PLANCHE VIII.

FIG. I. VÉNUS, d'une exécution précieuse. Près d'elle est un vase

couvert d'une draperie qu'elle soulève. On voit souvent placés près de

Vénus, ces sortes de vases, assez grands, qu'on a mal-à-propos confondus

avec les albâtres servant à contenir des parfums. Il est peu d'amateurs

d'antiquités qui ne possèdent de ces petits flacons nommés albâtres,

de la matière dont ils étaient primitivement formés, faits ensuite de

toutes sortes de pierres précieuses, de terre cuite même, et d'or et

d'argent. On peut encore en prendre une idée par la comparaison que fait

Pline de ces flacons, à des perles taillées en forme de poire, et à des

boutons de rose. Les grands vases ne sont autre chose que des aiguières

(_hydriæ_); donnés comme attribut distinctif à Vénus, ils rappellent ces

soins délicats qui entretiennent l'éclat de la beauté, comme la rosée

nourrit la fraîcheur des filles du printemps.

FIG. II. Autre Vénus. Elle est occupée à arranger ses cheveux;

une draperie qui paraît avoir glissé par négligence, s'est arrêtée

au-dessous de la ceinture.

Nous omettons trois petites figures de la même Divinité, peu

intéressantes.

Hauteur de chaque Figure, 5 p°. 3 lig.

[Illustration 26]

PLANCHE IX.

(_P. 18, 23, t. VI de l'Édition royale._)

FIG. I. Un jeune homme nu, le casque en tête, sans aucun autre ornement

ni attribut. Les mains sont placées de sorte qu'elles paraissent avoir

tenu quelque objet, peut-être une lance; la poitrine large et relevée

est un signe de force. L'opinion la plus vraisemblable est que cette

figure représente le dieu Mars. Nous l'avons déjà vu nu et imberbe

dans une peinture (_tome III, pl. 15_). Nous avons aussi fait quelques

remarques sur un casque ras assez semblable à celui-ci (_Bronz. t. IV,

pl. 43_). Eschyle distingue Mars par ce seul nom, _la Divinité au

casque d'or_. Il faut considérer ici le casque, seul attribut donné à

ce bronze, comme celui du Dieu de la guerre. Parmi les différens surnoms

donnés cette Divinité, on remarque celui d'_Enyalius_; sous ce nom,

quelques Mythologues ont cru retrouver une autre Divinité; un fils du

dieu Mars, adoré ou confondu avec celui-ci.

FIG. II. Ce bronze également précieux par le travail et la rareté,

représente un Cabire, que l'on reconnaît au fer ou ciseau qu'il tient

à la main, et principalement au bonnet pointu qui lui est propre. Nous

avons eu occasion de parler de ces Divinités dans les peintures (_tome

III, pl. 23_). Quoique leur culte mystérieux ait été universellement

répandu, leurs images sont extrêmement rares. De toutes les recherches

qui ont été faites à leur sujet, on peut déduire qu'il s'était établi

sous le patronage des Cabires, une sorte de confrérie ou de société

philantropique, dont l'esprit dérivait du respect qu'inspiré l'utilité

des arts mécaniques. Les attributs des Cabires étaient le bonnet pointu

et le marteau de Vulcain. On retrouve l'esprit de cette société dans

tous les âges, il s'est du-moins perpétué chez les modernes dans

différentes institutions, et, en remontant à son origine, on le voit

sortir des montagnes de la Phrygie, dites Cabires, c'est-à-dire du sein

des peuples les plus anciens qui soient connus par l'histoire profane.

Les mystères cabiriques étaient proprement dits _samothraciens_ de l'île

de Samothrace, où régnait le culte des Cabires, et où se faisaient les

initiations.

FIG. I.--Hauteur, 9 p°. 6 lig.

FIG. II.--Hauteur, 8 p°. 6 lig.

[Illustration 29]

PLANCHE X.

(_P. 19, t. V de l'Édition royale._)

FIG. I. Pallas. Il lui manque la main droite, et la lance ou un autre

instrument qu'elle tenait de la gauche.

FIG. II. Apollon tenant son carquois fermé et son arc débandé, signe de

clémence et de faveur, comme nous avons déjà eu occasion de l'observer

ailleurs.

FIG. III. Hercule avec la peau du lion et la massue.

FIG. IV. Esculape avec une patère et le serpent entortillé à son bâton.

Ces quatre Divinités appartiennent à la médecine. On sait qu'Apollon en

fut l'inventeur, et qu'Esculape son fils en fit un art. Hercule était le

médecin des Messéniens dans toutes leurs maladies (_Arist. in Hert. p.

61._); il était surnommé _Alexicacus_ (qui repousse les maux). Dans une

inscription, il est appelé _Salutifer_ (_Muratori, LXII, 9.--LXV. 5._).

Minerve avait des temples dans la Grèce sous le nom d'_Ophthalmitis_

et d'_Hygea_, et à Rome sous le nom de _Medica_: on indique encore les

ruines de ce dernier temple.

Hauteur de chaque Figure, 3 p°. 10 lig.

[Illustration 31]

PLANCHE XI.

(_P. 20, t. VI de l'Édition royale._)

Cette figure d'Hercule joint le mérite de la conservation au mérite de

l'exécution. La peau du lion, la massue, servent moins encore à la faire

reconnaître, que le caractère imprimé à ce bronze. Nous avons déjà

fait remarquer combien les anciens observaient religieusement, dans

les images de leurs Dieux, la physionomie une fois reçue: «d'un aspect

terrible, d'une taille élevée, robuste, nerveux, les cheveux crépus,

le teint basané, le nez aquilin et des yeux d'azur lançant une flamme

foudroyante,» tel est le portrait d'Hercule, tracé par les écrivains;

ces mêmes traits se retrouvent facilement dans tous les monumens de la

peinture, de la sculpture et de la statuaire.

