire finissoit à la communauté de

Saint-Chaumont. Du côté de la porte Saint-Martin, il se prolongeoit à

peu près jusqu'aux maisons qui font face à la rue de Montmorenci, ce qui

embrassoit les rues Sainte-Apolline, des Deux-Portes, Guérin-Boisseau,

une portion de la rue Greneta et de la rue du Grand-Hurleur, du côté où

elle touche à celle de Saint-Martin. Saint-Josse et Notre-Dame de

Bonne-Nouvelle étoient succursales de Saint-Laurent.

Il y avoit dans cette église une chapelle d'un revenu considérable,

fondée en 1431 par _Jeanne de Tasseline_, veuve de Regnault de

Guillonet, écuyer-pannetier de Charles VII. Le chapelain étoit à la

nomination du curé[115].

[Note 115: L'église de Saint-Laurent, rendue au culte, est

maintenant l'une des paroisses de Paris.]

LE COUVENT DES RÉCOLLETS.

Le zèle et la ferveur qui s'étoient ranimés dans l'ordre de

Saint-François avoient déjà fait naître deux communautés réformées[116],

lorsque vers la fin du seizième siècle il s'en forma une troisième, non

moins ardente que les autres à ramener la règle à la sévérité primitive

établie par son fondateur. Ceux qui l'embrassèrent prirent le nom de

_frères mineurs de l'étroite observance de saint François_; mais ils

étoient plus généralement connus sous celui de _Récollets_[117].

[Note 116: La première fut celle des Capucins, la seconde fut

celle des religieux du Tiers-Ordre ou Picpus.]

[Note 117: Ce mot vient de _récollection_, qui, en style

mystique, signifie le recueillement, les réflexions que l'on

fait sur soi-même, et l'éloignement de tout ce qui peut nous

en distraire.]

L'étroite observance des frères mineurs avoit pris naissance en Espagne

dès l'an 1484, et de là étoit passée en Italie vers 1525. On voit, par

l'histoire des ordres monastiques[118], qu'elle étoit déjà connue en

France en 1582: mais elle n'y fut reçue qu'en 1592, et les troubles dans

lesquels le royaume étoit alors plongé empêchèrent qu'elle y eût un état

fixe et légal avant 1597. Ce fut à Nevers que s'en fit le premier

établissement.

[Note 118: T. VII, p. 133.]

Le pape Clément VIII ne se contenta pas d'approuver cette réforme, et de

confirmer les bulles de Clément VII et de Grégoire XIII, qui l'avoient

autorisée; il donna encore, en 1601, un bref par lequel il invitoit les

archevêques et évêques de France à assigner aux PP. Récollets un ou deux

couvents dans leurs diocèses. Sur cette invitation du souverain pontife,

Henri de Gondi, alors évêque de Paris, leur donna, la même année, la

permission de s'y établir. Henri IV les prit sous sa protection, et la

piété charitable de deux citoyens obscurs leur procura, dès 1603, un

asile dans cette capitale. _Jacques Cottard_, marchand tapissier, et

_Anne Grosselin_ sa femme, leur prêtèrent d'abord une maison dont ils

étoient propriétaires au faubourg Saint-Laurent, et leur en firent

ensuite, le 4 décembre de la même année, une donation que confirmèrent

des lettres-patentes accordées le 6 janvier suivant. Ces religieux y

firent aussitôt construire une petite église qui fut consacrée par

l'archevêque d'Auch le 19 décembre 1605. Henri IV leur donna en même

temps un champ assez vaste et contigu à leur jardin; et quelques années

après, les libéralités de plusieurs illustres bienfaiteurs[119] leur

fournirent les moyens d'augmenter leurs bâtiments et de faire rebâtir

leur église qu'ils trouvoient trop petite. La reine Marie de Médicis,

qui s'étoit déclarée fondatrice de ce couvent par ses lettres du 5

janvier 1605, posa la première pierre du nouvel édifice, qui fut dédié

le 30 août 1614 sous le titre de l'Annonciation de la Sainte-Vierge.

