du quatorzième siècle, que le chanoine pleban ou curé se vit dans la
nécessité de demander un coadjuteur, qui lui fut accordé. Ils
partageoient entre eux les fonctions curiales, et les remplissoient
alternativement; cependant la prééminence et quelques prérogatives
utiles et honorifiques distinguoient le premier du second. Tous les deux
étoient nommés _chefciers_[48].
[Note 48: Les auteurs se sont partagés sur l'étymologie de ce
mot: les uns le font dériver de la cire que ces dignitaires
prenoient, _capicerius à capiendâ cerâ_; d'autres disent
_capitiarius à capitio_, qui est le chevet de l'église, ou le
sanctuaire dans lequel se portoient les offrandes. Dom
Mabillon et l'abbé Lebeuf ont adopté cette dernière
étymologie. Jaillot pense, au contraire, que chefcier, en
latin, _capicerius_, venant de _caput_ et de _cera_, est la
même chose que _primi cerius_, parce que, selon lui, le
chefcier étoit le premier inscrit sur une petite planche
enduite de cire, qui contenoit la table ou liste des
ecclésiastiques d'une église, et que la dignité de chefcier
répondoit à celle de primicier, qui jouissoit dans d'autres
églises de la même prérogative.]
L'établissement de deux chefciers ou curés à Saint-Merri, contraire à
l'esprit et aux lois de l'église, fut quelquefois une source de scandale
et de division. Il subsista cependant jusqu'en 1683 que le projet de la
réunion des deux cures fut approuvé par une bulle d'Innocent XI. La
transaction passée en conséquence entre les deux curés, le 12 avril de
la même année, fut ratifiée par l'archevêque, par le chapitre de
Notre-Dame et par les marguilliers de Saint-Merri, dans le courant du
mai 1685; tous donnèrent leur consentement à l'exécution des
lettres-patentes obtenues à cet effet au mois d'avril précédent; elles
furent enregistrées au parlement le 25 mai de la même année.
Le chapitre de Saint-Merri étoit composé du chefcier curé, de six
chanoines et de six chapelains en titre. Tous ces bénéfices étoient
conférés par deux chanoines de Notre-Dame, qui jouissoient exclusivement
de ce droit attaché à leur canonicat.
L'église qui subsiste aujourd'hui, bien qu'elle ait été bâtie sous le
règne de François Ier, est d'une architecture gothique. On y fit, dans
le siècle dernier, de grandes réparations et beaucoup d'embellissements,
suivant le goût du temps, c'est-à-dire qu'ils étoient d'une extrême
richesse et d'un style peu sévère.
Le choeur avoit été décoré sur les dessins des frères Slodtz. Les
arcades en étoient revêtues d'un stuc imitant le marbre; celles du
sanctuaire étoient enrichies de bas-reliefs représentant des vases
sacrés. On y voyoit la châsse de saint Merri soutenue par deux anges;
elle étoit d'argent, enrichie de pierres précieuses, et contenoit la
plus grande partie de ses reliques. Le grand autel, isolé en forme de
tombeau, étoit orné, dans ses faces et dans ses encognures, de consoles
de bronze doré; et deux anges placés au bas du choeur soutenoient les
pupitres de l'épître et de l'évangile: du reste, l'intérieur est
composé, comme le plus grand nombre des églises gothiques, d'une nef
étroite, de bas côtés et de chapelles[49].
[Note 49: _Voyez_ pl. 94. Cette église est une de celles que
la rage révolutionnaire a le plus épargnées. Le choeur a
conservé presque toutes ses décorations; les vitraux même
n'ont été que très-peu endommagés. C'est maintenant une des
paroisses de Paris.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-MERRI.
TABLEAUX.
Dans la chapelle de la Communion, les Pélerins d'Emmaüs, par
_Charles Coypel_.
Le Purgatoire, par _Couet_.
La réparation de la sainte Hostie, par _Belle_.
Dans une autre, près de la sacristie, une Adoration des bergers,
par _d'Ulin_.
Dans les quatre chapelles de la croisée, lesquelles étoient
décorées de colonnes de marbre, la Vierge et l'enfant Jésus, par
_Carle Vanloo_.
Saint Charles Borromée, par le même.
Un tableau de _Vouet_.
Un tableau de _Restout père_.