Ce bronze est actuellement dans le Cabinet de S.M. l'Impératrice et

Reine, à la Malmaison. Les proportions de cette statue sont un peu

lourdes.

Hauteur, 2 pieds 2 pouces.

[Illustration 33]

PLANCHE XII.

(_P. 24, t. VI de l'Édition royale._)

Ce bronze précieux par la beauté du travail et par sa rareté, représente

une jeune femme qui, de la pointe de ses pieds réunis, se tient debout

sur un globe. Cette seule indication toute particulière, semble suffire

pour faire reconnaître la Fortune. Souvent on voit cette inconstante

Déesse représentée avec une roue ou un globe auprès d'elle, et

quelques fois sous le nom de _Redux_, avec le globe à la main. Nous ne

connaissons point de monumens où elle soit posée sur le globe; mais cet

emblème se retrouve dans d'anciennes traditions et d'anciens écrits.

Dans le tableau de Cébès, la Fortune est ainsi décrite: «Quelle est

cette femme qui paraît être comme une aveugle et une furieuse, et qui

se tient debout sur une pierre ronde?--C'est la Fortune non-seulement

aveugle, mais encore folle et sourde, et cet attribut dévoile bien sa

nature.--Quel est-il cet attribut?--De rester debout sur une pierre

ronde.--Eh! qu'est-ce que cela signifie?--Qu'aucun de ses dons n'est

sincère ni stable, et que la chute sera profonde et cruelle à qui osera

se fier à elle». C'est cette _pierre ronde_ des anciens artistes que

leurs successeurs ont remplacé par une roue. L'antiquité du symbole

reproduit dans ce bronze, peut faire penser qu'il est d'ouvrage

étrusque. L'union des jambes si agréablement motivée, s'accorde avec

cette opinion, confirmée par le collier de gemmes et de rayons.

Cette figure pourrait être la déesse _Nortia_ des Toscans, reconnue

communément pour être la même que la Fortune. Ses cheveux sont

rassemblés sans recherche dans un nœud fixé derrière la tête; une

tunique courte sans manches, soutenue sur les épaules par deux agraffes;

une seconde tunique tombant sur les pieds, forment son vêtement

souple et léger; d'une main elle tient avec grâce l'un des bouts de la

première; de l'autre, elle soulève un pan de la seconde, et les plis

cèdent, sur tout son corps, l'aspérité des formes de la jeunesse. C'est

encore l'image de la Fortune Vierge, décrite par Varron, et revêtue de

deux robes ondoyantes.

Le globe sur lequel pose la figure, est orné d'un feston de feuilles de

laurier: cette particularité fait douter M. Viscontí de l'explication

donnée. Ce globe ne serait-il pas une cortine, un couvercle de trépied,

et la danseuse ne serait-elle pas la prêtresse de Delphes, saisie de

l'inspiration du Dieu?

Hauteur, 1 pied 1 pouce 6 lig.

[Illustration 36]

PLANCHE XIII.

(_P. 25, 26, t. VI de l'Édition royale._)

Cette Fortune, ouvrage d'un excellent artiste, se présente, avec ses

attributs les plus connus, le timon et la corne d'abondance. Elle porte

de plus, sur la tête, le groupe des symboles qui appartiennent à Isis,

la fleur du lotus (ciselée en argent), les plumes, le _modius_ ou

boisseau. Nous avons déjà fait remarquer (_Tome IV, pl. III_) que la

Fortune partageait avec la Divinité des Égyptiens, les emblêmes de

l'abondance; et en effet, Apulée (_Met. XI_) ne fait d'Isis et de

la Fortune qu'une même Divinité; mais c'est, pour emprunter ses

expressions, «cette Fortune clairvoyante qui, de l'éclat de sa lumière,

illumine tous les autres Dieux», Déesse opposée à la Déesse aveugle, la

divine Providence elle-même. On sait combien les opinions sur la Fortune

ont été variées; les uns lui ont donné l'empire de toutes les choses

accidentelles; les autres, des choses suivies, qui dépendent de l'ordre

de l'univers soumis à l'immuable destin. Elle était adorée comme versant

ses influences sur les sexes, les ordres de l'état, les villes, les

nations entières et les souverains qui les gouvernent: de-là les temples

élevés à la Fortune virile, à celle des femmes (_Muliebris_), à la

Fortune équestre, à la Fortune d'Antium, de Préneste, à la Fortune du

peuple Romain, à celle d'Auguste; on honorait jusqu'à la Fortune de

la journée. Nous croyons pouvoir nous dispenser de rapporter plusieurs

petites figures de la Fortune, qui suivent dans l'édition originale

celle que nous donnons ici en deux dessins. Ce beau bronze réunit tout

ce qui peut satisfaire la curiosité. Nous ferons encore remarquer

le bracelet en forme de serpent; il ne paraît pas ici un ornement

ordinaire. Symbole de la santé, symbole de la Divinité chez les

Égyptiens, on le voit encore attribué à d'autres images de la Fortune.

On admirera l'élégance et la belle distribution des plis de la draperie;

l'écharpe dentelée qui forme un nœud sur la poitrine, se rencontre

souvent dans les figures d'Isis. Enfin, cette belle figure peut être

considérée comme l'emblème le plus complet de la Divinité qui préside à

la félicité humaine.

