J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que

l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour

participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi

n'est point du tout mort en moi.

* * * * *

LVI.

A L'ABBÉ DE LUBERSAC.

22 juin 1792.

Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas

laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée

que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le

coup qui vient de nous frapper[213]; il est d'autant plus affreux,

qu'il déchire le coeur, et ôte tout repos d'esprit. L'avenir paroît un

gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un miracle de la Providence;

et le méritons-nous? A cette demande, on sent tout le courage manquer.

Qui de nous peut se flatter qu'il lui sera répondu: _Oui, tu le

mérites!_ Tout le monde souffre; mais, hélas! nul ne fait pénitence;

on ne retourne point son coeur vers Dieu. Moi-même combien de

reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée par le tourbillon du

malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu les grâces dont nous

avons besoin; je m'appuyois sur les secours humains, et j'étois plus

coupable qu'un autre; car qui plus que moi est l'enfant de la

Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître ses fautes, il faut

les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez la charité de

m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il plaira à Dieu

de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa sagesse; mais

bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche les coeurs;

que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais qui le seront

encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang de

Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure sans

cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: _Si vous voulez, vous

pouvez les guérir;_ et démontrez-lui bien la gloire qu'il en tirera.

En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais pardonnez à

l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne les ai si

vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes qu'il doit

appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les demandes dont on a

besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette permission.

[Note 213: Journée du 20 juin.

La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux

malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la

violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa

personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles

qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de

sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives,

nº XV.]

Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon coeur

l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler autrement.

Ne croyez pas pour cela que ma santé s'en ressente; non, je me porte

bien: Dieu me fait la grâce de conserver de la gaieté. Je désire

vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la savoir meilleure;

mais comment l'espérer avec votre sensibilité? Rappelons-nous qu'il

est une autre vie, où nous serons amplement récompensés des peines de

celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y réunir un jour, après

cependant avoir eu encore le plaisir de nous revoir dans celle-ci;

car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis croire que tout soit

désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je vous en prie, après

avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent de vos nouvelles:

c'est une consolation pour moi.

* * * * *

LVII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

3 juillet 1792.

Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais

on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous

les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de

troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en

marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le

projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans

l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste

étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux

vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le

jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les

passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi

leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le

long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége.

Peu de temps après les autres portes du jardin furent ouvertes, malgré

les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les piques

commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le château,

où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient par la

porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le Carrousel, pour

regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures, ils firent mine de

vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux

l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas pu parvenir à obtenir

des ordres depuis le matin, eut la douleur de les voir traverser la

cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le département avoit donné

ordre de repousser la force par la force; mais la municipalité n'en a

pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à la fenêtre du Roi. Le

peu de personnes qui étoient chez son valet de chambre vinrent nous

rejoindre. On ferme les portes; un moment après nous entendons cogner:

c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il

amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa

première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore

trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à venir avec lui. Au

moment où le Roi passoit dans son antichambre, des gens attachés à la

Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle,

je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès du Roi. A peine la

Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par les piques. Le Roi,

dans cet instant, monta sur des coffres qui sont dans les fenêtres; le

maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de

grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau, environnée des

ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes nationaux. Les

piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchoient le

Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais propos. Un

grenadier rangea son arme en disant: _Malheureux! c'est ton Roi!_ Ils

se mirent en même temps à crier: _Vive le Roi!_ Le reste des piques

répondit machinalement à ce cri; la chambre fut pleine en moins de

temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des

ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut répété. Des membres

de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM. Vergniaux et Isnard

parlèrent fort bien au peuple pour leur dire qu'ils avoient tort de

demander ainsi au Roi la sanction, et les engagèrent à se retirer;

mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils étoient bien longtemps

avant que de pouvoir se faire entendre; et à peine avoient-ils

prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin Pétion et des

membres de la municipalité arrivèrent; le premier harangua le peuple,

et, après avoir loué la _dignité_ et l'_ordre_ avec lequel il avoit

marché, il l'engagea à se retirer dans le _même calme_, afin que l'on

ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun excès dans une fête

civique. Enfin, le peuple commença à défiler. J'oubliois de vous dire

que, peu de temps après que le peuple fut entré, des grenadiers

s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi. Pour moi, j'étois

montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi. Un grand nombre de

gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui le matin; il leur

fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée du _dix-huit

avril_. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le pouvant, je me

promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis dire, c'est que

celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la conduite des autres

est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai laissée entraînée

malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite ce dernier dans

le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez lui;

vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle fut. M. Hue,

huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui; enfin on le

lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi, mais MM.

de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos dames qui étoient là,

l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit enfoncer les portes: il

n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put trouver; et trompé par

un des gens de mon neveu, qui lui dit que la Reine étoit à

l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-là,

les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on la mit, et les

enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers et d'autres

personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple défila devant

elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête, ainsi qu'à mon

neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment. Santerre, qui

conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompoit

en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle l'étoit, et qu'il

l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne craint jamais

rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves gens.» En même

temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient auprès d'elle,

qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.

Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une

vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on

me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,

je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous

jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les

risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne

fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent

à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les

députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que

le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui

avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du

Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide,

et chacun se retira chez soi.

Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la plus grande

douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses yeux tout

ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A sept

heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous les

armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent de

bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger, pour

qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez leur

dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui vint

dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter un

mai[214].

[Note 214: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris,

considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point

les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses

fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par

Roederer, procureur général du département.

Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée,

par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un

décret du 11, proclamé la patrie en danger.]

[La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier

paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.]

Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes

nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne

me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment.

Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La

Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins

dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien,

je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas

trouvée dans cette bagarre.

* * * * *

LVIII.

A MADAME DE RAIGECOURT.

Ce 8 juillet 1792.

Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour

rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est bien la chose la plus

surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus petite,

etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la

compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les

Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et

se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la

liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main,

et de ne pas s'en écarter[215]. Heureusement, le mois d'août

s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées,

l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est

tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait

quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande

à Dieu, mon coeur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je

t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.

[Note 215: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette, évêque

constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à l'union et à

la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances? Une partie

de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de vouloir

détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues le

dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle, et le

gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres. Voilà

les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien, foudroyons,

Messieurs, par une exécration commune et par un irrévocable serment,

foudroyons et la République et les deux Chambres. (La salle retentit

d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des tribunes, et des

cris plusieurs fois répétés de: _Oui, oui, nous ne voulons que la

Constitution!_) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul

sentiment, de nous confondre en une seule et même masse d'hommes

libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit féodal...

Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition simple:

_Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et les deux

Chambres se lèvent._ (Les applaudissements des tribunes continuent.

L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se confondent et

s'embrassent.)

Cette scène est connue sous le nom de _Baiser de Lamourette_.]

NOTES, DOCUMENTS

ET

PIÈCES JUSTIFICATIVES.

I.

LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,

_Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire,

à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements

du_ 10 _août_ 1792, _l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de

la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville._

MON FRAIRE, MON CHER AMI,

Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par,

ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui

sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la

fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la

bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais

promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais

se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle.

Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la

mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au

disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos

commissair.

Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au

faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les

Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson

que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour

conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au

contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui

ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de

suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de

Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de

Monpeillé, de Macon, nous nous somme tous joint, de fasson que nous

nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous desterminé à

périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la

soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils

trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous

avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest

pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les

en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas

sur nous quon tire.

Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et

moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré

a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au

peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité

respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance

de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour

la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je

ni pansait pas.

Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche

tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien

ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai

sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai

pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit

avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible

dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait

pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il

n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait

nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque

plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule

toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire.

Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple

courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé

à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont

sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que

des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais

pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge,

appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces

enfair.

Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par

le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;

il a parlé dans nos coeur, nous étion tous fraire. Des charbonier, des

masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous navion

que le maime langage; nous nous embrassion tous, et nous ne fesion

qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié et par baucoup

douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher ami il li a eu

des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur des lou garou,

mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de la section des

grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu, entrautre le

capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un enfant trouvé; on

voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau chatau des tuillerie,

car il ni a que des cochon de cette espaisse. On ne veut pas dire

combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce nest pas fini, car

il ni a point de nosse quil ni ai de landemain. Aujourdhui jé vu

couper au moins trois cent taite; on jette les corp dans la rivier, et

porte les taite. On ne fini pas; tous les aristocrate i passeront: on

prent leur non en écri, et il y a des comissaire pour montrer leur

maison. Mais, mon ami, _je te prie de faire par à tous les patriote_

DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL SERA POSSIBLE _dans notre

pays_, peut aitre que ces gensse ecaré ne tarderont pas à vous

demandés pardon: nessités pas à les pardonner, mais faitte leur sentir

quil sont dans la poussier; Paris leur doit doner exemple.

Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a

eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus

daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si

fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on

bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon

bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme,

tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né

point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin

il me raiste que je parle de coeur en jurant de vivre libre ou mourir.

Ton fraire Repiquet.

_Poste scriptome._

Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près

le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le

premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et

merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire

par; tu le saura par les Autunois.

Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés

derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je

lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique.

Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que nous en

avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut me tué

quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant; mais

puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.

REPIQUET.

A AUTUN, DE L'IMPRIMERIE DE P. P. DE JUSSIEU, 1792.

* * * * *

II.

COMMUNE DE PARIS.

Le 20 octobre 1792, l'an 4e de la liberté, 1er de la République

française, et 1er de l'égalité.

SECRÉTAIRE-GREFFIER.

Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont

ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la

Commune.

Je vous prie de m'en accuser réception.

MÉYÉE.

Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la

commission des 24.

Notre soeur Élisabeth,

Prenez votre chapelet,

Il sera la victoire,

Toute pleine, de gloire.

Commencés, par la Croix,

C'est le signe, des Roys,

Jésus, fils de Marie,

Ditte, qu'il vous marie,

Avec le Roy François,

Oh Dieu quelle joye.

N'est-ce pas un bon souhait?

Voilà une bonne proye.

Rions, chantons cette fois,

L'amour a fait son employe.

* * * * *

Je t'ay vu, mon Citron,

Dans la Loire, en plongeon;

Bien nager quelle gloire?

Estre mis dans l'histoire.

Ah le brave Français,

Je ne suis point Anglais,

Parti pour l'Allemagne?

Oui voilà ma campagne.

Traître, grand ennemi,

Trop infidèle ami!

Contre nous porter arme!

Quelle plus triste allarme!

J'aime le Roy François.

Comme moy donc, franc sois.

Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours.

Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce

petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un

moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect

dans lequel je suis pleinement,

MADAME,

Votre serviteur le plus respectueux,

J. GUILLEMETEAU,

Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.

7 octobre 1792.

_A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple, rue du Temple, à Paris._

Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de

l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B.

* * * * *

III.

Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la

distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une

idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel

commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité

républicaine.

A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque,

naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas

la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge

d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des

plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel de Conti,

il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses

fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste,

il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et

c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui

entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous

le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait

comme étant partie intrinsèque du Temple.

La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI, Volume 2 · 第 40 / 51 段