--Du courage, mon ami, du courage!...
D'une main que l'émotion faisait plus tremblante que celle d'un
vieillard, André brisa l'enveloppe et lut:
«Mon ami,
«Je vous aime, et jamais, je le sens, je ne cesserai de vous aimer
de toutes les forces de mon âme.
«Mais il est de ces devoirs sacrés auxquels une Mussidan ne saurait
se soustraire. Je les remplirai, dût-il m'en coûter la vie.
«Nous ne nous reverrons jamais, et cette lettre est la dernière que
vous recevrez de moi.
«Avant peu, sans doute, vous apprendrez mon mariage. Plaignez-moi.
Si grand que puisse être votre désespoir, il ne sera rien comparé
au mien.
«Dieu ait pitié de nous! Essayez de m'oublier, André. Moi, je n'ai
même pas le droit de mourir...
«Encore une fois, ô mon unique ami, la dernière, adieu!...
«SABINE.»
Si M. de Breulh avait tenu à amener André jusque chez lui, c'est que
sachant à peu près, par Modeste, le contenu de cette lettre, il
s'attendait à quelque crise déchirante de douleur. Il s'abusait.
André, à cette lecture, devint livide; ses yeux pendant cinq secondes,
eurent une affreuse expression d'égarement; un spasme nerveux le secoua,
mais il ne laissa pas même échapper une exclamation.
C'est avec un geste automatique, pour ainsi dire, qu'il tendit la lettre
à M. de Breulh en lui disant:
--Lisez!...
Le gentilhomme obéit, plus effrayé du calme de André que de la plus
terrible explosion...
--Il ne faut pas vous laisser abattre, mon ami, commença-t-il.
André se redressa fièrement, le regard étincelant.
--Moi!... s'écria-t-il, me laisser abattre! Vous m'avez mal jugé. C'est
vrai, quand je croyais Sabine mourante, je pleurais comme un enfant. Je
suis homme à l'heure du combat et du danger!...