sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée,
cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils
restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans
les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt
que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne
renouvelassent les atrocités commises par les deux monstres qui leur
ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et unique
intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière qu'ils
doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où une
faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avoit
choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote qu'elle
abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois et qui
pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des membres de
la Commune de Paris.
»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire
cesser cette responsabilité.
»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent
cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la
garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
sagesse:
»1º Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal
révolutionnaire;
»2º Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures
promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez
choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à
l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même
manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de
s'assurer.
»DUNOUY, RENARD, LE CLERC,
»LEGRAND, r. de la Commune; DORIGNY.»
* * * * *
Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait
sommeillé six mois. Mais les voeux qu'elle exprimait n'avaient point
été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution.
Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant
ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât
avec son malheur, pas de misérable accablé par sa destinée qui ne
bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se plaignent de
la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et ils cesseront
de se laisser abattre par le découragement.
«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il
n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame
Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes
calomnies[91].»
[Note 91: _Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant_. Paris,
1834, t. I, p. 343.]
Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les
niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces
calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à
légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La
moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la
Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort
même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation
de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura
la prétention de donner les _portraits des personnages célèbres de la
Révolution_[92].
[Note 92: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article qui
commence ainsi:
«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de
Louis XV, et de Marie-Josèphe _de Saxe_, sa seconde femme,
Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite _de France_, eut bien peu de
temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du
trône...» Je n'infligerai pas cet odieux _factum_ à mes lecteurs. Il est
d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par
insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de
ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la défense
de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il reproduit.
Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient vraies... C'est une
vipère qui panse avec sa bave la blessure que vient de faire sa dent
venimeuse.]
Laissez les années se succéder, un temps viendra où les calomnies se
tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour.
Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses
rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution
de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu
toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à
Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août,
dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans
la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure
va tenir les siennes.
Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est
la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du
ciel.
Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
_l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens
Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et
Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du
conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation
de remettre entre les mains desdits susnommés la soeur de Louis
Capet_[93].
[Note 93: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet à la
Conciergerie.]
Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du
Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et
leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame
Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles
entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe,
qu'elles venaient d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires en
ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a
besoin de toi.--Ma nièce reste-t-elle ici?--Cela ne te regarde pas, on
s'en occupera après.»
Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.--Non, tu ne
remonteras pas, répond le commissaire Eudes[94]; prends ton bonnet et
descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez
toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations
de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un
instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte,
Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en
disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!»
[Note 94: Guillotiné le 11 thermidor an II.]
Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers,
on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre
du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font
traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là,
ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la
Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce
moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel
Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de
Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.
PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH.
«_Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République française,
une et indivisible, nous_, Gabriel Deliége, _juge président du
tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793,
sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
assisté de_ Anne Ducray, _commis greffier du tribunal, en l'une des
salles de l'auditoire au palais, et en présence d'_Antoine-Quentin
Fouquier, _l'accusateur public, avons fait amener de la maison de_ la
Conciergerie la cy-après nommée, _auquel avons demandé ses noms, âge,
profession, pays et demeure_;
_A répondu se nommer_ Élisabeth-Marie Capet, soeur de Louis Capet,
âgée de trente ans, native de Versailles, département de
Seine-et-Oise.
Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la
liberté du peuple françois?
J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le
bonheur des François.
Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les
frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
secours en argent?
Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni
des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu
de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.
Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?
Non.
Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des
diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez
fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour
les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois.
Je dénie le fait, parce qu'il est faux.
Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792,
relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant
Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été
distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à
vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
catégoriquement sur ces faits.
J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque
au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.
N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre
frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18
avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable
de sortir de France?
Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant.
Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été
arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se
rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries,
notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et
évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre
frère?
Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que
d'après l'avis des médecins.
N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de
Marie-Antoinette, votre belle-soeur, que Capet, votre frère, a fui de
Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?
J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la
nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon
frère.
Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France et de vous
réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois?
Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.
Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est
notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de
troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de
manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres,
du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye
d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous
recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et
votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions.
Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point
d'autres intentions.
Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets
chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités
autrichiens.
J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.
Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du
matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que
l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.
Je n'en ai aucune connoissance.
N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août
1792?
