[Illustration 95]
PLANCHE XXXVI.
(_P. 66, t. VI de l'Édition royale._)
Ce beau cheval de bronze est le seul morceau entier et bien conservé,
d'un quadrige découvert en 1736 dans les fouilles de Résine, près le
théâtre. On sait que les quadriges se plaçaient en l'honneur des dieux,
ainsi que des généraux qui avaient bien mérité de la patrie, sur le
sommet des temples et des arcs-de-triomphe, dans le _forum_ et dans
les lieux les plus remarquables d'une cité: il est vraisemblable que
celui-ci décorait le portique du théâtre. La caisse du char était d'un
excellent travail: nous donnons dans la planche suivante trois figures
qui servaient d'ornement à cette caisse.
Ce cheval, dont la conservation a paru merveilleuse au milieu du
désastre qui a mis en pièces ses compagnons, a été placé au milieu de la
cour du Musée royal de Portici, avec cette inscription imitée de celle
qu'on lisait en Elide, au rapport de Pausanias, sur une colonne de
bois, seule échappée de l'incendie du palais d'Enomaiis, embrâsé par la
foudre:
EX QVADRIGA ÆNEA
SPLENDIDISSIMA
CVM SVIS JVGALIBVS
COMMINVTA AC DISSIPATA
SVPERSTES ECCE EGO VNVS
RESTO
NONNISI REGIA CVRA
REPOSITIS APTE SEXCENTIS
IN QVÆ VESVVIVS ME
ABSYRTI
INSTAR DISCERPSERAT
MEMBRIS.
Hauteur, 7 pieds.
[Illustration 98]
PLANCHE XXXVII.
(_P. 67, 68 et 69, t. VI de l'Édition royale._)
Les trois figures réunies dans cette planche sont de bas-relief, et
servaient d'ornement à la caisse du char dont nous avons fait mention
dans l'explication précédente.
FIG. I. _Junon Reine_, dont l'attribut distinctif est ici la couronne
radiée. L'expression sérieuse de la figure, l'austérité du costume,
conviennent encore au caractère de cette Déesse, mais sur-tout
l'agencement de cet ample manteau qui vient lui former un voile sur la
tête. On sait que cette coiffure était celle des matrones, et on la voit
très-souvent donnée, sur les médailles, aux images de Junon. Les manches
de la tunique sont fermées par un rang de fibules, ornement qui n'est
pas rare dans les monumens antiques.
FIG. II. _Jupiter imberbe_. Cette figure n'est pas celle d'Apollon,
comme les Académiciens d'Herculanum penchaient à le croire; elle n'en
a aucun des attributs; la forme de la chevelure et le jet du manteau
conviennent à Jupiter; la draperie d'Apollon, dans les figures
demi-nues, est une chlamyde. L'attitude est celle que nous présente un
grand nombre d'images de Jupiter; la foudre était dans la main droite,
la patère dans la gauche: on voit presque toujours Jupiter avec une
barbe majestueuse et touffue; mais on l'adorait aussi comme enfant,
adolescent et jeune homme: on le trouve imberbe dans quelques monumens
assez rares à-la-vérité. Cette privation de la barbe est surtout
reconnue par le nom d'_Axur_, sous lequel Jupiter était révéré chez les
Grecs et chez les Romains. Ici il se présente, selon l'opinion de M.
Visconti, une raison de plus pour représenter ce Dieu sans barbe; c'est
que l'intention de l'artiste peut avoir été d'offrir, sous l'emblême
de la Divinité, quelqu'empereur romain. Nous en verrons un exemple
authentique dans la _planche XLIII_ de ce volume. On pourrait,
peut-être, également retrouver une princesse romaine, dans la figure de
Junon.
FIG. III. La tête de ce _dieu Mars_ est évidemment un portrait romain,
et vient à l'appui de notre première conjecture. Les Romains n'ont que
rarement représenté ce Dieu à demi-nu, avec la chlamyde seule, la lance
à la main et le casque en tête: leurs médailles lui donnent la cuirasse,
et l'offrent tout armé, à-peu-près comme il est ici.
FIG. I.--Hauteur, 2 P. 1 p°.
