lorsqu'il est resté fidèle à ses souverains légitimes. Depuis la guerre
du bien public, ses murs n'étoient plus menacés par des armées ennemies;
les factions étoient éteintes, et chacun jouissoit avec délices d'une
paix qui ne fut momentanément troublée que par quelques-uns de ces
événements qui, dans certaines circonstances, sont au-dessus de toute
prévoyance humaine. On a déjà pu remarquer que, dans ces temps d'une
police encore imparfaite[30], les maladies épidémiques étoient beaucoup
plus fréquentes que de nos jours, où le soin que l'on donne à
l'entretien de la propreté des rues maintient dans l'air une salubrité
suffisante pour la santé des citoyens. En 1466 Paris fut affligé d'un
fléau de ce genre, que la superstition attribua à l'apparition d'une
comète, mais dont la véritable cause fut une pluie continuelle, suivie
tout à coup d'excessives chaleurs. Cette peste emporta dans l'espace de
deux mois plus de quarante mille habitants de cette grande cité, et ne
commença que vers l'automne à ralentir son activité meurtrière[31]. Une
catastrophe si remarquable en elle-même le devint encore davantage par
le moyen bizarre et condamnable que Louis XI employa pour réparer la
population sensiblement diminuée de sa capitale. Ce fut d'ouvrir un
asile à toutes sortes de personnes indistinctement, gens perdus de
dettes, notés d'infamie, chargés de crimes, voleurs, assassins: les
criminels de lèse-majesté furent seuls exceptés. Un historien observe
avec raison que depuis la fondation de Rome on n'avoit rien imaginé de
pareil, et qu'une si honteuse association apportoit dans la ville une
peste morale pire que le fléau physique qui l'avoit ravagée. On ignore
du reste quel fut le résultat de cette étrange opération; mais ces
calamités dont Paris avoit été affligé dans les premières années de ce
règne se renouvelèrent encore peu de temps avant la mort du roi[32]. Une
famine affreuse désola le royaume entier, et surtout l'Île-de-France; la
misère fut telle que l'on vit les habitans des campagnes, chassés par la
faim de leurs tristes demeures, se précipiter en foule dans la capitale
pour y chercher une subsistance qu'on ne pouvoit que difficilement leur
procurer. Ils arrivoient, exténués par une longue abstinence, traînant
avec eux leurs familles mourantes; les hôpitaux pouvoient à peine les
contenir; presque tous y périrent, et leur séjour fut surtout funeste
aux Parisiens, parce qu'à la famine succéda une fièvre ardente qui
s'étendit sur la ville entière et moissonna de nouveau un grand nombre
de ses habitants[33]. Du reste, dans l'espace de près de vingt années
que régna encore Louis XI depuis cette guerre du bien public, rien de
plus stérile que l'histoire de Paris. Les fêtes politiques données aux
ambassadeurs d'Aragon; l'arrivée du roi de Portugal, et la réception
très-peu royale[34] qui lui fut faite, quelques autres fêtes données à
l'occasion des événements les plus importants de ce règne; la revue
militaire que le roi voulut faire des Parisiens[35], dans un voyage
qu'il fit dans leur ville, car on sait qu'il n'en fit jamais son séjour
habituel; quelques fondations, telles que celles des écoles de médecine,
du couvent de l'_Ave-Maria_, etc., tels sont les petits événements dont
nous entretiennent les historiens; mais tous ont appelé l'attention sur
les terribles exécutions du duc de Nemours et du connétable de
Saint-Pol, dont Paris offrit le lugubre spectacle. Nous avons déjà dit
que le premier fut décapité aux halles[36]; l'autre avoit eu la tête
tranchée long-temps auparavant sur la place de Grève. Cette punition de
deux coupables convaincus juridiquement du plus grand crime qu'un sujet
puisse commettre, et condamnés par un tribunal légitime et jugeant
suivant les lois de l'État, excita sans doute cette compassion que les
grandes infortunes font toujours naître parmi le vulgaire; mais elle
étoit juste, nécessaire, et ne fut appelée tyrannique et cruelle que par
des factieux qui auroient désiré pour eux-mêmes l'impunité.
[Note 30: _Voyez_ t. Ier, p. 426, 1re partie.]
[Note 31: Dix ans après cet événement, les inconvénients de la
malpropreté des rues devinrent si graves, que, par un arrêt du
parlement, il fut arrêté que Paris seroit nettoyé, et que tous
les habitants contribueroient aux frais de cette opération,
privilégiés ou non.]