Hauteur: 1 P. 2 p°.

[Illustration 39]

PLANCHE XIV.

(_P. 29, t. VI de l'Édition royale._)

Les connaisseurs ont regardé cette statue comme l'ouvrage en bronze

le plus précieux et le plus parfait qui reste de l'antiquité, digne

en quelque sorte d'entrer en comparaison avec les chefs-d'œuvre de la

sculpture en marbre. Pline, parmi les nombreuses statues en bronze les

plus estimées de son temps, cite les Mercures de Polyclète, de Naucydès,

de Cephissodore et de Pisicrate; c'est une chose vraîment remarquable

que, de tant de fameuses statues de bronze de Polyclète, de Silanion, de

Pythagoras, de Lysippe et d'autres excellens statuaires, aucune ne soit

parvenue jusqu'à nous. On doit, sans-doute, en attribuer la cause aux

incendies, aux saccages dont les cités, et Rome particulièrement, furent

si fréquemment la proie, et sur-tout à l'avidité des barbares qui ne

voyaient que du métal dans les œuvres du génie; le marbre, inutile pour

eux, fut plus respecté, et des merveilles de l'art qui ont survécu à

tant de nations, font encore aujourd'hui la gloire de celles qui les

possèdent. Ce Mercure, ainsi que d'autres monumens plus fragiles, que

nous avons déjà exposés, n'a dû sa conservation qu'à l'engloutissement

d'une cité toute entière, qui, après plusieurs siècles, rend toutes ses

richesses à la terre d'où elle avait été effacée. Oh! combien il est

consolant pour le génie qui tend à l'immortalité de voir par quels

miracles dans tout l'univers la gloire des arts échappe encore au temps

destructeur!

Trouvé à _Portici_, le 3 août 1758.

Hauteur, 4 Pieds.

[Illustration 42]

PLANCHE XV.

(_P. 31, t. VI de l'Édition royale._)

Voici la même statue de Mercure que nous offrons sur un autre point

de vue. Les aîles au talon, se trouvant le seul attribut de la

figure, auraient pu la faire prendre pour l'image de Persée, si de la

comparaison des monumens, il ne résultait une opinion bien établie en

faveur du messager des Dieux. On voit dans Béger (_Thes. Brand, t. III,

p. 236_) une figure semblable assise sur un rocher, n'ayant pour tout

attribut que les talonnières et une bourse à la main, qui ne peut

convenir à Persée. Notre Mercure tient dans la main droite un fragment

qui paraît appartenir au caducée ou à la verge avec laquelle le Dieu

conduisait les ames aux enfers. L'état de repos ne paraît pas convenir

à ce messager si bien employé; cependant ce choix d'attitude, quoique

rare, n'est pas sans exemple; Pausanias (_II, 3_) fait mention d'une

statue de bronze que possédaient les Corinthiens, représentant Mercure

assis, ayant à ses côtés un bélier. Béger donne encore une très

rare médaille de Tibère, où l'on voit au revers Mercure assis sur un

promontoire; l'antiquaire observe qu'en Afrique, sur le _promontoire

de Mercure_, était située la ville de _Clupea_, à laquelle appartient

peut-être cette médaille. On élevait des temples sur les promontoires,

et on y consacrait des statues de Mercure; on regardait, sans doute, ces

lieux comme un point de repos pour le divin messager. Ainsi Virgile le

peint se reposant sur le mont Atlas, et de-là se précipitant vers les

flots comme un oiseau (_Æn. IV, p. 252_). Le poète l'appelle _Cyllénius_

du mont Cyllène en Arcadie, où Mercure était né; ce lieu lui était cher,

et peut encore servir à motiver la pose où il est ici représenté. Nous

devons observer que le rocher est moderne; on n'a point trouvé la

pierre ou le bronze antique qui servait d'appui à la figure; mais la

restauration paraît suffisamment justifiée par toute l'attitude.

Hauteur, 4 Pieds.

[Illustration 45]

PLANCHE XVI.

(_P. 35, t. VI de l'Édition royale._)

On reste indécis, après avoir examiné ce bronze, s'il représente

Mercure ou Persée; les attributs du Dieu et du Héros peuvent aisément se

confondre. On voit le plus souvent Mercure coiffé du chapeau, ou Pétase

aîlé, rarement le fils de Danaé porte ce chapeau: cependant c'est

quelquefois son seul attribut, et quelquefois le fils de Maïa n'en a pas

d'autre que les talonnières. Béger a publié un Mercure avec le

diadème (_Th. Brand. t. III, p. 236_). Cet ornement qu'on remarque ici

paraîtrait devoir plutôt appartenir au roi d'Argos. La figure portait,

sans doute, quelque objet qui l'aurait fait reconnaître d'une manière

plus assurée: à considérer le mouvement de la main repliée, on pourrait

présumer que l'objet qu'elle renfermait était rond; si l'on suppose que

c'était une pomme, il faut se décider en faveur de Mercure apportant

au berger Pâris la pomme qu'il doit décerner, pour prix de la beauté, à

l'une des trois Déesses.

Ce superbe bronze se voit actuellement à la Malmaison, dans le Cabinet

de S.M. l'Impératrice et Reine.

Hauteur, 2 P. 8 p°.

[Illustration 47]

PLANCHE XVII.