FIG II. et III.--Hauteur, 2 P. 1 p°. 8 lig.
[Illustration 101]
PLANCHE XXXVIII.
(_P. 71, t. VI de l'Édition royale._)
Les Canephores dont nous avons déjà parlé dans le Ier volume de cet
ouvrage, étaient, à proprement parler, de jeunes Athéniennes qui, dans
les fêtes de Minerve, portaient dans des corbeilles des objets sacrés
et peu connus: on a donné ensuite ce nom à celles qui, dans les fêtes
de Bacchus et de Cérés, portaient aussi les cistes mystiques et les
corbeilles où étaient renfermées les offrandes et les choses destinées
aux sacrifices. Le développement que donnait aux grâces naturelles du
corps l'attitude et le mouvement de ces femmes religieuses, choisies
parmi les plus nobles et les plus belles d'une cité, offrait des modèles
aux artistes qui se plaisaient à les répéter. Les objets que doivent
porter ces figures manquent souvent dans les monumens, soit par les
ravages du temps, soit par une négligence des artistes. Le nom de
Canephores ou de Cistophores, porteuses de corbeilles ou de cistes
mystiques, semble être devenu un nom de convention, leurs fonctions
pouvant être de porter tout autre objet, comme un vase, une aiguière,
et leur dénomination variant alors chez les anciens Grecs, suivant les
attributs. Ainsi Pline a nommé _la Canephore_ une statue de Scopas; et
Cicéron décrit, sous le même nom, deux statues de bronze, ouvrage de
Polyclète, volées par Verrès. Celle que nous avons sous les yeux porte
les cheveux longs, arrangés avec soin, resserrés sur les épaules avec
un ruban, et frisés par le bout en longs anneaux; cette particularité
la distingue des ménades et des pleureuses dans les fêtes d'Adonis, qui
portaient leurs cheveux longs et épars, les unes en signe de fureur, les
autres en signe de deuil; son vêtement qui lui laisse les bras nus, est
composé d'une tunique longue et d'un _peplum_.
Trouvée, ainsi que les suivantes, dans les fouilles de Portici.
Hauteur, 5 P. 8 p°.
[Illustration 104]
PLANCHE XXXIX.
(_P. 70, t. VI de l'Édition royale._)
Les Canephores étaient assistées dans les processions par des
personnages d'un rang inférieur. Les étrangers qui formaient à Athènes
une classe à part, sous la dénomination d'_Epelydes_, n'étaient admis
aux sacrifices qu'en faveur de ce service; les hommes portaient des
vases, leurs femmes une _hydria_ ou aiguière, et leurs filles un
parasol, un siège pliant ou d'autres ustensiles. Ils payaient un
certain tribut pour ces privilèges, qui étaient plutôt une marque de
bienveillance que d'orgueil de la part des Athéniens. En rapportant cet
usage, qui pourrait expliquer quelque figure antique, nous n'en ferons
point d'application à ces deux figures; les ranger dans la classe des
Epelydes, ce serait donner une conjecture trop hasardée, et que ne peut
motiver suffisamment la situation de leurs mains. Il n'y a aucun motif
qui porte penser ici aux cérémonies des Panathénées, et nous nous
bornons à considérer ces figures comme de jeunes femmes employées à une
pompe ou cérémonie religieuse.
FIG. I.--Hauteur, 5 P.
FIG. II.--Hauteur, 4 P. 9 p°.
[Illustration 106]
PLANCHE XL.
(_P. 78, 74, t. VI de l'Édition royale._)
Nous donnons deux dessins de cette statue pour faire voir l'ajustement
du petit _peplum_, espèce de manteau particulièrement à l'usage des
femmes, qui descendait jusqu'à la ceinture, et s'attachait sur les
épaules avec des agraffes. Cet habillement laissait les bras découverts,
et quand la tunique était sans manches, comme dans ce bronze, on disait
de ce costume, _aller à la dorique_. Cet usage était celui des filles de
Sparte, qu'une humeur austère semblait plutôt défendre, que ne faisaient
les voiles de la pudeur. Un étranger s'écriait en voyant passer une
Spartiate: Ah! quel beau bras!--Mais il n'est pas public, répondit-elle.
