Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750

francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune

offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.

CINQUIÈME LOT.

Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour

7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée

il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen

Boucher.

Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière

accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de

73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément

cette même propriété.

Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,

moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers

pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.

Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa

durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen

Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de

l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la

totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce

domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de

soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et

conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous

l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,

présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens

présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.

L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son

command dans les délais prescrits par la loi.

G. GARNIER.

Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu

seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.

NOEL.

Archives de Versailles.

* * * * *

XI.

DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES.

Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de

Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la

disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des

objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se

trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des

émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets

et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.

Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à

Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons

sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous

introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce

qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes

de la manière suivante.

OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.

_Plantes d'orangerie._

4 Atriplex portulacoïdes.

4 Pistacia Terebinthus.

2 Erica mammosa.

2 Lavatera gallica.

5 Buphthalmum fruticosum.

2 Lycium afrum.

4 Salvia aurea.

2 Conyza glutinosa.

2 Salvia mexicana.

2 Salvia argentea.

3 Salvia paniculata.

1 Salvia pomifera.

1 Salvia canariensis.

2 Salvia macrophylia.

1 Salvia cretica.

6 Teucrium latifolium.

4 Teucrium betonicæfolium.

1 Teucrium fruticans.

5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.

4 Artemisia capillaris.

3 Artemisia moxa.

3 Solanum sodomæum.

3 Phillyrea angustifolia.

1 Phillyrea latifolia.

1 Anagyris foetida.

4 Atropa solanacea.

2 Ephedra nova.

2 Cineraria populifolia.

4 Cineraria maritima.

6 Cineraria amelloïdes.

2 Medicago arborea.

1 Medicago marina.

1 Anthyllis barba-Jovis.

2 Anthyllis Hermanniæ.

2 Tarchonanthas camphoratus.

4 Rhus angustifolia.

1 Rhus glabra.

4 Hypericum marylandicum.

1 Marrubium crispum.

2 Vitex agnus castus.

1 Agave americana variegata.

5 Carex plantaginea.

3 Gnaphalium foetidum.

2 Gnaphalium stoechas.

2 Gnaphalium orientalis.

12 Pots d'ixia, différentes espèces.

3 Gladiolas tristis.

1 Cistus populifolius.

1 Cistus purpareus.

2 Cistus laurifolius.

6 Cneorum tricoccum.

1 Asparagus acutifolius.

1 Serratula chamæpeuce.

2 Carthamus salicifolius.

2 Quercus suber.

4 Physalis somnifera.

4 Centaurea sempervirens.

2 Vaccinium oxycoccos.

2 Salicornia fruticosa.

4 Sonchus fruticosus.

Cotyledon orbiculata.

2 Echium orientale latifolium.

1 Echium angustifolium.

1 Asclepias fruticosa.

1 Statice mucronata.

1 Statice Limonium.

2 Parietaria arborea.

1 Erigeron foetidum.

1 Cercodia erecta.

1 Sida nova.

1 Aristolochia sempervirens.

2 Rumex Lunaria.

2 Lavandula stoechas.

1 Scabiosa palæstina.

1 Ficus pumila.

1 Statice monopetala latifolia.

1 Psoralea pinnata.

1 Atraphaxis undulata.

1 Athanasia maritima.

1 Eupatorium angustifolium.

2 Oenothera rosea.

6 Oenothera pumila.

1 Urtica nivea.

3 Inula crithmoïdes.

1 Hypoxis japonica.

4 Senecio halimifolia.

1 Tanacetum novum.

1 Polypedium cambricum.

1 Phlomis laciniata.

1 Chrysophyllum glabrum.

3 Arenaria balearica.

3 Linnæa borealis.

Arundo donax variegata.

1 Ulmus pumila.

1 Clutia pulchella.

1 Spartium lusitanicum.

2 Mimosa arborea.

2 Sterculia platanifolia.

1 Bignonia crucigera.

1 Baccharis ivæfolia.

3 Scolymus maculatus.

4 Chrysanthemum serotinum.

1 Panicum novum.

1 Lantana odorata.

1 Cassia marylandica.

4 Centaurea ferox.

1 Teucrium novum.

1 Zanthoxylum trifoliatum.

1 Malva Sherardiana.

1 Ceratonia siliqua.

La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se monte à la

quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de

plantes vivaces.

OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.

_Orangerie._

4 Orangers de 39 pouces de caisse.

1 -- de 34 -- --

1 -- de 33 -- --

2 Orangers de 31 pouces de caisse.

3 -- de 30 -- --

2 -- de 24 -- --

Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un

dans l'autre 60# pièce 780# s.

2 Orangers de 18 pouces de caisse.

4 -- de 16 -- --

2 -- de 14 -- --

Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans

l'autre la somme de 24# 192

15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse,

estimés l'un dans l'autre à 18# 270

1 Myrte, caisse 12

2 Oliviers, caisse, à 12# 24

1 Laurier franc, caisse 10

2 Bosia yervamora, à 10# 20

3 Justicia adathoda, à 12# 36

1 Althæa 8

12 Lauriers-roses, à 10# 120

2 Lentisques, à 8# 16

_Plantes d'orangerie en pots._

6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols 2 8

2 Buddleia globosa, à 10 sols 1

4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols 3

1 Sapindus Saponaria 1

5 Melia azedarach, à 10 sols 2 10

6 Teucrium latifolium, à 10 sols 3

2 Ceanothus africanus, à 15 sols 1 10

34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols 17

2 Solanum tomentosum, à 15 sols 1 10

4 Solanum sodomæum, à 10 sols 2

4 Solanum bonariense, à 8 sols 1 12

2 Yucca gloriosa, à 1# 2

4 Cupressus sempervirens, à 10 sols 2

6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols 3

1 Coronilla glauca 15

5 Viburnum Tinus, à 10 sols 2 10

18 Thlaspi vivaces, à 5 sols 4 10

----------

1,539 05

1 Agave americana 1

6 Cneorum tricoccum, à 8 sols 2 8

1 Vitis arborea 8

4 Sonchus fruticosus, à 1# 4

1 Celastrus pyracantha, à 10 sols 10

3 Celastrus buxifolius, à 10 sols 1 10

2 Aloe verrucosa, à 8 sols 16

12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces,

à 10 sols 6

5 Cacalia laciniata, à 8 sols 2

2 Psoralea palæstina, à 8 sols 16

1 Euphorbia caput Medusæ 10

8 Phlomis fruticosa, à 10 sols 4

2 Inula crithmoïdes, à 18 sols 1 16

6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols 3

1 Bosia yervamora 10

1 Stachys circinata 8

2 Smilax aspera, à 10 sols 1

1 Sempervivum arboreum 1

2 Crassula orbiculata, à 8 sols 16

2 Physalis somnifera, à 10 sols 1

58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols 23 8

8 Geranium dans des vases de faïence, à 6# 48

12 Vases de faïence vides mutilés, à 1# 12

100 pots vides, à 8 sols 40

_Pépinière._

300 Pins d'Écosse, à 1# 300

10 Sapinettes, à 1# 10

35 Thuyas, à 5 sols 8 15

40 Marronniers, à 15 sols 30

50 Spiræa populifolia, à 10 sols 25

150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols 60

150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols 75

250 Cerisiers à grappes, à 5 sols 62 10

200 Cornouillers sanguins, à 4 sols 40

60 Ébéniers, à 10 sols 30

18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols 9

30 Lonicera Diervilla, à 2 sols 3

40 Seringas, à 4 sols 8

80 Lilas, à 10 sols 40

----------

Total 2392# 6s.

Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que

l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le

dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré

planté de différents arbres étrangers pour former une école de

botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour

être transporté audit dépôt.

OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,

_ci-devant jardinière du potager à Versailles._

28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.

2 Lauriers-roses.

50 Pots de lilas de Perse.

50 Pots de rosiers.

Et différents arbustes et arbres verts.

Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.

Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les

plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien

trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à

Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et

indivisible.

COUPRY. F. REMILLY. PERADON, commissaire.

_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la

vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de

transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que

d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état

pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en

y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la

maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,

et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir

en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant

à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux

parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera

beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite

orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.

Cette observation a été communiquée au directoire du district.

PERADON.

* * * * *

II.

_Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au

jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil._

Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après

différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin

appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les

pièces suivantes, particulièrement le rapport du comité de

surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et

Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet

de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que

ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de

confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,

c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et

plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.

Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui

accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin

pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des

gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui

de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de 200#[231] à

son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit marché.

[Note 231: Surchargé: il y avait auparavant 150.]

De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est

dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en

compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le

jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de

200#, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence avec le

marché fait par le citoyen Couturier.

D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour

l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels

que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.

1º L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être

alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à

présent; 2º que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à

l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux

soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son

talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir

les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit

seulement.

Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point

parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier

sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la

somme de 200# de légumes à l'infirmerie, l'administration décidera

dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le

citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon cultivateur;

qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la préférence,

en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire.

Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit panneaux,

dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge

et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces

objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, excepté ceux

qui sont en réquisition?

A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et

indivisible (28 février 1794).

PERADON.

* * * * *

III.

14 ventôse l'an II de la République une et indivisible

(4 mars 1794).

Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,

commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth

Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin

plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur

probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de

l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en

abandonne les produits;

Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre

la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui

est de 1,000 à 1,200#.

La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est

d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et

Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le

jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en

fournissant même pour 200# de légumes à l'infirmerie.

Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler

que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un

sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut

être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte rien à la

nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen

Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder la

préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits

jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.

Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs

en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une

partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les

ordres de l'administration;

Ouï l'agent national en ses conclusions,

L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui

impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties

l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se

trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte

dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen

Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime

que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à

Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière

accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;

Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit

arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la

disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont

l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en

sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et

arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura

lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.

* * * * *

IV.

Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et

indivisible (15 décembre 1794).

_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des

domaines à l'agent national du district de Versailles._

CITOYEN,

Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a

informé la commission des revenus nationaux que, malgré les

précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les

dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la

maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces

dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi

dans cette maison.

Il résulte des informations prises par la commission des secours

publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté

ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par

le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse

habituellement pâturer ses vaches.

Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9

thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de

l'hôpital, je te prie de faire informer sur ce délit, et d'intenter,

s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en réparations

qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être procédés de son

fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en

jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des lieux, et que le

cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressément assujetti à

les entretenir et à les rendre en bon état de culture à l'expiration

de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à réparer les

dégradations commises.

Salut et fraternité.

GARNIER-DESCHESNE.

* * * * *

XII.

RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,

PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,

Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la

duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort

par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet

1794).

Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse

de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de

septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue

seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je

voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le

crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en

parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par

une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que

Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent

au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un

moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,

j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me

rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je

crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.

J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle

si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de

leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il

vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa

femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je

parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort

près pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je

n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne

me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux

pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit

vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le

Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans

j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à

l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»

J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois

inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la

guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs

parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui

précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,

selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants

lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient

une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes

consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement

déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les

condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!

Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,

et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois

les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté

de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux

la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre

l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et

triste.--Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre

chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;

les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se

jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au

tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.

Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans

le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte

qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je

suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des

enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de

tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se

peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi

à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres

détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!

Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»--Nous nous levons,

passons dans le cabinet où nous trouvons les enfants, s'amusant, gais

et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que nous éprouvions à

leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le

contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance

et les congédie. Resté seul, je me sens épouvanté, fatigué. Mon Dieu,

ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!

La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI, Volume 2 · 第 43 / 51 段