Heures de paix, temps de naguère,
Charmes de celle, hélas! qui l'attendait toujours
Avec son âme et son amour,
A l'autre bout des mers et de la terre,
Il négligea, brutalement, vos doux appels.
Son cœur grandi avait changé à un point tel
Qu'il ne s'angoissait plus que des forces profondes
Qui font d'un cœur humain le cœur même du monde
Et lui donnent pour large et formidable loi
On ne sait quel allègre et merveilleux effroi.
Heures de paix, temps de naguère, ardeur, oubli,
Image d'or dont l'or jour à jour a pâli;
Oh! qu'elle fut tragique et sanglotante
Cette heure et cette nuit d'hiver,
Quand le cristal du miroir clair,
Où leurs regards s'étaient brûlés dans un éclair,
Se brisa, tout à coup, dans les doigts de l'amante!
Son cœur ne lui fut plus'qu'un douloureux tombeau;
Seul y brillait le souvenir comme un flambeau.
Avec de grandes fleurs avant le soir fanées
Elle usait la longueur de ses tristes journées.
Ceux qui s'en revenaient des Océans lointains,
Se taisaient devant elle en sachant son destin.
Plus rien ne lui était secours ni viatique.
Aucune onde n'exaltait plus l'air magnétique
Quand son corps redressé se tournait vers la mer.
Ses yeux devinrent beaux d'avoir longtemps souffert
Et son âme, dont se taisait la violence,
Se mit à refleurir dans l'ombre et le silence,
Si fort,
Qu'elle accueillit la mort,
Très doucement,
Sans plainte vaine, un soir d'hiver, par un sourire,
Et que le dernier mot qui fut pour son amant
Fut simplement le mot qui pardonne et admire.
Et maintenant
C'est bien au bord des landes
Que le kiosque étrange et suranné
Où leur amour est né
Demeure et leur survit abandonné;
C'est bien, au bord des landes
Où les bateaux monumentaux
Mirent dans l'or et dans la boue
Leur proue,
C'est bien là-bas, au bord des landes
Et des fleuves trouant le cœur de la Hollande.