(_P. 36, t. VI de l'Edition royale._)

La beauté, la délicatesse des formes, mieux encore que le thyrse,

font reconnaître dans cet excellent bronze, une figure de Bacchus. Ses

cheveux longs et relevés avec une sorte de négligence appartiennent

encore à ce même caractère de mollesse: «Toujours semblable à lui-même,

ses traits répondent à sa nature; parmi les garçons c'est une fille,

parmi les filles c'est un garçon; parmi les adultes il est imberbe; il

charme toujours (_Arist. H. in Bacc. p. 53_)». Sa main élevée avec grâce

paraît devoir tenir un vase. Ce Bacchus rappelle celui du tome II des

peintures, pl. 33.

Hauteur, 1 P. 4 p°.

[Illustration 49]

PLANCHE XVIII.

(_P. 38, t. VI de l'Edition royale._)

Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer les traits

caractéristiques auxquels on peut distinguer entre eux les Faunes, les

Satyres et les Silènes, dont les attributs ont été souvent confondus.

(Voyez _Peint, tom. I, pl. 16._). Ce bronze représente un Faune, dont

l'action vive et pétulante fait le caractère; comme un air sauvage,

le front étroit, les oreilles longues et la queue au bas du dos, en

désignent l'espèce: la queue est sur-tout leur signe distinctif. On

rencontre souvent, dans les monumens bachiques, ces figures exprimant

la joie folle et emportée de l'ivresse. Les Faunes représentaient les

antiques et sauvages habitans des campagnes et des forets. Vêtus de la

dépouille des bêtes fauves, laissant à ces peaux les parties saillantes,

comme les oreilles, les pattes et la queue, l'imagination a pris plaisir

à confondre cet extérieur bizarre avec leurs personnes; c'est ainsi

qu'on se forma l'idée des Centaures, en voyant les premiers hommes à

cheval. Ces images enfantées par la peur ou par la superstition, furent

consacrées par le langage métaphorique des poètes, et ce qui demeura,

pour les sages de l'antiquité, un emblême ingénieux du dérèglement des

passions, fut, pour le vulgaire, l'objet d'un culte extravagant. Tous

les êtres monstrueux dont on forma la suite de Bacchus, se perpétuèrent

encore dans l'imagination par les représentations théâtrales; et les

poètes se servirent adroitement, et souvent avec trop de licence, de ces

personnages, pour répandre à pleines mains le sel de leurs sarcasmes.

C'est cet abus choquant dans un siècle plus poli, qu'Horace a combattu

en réglant le caractère convenable aux Faunes introduits sur la scène

(_Art. poét. 244._).

Hauteur, 8 p°.

[Illustration 52]

PLANCHE XIX.

(_P. 40, t. VI de l'Édition royale._)

Ce beau bronze représente encore un jeune Faune; assis sur un tas

de pierres, un bras replié sur la tête, l'autre pendant, il est dans

l'abandon du sommeil. Outre les cornes naissantes, il a sous le cou deux

excroissances de chair en forme de _figues_, semblables à celles qu'on

remarque quelquefois dans les chevreaux; ce signe est commun aux Faunes

et aux Satyres. Delà est venu, chez les Latins, le nom de _Ficarius

Faunus_ donné au dieu Faune.

Hauteur, 3 P. 6 p°.

[Illustration 54]

PLANCHE XX.

(_P. 41, t. VI de l'Édition royale._)

Ce bronze, d'un goût et d'un fini précieux, représente un Marsyas, ou,

pour s'exprimer plus généralement, un Silène; la couronne de lierre

(dont les feuilles sont en argent); les oreilles de chèvre, seul signe

qui s'écarte de la nature humaine, le front chauve, la barbe épaisse, et

la maturité de l'âge qui se fait sentir dans le visage et dans tout le

corps, tout concourt à le caractériser. La position des mains et des

doigts, la contraction de la bouche et les plis du front indiquent qu'il

jouait de la flûte, quoique l'instrument soit perdu. Le socque qu'il a

sous le pied droit paraît destiné marquer la mesure, et c'est peut-être

le _Crupèze_ décrit par Pollux (_VII, 87_) dont les Béotiens se

servaient habilement, et qui les faisait appeler _Crupezophores_.

Hauteur, 10 pouces.

[Illustration 56]

PLANCHE XXI.

(_P. 42, t. VI de l'Édition royale._)

Ce bronze est compté parmi les plus belles statues du Musée Royal; c'est

un Silène ou un Faune étendu sur une peau de bête fauve, et appuyé

sur une outre. L'abandon de l'ivresse ne peut être rendu avec plus de

vérité, et la nature de ce suivant de Bacchus a permis à l'artiste de

la montrer, pour ainsi-dire, dans toute sa nudité. Il est encore bien

caractérisé par le diadême et les corymbes, par les oreilles pointues et

les deux excroissances qui lui pendent sous le cou. Anacréon (_Od. 38_)

se compare à Silène, qui, quoique vieux, boit et danse à l'égal des

jeunes gens, et qui, pour sceptre, tient une outre au-lieu de la férule.

Si notre Silène ne s'est point fait un sceptre de son outre, il s'en

fait un coussin digne de son trône et de sa joyeuse indolence.

Hauteur, 4 P. 6 p°.

[Illustration 58]

PLANCHE XXII.

(_P. 43, t. VI de l'Edition royale._)

Nous donnons un second dessin du Silène ivre, qui fait le sujet de la

planche précédente. On saisira mieux, dans celui-ci, toute l'expression

et le geste remarquable que fait le personnage bachique avec les doigts

de la main droite. L'index déployé, il presse le doigt du milieu sur le

pouce pour produire ce claquement, signe de mépris et d'insouciance. Ce

jeu des doigts était une circonstance remarquable dans la célèbre statue

de Sardanapale, décrite par Aristobule, chez Athénée (_XII, 7_). La

statue en marbre de ce roi voluptueux était élevée sur son tombeau;

il faisait ce même geste; dans l'inscription on lisait: _Mange, bois,

divertis-toi_; et le geste semblait dire: Tout le reste ne vaut pas

cela.

