Et tandis qu'elle allait ainsi, traînant son cœur
De tristesse en angoisse, et d'angoisse en douleur,
lui, l'exalté soudain de la vie élargie,
Comme en des bains de feu trempait son énergie;
Souple roseau par un vent d'Est violenté,
La fortune ondoyait selon sa volonté;
L'or formidable et fou illuminait sa tête
Des rayonnants éclairs d'une rouge tempête;
les rages des conflits, les abois des périls,
Dès qu'il parlait, rentraient mâtés dans leur chenil;
Il était maître et roi d'une force autonome;
Il l'imposait lucide et fascinante aux hommes;
Et telle était sa foi dans son pouvoir certain,
Qu'il se croyait le geste et la main du destin.
Ses chercheurs d'or, d'argent, d'étain, de plomb, de cuivre,
En des îles de gel, en des pays de givre,
Partout, où leur pic dur dans le roc s'enfonçait,
Sans le savoir, de terre en terre, obéissaient
A son infatigable et tenace pensée.
Ils se mouvaient en son âme dramatisée.
Ses lourds vaisseaux craquant au poids des cargaisons,
Et, blasonnant de leur splendeur les horizons,
Tanguaient bien plus en lui que sur les vagues folles.
Parfois, il prononçait de soudaines paroles
Et ses yeux regardaient ce qu'ils fixaient, sans voir;
Mais quand il travaillait, sous la lampe, le soir,
Ivre de ses calculs, fiévreux de ses conquêtes,
Et que le monde entier lui battait dans la tête
Avec ses docks, avec ses ports, avec ses mers,
C'était le rythme immense et clair de l'univers
Qu'il sentait s'exalter, jusqu'au fond de ses moelles;
O les pôles, les équateurs et les étoiles,
Comme ils gelaient, brûlaient et s'éclairaient en lui
Et comme, en son cerveau, chantait leur infini!