francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune
offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.
CINQUIÈME LOT.
Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour
7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée
il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen
Boucher.
Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière
accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément
cette même propriété.
Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers
pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.
Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa
durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen
Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la
totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce
domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de
soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et
conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous
l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens
présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.
L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son
command dans les délais prescrits par la loi.
G. GARNIER.
Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu
seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.
NOEL.
Archives de Versailles.
* * * * *
XI.
DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES.
Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de
Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la
disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des
objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se
trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets
et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.
Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à
Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons
sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce
qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes
de la manière suivante.
OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.
_Plantes d'orangerie._
4 Atriplex portulacoïdes.
4 Pistacia Terebinthus.
2 Erica mammosa.
2 Lavatera gallica.
5 Buphthalmum fruticosum.
2 Lycium afrum.
4 Salvia aurea.
2 Conyza glutinosa.
2 Salvia mexicana.
2 Salvia argentea.
3 Salvia paniculata.
1 Salvia pomifera.
1 Salvia canariensis.
2 Salvia macrophylia.
1 Salvia cretica.
6 Teucrium latifolium.
4 Teucrium betonicæfolium.
1 Teucrium fruticans.
5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.
4 Artemisia capillaris.
3 Artemisia moxa.
3 Solanum sodomæum.
3 Phillyrea angustifolia.
1 Phillyrea latifolia.
1 Anagyris foetida.
4 Atropa solanacea.
2 Ephedra nova.
2 Cineraria populifolia.
4 Cineraria maritima.
6 Cineraria amelloïdes.
2 Medicago arborea.
1 Medicago marina.
1 Anthyllis barba-Jovis.
2 Anthyllis Hermanniæ.
2 Tarchonanthas camphoratus.
4 Rhus angustifolia.
1 Rhus glabra.
4 Hypericum marylandicum.
1 Marrubium crispum.
2 Vitex agnus castus.
1 Agave americana variegata.
5 Carex plantaginea.
3 Gnaphalium foetidum.
2 Gnaphalium stoechas.
2 Gnaphalium orientalis.
12 Pots d'ixia, différentes espèces.
3 Gladiolas tristis.
1 Cistus populifolius.
1 Cistus purpareus.
2 Cistus laurifolius.
6 Cneorum tricoccum.
1 Asparagus acutifolius.
1 Serratula chamæpeuce.
2 Carthamus salicifolius.
2 Quercus suber.
4 Physalis somnifera.
4 Centaurea sempervirens.
2 Vaccinium oxycoccos.
2 Salicornia fruticosa.
4 Sonchus fruticosus.
Cotyledon orbiculata.
2 Echium orientale latifolium.
1 Echium angustifolium.
1 Asclepias fruticosa.
1 Statice mucronata.
1 Statice Limonium.
2 Parietaria arborea.
1 Erigeron foetidum.
1 Cercodia erecta.
1 Sida nova.
1 Aristolochia sempervirens.
2 Rumex Lunaria.
2 Lavandula stoechas.
1 Scabiosa palæstina.
1 Ficus pumila.
1 Statice monopetala latifolia.
1 Psoralea pinnata.
1 Atraphaxis undulata.
1 Athanasia maritima.
1 Eupatorium angustifolium.
2 Oenothera rosea.
6 Oenothera pumila.
1 Urtica nivea.
3 Inula crithmoïdes.
1 Hypoxis japonica.
4 Senecio halimifolia.
1 Tanacetum novum.
1 Polypedium cambricum.
1 Phlomis laciniata.
1 Chrysophyllum glabrum.
3 Arenaria balearica.
3 Linnæa borealis.
Arundo donax variegata.
1 Ulmus pumila.
1 Clutia pulchella.
1 Spartium lusitanicum.
2 Mimosa arborea.
2 Sterculia platanifolia.
1 Bignonia crucigera.
1 Baccharis ivæfolia.
3 Scolymus maculatus.
4 Chrysanthemum serotinum.
1 Panicum novum.
1 Lantana odorata.
1 Cassia marylandica.
4 Centaurea ferox.
1 Teucrium novum.
1 Zanthoxylum trifoliatum.
1 Malva Sherardiana.
1 Ceratonia siliqua.
La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se monte à la
quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de
plantes vivaces.
OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.
_Orangerie._
4 Orangers de 39 pouces de caisse.
1 -- de 34 -- --
1 -- de 33 -- --
2 Orangers de 31 pouces de caisse.
3 -- de 30 -- --
2 -- de 24 -- --
Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un
dans l'autre 60# pièce 780# s.
2 Orangers de 18 pouces de caisse.
4 -- de 16 -- --
2 -- de 14 -- --
Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans
l'autre la somme de 24# 192
15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse,
estimés l'un dans l'autre à 18# 270
1 Myrte, caisse 12
2 Oliviers, caisse, à 12# 24
1 Laurier franc, caisse 10
2 Bosia yervamora, à 10# 20
3 Justicia adathoda, à 12# 36
1 Althæa 8
12 Lauriers-roses, à 10# 120
2 Lentisques, à 8# 16
_Plantes d'orangerie en pots._
6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols 2 8
2 Buddleia globosa, à 10 sols 1
4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols 3
1 Sapindus Saponaria 1
5 Melia azedarach, à 10 sols 2 10
6 Teucrium latifolium, à 10 sols 3
2 Ceanothus africanus, à 15 sols 1 10
34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols 17
2 Solanum tomentosum, à 15 sols 1 10
4 Solanum sodomæum, à 10 sols 2
4 Solanum bonariense, à 8 sols 1 12
2 Yucca gloriosa, à 1# 2
4 Cupressus sempervirens, à 10 sols 2
6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols 3
1 Coronilla glauca 15
5 Viburnum Tinus, à 10 sols 2 10
18 Thlaspi vivaces, à 5 sols 4 10
----------
1,539 05
1 Agave americana 1
6 Cneorum tricoccum, à 8 sols 2 8
1 Vitis arborea 8
4 Sonchus fruticosus, à 1# 4
1 Celastrus pyracantha, à 10 sols 10
3 Celastrus buxifolius, à 10 sols 1 10
2 Aloe verrucosa, à 8 sols 16
12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces,
à 10 sols 6
5 Cacalia laciniata, à 8 sols 2
2 Psoralea palæstina, à 8 sols 16
1 Euphorbia caput Medusæ 10
8 Phlomis fruticosa, à 10 sols 4
2 Inula crithmoïdes, à 18 sols 1 16
6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols 3
1 Bosia yervamora 10
1 Stachys circinata 8
2 Smilax aspera, à 10 sols 1
1 Sempervivum arboreum 1
2 Crassula orbiculata, à 8 sols 16
2 Physalis somnifera, à 10 sols 1
58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols 23 8
8 Geranium dans des vases de faïence, à 6# 48
12 Vases de faïence vides mutilés, à 1# 12
100 pots vides, à 8 sols 40
_Pépinière._
300 Pins d'Écosse, à 1# 300
10 Sapinettes, à 1# 10
35 Thuyas, à 5 sols 8 15
40 Marronniers, à 15 sols 30
50 Spiræa populifolia, à 10 sols 25
150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols 60
150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols 75
250 Cerisiers à grappes, à 5 sols 62 10
200 Cornouillers sanguins, à 4 sols 40
60 Ébéniers, à 10 sols 30
18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols 9
30 Lonicera Diervilla, à 2 sols 3
40 Seringas, à 4 sols 8
80 Lilas, à 10 sols 40
----------
Total 2392# 6s.
Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que
l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le
dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré
planté de différents arbres étrangers pour former une école de
botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
être transporté audit dépôt.
OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,
_ci-devant jardinière du potager à Versailles._
28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.
2 Lauriers-roses.
50 Pots de lilas de Perse.
50 Pots de rosiers.
Et différents arbustes et arbres verts.
Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.
Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les
plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à
Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et
indivisible.
COUPRY. F. REMILLY. PERADON, commissaire.
_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que
d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état
pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en
y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la
maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,
et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir
en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant
à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux
parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera
beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite
orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.
Cette observation a été communiquée au directoire du district.
PERADON.
* * * * *
II.
_Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au
jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil._
Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après
différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les
pièces suivantes, particulièrement le rapport du comité de
surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet
de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de
confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et
plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.
Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui
accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin
pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des
gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui
de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de 200#[231] à
son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit marché.
[Note 231: Surchargé: il y avait auparavant 150.]
De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est
dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en
compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le
jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de
200#, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence avec le
marché fait par le citoyen Couturier.
D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels
que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.
1º L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être
alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à
présent; 2º que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à
l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux
soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son
talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
seulement.
Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point
parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier
sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la
somme de 200# de légumes à l'infirmerie, l'administration décidera
dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le
citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon cultivateur;
qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la préférence,
en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire.
Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit panneaux,
dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge
et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces
objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, excepté ceux
qui sont en réquisition?
A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et
indivisible (28 février 1794).
PERADON.
* * * * *
III.
14 ventôse l'an II de la République une et indivisible
(4 mars 1794).
Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,
commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth
Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin
plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur
probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
abandonne les produits;
Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui
est de 1,000 à 1,200#.
La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est
d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en
fournissant même pour 200# de légumes à l'infirmerie.
Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un
sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut
être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte rien à la
nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen
Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder la
préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits
jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.
Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les
ordres de l'administration;
Ouï l'agent national en ses conclusions,
L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui
impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties
l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se
trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte
dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen
Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime
que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à
Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière
accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;
Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la
disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en
sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et
arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura
lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.
* * * * *
IV.
Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et
indivisible (15 décembre 1794).
_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
domaines à l'agent national du district de Versailles._
CITOYEN,
Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
informé la commission des revenus nationaux que, malgré les
précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les
dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la
maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces
dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi
dans cette maison.
Il résulte des informations prises par la commission des secours
publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté
ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par
le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
habituellement pâturer ses vaches.
Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9
thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de
l'hôpital, je te prie de faire informer sur ce délit, et d'intenter,
s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en réparations
qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être procédés de son
fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en
jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des lieux, et que le
cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressément assujetti à
les entretenir et à les rendre en bon état de culture à l'expiration
de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à réparer les
dégradations commises.
Salut et fraternité.
GARNIER-DESCHESNE.
* * * * *
XII.
RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,
PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,
Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la
duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort
par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
1794).
Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de
septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue
seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je
voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par
une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que
Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent
au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un
moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me
rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle
si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il
vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa
femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
près pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je
n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne
me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux
pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit
vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le
Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans
j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à
l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois
inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la
guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs
parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui
précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,
selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants
lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient
une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes
consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement
déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!
Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,
et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté
de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et
triste.--Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre
chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;
les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans
le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte
qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je
suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des
enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de
tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se
peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi
à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres
détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»--Nous nous levons,
passons dans le cabinet où nous trouvons les enfants, s'amusant, gais
et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que nous éprouvions à
leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le
contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance
et les congédie. Resté seul, je me sens épouvanté, fatigué. Mon Dieu,
ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!