Quand les tuniques avaient des manches, on appelait le vêtement à
l'ïonienne; c'était la mode suivie à Athènes. Ce bronze nous paraît
représenter une Canephore, ou une femme qui s'apprête pour une cérémonie
religieuse. Ses cheveux flottent en longs anneaux sur son cou, et sa
tête est ceinte d'un riche diadême.
Hauteur, 5 P. 5 p°.
[Illustration 108]
PLANCHE XLI.
(_P. 76, t. VI de l'Édition royale._)
Le costume de cette figure semble la ranger dans la même classe que
les précédentes; il est cependant plus riche. Le diadème qui ceint sa
chevelure ondoyante est parsemé de pierreries, représentées dans le
bronze par des ornemens relevés en argent; c'est la couronne que Virgile
donne aux princesses royales (_Æn. I, 659._) Les bouts du diadème sont
réunis et cachés par un nud formé avec les cheveux; la tresse employée
à cet usage laisse à découvert le milieu du cou, sur lequel flotte avec
élégance le reste des cheveux divisés en boucles. La tunique longue
est ornée par le bas d'un bord couronné de rayons; les mêmes rayons se
trouvent répétés au bas du manteau, dessus et au revers. Cette femme,
qui est une prêtresse ou un personnage de grande distinction, paraît
occupée d'une cérémonie sacrée, à laquelle on doit attribuer la pose
remarquable dans laquelle elle étend les deux bouts de son manteau. Le
bout qui enveloppe la main gauche, dont on distingue les doigts, indique
que l'étoffe est transparente.
Hauteur, 5 P. 2 p°.
[Illustration 110]
PLANCHE XLII.
(_P. 76, t. VI de l'Édition royale._)
Le petit _peplum_ des femmes grecques n'était pas toujours succinct;
il avait quelquefois des aîles qui descendaient jusqu'aux talons. Dans
notre bronze, on voit le manteau court par devant, tomber par derrière
jusqu'à terre. C'est une prêtresse ou une femme représentée dans une
action religieuse. L'attitude des mains renversées et tournées vers le
ciel, pourrait se rapporter à la prière; mais elle n'est cependant pas
assez prononcée pour qu'on y reconnaisse absolument cet acte de piété.
La prière se trouve indiquée sans équivoque dans d'autres figures
de femmes, auxquelles Pline a donné le nom d'_adorantes_, et dont M.
Visconti a indiqué dans ses uvres plusieurs copies antiques: un
objet que tiendrait la figure entre ses mains, comme une bandeau sacré
(_vitta_ ou _infula_) pourrait aussi expliquer son attitude. Les figures
précédentes sont pieds nus; celle-ci porte une espèce de sandales pour
chaussure.
Hauteur, 3 P. 10 p°.
[Illustration 112]
PLANCHE XLIII.
(_P. 77, t. VI de l'Édition royale._)
Le sceptre et la foudre caractérisent ce beau bronze de proportion
colossale, pour une statue de Jupiter, et c'est _Auguste_, le maître du
monde, dont les traits sont ici divinisés avec les attributs du maître
des Dieux. Tous les poètes contemporains ont appelé Auguste _dieu_ ou
_divin_. Il eut de son vivant même, dans les provinces de l'empire, des
temples et des prêtres comme une divinité. On doit être peu surpris de
le voir paraître ici avec les emblêmes de la puissance de Jupiter. Il
faut attribuer cette idée au respect qu'imprimait sa puissance,
qui parut surnaturelle à tout l'univers soumis. Dans les médailles
d'Auguste, les mêmes signes, une étoile et la couronne radiée sont les
marques de l'apothéose; dans ces médailles, quoique frappées après sa
mort, on le voit représenté avec les traits de la jeunesse, quand il est
surnommé _Divus_. Qu'il soit imberbe, lorsqu'il paraît sous la figure
de Jupiter, il n'y a rien de contraire aux traits caractéristiques de
la divinité, comme nous l'avons fait remarquer dans une explication
précédente, _pl. XXXVII_ de ce volume. Notre Auguste porte une bague au
doigt annulaire de la main gauche. On donnait l'anneau aux figures des
rois et des héros; nous l'avons vu au doigt de Thésée (_tome I, pl. V_);
il est plus rare de le trouver au doigt d'une divinité: l'anneau de
la statue porte pour signe la forme du _lituus_, ou bâton augural. Les
empereurs romains étaient revêtus de la dignité d'augures. Ce bronze
fut trouvé en 1741, dans les fouilles de Résine; il était placé dans un
temple ou plutôt dans un _forum_, qu'on peut supposer avoir été la cour
de la basilique augustale d'Herculanum (_curia basilicæ augustæ_): on
sait que Naples possédait un monument consacré sous ce titre. La statue
était placée au milieu de l'édifice; c'est ce qu'on appelait _templum
tenere_, expression qu'on retrouve dans Virgile à propos même d'Auguste
(_Georg. III, 16_). On doit encore attribuer à cette situation la
proportion colossale de la statue.
Hauteur, 9 Pieds.
[Illustration 115]
PLANCHE XLIV.
(_P. 78, t. VI de l'Édition royale_)
Cette autre statue colossale, érigée en l'honneur de l'empereur
_Claude_, est d'un excellent travail, et fut trouvée avec celle
d'Auguste dans le même lieu. Auguste est représenté comme une divinité,
et Claude comme un héros; c'est ce qui paraît par la nudité totale du
corps et le sceptre ou bâton de lance (_hasta pura_) sur laquelle il
s'appuie. Le bâton de lance était originairement un prix décerné à la
valeur par les généraux romains (_Polybe VI, 37_); il devint ensuite un
signe d'honneur: on remarque ce signe sur les médailles qu'Auguste fit
frapper en l'honneur de ses petits-fils, Lucius et Caïus Cæsar, princes
de la jeunesse. Le bâton de lance et la nudité distinguaient les statues
héroïques auxquelles les jeunes gens des gymnases servaient de modèles,
et qu'on nommait du nom d'Achille, achilleæ (_Plin. XXXIV, 5._)
L'empereur porte au doigt annulaire une bague avec le signe du _lituus_,
comme dans le premier bronze. L'inscription qu'on a trouvée sur une lame
de bronze qui revêtissait la base sur laquelle la statue était posée,
confirme les rapprochemens que l'on peut faire de la tête avec les
traits connus de Claude. Voici l'inscription telle qu'elle est figurée
sur la base, avec les lettres suppléées pour en donner le sens parfait:
TIberio. CLAVDIO. DRVSI. Filio. CAISARI. AVGVSTo.
GERMANICO. PONTIFici. MAXimo. TRibunitia. PotesTate.
VIII. ImPeratori XVI. COnsuli IIII. PatRi. PATRIæ. ceNSori.
EX TESTAMENTO.... mESSI. Lucii Filii Marci Nepotis
SENECÆ. MILITis. COHORtis. XIII. VRBANÆ ET
DEDICATioNI. EIVS. LEGAVIT MVNICIPIBus SINGVLIS.
HS. IIII. Nummos.
On voit par-là que ce bronze a été érigé en vertu du testament d'un
certain _Messius_, soldat de la treizième cohorte de la garde de Rome
(urbanæ), lequel avait légué pour la dédicace de la statue quatre
sesterces (environ 16 sous de notre monnaie) par tête de chacun de ses
concitoyens. Ce legs de quatre sesterces par tête était la libéralité
assez ordinairement en usage pour la dédicace des statues, comme
l'attestent plusieurs inscriptions; elle contribuait aux frais d'un
repas public, ou servait à des largesses qui en tenaient lieu sous
le nom de _sportulæ_: l'inscription, en énumérant les dignités de
l'empereur, détermine aussi l'époque du monument qu'on peut rapporter à
la 6e année de son règne, l'an 802 de Rome, et 49 de l'ère vulgaire.
Hauteur, 8 P. 6 p°.
[Illustration 118]
PLANCHE XLV.
(_P. 79, t. VI de l'Édition royale._)
En s'attachant à la ressemblance qu'offre la tête de cette belle statue
avec les images connues de _Néron-Claudius-Drusus_, on y reconnaîtra,
avec quelque certitude, cet illustre personnage représenté en habit de
sacrificateur. L'usage des Romains était de se couvrir la tête dans les
sacrifices, sans doute pour se recueillir en présence de la divinité,
et pour ne pas entendre des mots qui pouvaient être de mauvais augure,
_malè ominata verba_. Comme ils allaient tête nue quand ils étaient
vêtus de la toge, ils se servaient d'un pan même de la robe pour se
couvrir; cette remarque est confirmée par les médailles, et quelques
monumens: l'un des plus beaux que nous puissions citer, est la statue en
marbre du sacrificateur, au musée Napoléon, salle des Romains. L'anneau
que porte Drusus a pour signe le bâton augural (_lituus_) et confirme
le caractère sous lequel nous envisageons cette statue, et la dignité
d'augure dans la personne du prince. Aucun écrivain ne fait mention de
cette dignité, et nous n'en connaissons aucun monument. Drusus, fils de
Tibère-Claude-Néron et de Livie, était né trois mois après le mariage de
Livie avec Auguste, qui avait forcé son mari à la répudier. Auguste ne
se prévalut point du don que lui faisait la fortune, suivant le proverbe
qui se répandit à cette occasion: «Aux hommes heureux, il vient des fils
après trois mois». Le fils de Livie fut renvoyé à Néron. Drusus reçut
de ses victoires sur les Germains le nom de _Germanicus_, qui, par le
décret du sénat, devint le nom propre de son fils aîné; il couvrit de
gloire une courte vie. Sa beauté personnelle, l'aménité de ses murs,
lui gagnaient tous les curs. Juste envers lui-même et envers les
autres, il sut se faire et se conserver des amis (_Vell. Pater. II,
97_), et laissa une mémoire aussi recommandable par ses vertus privées,
que par ses vertus guerrières.
Les draperies sont traitées avec un art admirable. Trouvé dans les
fouilles de Résine, en 1741.
Hauteur, 8 P. 10 pouces.
[Illustration: 121]
PLANCHE XLVI.
(_P. 80, t. VI de l'Édition royale_).
Ce bronze offre quelque ressemblance avec les médailles d'_Antonia_,
fille de Marc-Antoine, nièce d'Auguste par sa sur Octavie, et femme de
Néron-Drusus, princesse vertueuse et digne de son illustre époux; elle
fut mère de Germanicus, de l'empereur Claude et de Liville, femme du
second Drusus, qu'elle força à mourir de faim pour avoir empoisonné
son époux. Elle-même, dans sa vieillesse, fut forcée par son petit-fils
Caligula, à périr de ce genre de mort, suivant Dion, et par le poison,
suivant Suétone. Si les traits de ce bronze n'appartiennent pas à cette
princesse, il paraît du-moins par une inscription détachée, trouvée dans
les fouilles de Résine, qu'elle eut une statue à Herculanum. La coiffure
est celle que lui donnent les médailles. Une main étendue, l'autre à
demi-fermée, elle devait porter quelques attributs comme une divinité.
Nous avons vu que ces honneurs étaient souvent accordés aux empereurs,
aux impératrices et aux princes et princesses de leur sang. Sur quelques
médailles, on voit Antonia sous la figure de Cérès, couronnée d'épis;
sur d'autres, on voit Faustine tenant une pomme, avec la légende à
_Venus-Augusta_: c'est encore ainsi qu'on croit reconnaître Julie, fille
d'Auguste, dans la Cérès du musée Napoléon. L'anneau dont nous donnons
la figure à part, sur la même planche, porte un chaton où l'on remarque
un creux: cette gravure offre la figure d'un pavot; ce qui peut faire
conjecturer que les attributs de Cérès distinguaient cette statue
d'Antonia, à-moins que le creux n'indique la place d'une pierre
précieuse, incrustée jadis dans le chaton.
[Illustration: 124]
PLANCHE XLVII.
(_P. 81, t. VI de l'Édition royale_.)
On peut ranger cette statue, plus grande que nature, et d'un bon
travail, parmi les sujets inconnus. Elle fut découverte à Résine en
1741, près du lieu où était la statue de Vespasien, et on trouva dans
le voisinage, parmi un grand nombre de débris de statues de marbre et
de bronze, deux inscriptions, dont l'une portait: DOMITIÆ. CN.
F. DOMITIANI. CÆSARIS. D. D.; et l'autre, FLAVIÆ. DOMITILLÆ.....
VESPASIANI. CÆSAR. Mais ces inscriptions détachées ne peuvent servir
d'autorité pour reconnaître dans notre bronze quelque femme de la
famille de Vespasien, quand on ne trouve dans les monumens aucun
rapprochement à faire à l'appui de cette opinion. Cette figure voilée
avec une partie de son manteau ou _palla_, a, par le costume, quelque
rapport avec deux statues en marbre du musée Napoléon, salle des
Romains, connues sous la dénomination de vestales ou de matrones. La
nôtre porte un anneau ayant pour signe la forme du _lituus_. Cette
particularité remarquable nous montre que le sujet doit être une matrone
de la plus grande distinction, honorée du sacerdoce, et révérée comme
une flaminique, sorte de prêtresses qui se multipliaient à mesure que,
par l'apothéose des Césars, on peuplait le ciel de nouvelles divinités.
Hauteur, 6 P. 8 p°.
[Illustration 127]
PLANCHE XLVIII.
(_P. 82, t. VI de l'Édition royale._)
Il faut encore compter cette statue de bronze parmi les sujets inconnus;
elle est plus grande que nature et d'une belle exécution. La partie de
la draperie qui vient former un voile sur la tête, est une restauration
moderne. Découverte avec la précédente dans les fouilles de Résine, on
n'a pu lui rapporter avec succès une inscription trouvée quelque temps
auparavant dans le même lieu, et appartenant à un monument consacré
à Agrippine, fille de Germanicus, et mère de Néron: c'est
vraisemblablement une prêtresse ou une femme de distinction, représentée
par adulation sous un caractère sacré. L'anneau qu'on remarque à la
seconde phalange de l'index de la main droite, était d'un usage répandu,
et qui, selon Pline, s'étendait jusqu'aux simulacres des Dieux; il ne
donne aucun éclaircissement sur la figure. Cet usage paraît avoir
été particulièrement réservé aux femmes; les hommes, en le suivant,
s'exposaient au reproche de se montrer efféminés. L'anneau était souvent
le gage d'une promesse solennelle; entre deux amans, c'était celui de la
fidélité. Celle qui avait donné ou qui s'était laissé ravir son anneau,
se croyait religieusement engagée à de plus tendres faveurs; aussi les
jeunes gens cherchaient-ils souvent à surprendre ce gage fortuné. C'est
ainsi qu'Horace exhortait son jeune ami à faire ce larcin, dans les jeux
de la veillée, au doigt méchamment opiniâtre d'une jeune fille (_I.
Od. IX._) Celles qui voulaient se bien défendre portaient, sans doute,
l'anneau à la troisième phalange, et peut-être les plus indulgentes
auront-elles introduit l'usage de le porter à la seconde. Cet usage,
un peu libre dans le principe, ayant une fois passé en mode, a pu être
adopté comme une élégance par les femmes les plus sévères.
Hauteur, 5 P. 11 p°.
[Illustration 130]
PLANCHE XLIX.
(_P. 83, t. VI de l'Édition royale._)
Cette statue excède les proportions humaines; le sujet nous en est
inconnu, et nous nous bornerons à en considérer le mérite comme ouvrage
de l'art. La beauté du travail brille sur-tout dans l'agencement des
draperies; toute la figure respire un air de gravité qui semble convenir
à un personnage sacré; la situation des mains se rapporte à quelque
cérémonie, et semble ranger, selon l'opinion de M. Visconti, cette
statue parmi celles que Pline désigne sous le nom d'_Adorantes_, femmes
en prière. Nous avons déjà fait la même remarque à l'égard de la statue
expliquée _pl. XLII_ de ce volume. Nous ajouterons que l'on voit des
statues érigées aux épouses des Empereurs romains, dans cette même
attitude. Telle est la Livie du musée du Vatican, trouvée à Otricoli,
qui fait le pendant de la statue d'Auguste voilé, c'est-à-dire, en habit
de sacrificateur. Si la physionomie de la tête ne laisse pas reconnaître
ici une Impératrice, ce sera quelque femme de l'une des familles
les plus nobles et les plus puissantes de la Campanie, telles que la
_Calatoria, Mammia, Nonia, etc._
Cette figure porte, comme la précédente, un anneau à l'extrémité de
l'index de la main gauche.
Hauteur, 6 P. 2 pouces.
[Illustration 132]
PLANCHE L.
(_P. 84, t. VI de l'Édition royale._)
L'inscription gravée sur la base de cette belle statue, nous apprend
qu'elle a été érigée à _Marcus Calatorius, fils de Marcus Quartio, par
les citoyens et les habitans, à leurs frais_. Quand le public décernait
une statue, c'était lui qui en faisait les frais par une contribution
qui était ordinairement d'un as par tête. Souvent celui qui recevait
cet honneur faisait remise de la dépense; ce qui s'exprimait par
cette formule assez fréquente dans les inscriptions: _Honore contentus
impensam remisit._ Notre personnage a au-dessous de l'il une verrue,
défaut qui, selon un passage d'Horace (_I. Sat. V, 60._) paraîtrait
avoir été commun dans la Campanie; il est revêtu de la toge et porte
un anneau avec le signe du _lituus_, qui se rapporte, ainsi que nous
l'avons dit, à quelque dignité sacerdotale. La main gauche est pliée
comme si elle tenait un volume, attribut qui désigne souvent un orateur,
un homme de lettres ou un magistrat. L'inscription ne fait mention
d'aucune dignité; et nous devons avertir que le bras, ayant été trouvé
séparément parmi plusieurs autres débris de statues, pourrait fort bien,
quoiqu'il s'adapte avec justesse à la proportion colossale du corps, ne
pas lui appartenir, et qu'on ne peut tirer aucune induction en faveur
de la figure, ni de l'anneau, ni du volume supposé: la tête même est
rapportée, elle était détachée; mais il n'y a point de doute qu'elle
n'appartienne au buste. La tête d'Auguste était de rapport comme
celle-ci, et, quoique adhérente à la statue, elle s'en détacha par la
dissolution de la soudure, lorsqu'elle eut été exposée au soleil. On
changeait souvent les têtes des statues. Nous en avons un exemple fameux
dans le colosse de Néron, auquel l'empereur Commode fit enlever la tête
pour y substituer la sienne. De-là vint, parmi les artistes, l'usage de
faire les statues de manière que l'on pût facilement enlever les têtes
et les remplacer par de nouvelles. La connaissance de ce fait doit
engager à apporter une grande attention dans l'examen des monumens
antiques, et peut servir à expliquer l'opposition ou le peu d'accord qui
se rencontre quelquefois entre les attributs et la figure.
Trouvée à Résine en 1743.
Hauteur, 6 P. 6 pouces.
[Illustration 135]
PLANCHE LI.
(_P. 85, t. VI de l'Édition royale._)
Le sujet de ce bronze, de même proportion que le précédent, auquel il
ne cède point en perfection, se fait également connaître par une
inscription: _A Lucius Mammius Maximus Augustal, les citoyens et
les habitons, à leurs frais._ La famille _Mammia_ paraît, par
les inscriptions recueillies Herculanum, avoir été l'une des plus
distinguées de la cité; elle était entrée par adoption dans la famille
_Annia_, très-considérée à Rome, à Naples, et dans toute la Campanie.
On apprend encore, par les mêmes autorités, que notre Lucius Mammius
Maximus vivait vers les dernières années de Claude, et qu'il devait être
riche, ayant élevé des statues à l'impératrice Livie, à Germanicus,
à Antonia, mère de Claude, et à Agrippine, épouse de cet empereur. La
dignité, exprimée par le titre d'_Augustal_, était un sacerdoce institué
par Tibère, en l'honneur d'Auguste (_Sodales Augustales_), conféré
par le sort à des personnes d'un rang distingué dans Rome. On en créa
ensuite dans toutes les villes de l'Italie et de l'empire, en l'honneur
de tous les Empereurs: c'était dans l'origine une charge, militaire
créée par Auguste lui-même, et sous ce rapport, les augustaux étaient
inférieurs aux décurions: sous le rapport religieux, ils formaient un
ordre distingué, exerçant une jurisdiction dans les choses sacrées, et
ayant une place assignée dans les spectacles publics: c'est ce qu'on
relève de diverses inscriptions publiées par Muratori (_MMXXV, 3,_ et
_CCCCLXXV, 3_); Gruter (_CCXV, 2_); Fabretti (_Insc. C. 3, n. 324, p.