J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792,
jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée
nationale.
Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le
rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et autres, armés de
sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une nouvelle
évasion de votre frère et de toute la famille, et que l'affaire de
Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour faire
diversion?
Je n'en ai aucune connoissance.
Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?
Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.
Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange
que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute
cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.
Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon
frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.
Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une
salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et
notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures
du soir?
Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle.
Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est
encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17
août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans
la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont
Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.
Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance.
Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous
déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le
rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies
cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
déclarer si vous persistez dans vos précédentes dénégations, et à nier
les motifs de ce rassemblement.
Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne
connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris
étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les
faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit.
Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les
enfants?
Non, je suis sortie seule.
Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un?
Je n'en connois pas.--Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau
pour conseil.
Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et
notre greffier.
[Illustration: Signatures.]
Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici
telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y
ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les
Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race.
Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de cet
interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se
faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne
songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car
elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments,
mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense.
Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre
catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques
minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère,
mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se
résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de
sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
l'accomplir dignement.
LIVRE ONZIÈME.
MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH.
«Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.»
_Actes des Apôtres_, chap. VIII, v. 49.
La Conciergerie au mois de mars 1793. -- Ce qu'elle était au mois
de mai 1794. -- Madame de la Fayette. -- Haly, concierge de la
prison du collége du Plessis. -- Paroles de Fouquier. --
Chauveau-Lagarde demande à voir Madame Élisabeth: refus de
l'accusateur public, sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée
de sitôt. -- Poussé par une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde
entre le lendemain dans la salle des assises, et aperçoit Madame
Élisabeth au premier rang des accusés. -- Leur interrogatoire. --
Le _Moniteur_ n'a point dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le
fut pourtant, bien qu'elle ne l'eût pas demandé et qu'elle
s'inquiétât peu de l'être. -- Résumé des débats; questions posées
par le président; verdict des jurés; arrêt de mort. -- Parmi les
vingt-cinq condamnés, on signale une femme enceinte; Madame
Élisabeth fait avertir les juges, et la sauve. -- Paroles de
Fouquier au président; réponse de Dumas. -- Les condamnés sont
conduits dans la salle des apprêts suprêmes. -- Influence
qu'exerce sur eux Madame Élisabeth; consolations qu'elle leur
prodigue; courage qu'elle leur inspire. -- Madame de Sénozan. --
MM. de Montmorin et Bullier. -- M. de Brienne, ancien ministre de
la guerre et maire de Brienne; paroles que lui adresse Madame
Élisabeth. -- Désespoir de madame de Montmorin, puis sa
résignation. -- Madame de Crussol d'Amboise. -- Grande
satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses compagnons d'infortune
font résolûment à Dieu le sacrifice de leur vie. -- Dernier
appel. -- Madame Élisabeth assise sur la charrette à côté de
mesdames de Sénozan et de Crussol. -- A la descente du pont Neuf,
le mouchoir qui couvre la tête de Madame Élisabeth tombe aux
pieds du bourreau. -- Arrivé à la place de la Révolution,
celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à descendre;
Élisabeth détourne la tête. -- Devant l'échafaud, nul ne
défaillit. -- Madame de Crussol appelée la première. -- Comment,
dans ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe
plus. -- Madame Élisabeth immolée la dernière. -- Son corps est
jeté dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les
autres têtes dans un second panier. -- La charrette se met en
marche. -- Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux,
_Clos du Christ_. -- Fournées précédentes d'Hébert et des
hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
généreux ami Robespierre lui avait donnés, _de la conspiration
des prisons_, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. -- Le
cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à
nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de
largeur et autant de longueur. -- Douleur que produit en Europe
le meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au
château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille
de Bombelles. -- Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de celle-ci. --
Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. -- La commune
révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison Élisabeth,
Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. -- Leur misère
éveille la pitié des magistrats; leur détention est déclarée une
injustice, mais aucune indemnité ne leur est attribuée. --
Retirés à Bulle, ils y passent en paix une quarantaine d'années.
-- Fondation d'une manufacture d'horlogerie dans la maison de
Montreuil. -- L'entreprise demeure sans succès.
On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de
Paris pendant la révolution. Déjà, dans un _Rapport au ministre de
l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie_, à la date du
17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi: