l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la
notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il
s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce
moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les
cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même
lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur,
qu'il me soit impossible d'en venir à _constater_ d'abord le lieu
positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des
cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les
vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer
de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance que moi, et ils se
proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence.
»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le
plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
leur résultat.
»J'ai l'honneur, etc.
»_Le ministre d'État_, etc.»
* * * * *
Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs
efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth,
l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son
impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse
consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à
cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre
de piété, de grandeur et de résignation sublime.»
Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture
de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux.
«Ce 24 avril 1817.
_»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth._
»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de
laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger
de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de
la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans
ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
quantité d'autres victimes.
»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la
demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son
maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres
personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
promener.
»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me
conduisit directement au cimetière par la porte I, la seule qui
communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte et
sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il
servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge
d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette
qu'il enterra aussitôt.
»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain
s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse
davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose
l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette
fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie
une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à
vingt pieds de profondeur.
»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
une pierre avec cette inscription: _Madame Élisabeth_; je lui demandai
s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été
déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement
confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le
fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer
ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à
Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je
le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la
fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore
depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du
fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de
Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et
retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait
ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de
sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré
de là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame Élisabeth
avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes, et qu'elles
ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui demandai s'il
n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit que hors le
charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont il ignore
le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M. Joly sur
diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et les
indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les détails
suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit par la
porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes toutes
ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre. M. Joly
apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des
victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou
autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à
découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps.
Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à
conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de
Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les
circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse
entreprise.
»BURGER.»
* * * * *
Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère
de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral.
«Paris, le 26 avril 1817.
»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières démarches pour
constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth, soeur
du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous m'annoncez que
vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me communiquerez
le résultat.
»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et
appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au
plus haut degré de certitude.
»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir
épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis.
»J'ai l'honneur, etc.
»_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_
»LAINÉ.»
* * * * *
Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly
et de donner suite à son projet de visiter ce terrain.
(_Note de M. Anglés._) B.
* * * * *
Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité,
mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom
du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les
dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:
«_Rapport particulier._
»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de
très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de
France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a
été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande
profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans
cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une
largeur de douze pieds et autant en longueur. La nudité absolue de
tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui puissent
les faire reconnaître.
»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est
qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse
Royale, il n'y a eu de placés _que des corps masculins_. Si cela était
bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés
pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas
impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu
de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un
commissaire spécialement désigné.
»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire
cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire
reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime
a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la
dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui
fournit.
»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de
l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements
certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment
de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle
distance du mur la fosse a été ouverte, etc.
»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir
d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de
laisser examiner les lieux.
»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que
de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire
indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni
son temps ni sa peine.
»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses
intentions.
»D. CH.»
* * * * *
M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de
police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un
rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les
lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
documents:
«Paris, le 29 avril 1817.
»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les
réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la
visite que j'ai faite hier sur les lieux.
»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les
indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer
confidentiellement ces pièces.
»CH.»
I.
_Déclaration._
«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du
matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de
Clichy, nº 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de
la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet
de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos
de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de
Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les
moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la
sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit
enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le
même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner
dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure.
»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur
de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, et rentrâmes dans Paris
par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait face à
droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de Valois. Le
concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer dans
l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin, obliquant à
droite pour nous porter vers le mur de séparation du jardin d'avec
l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de la porte de
communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait près de moi,
l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la princesse, et lui
ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans celle longeant
parallèlement le mur de séparation le plus proche de la porte cochère
donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes, que la
princesse avait été inhumée.
»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de
ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre
pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et
nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par
l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever
une (_sic_) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle
on lit _Madame Élisabeth_. Après m'être recueilli, je vis clairement
que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être
située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à
reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément
distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il
manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain.
Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les
fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la
princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui
sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire:
je me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après l'inhumation
de la princesse, je la plaçai dans la même direction de la fosse et
contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une pierre; je
distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et Burger l'ont
reconnu avec moi.
»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la
même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les
bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée,
que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du
soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du
mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à
l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et
les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame
Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été
pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais
je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous
nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche,
le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le
côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se
trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais
l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions
alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de
cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après
avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
six pouces de terre.
»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze
à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le
ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se
trouver au fond ou à quatorze pouces du sol.
