[Illustration 90]
[Illustration 91]
PLANCHES XXXIV et XXXV
(_P. 63, 64, t. VI de l'Édition royale._)
Une Amazone à cheval, prête à lancer un javelot, est le sujet de ce
bronze dont nous donnons un double dessin. Quelques auteurs ont regardé
l'histoire des Amazones comme fabuleuse: elle est liée à l'histoire des
temps héroïques; sous ce rapport, elle appartient aux arts; et, sans
entrer dans les discussions des critiques, nous devons la considérer
comme consacrée par les monumens. Cette nation de femmes guerrières
semble s'éteindre ou se perdre dans l'obscurité, après sa reine
Thalestris qui se présenta à Alexandre pour avoir une postérité d'une si
belle source: c'est, en effet, l'époque où les progrès des sciences et
des lumières mettent un terme aux belles fictions dont s'emparait le
génie de la poésie et des arts. _Marpésie_ est leur première reine
en Scythie; elle eut quatre filles célèbres, _Orithye_, _Antiope_,
_Melanippe_ et _Hippolyte_. Hercule pénétra dans leur pays en l'absence
d'Orithye; il désarma Melanippe, arracha à Antiope sa ceinture,
sauve-garde ou symbole de la virginité dont les Amazones étaient
extrêmement jalouses. Hippolyte fut prisonnière de Thésée qui l'épousa;
la vengeance arma ses compagnes; de-là cette célèbre guerre des Amazones
dans l'Attique, guerre qui devint l'objet des fameuses peintures du
Pécile à Athènes. Après Orithye régna Penthésilée, qui fut tuée par
Achille au siège de Troie: ce combat est représenté sur les pierres
gravées. L'un des plus beaux ouvrages de Phidias était son Amazone
appuyée sur une longue lance. Dans un vase grec admirable, du cabinet
de M. Durand, illustré par MM. Visconti et Millin, on voit Hippolyte
à cheval, armée de la lance, combattant contre Thésée. L'arme la plus
ordinaire des Amazones est la hache à deux tranchans; on les voit aussi
avec l'arc et le javelot comme dans notre bronze même. Presque tous les
Grecs s'accordent à dire que les Amazones se brûlaient la mamelle droite
pour être plus habiles à tirer de l'arc, et que leur nom dérivait de
cette mutilation. On voit, malgré cela, dans les monumens, les Amazones
avec la mamelle droite bien entière, mais découverte, comme on le
remarque ici. L'arme défensive de ces guerrières était le bouclier
échancré en forme de croissant (_pelta_). La nôtre porte un cothurne qui
ne revêt qu'une partie de la jambe, et qui laisse le pied à découvert.
Son vêtement est la robe courte avec la ceinture. Son attitude est
pleine d'aisance; elle manie son cheval avec dextérité, et le coursier
impétueux obéit bien à la main qui le guide. Le harnais est composé
d'une selle plate à laquelle tient le poitrail, d'une large sangle, et
d'une bride complète avec le mors. Ce grouppe est d'une belle exécution.
Trouvé dans les premières fouilles de Portici.