[Note 119: Le baron de Thisy, son épouse, M. de Bullion, le

chancelier Séguier, etc.]

Les religieux de cet ordre rendoient de grands services à la religion et

à l'État, soit en aidant les prêtres séculiers dans les fonctions du

saint ministère, soit par les prédications dont ils s'acquittoient avec

autant de zèle que de succès[120]. C'étoient ordinairement des Récollets

qu'on envoyoit dans les colonies, et qu'on employoit dans les armées en

qualité d'aumôniers[121].

[Note 120: Cet ordre a produit deux prédicateurs qui ont

honorablement occupé les meilleures chaires de Paris. Le

premier se nommoit _Olivier Juvernay_, et l'autre _Candide

Chalippe_.]

[Note 121: Depuis la révolution on a converti ce couvent en un

hospice consacré à recevoir des hommes indigents attaqués

d'infirmités graves et incurables. On y compte environ quatre

cents lits.]

CURIOSITÉS DU COUVENT DES RÉCOLLETS.

Ce couvent étoit orné de plusieurs tableaux peints par le frère

_Luc_, religieux de cet ordre.

La bibliothèque étoit composée d'environ trente mille volumes; on

y voyoit aussi deux très-beaux globes de _Coronelli_:

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Guichard Faure, baron de Thisy, et Magdeleine Brûlart sa femme,

morts en 1623 et 1635.

Noël de Bullion, président à mortier au parlement de Paris, mort

en 1670.

Françoise de Créqui, épouse de Maximilien de Béthune, duc de

Sully, grand-maître de l'artillerie de France, morte en 1657, et

Louise de Béthune sa fille, morte en 1679;

Gaston, duc de Roquelaure, mort en 1683.

Antoine-Gaston de Roquelaure, duc et maréchal de France, fils du

précédent, mort en 1738.

Marie-Louise de Laval son épouse, morte en 1735.

HÔPITAL DU SAINT-NOM-DE-JÉSUS.

On ignore quel est le fondateur de cet hôpital, non qu'il soit

très-ancien, car son établissement ne date que du milieu du dix-septième

siècle; mais parce que ce fondateur, aussi modeste que charitable,

voulut accomplir à la lettre le précepte de l'Évangile en cachant aux

yeux des hommes les oeuvres de sa charité. Le célèbre Vincent-de-Paul

fut le seul confident de ce bienfait mystérieux.

Le projet de l'inconnu étoit d'assurer, dans un asile convenable, une

retraite paisible à vingt pauvres artisans de chaque sexe que la

vieillesse ou les infirmités mettroient hors d'état de gagner leur vie.

Pour remplir ce dessein, Vincent-de-Paul acheta deux maisons contiguës,

et un assez grand emplacement dans le faubourg Saint-Laurent, un peu

au-dessus de l'église paroissiale; il y fit construire une chapelle et

deux corps-de-logis séparés l'un de l'autre, mais tellement disposés que

les hommes et les femmes pouvoient entendre la même messe et la lecture

qu'on faisoit pendant le repas, sans avoir la faculté de se voir ni de

se parler. Il acheta en même temps des outils et fit dresser des

métiers, afin d'occuper ces pauvres gens selon leur talent et le degré

de leurs forces. L'argent qui lui resta après que toutes ces

dispositions eurent été faites fut converti en une rente annuelle au

profit de l'établissement.

Cet hospice, fondé par contrat du 29 octobre 1653, approuvé par

l'archevêque de Paris le 15 mars 1654, et confirmé par lettres-patentes

du mois de novembre de la même année, étoit sous la direction de MM. de

Saint-Lazare, qui commettoient un prêtre de leur congrégation pour y

dire la messe et y administrer les sacrements: il étoit desservi, quant

au temporel, par les soeurs de la Charité.

Les priviléges qui furent accordés à cette maison lors de son

établissement furent confirmés par d'autres lettres-patentes du mois de

décembre 1720, et par celles de surannation du 11 septembre 1738[122].

[Note 122: Le nombre des pauvres qui étoient entretenus dans

cette maison avoit été réduit, en 1719, à quinze hommes et

quinze femmes; il fut ensuite porté à dix-huit vers la fin du

siècle dernier. C'est maintenant une maison de santé, sous la

direction de l'administration générale des hospices.]

HÔPITAL DE SAINT-LOUIS.

Les suites funestes de la contagion dont la ville de Paris fut affligée

en 1606 firent sentir la nécessité de prévenir dorénavant la

communication rapide de ces désastreuses épidémies, en construisant un

hôpital destiné à recevoir et à séparer sur-le-champ de la société tous

ceux qui en seroient frappés. On avoit d'abord pensé à préparer pour cet

objet l'hôpital du faubourg Saint-Marcel; mais comme on eut bientôt

reconnu qu'il étoit trop petit, on choisit un lieu plus commode entre le

faubourg du Temple et celui de Saint-Martin, dans lequel il fut résolu

qu'on feroit élever un plus vaste édifice. Les administrateurs de

l'Hôtel-Dieu furent chargés de l'exécution de ce projet; et pour leur en

fournir les moyens, le roi, par son édit du mois de mars 1607, accorda à

cet hospice 10 sous sur chaque minot de sel qui se vendroit dans les

greniers de Paris pendant quinze ans, et 5 sous à perpétuité après

l'expiration de ce terme. Assurés d'un tel secours, ces administrateurs

conclurent, le 20 juin de la même année, un marché pour la construction

de cet édifice; et l'on mit dans les travaux une telle activité que la

première pierre de la chapelle fut posée le 13 juillet suivant[123]. On

travailloit en même temps à l'hôpital _de la Santé_ du faubourg

Saint-Marcel; tous les deux furent achevés en quatre ans et demi, et la

dépense totale monta à 795,000 liv. Celui-ci fut nommé l'hôpital

Saint-Louis, non comme l'a dit un auteur (Germain Brice), parce que

Louis XIII régnoit alors, mais par un ordre exprès de Henri IV, dont

l'intention étoit d'honorer la mémoire de ce saint roi, mort de la peste

devant Tunis. L'erreur de cet écrivain est d'autant plus inconcevable

que ce fait étoit constaté sur une inscription gravée au-dessus de la

porte.

[Note 123: Sauval dit que cet hôpital fut commencé par Henri

IV en 1604, et achevé par Louis XIII en 1617. L'abbé Lebeuf et

plusieurs autres en placent la fondation en 1608. Toutes ces

dates manquent d'exactitude.]

Quoique l'octroi accordé fût considérable, il paroît cependant, par les

registres du parlement, qu'il ne se trouva pas suffisant pour subvenir à

toutes les dépenses qu'exigeoit une si grande entreprise. Un arrêt du 4

septembre 1609 autorisa en conséquence les administrateurs de

l'Hôtel-Dieu à emprunter à rente une somme de soixante mille livres, à

mesure que le besoin l'exigeroit, sous la condition qu'ils la

rembourseroient, dans la suite, du produit de cet octroi. C'étoit dans

la même intention que, dès le mois d'août précédent, le roi avoit adjugé

à l'Hôtel-Dieu l'argenterie et les ornements d'église employés au

service de la confrérie des changeurs, anciennement établie dans

l'église de Saint-Leufroi, et qui avoit cessé d'exister.

Cet hôpital étoit, comme nous l'avons dit, principalement destiné à

recevoir les personnes attaquées de maladies contagieuses; mais comme de

tels fléaux ne sont heureusement que passagers, on fut quelque temps

incertain de savoir quelle destination on lui donneroit dans les longs

intervalles qui séparent la courte durée de ces épidémies. Un projet

charitable conçu par madame de Bullion indiqua bientôt le parti qu'il

étoit possible d'en tirer. Cette dame, touchée de l'état de détresse où

se trouvoient une foule de convalescents qui, n'étant plus assez malades

pour rester à l'Hôtel-Dieu, n'avoient cependant point encore recouvré

les forces nécessaires pour reprendre leurs travaux et pourvoir à leur

subsistance, avoit formé le projet de procurer un asile momentané à

quelques-uns d'entre eux, et venoit de fonder à cet effet un hospice

pour huit personnes sortant de l'hôpital de la Charité. L'exemple étoit

assez beau pour n'être pas perdu, et l'on résolut de faire en grand,

dans l'hôpital Saint-Louis, ce qu'elle n'avoit pu exécuter qu'en petit.

Le cardinal de Mazarin légua, dans cette vue, une somme de 70,000 liv. à

l'Hôtel-Dieu; le duc de Mazarin y ajouta 30,000 liv.; les libéralités

réunies de quelques autres personnes formèrent une troisième somme de

60,000 liv.; et pour faciliter encore une entreprise aussi utile, on

unit à l'Hôtel-Dieu le prieuré de Saint-Julien-le-Pauvre. Malgré de si

généreux secours, il s'en falloit cependant encore de beaucoup que ce

capital fût suffisant même pour la dépense des bâtiments nécessaires; et

il eût été imprudent de les commencer sans savoir comment on pourroit

soutenir les charges de ce nouvel établissement. Les administrateurs de

l'Hôtel-Dieu demandèrent en conséquence la permission de faire dans

l'hôpital Saint-Louis une épreuve de la dépense la plus indispensable,

afin de voir s'ils pourroient la soutenir; cette demande leur fut

accordée par arrêt du 24 novembre 1676, sous la condition néanmoins que,

si la ville se trouvoit affligée de quelque mal contagieux, ils seroient

obligés de faire retirer les convalescents de l'hôpital, pour le laisser

libre aux malades. L'épreuve fut tentée, et elle eut tout le succès

qu'on en pouvoit désirer.

En 1709, la rigueur de l'hiver, et la misère qu'elle occasionna,

causèrent différentes maladies, et principalement le scorbut. L'hôpital

Saint-Louis fut aussitôt destiné à recevoir tous ceux qui en étoient

attaqués; et comme le nombre en étoit très-considérable, on augmenta les

bâtiments, on répara les anciens, et on les mit dans l'état où on les

voyoit en 1789.

L'architecture d'un hôpital doit avoir un caractère particulier. Les

points les plus essentiels pour arriver au but important qu'on se

propose dans la construction d'un semblable édifice consistent dans une

situation avantageuse, une étendue de terrain suffisant, surtout une

distribution bien entendue du plan, qui permette la réunion de toutes

les choses nécessaires au service intérieur, et une disposition telle

qu'elles puissent toutes, sans confusion, se prêter un mutuel secours.

Toute décoration seroit superflue; il suffit qu'à l'extérieur les masses

soient grandes, simples et régulières.

Sous ces différens rapports, on peut présenter le plan de l'hôpital

Saint-Louis comme un modèle en ce genre, et le meilleur qui existe à

Paris.

Autour d'une grande cour de cinquante-deux toises carrées, servant de

promenoir commun aux malades, s'élèvent quatre grands corps de bâtiment,

contenant au rez-de-chaussée huit salles et huit pavillons. Ces huit

salles ont vingt-quatre toises de longueur sur quatre de largeur, et

onze pieds d'élévation. Elles sont partagées en deux nefs par un rang de

piliers qui soutiennent les voûtes. Les huit pavillons d'entrée ont

chacun cinq toises et demie en carré, et sont voûtés à la même hauteur

que les deux salles. Deux de ces pavillons renferment des escaliers,

deux contiennent des chapelles, deux autres des chauffoirs; les deux

derniers servent de vestibule.