Hauteur, 4 P. 6 p°.

[Illustration 60]

PLANCHE XXIII.

(_P. 44, t. VI de l'Edition royale._)

Cette figure curieuse servait à la décoration d'une fontaine, découverte

dans les fouilles de Portici au mois de décembre 1754; elle tenait le

milieu parmi dix autres plus petites, toutes servant au dégorgement des

eaux. Le vieux Faune ou Silène, comme on voudra l'appeler, couronné de

lierre, la barbe divisée en longues moustaches, est à cheval, d'un air

très-sérieux, sur une outre qu'il tient par les oreilles, et dont la

large bouche donnait passage à l'eau. Il se tient en bon écuyer, le

corps droit et les jambes pendantes, approchant du ventre de sa monture,

ses talons armés d'une chaussure grossière. Ces figures bachiques

étaient souvent employées à répandre les eaux des fontaines. Le caprice

de l'artiste en variait à son gré les intentions. Si l'on voulait

supposer ici quelque intention allégorique, on pourrait rappeler le

proverbe grec: «Le vin est un bon cheval pour qui a du chemin à faire»;

mais il faudrait penser aussi que le bon Silène croit tenir entre les

jambes une outre plus généreuse, et qui épanche autre chose que le

trésor des nymphes.

Hauteur, 1 P. 3 p°. 6 lig.

[Illustration 62]

PLANCHE XXIV.

(_P. 45, t. VI de l'Édition royale._)

Comme le précédent, ce Faune ou Silène faisait partie de la décoration

dont nous avons parlé; couronné de lierre, ayant des oreilles de chèvre,

la barbe longue et bouclée, sa corpulente virilité n'a rien de plus

gracieux. L'eau s'épanchait de l'outre sur laquelle il s'appuie. De

l'usage fréquent de ces figures était dérivé le nom de _Silanus_ (le

même que _Silenus_) pour exprimer le tuyau d'une fontaine.

Hauteur, 11 pouces 7 lignes.

[Illustration 64]

PLANCHE XXV.

(_P. 46, t. VI de l'Édition royale._)

Autre Faune de la même fontaine. On remarque en lui les mêmes attributs

bachiques, les mêmes signes de virilité, exprimés dans ses compagnons.

Cette poitrine large, hérissée de poils, ne désigne pas seulement une

nature robuste et sauvage, c'est aussi l'emblème des qualités généreuses

qui suivent une forte complexion, le courage, la prudence et la sagesse.

Homère et les anciens poètes se plaisent, dans leur langage mâle

et naïf, à peindre les grands cœurs sous cette rude enveloppe. Si

l'observation n'a point d'application pour ces figures muettes et

grotesques, on pourra cependant se souvenir que le masque de Silène en

est, pour ainsi-dire, le type, et que ce précepteur de Bacchus est l'un

des premiers sages de l'antiquité. Notre Faune caresse une panthère qui

vomissait de l'eau; un autre Faune semblable lui servait de pendant.

Hauteur, 1 pied 8 lignes.

[Illustration 66]

>PLANCHE XXVI.

(_P. 47 et suiv, t. VI de l'Édition royale._)

Les quatre enfans ou génies que nous rassemblons dans cette planche,

faisaient encore partie de la décoration de la fontaine; les instrumens

qu'ils portent servaient à en répandre les eaux.

Dans le premier, on reconnaît un petit Faune d'un aspect gracieux; les

cornes commencent naître sur son front; d'une main, il tient une corne,

vase à boire; de l'autre, un petit outre. On faisait des outres de

la peau de divers animaux, et de différentes dimensions; les plus

portatives se nommèrent d'abord chez les grecs _ascoi_, ensuite

_flascoi_, flacons. Parmi les vases antiques, dits improprement

étrusques, on en trouve beaucoup qui ont conservé la forme de ce vase

primitif qu'ils ont remplacé.

Les deux autres Génies s'appuient sur un masque supporté par une

petite colonne. L'arrangement des cheveux dans ces Génies, mérite

quelqu'attention: c'est une coiffure qui appartient l'enfance; elle se

nommait vulgairement _scorpion_, de la forme que prenait la touffe de

cheveux liés sur le sommet du front, lorsque les pointes se divisaient

en deux boucles: les Athéniens l'appelaient aussi _crobilos_, quand la

touffe n'offrait qu'une seule pointe conique, ressemblant à une pomme de

pin. On remarque cette même coiffure dans les images de la jeunesse, sur

les médailles. Nous pourrions considérer ces enfans comme des génies de

Fleuves. Les Fleuves n'étaient pas toujours représentés sous la figure

d'un vieillard barbu. Le fleuve Agrigente en Sicile, le fleuve Melès de

Smyrne, se montraient sous l'aspect d'un enfant riant et gracieux: les

médailles nous offrent souvent les Fleuves sous cette image agréable.

On sait encore que les jeunes garçons étaient chéris des nymphes;

elles enlevèrent Hylas; elles prirent soin de l'enfance de Jupiter, de

Bacchus, de Pan, d'Aristée, d'Énée, et de plusieurs autres. L'enfance

près des eaux est du-moins un emblême ingénieux de leur fécondité.

Des deux autres enfans, l'un tient un dauphin sous le bras, l'autre

porte sur l'épaule un vase, proprement dit _hydria_.

Hauteur, 1 P. 2 p°.

[Illustration 69]

PLANCHE XXVII.