[Note 32: En 1483.]
[Note 33: Parmi ces victimes, on compte un grand nombre de
personnes illustres, entre autres les archevêques de Narbonne
et de Bourges; l'évêque de Lisieux; Jeanne de France, soeur du
roi, et femme de Jean, duc de Bourbon; Gaucourt, gouverneur de
Paris; Jean Le Boulanger, premier président du parlement,
etc.]
[Note 34: _Voyez_ p. 361, 1re partie de ce vol.]
[Note 35: Dans cette revue, faite en 1467, aux environs de
Conflans, il se trouva que cette ville pouvoit fournir
quatre-vingt mille hommes, dont plus de la moitié étoient bien
armés, et en état de servir.]
[Note 36: _Voyez_ 1re partie de ce 2e volume, p. 433.]
L'imprimerie, inventée en Allemagne dans le courant de ce siècle, fut
apportée à Paris sous le règne de Louis XI.
* * * * *
Nous le demanderons maintenant que nous avons présenté le récit exact
des faits, Louis XI doit-il être compté au nombre des tyrans, et
partager l'exécration que méritent ces ennemis des hommes, quels que
soient d'ailleurs l'éclat et le bonheur de leurs entreprises, les
prestiges dont la flatterie les a environnés, les grandes choses même
qu'ils ont pu exécuter? Sur une semblable question, déjà décidée pour
beaucoup de bons esprits, nous ne pouvons offrir que quelques réflexions
rapides comme l'exposé que nous avons fait de la vie de ce prince, mais
suffisantes pour ceux qui, en lisant l'histoire, cherchent à se
dépouiller de toutes préventions. Dans cette vie si agitée, si remplie
d'événements, la première chose qui frappe un esprit droit, c'est la
situation vraiment déplorable d'un roi qui, de quelque côté qu'il tourne
ses regards, ne voit que des ennemis acharnés à sa perte. Des vassaux
que le malheur des temps avoit faits presque aussi puissants que lui,
l'entourent de toutes parts, le combattent sans relâche, non pour
l'appât de quelques provinces, ou pour venger quelques injures
passagères, mais pour le précipiter d'un trône dont l'existence les
inquiète sur leur propre salut; et cette terreur dont ils sont frappés
réunit d'abord leurs intérêts divers dans un seul intérêt, et donne à
leurs attaques un concert et une vigueur qui semblent lui ôter toute
espérance de salut. Dans des périls aussi imminents, qui menacent à la
fois et sa personne et la société entière dont la Providence lui a
confié les destinées, il oppose tour à tour la ruse et la force aux
violences et aux perfidies; à des négociations insidieuses il répond par
des traités frauduleux; il trahit les secrets qu'il a su arracher; il
flatte toutes les passions, aveugle ceux qu'il veut perdre, corrompt
ceux qu'il veut s'attacher. Prodige de dissimulation, il sait feindre
tous les sentiments: le calme et l'assurance, lorsqu'il est dévoré
d'inquiétudes et d'alarmes, la foiblesse et la peur, lorsqu'il est prêt
à porter les coups les plus terribles et les plus imprévus; enfin il ne
répugne à aucuns moyens, dès qu'ils peuvent le mener à son but qui est
de perdre ceux qui cherchent également sa perte par tous les moyens
possibles: car le simple récit des faits prouve qu'avec moins d'habileté
ses adversaires n'étoient ni moins dissimulés ni moins fourbes que lui.
Certes, il sera difficile, quels que soient le courage d'un tel prince,
sa prudence, son activité, la supériorité de ses vues, de le présenter
comme un héros, comme un caractère noble et généreux. Une politique
aussi perverse ne pourra se faire estimer, parce qu'il est faux, quoi
qu'on en ait dit, que ceux qui gouvernent les hommes soient dispensés de
suivre les lois de la probité; et si d'absurdes déclamateurs ont
prétendu, dans leurs vains systèmes, que la morale étoit souvent
incompatible avec le salut des empires, nous avons aujourd'hui des
exemples éclatants qui prouveront à jamais à la postérité que ce
machiavélisme infâme en amène tôt ou tard la ruine et le déshonneur.
Mais, quelque odieux que soient de tels principes, il seroit injuste et
même déraisonnable de considérer comme une tyrannie l'usage que Louis
XI en a pu faire dans le cas de la défense la plus légitime; et l'on
n'est point un tyran pour chercher à détruire des ennemis qui nous
attaquent à main armée. Si nous examinons ensuite ce prince dans
l'intérieur de ses États, nous l'y voyons entouré d'ennemis plus
dangereux peut-être, et surtout plus coupables. Ils ne cessent de tramer
contre lui d'indignes complots; ces trames mystérieuses se rattachent
aux desseins funestes des ennemis du dehors, et parmi ces traîtres on
compte des hommes qu'il a tirés de la poussière pour les combler de
bienfaits, pour les élever aux dignités les plus éminentes, des ingrats
à qui il a déjà plusieurs fois pardonné, des perfides qu'il honore de sa
confiance la plus intime. Il fait éclater sa colère contre ces hommes
pervers; il les livre à toute la sévérité des lois; ils ne sont
condamnés qu'après avoir été convaincus devant les tribunaux légalement
institués, et subissent le juste supplice qu'ils ont mérité: où donc est
la tyrannie? On a cité avec une indignation exagérée ces cages de fer,
dans lesquelles des prisonniers languirent pendant de longues années;
mais il n'est point prouvé que Louis XI ait fait subir une semblable
peine à des innocents; et personne n'ignore que le cardinal Balue et
l'évêque de Verdun, d'Haraucourt, qui y furent si long-temps renfermés,
et qui du reste étoient eux-mêmes les inventeurs de ces affreux
cachots, méritoient la mort la plus honteuse et la plus cruelle, pour
avoir trahi le prince et l'État. Son caractère ombrageux,
qu'aigrissoient encore les trahisons continuelles dont il étoit
environné, lui fit commettre quelques injustices envers de fidèles
serviteurs: mais quel est le souverain, même le meilleur, dont la vie
n'offre pas quelques-unes de ces foiblesses? Lui reprochera-t-on
l'augmentation des impôts, lorsqu'on le voit employer l'argent qu'il
tire de ses peuples à assurer leur tranquillité en achevant d'organiser
les armées créées par son père, à consolider d'utiles traités, à faire
fleurir le commerce à l'agriculture, enfin à améliorer toutes les
parties de l'administration? À quelle époque les cours souveraines
purent-elles user avec moins de danger du droit de remontrances et
s'arroger même plus impunément celui d'opposition aux volontés du
prince[37]? Enfin si, sous Louis XI, les peuples furent heureux et
tranquilles, les lois respectées, la religion florissante; si l'on ne
peut lui reprocher d'avoir maintenu, au prix du sang des hommes, une
autorité qui ne lui appartenoit pas, doit-on l'accuser de tyrannie,
parce qu'il réduisit sous un joug salutaire, et rendit ainsi utiles à
l'État quelques sujets factieux qui, depuis de si longues années, en
étoient les véritables tyrans[38]?
[Note 37: En 1467, Jean de Saint Romain, procureur-général du
parlement de Paris, étant seul en la cour, osa s'opposer à
l'enregistrement des lettres qui abrogeoient la pragmatique
sanction, et reprocher hautement à l'évêque d'Évreux, qui
conduisoit cette affaire, qu'il trahissoit le prince et
l'État. Cette hardiesse, loin de lui nuire, ne fit
qu'accroître l'estime que le roi avoit conçue pour ce
magistrat. En 1483, l'année même de la mort de Louis XI,
Jacques de La Vacquerie, premier président, ayant reçu des
édits qu'il jugeoit contraires au bien de l'État, se présenta
devant lui à la tête d'une députation de cette cour
souveraine. Le roi, surpris de leur arrivée, leur ayant
demandé ce qu'ils vouloient: _La perte de nos charges ou même
la mort_, répondit La Vacquerie, _plutôt que d'offenser nos
consciences_. Ce prince admira cette réponse et retira ses
édits. Nous rapportons ces deux faits, non que nous
approuvions la résistance de ces deux magistrats aux volontés
de leur souverain, et que nous pensions que Louis XI ait eu un
juste sujet de les en estimer davantage; mais uniquement pour
prouver que ce n'est point là la manière d'agir ordinaire aux
tyrans. On pourroit citer plusieurs autres faits du même
genre; et, nous le répétons encore, si l'on pouvoit faire un
juste reproche à ce prétendu tyran, ce seroit d'avoir été plus
populaire que ne le demandoit une sage et noble politique.]