Dans la seconde chapelle à gauche, près le choeur, un tableau en
mosaïque fort estimé, représentant la Vierge et l'enfant Jésus
entre deux anges; il étoit de _David Florentin_, et avoit été
apporté d'Italie en 1496 par Jean de Ganay, qui avoit suivi le
roi Charles VIII dans son expédition.
Les tapisseries de cette église, faites sur les dessins de _Louis
Lerambert_, sculpteur de l'académie, représentoient l'histoire de
N. S. J. C.
Les amateurs de la peinture sur verre admiroient, à Saint-Merri,
plusieurs vitraux exécutés dans le seizième siècle, c'est-à-dire
dans le temps où cet art étoit parvenu à son dernier degré de
perfection, par les plus habiles artistes de ce genre.
_Pinaigrier_ en avoit peint plusieurs; mais on cite entre autres
une Suzanne qui passoit pour le chef-d'oeuvre de _Parroy_, autre
célèbre peintre sur verre. Ce morceau avoit été déposé pendant la
révolution au Musée des monuments françois.
SÉPULTURES.
Dans cette église étoient inhumés Jean de Ganay, premier
président au parlement, puis chancelier, mort en 1512.
Simon Marion, avocat général, jurisconsulte d'une grande
réputation, mort en 1699.
Jean Chapelain, de l'Académie françoise, auteur de _la Pucelle_,
mort en 1674[50].
Arnaud, marquis de Pomponne, ministre d'état, mort en 1699.
Jean Auberi, marquis de Vastan, mort en 1711.
[Note 50: Ce poète, qui fut pendant si long-temps l'oracle de
la littérature, où son nom est depuis devenu ridicule, avoit
été gratifié par ses héritiers bénévoles, et sans doute assez
satisfaits de son riche héritage[50-A], d'une épitaphe qu'on
pouvoit lire encore avant la révolution, et qui certainement
est une des plus curieuses que la flatterie ait jamais
imaginées; la voici:
_D. O. M. S. Et memoriæ sempiternæ D. Clar. Joannis_ Chapelain
_regi à consiliis; qui præter exquisitam rei poëticæ
cognitionem, scriptis immortalibus abunde publico testatam,
tot tantasque dotes animo complectebatur, ut universum
virtutis bonarumque artium nomen quàm latè diffunditùr, hic
collegisse semet ac fixisse sedem videri posset. Prudentiæ
singularis, comitatis, candoris, integritatis, studii in
demerendis non minùs exteris quam popularibus suis, præsertìm
à disciplinâ liberaliori instructis quibuscumque, ut nunquam
non parati, sed sic prorsùs indefessi, rarissimo et amabili
planè exemplo. Is principum tempestatis suæ virorum, at in
hisce maximorum regum_ Ludovici _utriusque, patris et filii_,
Armandi _adhæc_ Richelii, _tum_ Julii Mazarini, _præcipuè
verò_ Longavillæi _ducis, munificum favorem solidè consecutus
cùm esset, hâc omni prærogativâ tamen adeò sibi moderatè
utendum est arbitratus, ut intra privati laris angustias
adfluentis ultrò fortunæ atque ad majora identidem invitentis
auram modestus coerceret. Hæredes animum, uti par erat,
professi gratum, benemerenti posuerunt. Vixit an. 78, mens. 2,
dies 18. Obiit Lutetiæ natali in solo an. 1674, die 22
februarii_.]
[Note 50-A: On sait que Chapelain étoit de la plus sordide
avarice, et que cet homme, qui se refusoit le plus absolu
nécessaire, laissa, après sa mort, plus de cinquante mille
écus.]
CIRCONSCRIPTION.