(_P. 52, t. VI de l'Edition royale._)

FIG. I. On peut reconnaître un _Dieu Lare_ dans cette figure de style

étrusque. Les images certaines des Lares, qui présidaient aux quartiers

de Rome, et que plusieurs bas-reliefs, accompagnés d'inscriptions, nous

ont fait connaître, ne nous laissent aucun doute sur le véritable sujet

de ce bronze. Toutes les collections et les cabinets des curieux en

possèdent de semblables, mais ordinairement plus petites. La corne

d'abondance est le symbole de la bonté de ces divinités domestiques et

locales; la patère paraît demander des libations et recommander leur

culte; l'habit succinct les présente comme des ministres des grands

Dieux, employés sans cesse à parcourir la terre et à y répandre

leurs bienfaits. M. Visconti, dans ses savantes explications du musée

Pio-Clémentin (_t. IV, pl. dernière_) a fixé le caractère qu'offrent les

images des dieux Lares: nous aurons occasion d'en parler encore au

sujet de la planche suivante. La robe gonflée par le vent est une

particularité qui semble indiquer que la divinité protectrice est en

grand mouvement ou placée dans un vestibule: on remarque encore une

draperie qui lui pend sur l'épaule, et dont une partie lui sert de

ceinture; c'est une espèce de _palliolum_ ou petit manteau. La chaussure

est le socque proprement dit: c'est le soulier qui ne passait pas la

cheville du pied, et qui, étant en Italie la chaussure la plus commune,

est devenue l'emblème de la comédie; sur le soulier est une languette

destinée à recouvrir les attaches: c'est ce qui donne lieu à une

plaisanterie d'un poète comique, rapportée par Athénée, et qui, de nos

jours, ne paraîtra pas d'un bon sel, «que les femmes ont de la langue

jusque sur leurs souliers». (_Ath. XV, 6. p. 677_).

FIG. II. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un Echanson,

proprement dit _Pocillateur_, tenant d'une main un _rhyton_, terminé en

forme d'animal, et de l'autre une coupe. L'habit succinct est relatif à

ses fonctions, et le reste de son ajustement rappelle ce que dit Pétrone

d'un bel enfant qui servait à table dans le festin de Trimalchion,

couvert des attributs de Bacchus; c'est précisément ce qu'on remarque

ici dans les brodequins passés sur les souliers, dans le diadème, dans

les feuilles et les corymbes de lierre, et sur-tout dans les cornes

postiches.

FIG. I.--Hauteur, 1 P. 11 p°.

FIG. II.--Hauteur, 1 P. 2 p°.

[Illustration 72]

PLANCHE XXVIII.

(_P. 54, 55, t. VI de l'Édition royale._)

La première de ces figures tenant un _rhyton_ et une patère, ayant une

couronne et l'habit succinct, est un dieu Lare; l'autre, plus richement

vêtue, la tête ceinte d'une bandelette dont les bouts retombent sur les

épaules, paraît être un _Camille_ ou ministre des sacrifices. Les images

des dieux Lares n'étaient pas seulement placées dans les carrefours,

dans les vestibules et les pièces intérieures des maisons, elles

servaient encore à décorer les buffets et les tables mêmes; quand elles

ont cette destination, on ne les voit guère sans quelqu'attribut de

Bacchus; et le plus commun, le plus caractéristique est précisément le

_rhyton_, ce vase primitif. L'usage suivi dans les festins servirait

encore appuyer cette opinion, si elle n'avait pour elle l'autorité de

plusieurs monumens connus. «Après le premier service, on enlevait les

tables, on jetait au feu tous les restes; un enfant appelait les Dieux

propices; on apportait de nouvelles tables couvertes de fruits et de

vases de vin; on posait les dieux Lares sur la table; quelquefois on les

promenait dans la salle en les donnant à baiser aux convives; ensuite

on portait les saluts au bon Génie ou Bacchus, aux autres Dieux, et aux

hommes qu'on voulait honorer» (_Serv. in Æn. liv. 730.--Petron. cap.

60_). Le respect qu'on portait à ces Dieux familiers, témoins de toutes

les actions privées et secrètes, était peut-être le sentiment religieux

le plus profond. On peut en voir une preuve dans le soin que fait

prendre Virgile au vieux Anchise, de sauver ses dieux Lares de sa ville

embrâsée, comme son plus cher trésor.

FIG. I.--Hauteur, 5 pouces 6 lignes.

FIG. II.--Hauteur, 5 pouces 10 lignes.

[Illustration 75]

PLANCHE XXIX.

(_P. 56, 57 t. VI de l'Édition royale._)

FIG. I. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un beau

jeune homme qu'on reconnaîtra facilement encore pour un Camille ou

_Pocillateur_ sacré. Il porte un sceau (_situla_) et un éventail

formé de plumes, qui désignent ses fonctions; il a l'habit succinct à

demi-manches; ses cheveux arrangés avec soin, sont ornés d'une couronne

dont les bandelettes retombent sur les épaules. Sa figure est d'une

grande beauté, et donne penser que, suivant l'usage rapporté par

Athénée, il a été choisi dans la fleur de la jeunesse pour porter les

choses sacrées. Les prêtres et les ministres du culte devaient être

exempts de toute imperfection; ceux qui approchaient les Dieux devaient

leur plaire par un extérieur agréable: c'était un noble hommage qu'on

faisait à la Divinité de ses propres dons. «En effet, la beauté est le

plus riche de nos biens, le plus agréable aux Dieux et aux hommes; tous

les autres font naître l'envie et produisent des ennemis; la beauté se

concilie la bienveillance de tous (_Dion. Chris. Or. XXIX_), à moins

qu'il n'en soit quelquefois autrement parmi les femmes (_Luc. in

char._). Le beau n'est autre chose que ce qui plaît, et ce qui déplaît

n'est pas beau (_Xenoph. in conv._).» Cette passion du beau était, chez

les anciens, un sentiment religieux, et nous voyons, par leurs ouvrages,

combien ce sentiment a élevé et fécondé leur génie.

FIG. II. Ce bronze paraît être d'un bon style étrusque. C'est encore

un Camille ou un _Pocillateur_; son action seule peut déterminer son

caractère; les palmes tournées vers le ciel conviennent au moment de la

prière, il tourne sur la pointe des pieds, et on peut supposer que ce

personnage exécute une danse religieuse. Cette action pourrait aussi

convenir au danseur d'un banquet; les cheveux bouclés en longs anneaux

(_calamistrati_) appartiennent à un personnage de cette profession.

Il paraît que cette dernière figure avait une coupe ou une patère dans

la main gauche.

FIG. I.--Hauteur, 8 p°. 4 lig.

Fie. II.--Hauteur, 8 pouces.

[Illustration 78]

PLANCHE XXX.

(_P. 58, 59, t. VI de l'Édition royale._)

Nous réunissons, dans une seule planche, ces deux excellentes statues de

bronze, qui, opposées l'une à l'autre, forment une action parfaite. Ce

sont deux lutteurs en présence qui rassemblent leurs forces dans une

pose étudiée, tout prêts à s'attaquer. La description que fait

Héliodore (_X, p. 505_) de Théagène s'apprêtant à la lutte, s'adapte

merveilleusement au sujet. «Théagène, dit-il, prit de la poussière, s'en

frotta les bras et les épaules tout humides de sueur; ensuite, étendant

les deux bras en avant, affermi sur les pieds, les genoux un peu pliés,

courbant et voûtant le dos et les épaules, fléchissant le cou d'un côté;

enfin, renforçant et rassemblant toutes les parties de son corps,

il attendait avec impatience le moment de la lutte». En voyant nos

athlètes, on retrouve tous les traits de cette vive peinture. Leur

beauté répond à l'idée qu'on se forme, d'après les écrits des anciens,

des jeunes gens dont la force, la grâce et l'agilité s'étaient

développées dans les exercices de la gymnastique, et notamment de la

palestre, qui avait pour but de faire valoir tous les avantages du

corps. Aucune de leurs formes n'est altérée par l'effort de leur vigueur

concentrée, c'est en cela que réside la perfection de cet art: qu'on les

anime, la force ou l'adresse décidera de la victoire; mais le spectateur

est content, et l'esprit satisfait ne demande rien au-delà de ces belles

poses.

Ces deux figures, de grandeur naturelle, ont été trouvées ensemble

dans les fouilles de Portici, en 1754; et comme ces sortes de statues

servaient de décoration aux gymnases, on est porté à croire que

celles-ci ont décoré le gymnase d'Herculanum. Il n'y avait presque

point de ville grecque qui n'eût un gymnase. Celui de Naples était très

antique et très-célèbre, et une ville aussi florissante qu'Herculanum

n'a pas dû être privée d'un tel monument.

FIG. I.--Hauteur, 4 P. 7 p°.

FIG. II.--Hauteur, 3 P. 2 p°.

[Illustration 81]

PLANCHE XXXI.

(_P. 60, t. VI de l'Édition royale._)

Cette petite statue déjà précieuse par le travail, le deviendrait encore

davantage, si, parmi les héros auxquels conviennent ses attributs,

on pouvait déterminer celui qu'elle représente. Le pied posé sur une

pierre, le genou plié, le coude appuyé sur le genou, la tête levée et

le regard fixe, son attitude, expriment le repos et l'attention. Cette

attitude de choix se trouve répétée dans quelques monumens antiques.

Rien dans les formes n'appartient au beau idéal; c'est l'expression

naïve de la nature. Le diadême, les cornes de taureau qui paraissent sur

sa tête, la chlamide héroïque, semblent être une espèce d'apothéose en

faveur du personnage. Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que

les cornes de taureau étaient l'emblème de la force et de la puissance;

nous les avons vu faire partie d'une armure dans un trophée. Démétrius

Poliocerte est représenté dans quelques médailles avec des cornes de

taureau, soit par allusion à son habileté, comme inventeur de machines

guerrières, soit par imitation des attributs de Bacchus, dont il

affectait de suivre les traces. On voit aussi dans les médailles,

Alexandre avec des cornes de bélier, en mémoire de Jupiter Ammon, dont

il voulait passer pour fils, on voit Lysimaque et Magas paraître dans

leurs images avec le même signe. Dans un oracle antique rapporté par

Pausanias (_X, 15_), Attale, roi de Pergame, vainqueur des Gaulois, est

nommé _fils du taureau_. Séleucus Nicator (ou vainqueur) fondateur du

royaume et de la race des Séleucides, s'était rendu célèbre par un acte

de vigueur et de force digne des temps héroïques; seul il avait pris et

rapporté à l'autel un taureau sauvage qui s'était échappé d'un sacrifice

offert par Alexandre. Les Athéniens lui érigèrent, en mémoire de cette

prouesse, une statue de bronze avec des cornes de taureau (_Lib. in

Antioch. p. 351. Paus. I, 16._); et c'est ainsi que le représentent

ses médailles. On penche à voir ce prince dans notre bronze, et l'on

rapporte son attitude au moment où il prend les augures sur le mont

Casius pour la fondation de Séleucie, ou sur le mont Sylphius pour la

fondation d'Antioche. La trop grande jeunesse du héros représenté dans

ce bronze, est la circonstance seule, mais bien remarquable, qui paraît

s'opposer à cette dernière explication.

Hauteur, 1 pied.

[Illustration 84]

[Illustration 85]

PLANCHES XXXII et XXXIII.

(_P. 51, t. VI de l'Édition royale._)

On reconnaîtra facilement Alexandre-le-Grand dans cette statue équestre

de petite proportion, que nous donnons sous un double aspect. On a pour

comparaison la tête en marbre placée dans le musée Napoléon, et un assez

grand nombre de pierres gravées et de médailles, quoique ces derniers

monumens ne puissent pas être regardés comme contemporains de l'illustre

conquérant. L'empereur Caracalla, qui voulut se faire passer pour

un autre Alexandre, prit soin d'en renouveler la mémoire, en faisant

élever, dans tous les temples, des statues à double face, comme celles

de Janus, présentant sa tête d'un côté, et de l'autre celle du Héros. La

nôtre, aussi belle que rare, est l'ouvrage d'un excellent artiste, ou

du moins une copie faite avec la plus grande habileté sur un précieux

original. On sait qu'Alexandre, par une fierté digne de sa grandeur, ne

voulut point permettre de retracer son image à d'autres qu'à Apelles,

en peinture, à Pyrgotélès en pierres fines, et à Lysippe en bronze. Le

statuaire représenta son illustre modèle dans toutes ses actions, en

le prenant à l'enfance; «lui seul, dit Plutarque (_De fort. Alex.,

Or. II_), il sut exprimer dans le bronze le caractère d'Alexandre, sa

beauté, et en-même-temps son courage, tandis que les autres artistes,

ne voulant imiter l'inflexion de son cou, la vivacité et la placidité

de ses yeux, ne savaient point conserver cet aspect viril et d'un

lion». Voilà le trait principal qui distinguait Alexandre et le rendait

supérieur aux autres hommes, quoique d'une taille médiocre. Il avoit le

front élevé, les yeux bien fendus et brillans, le nez aquilin, les joues

gracieusement colorées, les cheveux blonds et bouclés; une sorte de

négligence n'ôtait rien en lui, à une certaine majesté qui résultait

d'une exacte proportion des parties du corps; il portait la tête penchée

sur l'épaule gauche, comme dans l'habitude de regarder le ciel; c'est

ce que Lysippe avait saisi avec tant d'habileté, et une épigramme de

l'Anthologie en conserve aussi la vive expression (_IV, 8, ép. 87_).

«Lysippe a rendu l'audace d'Alexandre et toute sa beauté. Quelle force

n'a pas ce bronze! les yeux tournés vers le ciel, il semble dire: la

terre est à moi; ô Jupiter! règne dans le ciel». Il serait hors de

propos de parler ici des faits glorieux qui ont signalé la carrière

de notre Héros; l'histoire en est assez connue: comme nos observations

doivent se borner aux monumens que nous expliquons, nous rappellerons

seulement les dates qui fixent une époque célèbre dans l'histoire des

arts. On place la naissance d'Alexandre l'an Ier de la 106e olympiade,

le 6 du mois _hécatombéon_, qui revient au 20 juillet de l'an 356 avant

J.-C., vers l'an 400 de la fondation de Rome, la nuit même que le temple

de Diane à Ephèse fut incendié. Les historiens sont moins d'accord sur

l'époque précise de sa mort; tous conviennent qu'il mourut peine âgé de

33 ans, vers l'an Ier de la 114e olympiade, qui revient à l'an 324 avant

J.-C. Cette courte vie parut remplie d'un tel bonheur qu'on s'en forma

une idée superstitieuse, d'après laquelle ceux qui portaient l'image

d'Alexandre, croyaient devoir réussir dans toutes leurs entreprises; on

sait qu'Auguste lui-même se servait de cette image pour cachet. Cette

opinion a contribué à en multiplier les copies.

Nous revenons à l'examen de notre beau bronze; l'artiste, en

représentant le Héros combattant à cheval, la tête nue, a, sans

doute, voulu conserver tous les traits et le caractère de la tête,

en-même-temps qu'il démontre l'intrépidité du guerrier. Il est armé

d'une épée, et cette épée rappelle le fer admirable par sa trempe et sa

légèreté, présent du Roi des Citiéens, et dont Plutarque le représente

armé la bataille d'_Arbelle_; cet auteur fait aussi mention d'un riche

ceinturon, ouvrage antique d'Hélicon, présent de la ville de Rhodes;

le Roi en porte un sur sa cuirasse. Sur son épaule est suspendue

la chlamide macédonienne, différente de l'ancien manteau des temps

héroïques, dit _Chlaina_, en ce qu'elle est plus large par le bas.

Pompée, qui trouva la chlamide d'Alexandre parmi les richesses de

Mithridate, en fit l'un des plus beaux ornemens de son triomphe. Cette

chlamide est encore célèbre, en ce que l'architecte Dinocrates en donna,

par adulation, la forme au plan d'Alexandrie. Le cheval, richement

harnaché, offre, dans sa tête animée, dans son large poitrail, l'idée du

fameux Bucéphale; il se trouve _rassemblé_ par l'arrêt que le héros

lui imprime, prêt à foudroyer un ennemi; l'attitude donnée au héros est

aussi hardie que savante.

Trouvé à _Portici_ en 1761.

FIG. I.--Hauteur, 1 P. 6 p°.

Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes · 第 6 / 8 题