M. de Mussidan eut un geste de dédain.

--Mieux eût valu l'aimer, répondit-il, surveiller l'éclosion de ses

premières idées, l'initier à ce qui est beau et à ce qui est bien,

apprendre à lire comme en un livre ouvert dans ce jeune coeur, être sa

mère, en un mot.

La comtesse était dans une telle agitation, que, certainement, son mari

eût été surpris s'il l'eût remarqué.

--Ah!... Octave, s'écria-t-elle, que n'avez-vous parlé plus tôt!... Si

vous saviez!... Mais je veux tout vous dire... oui... tout...

Mais le comte, malheureusement, l'arrêta.

--Épargnez-nous, dit-il, ces explications. Si j'ai rompu le silence que

je m'étais imposé, c'est que rien de vous ne saurait me toucher ni

m'émouvoir...

Mme de Mussidan se laissa retomber sur le canapé, elle comprit que

tout espoir était anéanti. Dans le petit salon de jeu, les sanglots

avaient cessé. Sabine avait eu la force de se traîner jusqu'à sa

chambre.

Le comte se préparait à regagner sa bibliothèque, quand un domestique

gratta respectueusement à la porte. Il apportait une lettre.

M. de Mussidan rompit le cachet. La lettre était de M. de Breulh; il

rendait sa parole.

Après tant d'émotions, ce coup frappa le comte. Il crut y reconnaître la

main de cet homme qui était venu le menacer chez lui, et il fut

épouvanté du terrible et mystérieux pouvoir de ces gens dont il était

l'esclave.

Mais il n'eut pas le temps de réfléchir, la femme de chambre de Sabine,

Modeste, pale et effarée, se précipita dans le salon.

--Monsieur! criait-elle, madame! au secours! mademoiselle se meurt!...

Les esclaves de Paris · 第 40 / 143 题