On ne peut représenter le circuit et l'étendue de la paroisse de
Saint-Merri qu'à diverses reprises, son territoire embrassant plusieurs
parties fort éloignées les unes des autres; mais on peut faire le tour
de la portion principale de la manière suivante:
En sortant de l'église et allant toujours à la gauche des rues, il faut
suivre ainsi la rue des Arcis, puis celle de la Planche-Mibrai; entrer
dans le haut de la rue de la Vannerie, la suivre à gauche, ainsi que la
rue de la Coutellerie; remonter la rue de la Poterie dans son côté
gauche, et le même côté de la rue de la Verrerie, depuis le coin de la
rue du Renard; entrer dans la rue Barre-du-Bec, dont la plus grande
partie étoit de cette paroisse, ainsi que les rues Sainte-Croix, du
Plâtre et des Blancs-Manteaux, mais seulement dans les extrémités qui
aboutissoient à la rue Sainte-Avoie. Elle avoit aussi la rue
Geoffroi-Langevin tout entière, et tournant à gauche au bout de cette
rue, le côté gauche de la rue Beaubourg. Mais, depuis le coin de la rue
de la Corroyerie, les deux côtés de cette même rue Beaubourg lui
appartenoient. On entre ensuite dans la rue Maubué, dont elle avoit le
côté gauche; enfin, à partir du bout de cette rue elle avoit le côté
gauche de la rue Saint-Martin jusqu'à Saint-Merri. Dans ce circuit
étoient renfermées les rues de la Verrerie en partie, de la Lanterne, de
Saint-Bon, de la Tacherie, de Jean-Pain-Molet, de Taille-Pain,
Brise-Miche, du Renard, Neuve-Saint-Merri, du Poirier, Pierre-Aulard et
Simon-le-Franc.
Cette paroisse offroit les écarts suivants:
1º. Du côté de Saint-Julien-des-Ménétriers, elle avoit la rue des
Petits-Champs, la rue de la Cour-du-More, jusqu'aux culs-de-sacs de
Clairvaux et des Anglais, avec les maisons de la rue Saint-Martin et de
la rue Beaubourg, qui font le retour de la rue des Petits-Champs; de
plus, le côté gauche du cul-de-sac Bertrand et de la rue Beaubourg.
2º. Dans la rue Saint-Denis, à partir de l'église du Sépulcre, elle
embrassoit toutes les maisons situées du même côté jusqu'au coin de la
rue Aubry-le-Boucher, où elle possédoit encore deux maisons.
3º. Dans la rue Saint-Martin elle avoit quelques maisons après la rue
Aubry-le-Boucher jusqu'au-delà de la rue de Venise; de plus, elle
renfermoit la rue de Venise en son entier, le cul-de-sac du même nom qui
est au bout, et quelques maisons dans la rue Quincampoix.
Outre le corps de saint Merri, cette église possédoit un grand nombre
d'autres reliques dont l'abbé Lebeuf donne l'histoire et la
description[51].
[Note 51: T. I, p. 260.]
_Hospice de Saint-Merri._
Cet hospice, situé dans le cloître Saint-Merri, fut fondé, le 15
décembre 1783, en faveur des pauvres de cette paroisse. On y comptoit
seize lits. Les malades y étoient soignés par les soeurs grises[52],
sous l'administration du curé et de MM. de la Charité. Les écoles de
charité situées derrière cet hospice avoient leur entrée par la rue
Brise-Miche.
[Note 52: Cet hospice existe encore sous la surveillance du
bureau de Bienfaisance.]
LES JUGES CONSULS.
La maison de la juridiction consulaire, actuellement nommée _tribunal de
commerce_, étoit située dans le cloître Saint-Merri, derrière le chevet
de cette église. Les juges consuls furent établis à Paris par un édit de
Charles IX du mois de novembre 1563, pour connoître et décider
sommairement toutes contestations entre marchands et autres, pour le
fait de la marchandise, et les juger sans appel, pourvu toutefois que la
demande n'excédât pas 500 livres. L'établissement de cette juridiction,
dont on ne connoissoit pas encore toute l'utilité, souffrit d'abord
quelques difficultés, et le parlement n'enregistra l'édit que par
provision, et pour obéir aux lettres de jussion qui lui furent adressées
à ce sujet; mais l'enregistrement s'en fit ensuite purement et
simplement au mois de janvier 1565.
Les juges consuls prirent d'abord l'auditoire de Saint-Magloire pour y
tenir leurs séances; mais, le 16 novembre 1570, ayant acheté dans le
cloître Saint-Merri la maison du président Baillet, ils y firent faire
les dispositions nécessaires pour y établir leur tribunal, et s'y
installèrent peu de temps après. Cette juridiction consulaire étoit
composée d'un juge et de quatre consuls, et tenoit ses séances trois
fois par semaine[53].
[Note 53: Ce tribunal a subi peu de changements; le nombre des
juges est toujours le même. Il vient d'être transporté dans le
nouveau bâtiment de la Bourse, élevé sur le terrain des
Filles-Saint-Thomas. (_Voyez_ p. 291, 1re partie de ce vol.)]
CURIOSITÉS.
Au-dessus de la principale porte de la maison consulaire, une
statue de marbre par _Guillain_, représentant Louis XIII.
Dans la salle d'audience, un tableau représentant le jugement de
Salomon.
Le roi Charles IX remettant aux juges consuls l'édit de leur
création, par _Porbus_.
Le portrait en pied et grand comme nature, de Louis XV, dont ce
prince avoit fait présent, en 1758, à ce tribunal.
La salle du conseil étoit ornée d'un tableau de _Lagrenée_ le
jeune, représentant le buste de Louis XVI soutenu par la Justice.
Les consuls portoient le titre de _Sire_. Cette qualification
appartenoit autrefois indistinctement à tous les seigneurs françois
d'une haute naissance: on disoit le _sire de Joinville_, le _sire de
Coucy_; mais depuis le seizième siècle elle n'a plus été donnée qu'aux
rois et aux consuls en charge.
L'ÉGLISE SAINT-JULIEN-DES-MÉNÉTRIERS.
Le surnom de cette église indique quels furent ses fondateurs. On
rapporte qu'en 1330 deux ménétriers ou joueurs d'instruments, touchés de
compassion de voir une femme paralytique que son extrême misère forçoit
à rester nuit et jour exposée aux injures du temps, formèrent
sur-le-champ le charitable dessein de fonder, dans l'endroit même où ils
avoient trouvé cette infortunée, un petit hôpital qui pût servir d'asile
aux pauvres passans. Ce terrain, situé dans la rue Saint-Martin, un peu
au-dessus de Saint-Merri, appartenoit à l'abbesse de Montmartre, qui
consentit à le leur vendre, moyennant cent sous de rente et huit livres
payables en six ans. L'acte, daté de la même année 1330, le dimanche
avant Saint-Denis, nous apprend que ces deux hommes se nommoient
_Jacques Grare_ et _Huet_ ou _Hugues Le Lorrain_. L'hôpital fut aussitôt
bâti; les ménétriers, qui étoient déjà formés en confrérie, s'unirent
alors aux deux fondateurs par un nouvel acte du 21 août 1331, et
obtinrent la permission de faire construire une chapelle, sous la
condition de la doter de seize livres. Cette condition ayant été
remplie, l'hôpital fut dès lors connu sous le nom de _Saint-Julien_ et
_Saint-Genès_, et la chapelle dédiée sous ceux de _Saint-Georges_,
_Saint-Julien_ et _Saint-Genès_. Le pape, le roi, l'évêque de Paris
approuvèrent cet établissement, et la chapelle fut érigée en bénéfice à
la nomination des ménétriers.
Les choses restèrent en cet état jusqu'au mois de novembre 1644, que
l'archevêque de Paris jugea à propos de charger les pères de la Doctrine
Chrétienne du soin de desservir cette chapelle, qui fut définitivement
unie à leur congrégation en 1649. Cette union excita de vives
réclamations de la part de la confrérie des Ménétriers, et fit naître
d'assez longues contestations dont le détail ne présenteroit aujourd'hui
aucun intérêt, et qui furent définitivement terminées en 1658, par un
arrêt qui confirma les pères de la Doctrine Chrétienne dans la
possession de cette chapelle. Les ménétriers n'y conservèrent que le
droit de nommer un chapelain, et quelques autres prérogatives dont
jouissoient ordinairement les fondateurs.
L'église ou chapelle des Ménétriers n'avoit rien de remarquable ni dans
son architecture ni dans ses ornemens intérieurs. On remarquoit
seulement, parmi les figures de ronde-bosse qui en ornoient le portail,
celle d'un jongleur qui tenoit un instrument de ce temps-là que l'on
nommoit _vielle_ ou _rebec_, et dont on jouoit avec un archet[54].
[Note 54: Cette petite église a été changée en maison
particulière.]
LES RELIGIEUSES CARMÉLITES DE LA RUE CHAPON.
Ces religieuses, établies dès 1604 au faubourg Saint-Jacques, durent ce
second établissement à la faveur de la jeune reine Anne d'Autriche, qui
protégeoit leur ordre institué en Espagne, et qui en désiroit
l'accroissement. Sur l'autorisation qu'elle leur fit obtenir de la
puissance spirituelle, les nouvelles Carmélites se logèrent d'abord dans
une maison située rue Chapon, où elles furent entièrement installées le
8 septembre 1617; mais ayant bientôt reconnu les inconvénients d'une
demeure qui n'étoit ni assez spacieuse ni assez commode pour une
communauté, elles jetèrent les yeux sur un hôtel voisin dont l'évêque et
le chapitre de Châlons[55] étoient propriétaires. Ceux-ci donnèrent
leur consentement à cette transaction dès le mois de janvier 1618; et en
1619, Cosme Clausse de Marchaumont, alors évêque de cette ville, en fit
la vente aux religieuses Carmélites. Le contrat, passé le 6 août de
cette année, fut ratifié le 6 septembre suivant par l'archevêque de
Reims, et approuvé par lettres-patentes du 23 janvier 1621, enregistrées
le 16 mars de la même année. Cette communauté y est appelée _Prieuré et
couvent de la Sainte-Mère de Dieu, ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel_.
[Note 55: Cet hôtel appartenoit, au douzième siècle, aux
archevêques de Reims: il fut ensuite aliéné et racheté par eux
en 1266. Les évêques de Châlons l'acquirent dès le
commencement du siècle suivant.]
Les Carmélites avoient pris possession de leur nouvelle habitation dès
le mois d'octobre 1619. Aidées des libéralités de madame la duchesse
douairière d'Orléans-Longueville, de M. le duc son fils, et de plusieurs
autres personnes, elles y firent construire les lieux réguliers, et une
chapelle qui fut dédiée en 1625. La sage économie qu'elles mirent dans
leur administration leur permit, peu d'années après, de faire dans le
voisinage des acquisitions qui étendirent considérablement leur enclos,
lequel comprenoit un grand espace entre les rues Chapon et de
Montmorenci.
Le roi, par ses lettres-patentes du mois d'avril 1688, amortit toutes
ces acquisitions, et mit le dernier sceau de l'autorité à cet
établissement. Sur le consentement de l'archevêque de Paris du 15 juin,
et sur l'avis du lieutenant de police et du prévôt des marchands et des
échevins, des 15 et 28 juillet, ces lettres furent enregistrés le 17
août de la même année. Comme on y lit que «le roi amortit la moitié de
la maison des religieuses de l'Incarnation, acquise par les Carmélites,
et comprises dans leur couvent et enclos,» on pourroit peut-être en
inférer qu'il y avoit eu en cet endroit un couvent de l'Incarnation, ce
qui seroit une erreur. Il s'agit seulement de la première habitation de
ces religieuses, rue Chapon, laquelle appartenoit aux Carmélites de la
rue Saint-Jacques, dont le monastère étoit dédié sous le titre de
l'Incarnation.
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
Sur le maître-autel une Nativité de _Simon Vouet_. Dans le choeur
des religieuses, dix-neuf tableaux représentant une partie de la
vie de J.-C., par _Verdier_ et _Chéron_.
SÉPULTURES.
Catherine de Gonzague et de Clèves, duchesse douairière
d'Orléans-Longueville, l'une des principales bienfaitrices de ces
religieuses, avoit été inhumée dans le cloître de cette maison.
Le couvent et la chapelle n'avoient rien de remarquable[56].
[Note 56: Le couvent des Carmélites a été en partie détruit,
en partie changé en maisons particulières.]
SAINT-NICOLAS-DES-CHAMPS.
Tous les anciens historiens[57] ont été dans l'erreur au sujet de cette
église, en avançant que le roi Robert avoit un palais près de
Saint-Martin-des-Champs, et que Saint-Nicolas en étoit la chapelle. La
critique plus exacte des antiquaires du dix-huitième siècle a prouvé que
ce prétendu palais n'avoit jamais existé, et que ces premiers
compilateurs, pour avoir mal compris le véritable sens des passages
d'_Helgaud_ et de _Guillaume de Nangis_, ont attribué à l'oratoire dont
il est ici question ce qui ne doit s'entendre que de la chapelle de
Saint-Nicolas au Palais, dont nous avons parlé en décrivant ce monument.
_In civitate Parisius ecclesiam (ædificavit) in honore sancti Nicolai
Pontificis in Palatio._ Tels sont les termes dont se sert l'ancien
historien de la vie du roi Robert.
[Note 57: Dubreul, Belleforet, Delamarc, dom Marrier.]