Le premier étage a la même étendue et la même distribution que le

rez-de-chaussée; les greniers placés au-dessus sont absolument vacants.

Au sommet des pavillons on a pratiqué des lanternes pour l'épurement de

l'air.

Indépendamment de toutes les précautions particulières, dont aucune n'a

été négligée pour la perfection de cet établissement, les dispositions

générales sont telles que le grand bâtiment qui contient les malades est

totalement isolé par une cour plantée d'arbres, laquelle forme un

intervalle de seize toises entre ce bâtiment et un premier mur de

clôture.

C'est sur ce mur que sont appuyées toutes les constructions qui forment

les logements des personnes attachées au service des malades, les dépôts

et les magasins: près de là sont les pompes, les lavoirs, etc.

Derrière cette première clôture règne, dans tout le pourtour, un

très-grand espace employé aux jardins, aux cours, aux cuisines, à la

boulangerie, au logement des personnes occupées de ces différents

services. Elles ne peuvent jamais pénétrer dans la première clôture pour

y porter les aliments, et les personnes de l'intérieur ne peuvent la

franchir pour les recevoir: l'introduction s'en fait par le moyen d'un

tour placé dans un pavillon construit à cet effet.

Ces cours et ces jardins sont entourés d'un second mur de clôture, à

vingt toises de distance de la voie publique. Au-delà, et d'un côté

seulement, sont deux autres terrains[124] séparés par une cour qui

conduit à l'église[125]. Ce dernier bâtiment est construit de manière

que les personnes du dehors peuvent entrer dans la nef, et celles de la

maison dans le choeur, sans se communiquer.

[Note 124: _Voy._ pl. 99.]

[Note 125: L'un est un verger, l'autre un jardin botanique.]

Ce beau monument, élevé sur les dessins d'un architecte nommé Claude

Châtillon, est contenu dans un parallélogramme de cent quatre-vingts

toises de longueur sur cent vingt de largeur, ce qui donne une

superficie de vingt-un mille six cents toises. Au moment de la

révolution, il contenoit mille malades[126].

[Note 126: L'hôpital Saint-Louis existe encore, et contient

huit cents malades; il est particulièrement destiné aux

personnes des deux sexes qui sont attaquées de maladies

chroniques, dartres, teignes et gales compliquées.]

HÔTELS ANCIENS ET NOUVEAUX.

_Hôtel de Châlons._

Cet hôtel, dont nous avons parlé à l'article des religieuses carmélites,

existoit dès le commencement du douzième siècle dans la rue Chapon; il

appartenoit alors aux archevêques de Reims. On trouve qu'il fut ensuite

aliéné et racheté par eux en 1266. Les évêques de Châlons l'achetèrent

au commencement du siècle suivant.

_Hôtel de Montmorenci, et Maison de Nicolas Flamel._

Cet hôtel étoit situé dans la rue de ce quartier qui jusqu'à ce jour a

conservé le nom de rue de Montmorenci. Sauval[127] et ses copistes

prétendent que Nicolas Flamel avoit fait bâtir et fondé un hôpital dans

cette même rue. Sauval s'est trompé: il est vrai que cet homme

charitable possédoit une maison dans cette rue, sur le mur de laquelle

il avoit fait sculpter des figures et des caractères, et qu'entre les

legs qu'il avoit faits à sa servante, on trouve énoncé: «Le louage par

bas de la maison haute où est le puits, en la rue de Montmorenci;» mais

il ne dit point que ce fut un hôpital, il ne donne point à entendre que

le _haut_ fût occupé par des pauvres et des pélerins; on ne trouve nulle

part de trace de cette fondation; et certes il n'eût pu oublier de faire

un legs à un hôpital que lui-même auroit fait bâtir, lui qui en avoit

fait à tous les hôpitaux.

[Note 127: T. III, p. 307.]

_Maison de la rue Saint-Martin._

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 4/8) · 第 9 / 46 段