un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le
premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du
Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse
tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux
préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité
supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître
les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près
de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par
le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des
prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues
et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
possible.
A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de
bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement
de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de
Coru, occupa une partie de ce logement.
Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru,
demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé
de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien
régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel
terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique
habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis
1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire
nommé Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait sous ses
yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers
municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour son
commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il avait
reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses qui
achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand on
n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du
voisinage.
A gauche également, et sous le même toit que la _buvette du père
Lefèvre_ (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se
trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les
employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple.
Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans
toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand
poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette
époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général,
1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1
porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les
gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était
fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la
garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut
réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.
On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à
cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune
et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait
jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de
l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma
ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin.
Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une
forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
possesseurs chacun d'une clef différente.
La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait
en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour
en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes
dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes, l'une en
dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double sonnette
ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux guichetiers
passaient là les jours et les nuits sans interruption aucune, dérangés
à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et condamnés, comme
Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces suppliciés s'appelait
Richard, l'autre Mancel.
Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la
tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de
la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes
parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa
masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'oeil ne
retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces
d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des
templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres
n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le
monument était grave et empreint de la physionomie des temps
guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son
architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de
ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre.
Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de
ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses
archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer
qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le
dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des
habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la
terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait
de recevoir.
Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche
et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
qui leur était alloué.
Gagnié[216], chef de cuisine 4,000 fr. par an.
Remy, chef d'office 3,000 --
Maçon, second chef d'office 2,400 --
Nivet, pâtissier 2,100 --
Meunier, rôtisseur[217] 2,400 --
Mauduit, argentier, homme du garde-manger 2,400 --
Penaut, garçon de cuisine 1,500 --
Marchand[218], garçon servant 1,500 --
Turgy[219], id. 1,500 --
Chrétien[220], id. 1,500 --
Guillot, garçon d'office 1,200 --
Adrien, laveur 1,200 --
Fontaine, garçon pour le service de la bouche 600 --
Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth,
et de la fille d'Antoinette 6,000 --
La femme dudit Tison (Anne-Victoire Baudet) 3,000 --
Mathey, concierge de la Tour 6,000 --
Rocher, guichetier 6,000 --
Risbey, id. 6,000 --
Richard-Fontaine[221], gardien du guichet entre le
Château et la tour 3,000 --
Mancel[222], d'abord balayeur, depuis collègue de
Richard-Fontaine, aux gages de 1,000 --
Le Baron[223], concierge et gardien des scellés 2,000 --
Le Baron, porte-clef 1,200 --
Jérôme[224], id. 1,200 --
Gourlet[225], id. et garçon du conseil 1,200 --
Angot[226], scieur de bois 1,000 --
Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois 1,200 --
Herse, id. 1,000 --
Jean Quenel, commissionnaire 1,000 --
Danjout, perruquier 600 --
Roekenstroh[227], surveillante de la lingerie 1,000 --
Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans
et demi) 1,000 --
Darque, portier à la grande porte 1,500 --
Picquet[228], portier des écuries 600 --
[Note 216: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
[Note 217: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
[Note 218: Ci-devant servant aux Tuileries.]
[Note 219: _Id._]
[Note 220: _Id._]
[Note 221: Ci-devant terrassier.]
[Note 222: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide
auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.]
[Note 223: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il portait la
livrée ainsi que Mancel).]
[Note 224: Ci-devant tourneur.]
[Note 225: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.]
[Note 226: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.]
[Note 227: Ci-devant employée en cette qualité à la maison d'Artois.]
[Note 228: Ci-devant employé en cette qualité à la maison d'Artois.]
Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les
traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs
décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille,
furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première
organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés
furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12
décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et
Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent
congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut
contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des
dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder
à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en
proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié
fut remercié et remplacé par Meunier.
Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette
qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été,
sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le 1er
ventôse an II.
* * * * *
IV.
[Orthographe conservée.[229]]
[Note 229: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.]
_Mémoire de madame Marie Antoinette,_
Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
Du 27 janvier 1793.
Fait un pierrot grand deuille de fleures 24#
Fournie les rubans 6#
Fournie les busques et bouton 4 10s.
Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille 24
Fournie les rubans 6
Fournie les busque 2 10
Deux jupon de tafetas dHitaly noire 12
Fournie les rubans 2
Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés 15
Fournie les rubans 6
Fournie les busque et bouton 4 10
Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9# 9#
Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille 24
Fournie les rubans 6
Fournie les busque et bouton 4
Un jupon de tafetas dHitaly noire 6
23 mai un pierrot de fleurés grand deuille 15
Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce
pierrot--à 9# laune fait 20# 5
Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et
doublure des manches à 6# 10s. f. 9# 15
Fournie les busque et bouton 4 10
------------
205# 10
Bon pour cent quarante-neuf livres dix sols.
C. (_Coru._)
* * * * *
_Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de
Marie-Antoinette._
Par Le Normand, marchand à Paris.
Livré à mademoiselle Bertin:
Mars. 6 aunes fleuret noir large à 9# 54#
2 voile noir a 3 6
28... Livré à madame Chaumet:
21 aunes double florence noir à 6 10 136 10
Livré à madame Le Breton:
11 aunes fleuret noir large à 10 110
5 aunes 1/2 tafétat noir première
qualité à 12. 66
2 aunes 1/2 florence noire à 6 10 16 5
-----------
388 15
* * * * *
_Memoire de madame Élisabeth_,
Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
Du 27 janvier 1793...
Une redingotte chemise de florence noire hoittés 30#
Fournie la hoitte 5
Fournie du bougrand pour le collet 2 10 s.
Fournie les rubans et bouton 6
Fournie les ballene 6 10
Un pierrot de fleures grand deüille 24
Fournie les rubans et bouton 6
Fournie les ballene 6 10
Le 29 déshoittés la robe de florence noire 15
Faitte deux jupon de tafetas dHithaly noire 12
Fournie les rubans 2
Le 4 avrille refaite un pierrot et remis des
manches neuf 15
Fournie une aune de fleürés pour manche à 9#, f. 9
Plus une aune de florence pour doublure à 6# 10 s. 6 10
Fournie les rubans pour le jupon et pierrot 6
Fournie les ballene 6 10
Le 13 une redingotte chemise de florence noire 30
Fournie du bougrand pour le collet 2 10
Fournie les rubans 6
Fournie les ballene 6 10
Fournie les bouton 1 4
Total 204# 14
Bon pour cent quarante livres dix sols.
C.
* * * * *
_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or
et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
Du 26 mars 1793.
Fourni à la fille d'Antoinette:
1 aune 1/2 fleuret noir 11# 6# 10s.
1 -- 1/2 florence noir 6 10 19 15
5 avril, 1 aune » fleuret noir. » » 11 »
» -- 1/2 florence noir. 6 10 3 5
23. 2 -- » florence noir. 6 10 13 »
----------
Total. 63 10s.
Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
BARBIER ET Cie.
* * * * *
_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or
et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
Du 4 avril 1793.
Fourni à Élisabeth Capet:
22 aunes florence noir. 6 10s. 143# »
10 -- fleuret noir. 11 » 110 »
6 aunes 1/2 taffetas noir. 11 » 71 10
------------
Total. 324# 10
Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
BARBIER ET Cie.
(_Archives de l'Empire_, carton E, nº 6,207.)
* * * * *
V.
_Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le citoyen Robert
apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du citoyen
docteur Thiery._
Pour Marie Antoinette:
1793. Mai 1er. Un bouillon medicinale fait au bain
marie composé de veau, poulet, et plantes diverses. 5#
2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même
bouillon réitéré 45#
Plus une boëte de gomme pectorale 3
11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
le bouillon cy dessus réitéré 50
Pour le fils de Marie Antoinette:
Mai 12. Douze onces de miel de Narbonne 3 12
13. Deux bouteilles de petit lait clarifié 2
14. Deux bouteilles idem. 2
15. 16. Bouteilles idem. 4
17. Une médecine composée de follicules manne
choisis, coriandre, et sel de Glauber 3
La même médecine de précaution 3
Une bouteille de petit lait 1
Quatre onces de bayes de genievre 1 4
18. Une bouteille de petit lait 1
Une livre de miel de Narbonne 4 16
----------
Suite et montant de l'autre part 128# 12s.
Pour le fils de Marie Antoinette:
May 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. Chaque
jours une bouteille de petit lait 10
29. La médecine du 17 réitérée 3
Idem la même médecine de précaution 3
30. 31. Le petit lait réitéré 2
Un cornet de baye de genievre 1 4
Une boette de parfums 2
Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette:
Mai 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie,
composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
etc. 4
2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même
bouillon réitéré 40
12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. Chaque jours
le bouillon idem. 40
22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré 16
Plus douze onces d'eau de roses 3
26. 27. 28. 29. 30. 31. Chaque jours le bouillon id. 24
Pour Élisabeth soeure de Marie Antoinette:
May 25. Quatre grands rouleaux de sparadrap de
diapalme 20
-------
296# 16s.
* * * * *
_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant du mois
de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le
citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par ordonnance
du citoyen docteur Thiery._
Pour le fils de Marie Antoinette:
1793. Juin 1er. Une bouteille de petit lait clarifié 1
2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré 4
Plus fournis un thermometre pour les bains 4
6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jouis une bouteille de
petit lait 7
13. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
de sucs de plantes, et terre folliée minérale 5
14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
réitéré 35
21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. Chaque jours le
bouillon idem. 50
Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette.
Juin 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie
(composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
etc.) 4
2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré. 28
Plus douze onces d'eau de roses. 3
9. 10. 11. 12. 13. Chaque jours le bouillon. 20
14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
réitéré 28
------
189#
* * * * *
_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure par le citoyen Robert
apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du citoyen
docteur Thiery._
Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe:
1793, l'an IIe de la République.
Juillet 12. Une chopine d'eau de fleurs d'oranges
double distillée au bain marie 12
Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré 18
Un cornet de genievre " 12
Pour le fils de Marie Antoinette:
Juillet 1. Un bouillon medicinal fait au bain marie
avec veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
plantes et terre folliée 5
2. Le bouillon réitéré 5
Douze onces de miel de Narbonne 4 16
3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le
bouillon ci-dessus réitéré 50
13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Chaque jours
le bouillon idem. 50
23. 24. 25. Le bouillon idem. 15
26. Un lavement composé avec coralline de Corse,
suc de citron et huile d'olive 1 10
Plus fournis une seringue, avec son canon d'yvoir 14
27. Un lavement 1 10
28. Le lavement idem. 1 10
Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
29. 30. 31. Chaque jours le lavement 4 10
Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
Pour la citoyene Tison:
Juillet 4. Une potion calmante 2
5. La potion idem. 2
Plus deux pintes de petit lait avec le sirop de
violettes 4
6. Un rouleau d'orgeat 2 10
Deux pintes de petit lait réitéré 4
La potion double réitérée 4
7. Une pinte de petit lait 2
La potion double réitérée 4
8 et 9. Chaque jours le petit lait 4
Plus deux potions 4
--------
218# 6s.
(_Archives de l'Empire_, série E, nº 6207.)
* * * * *
VI.
DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE
Depuis le 1er mai 1789 jusqu'à ce jour.
Au 1er mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs
d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour
Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution
qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur
bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la
part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande
partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin
l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant
été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec
reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de
confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement.
Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis
ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir
chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller
passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en
1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou
quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de
janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté
jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de
novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je
représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire,
si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de
ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa
constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai
fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir
quelquefois les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai 1792
jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous
les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de
l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé
d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur
bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que
des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai
contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une
correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux
ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale
et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé
d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes
concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.
Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer
au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et
donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé
de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté
l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon
patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais
l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en
ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à
faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les
faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes
méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.
L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été
averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et
l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations
de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix
très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai
envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant
cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables que
Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé quatre jours
et presque quatre.....[230] [Ici s'arrête ce fragment.]
[Note 230: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives de
l'Empire, W. 363; pièce nº 24:
«Jugement du 21 floréal.
»Acte d'accusation contre Loménie et autres.