[Note 38: Nous ne prétendons point justifier les actes d'une
trop grande rigueur exercés au Plessis pendant les deux
dernières années de son règne; mais nous soutenons qu'il ne
faut point juger la vie entière d'un roi sur ces actes d'un
esprit malade et même aliéné par tant de trahisons dont il n'a
pas cessé un seul instant d'être environné.]
ORIGINE DU QUARTIER SAINT-MARTIN.
Avant Philippe-Auguste, tout le terrain que comprend ce quartier étoit
en bourgs et en cultures; et il n'y avoit de renfermé dans l'enceinte
de la ville que l'église et le cloître de Saint-Merri. La porte de cette
première enceinte, que l'on croit avoir été bâtie sous les derniers rois
de la seconde race, étoit située un peu au-delà de cette collégiale; il
en subsistoit encore quelques vestiges au quinzième siècle sous le nom
de l'_archet Saint-Merri_. Les anciennes chroniques rapportent qu'elle
fut donnée par Dagobert à l'abbaye de Saint-Denis; et nous avons déjà
dit que, dans les comptes que Suger, abbé de ce monastère et régent du
royaume pendant l'absence de Louis-le-Jeune, nous a laissés de son
administration, il nous apprend que cette porte, dont les droits
d'entrées n'avoient jusque là produit au trésor que 12 livres par an,
rapportèrent depuis, par ses soins, jusqu'à 50 livres. Suivant Raoul de
Presle, on voyoit encore, sous le règne de Charles V, un des jambages
dont elle étoit formée.
Les nouvelles murailles élevées par Philippe traversèrent l'endroit où
est maintenant la rue Grenier-Saint-Lazare, renfermant ainsi dans cette
partie de leur circonférence tout cet amas de maisons bâties dans le
onzième siècle, et que l'on connoissoit sous le nom de _Beaubourg_.
L'abbaye de Saint-Martin-des-Champs, qui depuis donna son nom au
quartier, étoit toujours hors de la ville.
Elle y fut renfermée dans le quatorzième siècle lors de l'enceinte
élevée sous Charles V et Charles VI; alors les vides qui séparaient les
bourgs et les diverses cultures de l'enceinte précédente se trouvoient
couverts d'édifices, et la rue Saint-Martin se prolongeoit hors des
murs, par-delà l'abbaye.
Sous les règnes suivants, jusqu'à celui de Louis XIII, la nouvelle rue
qui commença à se former en dehors de la dernière enceinte resta isolée
au milieu des champs, et l'on ne voit pas, dans les anciens plans,
qu'elle se soit étendue au-delà de l'église Saint-Laurent. Sous Louis
XIV elle commença, de même que dans la rue du faubourg Saint-Denis, à
être coupée de rues transversales, c'est-à-dire que des chemins qui
existaient déjà depuis long-temps furent successivement couverts de
maisons, ce qui se continua sous les deux règnes suivants, pendant
lesquels ce quartier parvint enfin à cette grande étendue qu'il présente
aujourd'hui[39].
[Note 39: L'ancienne porte Saint-Martin, dont nous donnons une
vue gravée d'après le plan en tapisserie exécuté sous le règne
de Charles IX, étoit située au coin de la rue
Grenier-Saint-Lazare; _voyez_ pl. 100.]
L'ÉGLISE COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINT-MERRI.
Cette église a été bâtie sur la place qu'occupoit anciennement une
chapelle dédiée sous l'invocation de saint Pierre, dont on ne connoît ni
l'origine ni le fondateur, mais dont l'existence remonte jusque vers la
fin du onzième siècle. On lit en effet, dans la vie de Merri ou Médéric,
que ce pieux personnage, ayant quitté le monastère de Saint-Martin
d'Autun dont il étoit abbé, vint à Paris avec _Frodulfe_ ou _Frou_ son
disciple; qu'ils logèrent dans une cellule bâtie auprès de la chapelle
de Saint-Pierre; et enfin que saint Merri, après l'avoir habitée pendant
trois ans, y mourut en odeur de sainteté, et fut inhumé dans cette
chapelle. Or, son historien fixe l'époque de sa mort au 29 août de l'an
700; et cette date établit nécessairement l'existence antérieure de la
chapelle[40].
[Note 40: Les anciens historiens qui ont parlé de cette
chapelle ont commis deux erreurs; ils disent qu'elle
s'appeloit _Saint-Pierre-des-Bois_, parce que la partie
septentrionale de Paris où elle étoit située étoit
anciennement couverte d'une forêt. «Mais, dit Jaillot, il
n'est rien moins que prouvé qu'à l'époque dont il s'agit ici
il n'y eût que des bois au nord et au midi de Paris;
supposons-le cependant, on ne pourra du moins disconvenir que,
du temps des Romains, ou sous le règne de nos rois de la
première race, il n'y ait eu une enceinte au nord, et je ne
crois pas qu'on puisse douter qu'elle ne s'étendît au-delà de
l'endroit où est aujourd'hui située l'église de Saint-Merri.
Or, puisque cette église étoit renfermée dans cette enceinte,
on ne voit pas la raison pourquoi on auroit donné le surnom
_des Bois_ à la chapelle de Saint-Pierre, qui n'étoit pas dans
une forêt.» Quoi qu'il en soit de la valeur de ces raisons,
que nous ne donnons pas comme péremptoires, cette erreur est
assez légère; la seconde est plus grave.
Quelques auteurs, et parmi eux les savants bénédictins à qui
nous devons une Histoire de Paris, ont avancé que cette
chapelle avoit été qualifiée de _petite abbaye_. Cependant on
ne trouve aucun monument qui constate qu'il y ait jamais eu un
monastère en cet endroit, nul titre, nul acte qui en fasse
mention. Ces historiens se sont fondés sans doute sur un
diplôme de Louis d'Outremer, du 1er février 936[40-A]; mais,
avec un examen un peu plus approfondi, ils auroient vu que le
titre d'_abbaye_ n'est pas donné à l'église Saint-Merri de
Paris, mais à une autre située à _Linas_, près de Montlhéry,
laquelle dépendoit de la première. Les termes de ce diplôme ne
sont ni obscurs ni équivoques:
_Præcipimus atque jubemus ut tam prænominatæ personæ..... quam
successores eorum prædicti ecclesiæ Sancti Petri et
pretiosissimi confessoris Christi Mederici_ ABBATIOLAM _ubi
adspiciunt in_ VILLA LINAIAS _manselli XX, etc., in suorum
usibus omni tempore possideant, etc._]
[Note 40-A: Gal. christ., t. VII, Inst., p. 18.]
Nous apprenons, par un diplôme de Louis-le-Débonnaire de l'année
820[41], que ce lieu étoit dès lors très-célèbre par les miracles qu'y
opéroient les reliques de Saint-Merri. Sous Charles-le-Chauve on y avoit
déjà établi en son honneur un culte public, ce qui est prouvé par un
martyrologe composé sous le règne de ce prince par _Usuard_, dans lequel
le nom de ce saint prêtre fut inséré, et qui, depuis cette époque, fut
lu dans tous les chapitres.
[Note 41: _Baluz. append. ad capitul._, p. 1418.]
La chapelle de Saint-Pierre continua long-temps encore de porter son
ancien nom; et l'on voit, dans les actes de Saint-Merri[42], qu'en 884
un prêtre nommé _Théodelbert_, qui la desservoit, ne trouvant pas que le
corps de ce saint fût placé dans un lieu convenable, en fit préparer un
plus digne de le recevoir, et pria _Goslen_, évêque de Paris, de venir
faire la translation de ce précieux dépôt. Les mêmes actes ajoutent que
l'évêque, n'ayant pu s'y rendre, s'y fit représenter par ses
archidiacres, qui présidèrent à cette cérémonie en présence du clergé
séculier, des moines de Paris et des environs, et d'un grand concours de
peuple.
[Note 42: _Sæc. 3, Benedict._, p. 14.]
On voit ensuite qu'à l'occasion de cette translation, et suivant l'usage
de ces temps-là, un certain comte Adalard et plusieurs autres firent à
cette église des donations[43] qui furent successivement approuvées par
les rois Eudes et Carloman. Louis d'Outremer les confirma de nouveau par
sa charte déjà citée, laquelle fut donnée à Laon le 1er février 936.
L'abbé Lebeuf a pensé avec raison qu'on pouvoit fixer à l'époque de
cette translation l'existence d'un petit clergé destiné à soulager le
chapelain dans ses fonctions, à célébrer avec lui l'office divin, et à
remplir les fondations. Les libéralités qui venoient d'être faites à cet
oratoire pouvoient en effet suffire pour assurer l'existence de ces
nouveaux ministres.
