M. Mascarot fit de la main un tout petit geste très significatif.

--Sois tranquille, nous en débarasserons Paul de cette demoiselle.

--Parfait! Mais ne t'y trompe pas, insista le docteur d'un ton sérieux

qui ne lui était pas habituel, il s'en faut, le danger n'est pas celui

que tu penses, celui que tu as songé à éviter. Tu es persuadé que ce

garçon aime cette fille, et lui-même croit l'aimer. Pour la plus légère

satisfaction d'amour-propre, il l'aura oubliée demain.

--C'est possible.

--Mais elle, qui s'imagine détester ce beau garçon, se trompe

pareillement. Elle est tout simplement lasse de la misère. Donne-lui un

mois de repos, de luxe, de fantaisies satisfaites, de bonne chère, et tu

la verras rassasiée de ce qu'elle croit être le plaisir, revenir à son

Paul. Oui, tu la verras le poursuivre, l'obséder, s'acharner comme

s'acharnent les femmes de cette sorte qui ne redoutent rien, et venir le

réclamer jusqu'aux pieds de Flavie.

--Qu'elle ne s'en avise jamais! fit le doux placeur d'un ton menaçant.

--Quoi! Que feras-tu? L'empêcheras-tu de parler? Elle connaît Paul,

elle, depuis son enfance; elle a connu sa mère, elle a été élevée près

de lui, dans la même rue peut-être. Crois-en ma vieille expérience,

surveille de ce côté.

--Il suffit, je prendrai mes mesures.

Il suffisait, en effet, pour B. Mascarot, de connaître un danger pour le

prévenir. Un bon averti, dit-on, en vaut deux; quand il est prévenu,

lui, il en vaut quatre.

--Mon second «seulement», poursuivit le prévoyant docteur, m'est inspiré

par ce protecteur mystérieux dont ce jeune homme t'a parlé. Son père est

mort, prétend-il, sa mère le lui a juré... soit, je consens à le croire.

Mais alors, qu'est-ce que cet inconnu qui servait une rente à Mme

Violaine? Un sacrifice immédiat, si gros qu'il soit, ne prouve rien. Un

dévoûment si persévérant me taquine.

--Tu as raison, docteur, raison mille fois. Là est le défaut de la

cuirasse. Mais je veille, mon ami, mais je cherche.

Le docteur commençait à se lasser, il était aisé de le voir.

--Ma troisième objection, poursuivit-il, est peut-être la plus forte. Il

va falloir utiliser ce garçon dès demain sans avoir eu le loisir de le

disposer à son rôle, sans l'avoir préparé. S'il allait être honnête, par

hasard!... Si à tes propositions les plus éblouissantes, il répondait

par un non bien ferme et bien catégorique!...

A son tour, M. Mascarot se leva.

[Illustration: Mademoiselle, debout auprès d'un pilier, causant avec un

jeune homme.]

--Cette supposition, déclara-t-il du ton le plus dégagé, n'est pas

admissible.

--Pourquoi?

--Parce que, docteur, lorsque Tantaine, après avoir trié ce garçon entre

mille, nous l'a amené, il l'avait étudié. Tu ne l'as donc pas étudié,

lorsque je le faisais poser pour toi? Il est plus faible et plus volage

qu'une femme, vaniteux comme un faiseur de romans qu'il est, dévoré de

convoitises et honteux d'être pauvre. Va, entre mes mains, il prendra

telle forme que je voudrai, comme la cire sous les doigts du modeleur.

Ce qu'il faudra qu'il soit, il le sera.

Les esclaves de Paris · 第 15 / 143 题