»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte vérité,
j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et difficile, peut
être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y parvenir, il
faudrait avec soin ouvrir une tranchée perpendiculairement au mur du
jardin, au côté nord-est de la fosse, afin de déterminer la profondeur
et le nombre de couches de cadavres; qu'ensuite, pour déterminer d'une
manière certaine qu'il n'existe pas d'autre fosse plus près de la
porte que celle dont il est question, il serait nécessaire d'ouvrir un
boyau d'une vingtaine de pieds sur six de profondeur, à partir de la
fosse et longeant parallèlement le mur du jardin.
»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du
cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la
fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est
pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque.
»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an
que dessus.
»DE CHANAY, chef de la 1re division.
»JOLY.
»BURGER.»
II.
NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES
A FAIRE.
RÉPONSES AUX QUESTIONS.
1º Pouvez-vous vous rappeler quelle était la
profondeur de la fosse quand vous y descendîtes le
10 mai pour y ranger les corps? Vous aviez une
échelle sans doute?
1º M. Joly ne se rappelle précisément ni la profondeur
de la fosse à cette époque ni la hauteur de l'échelle
dont on se servait pour y descendre.
2º La terre du fond semblait-elle dure comme une
terre où il n'y a pas eu de précédente et plus
profonde inhumation?
2º M. Joly ne s'en souvient pas.
3º Quand on déchargeait les corps de la charrette,
les précipitait-on l'un après l'autre après leur
dépouillement, ou les dépouillait-on tous avant de
les précipiter?
3º Quand la charrette était arrivée sur le bord de la
fosse, on procédait au dépouillement des vêtements. (Un
registre était tenu de ces effets divers, qui étaient
ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De temps à autre les
fossoyeurs descendaient dans la fosse pour ranger les
corps afin qu'ils ne fussent pas trop entassés.
4º Puisque vous assurez que le corps de la
princesse est placé le tronc du côté du mur, il
faut ou que vous l'ayez reconnu et distingué dans
la fosse, ou qu'il y ait été précipité le dernier
ou des derniers, après avoir remarqué par vous et
votre camarade sur le bord de la fosse.
4º Réponse affirmative sur tous les points de la
question. A ajouté que le conducteur de la voiture avait
dit: Que c'était son corps, qu'il était le dernier ou
des derniers placés sur la charrette, par conséquent
au-dessus des autres, et les vêtements étaient aussi peu
ensanglantés.
Tous les autres l'étaient beaucoup.
5º Comment ont été placées les têtes des corps?
5º Les têtes ont été placées indistinctivement dans les
vides.
6º De quelle épaisseur de terre environ étaient
recouvertes les couches de corps?
6º Il est difficile d'estimer même approximativement le
nombre des corps de chaque couche: 1º parce que, outre
les suppliciés, il arrivait des corps envoyés par l'état
civils et des cercueils; ceux-ci tenaient plus de place;
2º parce qu'il y avait des enfants; 3º parce qu'une même
couche étant composée de deux rangs, elle n'était pas
faite le même jour. A l'égard de 10 mai, le sieur Joly
se rappelle très-bien que les suppliciés furent placés
dans la partie de la fosse la plus rapprochée du mur;
que le même jour la partie antérieure de la fosse ne fut
point remplie, et enfin _que le corps de la princesse
a été placé vers le milieu de la fosse dans le rang
supérieur de la couche et la face antérieure du corps
tournée sur le rang inférieur._
7º Combien estimez-vous qu'il pouvait y avoir de
corps par chaque couche sur toute la surface
carrée de la fosse?
8º La fosse a-t-elle été remplie jusqu'au niveau
de la superficie? A quelle profondeur estimez-vous
qu'on trouve les restes des derniers corps
inhumés?
7º et 8º Les couches des corps étaient chacune
recouvertes d'environ six pouces de terre et les fosses
recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois
pieds de terre, de sorte que les premiers corps ou les
premiers vestiges qu'on en trouverait devraient être à
trois pieds environ au-dessus de la superficie. Il faut
cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a quitté
l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui
ont disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant
des remblais, soit que pour cultiver le sol on ait
nivelé toutes les inégalités. Ces renseignements ne
peuvent être justement donnés que par le propriétaire.
Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus _ne
varientur_.
Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police,
DE CHANAY,
Chef de la 1re division.
JOLY.
III.
_Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de
police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
Madame Élisabeth, soeur du Roi._
«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre
Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner
toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je
me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre,
accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières
informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly,
anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui
concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur
Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement.
»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier
nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et
de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un
sujet de reproche.
»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de
simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du
jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du
petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le
sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly.
Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai
demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du
mur à droite de la petite porte qui en peut être éloignée de douze ou
quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est _la fosse_. Je
fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce qu'elle
prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce que cette
indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait un
souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite
porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai
vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface
carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé.