IV

Heures de paix, temps de naguère,

Charmes de celle, hélas! qui l'attendait toujours

Avec son âme et son amour,

A l'autre bout des mers et de la terre,

Il négligea, brutalement, vos doux appels.

Son cœur grandi avait changé à un point tel

Qu'il ne s'angoissait plus que des forces profondes

Qui font d'un cœur humain le cœur même du monde

Et lui donnent pour large et formidable loi

On ne sait quel allègre et merveilleux effroi.

Heures de paix, temps de naguère, ardeur, oubli,

Image d'or dont l'or jour à jour a pâli;

Oh! qu'elle fut tragique et sanglotante

Cette heure et cette nuit d'hiver,

Quand le cristal du miroir clair,

Où leurs regards s'étaient brûlés dans un éclair,

Se brisa, tout à coup, dans les doigts de l'amante!

Son cœur ne lui fut plus'qu'un douloureux tombeau;

Seul y brillait le souvenir comme un flambeau.

Avec de grandes fleurs avant le soir fanées

Elle usait la longueur de ses tristes journées.

Ceux qui s'en revenaient des Océans lointains,

Se taisaient devant elle en sachant son destin.

Plus rien ne lui était secours ni viatique.

Aucune onde n'exaltait plus l'air magnétique

Quand son corps redressé se tournait vers la mer.

Ses yeux devinrent beaux d'avoir longtemps souffert

Et son âme, dont se taisait la violence,

Se mit à refleurir dans l'ombre et le silence,

Si fort,

Qu'elle accueillit la mort,

Très doucement,

Sans plainte vaine, un soir d'hiver, par un sourire,

Et que le dernier mot qui fut pour son amant

Fut simplement le mot qui pardonne et admire.

Et maintenant

C'est bien au bord des landes

Que le kiosque étrange et suranné

Où leur amour est né

Demeure et leur survit abandonné;

C'est bien, au bord des landes

Où les bateaux monumentaux

Mirent dans l'or et dans la boue

Leur proue,

C'est bien là-bas, au bord des landes

Et des fleuves trouant le cœur de la Hollande.

Les Rythmes souverains: Poèmes · 第 22 / 26 题