[Note 43: Hist. du Dioc. de Par., t. I, p. 253. Dans ces
donations étoit comprise, suivant la note précédente, la
_petite abbaye de Linas_ et vingt petites maisons qui en
dépendoient.]
Ce fut alors que cette chapelle fut changée en une église, sous
l'invocation de saint Pierre et de saint Merri. On ignora long-temps le
nom du fondateur de cette basilique; et ce n'est que sous le règne de
François Ier, qu'en la démolissant pour la reconstruire telle que nous
la voyons aujourd'hui[44], on trouva dans un tombeau de pierre le corps
d'un guerrier qui avoit aux jambes des bottines de cuir doré, et une
inscription qui portoit ces mots:
_Hic jacet vir bonæ memoriæ Odo Falconarius fundator hujus
ecclesiæ_[45].
[Note 44: L'église construite sous le règne de François Ier
étoit le second édifice bâti depuis la chapelle de
Saint-Pierre; ou du moins l'église fondée par Odon avoit été
considérablement agrandie, si elle ne fut pas rebâtie en
entier vers l'an 1200.]
[Note 45: On peut présumer que cet _Odon le Fauconnier_ étoit
ce fameux guerrier de Paris; lequel, avec Godefroi, autre
guerrier non moins célèbre, défendit si vigoureusement la
ville contre les Normands en l'an 886, sous les ordres du
comte Eudes, qui devint roi deux ans après; du moins ne
trouve-t-on aucun autre monument qui fasse mention d'un _Odo
Falconarius_. Il peut se faire que ce surnom de _Falconarius_
lui fût venu de ce que le comte Eudes l'auroit fait son
fauconnier, lorsqu'il se vit élevé à la royauté; ou de ce que,
pour repousser les Normands, il se seroit servi de l'espèce de
lance qu'on appeloit _falco_, parce qu'elle étoit recourbée.
(L'abbé LEBEUF, _Histoire du Diocèse de Paris_, tome I.)]
Il y a lieu de croire que, dès le temps de la fondation, cette église
étoit devenue paroissiale; et l'on en trouve une preuve commune à
beaucoup d'autres églises, dans son éloignement des deux paroisses au
milieu desquelles elle étoit située, et dans la population nombreuse de
ce quartier. Mais on ne connoît aucun titre qui la présente alors comme
une collégiale desservie par des chanoines, ainsi que l'ont avancé
quelques auteurs; et lorsque vers l'an 1015 le chapitre de Notre-Dame la
demanda et l'obtint de Renaud, évêque de Paris, les lettres qui furent
données à ce sujet ne font nullement mention de ces chanoines, dont le
consentement eût été essentiel pour opérer cette union, s'ils eussent
effectivement existé. On n'y parle que de l'archidiacre _Elisiard_, de
qui cette église dépendoit, et du prêtre _Herbert_ qui la desservoit, et
à qui on la conserva pendant sa vie[46]. Telle est du reste l'origine
de la supériorité que l'église mère a toujours conservée sur celle de
Saint-Merri, qui, pour cette raison, étoit nommée l'une des filles de
Notre-Dame.
[Note 46: _Ibid._; p. 255.]
Une simple tradition veut que le chapitre de la cathédrale, s'étant mis
en possession de l'église de Saint-Merri, y ait aussitôt placé sept de
ses bénéficiers, qui prirent le titre de chanoines, et formèrent dès
lors cette collégiale telle qu'elle étoit au moment de sa suppression.
Quel qu'ait été le nombre des prêtres qui furent employés alors au
service de cette église, il est constant qu'ils portoient, au douzième
siècle, le nom de chanoines, et qu'ils administroient alternativement,
et par semaine, les sacrements, usage qui subsista jusqu'en 1219, qu'à
la requête et du consentement de ces chanoines de Saint-Merri le
chapitre de Notre-Dame attacha la cure de leur église à la prébende dont
étoit alors pourvu _Étienne Dupont_, ordonna qu'à l'avenir elle seroit
toujours annexée à cette prébende, sans jamais pouvoir en être séparée,
et déchargea les autres chanoines du soin des âmes et de toutes les
fonctions qui y sont relatives[47]. Ce chanoine curé fut appelé
_pleban_, _presbyter_, _plebanus qui plebi præest_, _qui plebem regit_.
[Note 47: _Gr. Past._, _lib. 20_, c. 97.]