On peut ajouter que cette chapelle de Saint-Nicolas ayant été bâtie
vers l'an 1030, au rapport de Nangis, cette époque, beaucoup trop
reculée, ne peut convenir à Saint-Nicolas-des-Champs, puisque cette
dernière chapelle fut construite pour l'usage des domestiques de
Saint-Martin-des-Champs et de ceux qui vinrent former des habitations
sur son territoire; et que ce monastère, ruiné depuis long-temps de fond
en comble, n'avoit été lui-même rebâti que sous le règne de Henri Ier,
qui succéda à Robert en 1031.
Si l'époque précise de l'érection de cette chapelle est enveloppée de
quelque obscurité, on a du moins des preuves qu'elle existoit en 1119,
par une bulle de Calixte II, du 5 des calendes de décembre (27 novembre)
de cette même année[58], dans laquelle il est fait mention de la
chapelle de Saint-Nicolas, située près du monastère Saint-Martin; et
comme il n'en est pas parlé dans les bulles d'Urbain II, du 14 juillet
1097, et de Paschal II, du 30 avril 1108, on peut en inférer que la
chapelle de Saint-Nicolas n'avoit pu être bâtie qu'entre les années 1108
et 1119.
[Note 58: _Hist. S. Martini_, p. 157.]
L'abbé Lebeuf a pensé que cette chapelle pouvoit bien être déjà
paroisse vers cette année 1119[59], quoiqu'on ne la trouve désignée
sous ce titre que vers l'an 1220. Il se fonde sur ce que
Saint-Jacques-la-Boucherie, qui étoit certainement paroisse à cette
époque, est qualifié encore de chapelle dans les années 1175 et 1176.
»C'étoit, ajoute-t-il, une paroisse desservie dans une chapelle,
laquelle suffisoit pour contenir ceux qui en étoient paroissiens.»
[Note 59: T. I, p. 326.]
Jaillot, qui dans ces matières pousse l'exactitude jusqu'au scrupule,
trouve l'opinion de l'abbé Lebeuf un peu hasardée, parce que, dit-il,
les deux églises dont il est ici question sont mentionnées dans les
mêmes bulles avec des qualifications spécialement différentes. On y
désigne Saint-Nicolas comme une simple chapelle, et Saint-Jacques comme
une chapelle paroissiale. _In suburbio Parisiacæ urbis capellam
Sancti-Jacobi cum PAROCHIA. Propè monasterium Sancti-Martini, CAPELLAM
Sancti-Nicolai._ Il en conclut que cette distinction n'eût point été
faite si ces deux chapelles avoient été également décorées du même
titre[60].
[Note 60: Quart. S. Mart., p. 55.]
Le même auteur ajoute qu'elle existoit sous le titre de paroisse en
1184, ce qu'il avance cependant sans en donner une preuve décisive.
Cependant on ne peut douter qu'elle n'eût cette qualité avant l'an
1220, et la preuve s'en trouve dans un acte de cette même année, où
elle est qualifiée du titre d'_ecclesia_, de manière à faire
clairement entendre qu'elle le possédoit depuis long-temps; il suffit
de le lire pour s'en convaincre. En effet, jusqu'à cette époque, la
cour de Saint-Martin-des-Champs avoit tenu lieu de cimetière, quoique
la disposition du lieu la rendît peu propre à cet usage. Cet
emplacement n'étoit point fermé, et ne pouvoit l'être sans causer un
notable préjudice au monastère; il étoit étroit, malpropre, et les
enterremens fréquens troubloient le repos des religieux. Ces
inconvéniens engagèrent l'abbé de Saint-Martin et Gautier, prêtre de
l'église de Saint-Nicolas, à demander à Guillaume de Seignelai, évêque
de Paris, la translation de ce cimetière dans un autre endroit. Ce
prélat y consentit, et dans les lettres qu'il donna à cet effet, en
date du mois de mars 1220[61], on lit que l'_église de Saint-Nicolas
n'avoit point de cimetière suffisant pour enterrer les PAROISSIENS: ad
sepelienda corpora defunctorum de PAROCHIA ejusdem ecclesiæ; que le
peuple de cette PAROISSE s'étoit si fort augmenté que ceux qui
mouroient sur cette paroisse, etc._ Ces expressions de _prêtre_ et de
_paroisse_ ne permettent pas de douter que la chapelle de
Saint-Nicolas ne fût une cure en forme avant l'époque des lettres de
Guillaume de Seignelai. C'est de là que Jaillot conjecture qu'elle
avoit été érigée en titre peu après qu'on eut entièrement achevé le
monastère de Saint-Martin.