170._) etc. Notre personnage porte un anneau dont la pierre est sans
incision. Cette statue, trouvée avec la précédente, dont elle forme le
pendant, était dans son intégrité, à l'exception de l'avant-bras droit
qui s'en trouvait détaché, mais qui lui appartient.
Hauteur, 6 P. 6 pouces.
[Illustration 138]
PLANCHE LII.
(_P. 90, t. VI de l'Édition royale._)
À ses grosses lèvres et à son nez écrasé, on reconnaît, dans cette
petite figure, un Éthiopien, ou du-moins un homme de quelqu'une de
ces nations africaines, que les anciens confondaient, à raison de leur
ressemblance entr'elles, et de leur voisinage. Ces nations fournissaient
le monde de saltimbanques, qui faisaient métier de leur souplesse et
de leur adresse. On les appelait dans les festins pour servir de
divertissement. Lucien peint ainsi un petit homme difforme, dansant,
faisant mille contorsions, récitant des vers avec des gestes ridicules,
et affectant la prononciation égyptienne. Celui-ci représente la même
action; il a pour vêtement une espèce de chemise sans manches, qu'Arrien
donne pour vêtement aux Indiens (_Hist. Ind. 16, p. 380._)
Hauteur, 6 pieds.
[Illustration 140]
PLANCHE LIII.
(_Vignettes p. 9, 11 et 3, 413, 414 de l'Édit. royale._)
Les trois petites statues équestres réunies dans cette planche, sont
de bas-relief. Trouvées avec les débris du char dont nous avons
fait mention pl. 36 de ce volume, il est vraisemblable qu'elles lui
appartenaient comme ornement. L'une représente un vieillard qu'on
reconnaît pour un Belge ou pour un ancien Gaulois; un barbare, suivant
l'expression romaine. Son costume est bien celui que décrit Strabon
(_VI, p. 196:_) «Les cheveux longs; au lieu de la tunique, un habit
court à manches, descendant jusqu'aux reins; les culottes ou pantalons
(_braccæ_)»; d'où vint à la Gaule le nom particulier de _braccata_. Le
cheval qu'il monte n'a, comme celui du premier cavalier, aucune espèce
de harnais. Son maître le gouverne de la voix, ou par la pression des
genoux; quelques peuples se servaient, à cet effet, d'une baguette:
c'était l'usage des Numides, des Gètes, et en général des Indiens.--La
troisième figure se rapporte parfaitement à ce que dit Agathias,
historien grec (_liv. III_), du costume des Francs: «La poitrine et les
épaules nues, ayant des pantalons qui remontent jusqu'aux hanches,
et leur couvrent les jambes».--Le second cavalier est un guerrier
en costume grec ou romain; son casque est orné d'un panache ou autre
ornement écarté en forme de fleur: il est revêtu d'une cuirasse et d'une
saie à trois rangs; ses jambes sont couvertes de brodequins; sa chlamyde
volante annonce la rapidité de la course; sa main élevée est supposée
tenir une lance ou une autre arme; son cheval a sur le dos un double
tapis.--Le cheval isolé a un harnais qui fait en-même-temps sangle et
poitrail; ce harnais qu'on remarque sur beaucoup de chevaux antiques,
semble avoir précédé l'invention de la bride, et avoir servi de moyen
pour retenir ou attacher le cheval. On trouve, dans des figures de la
colonne Trajane, quelques rapports sensibles avec celles que nous venons
de décrire.
FIG. I.--Hauteur, 4 pouces.
FIG. II.--Hauteur, 4 pouces 6 lig.
FIG. III.--Hauteur, 5 pouces.
FIG. IV.--Hauteur, 5 pouces.
[Illustration 143]
PLANCHE LIV.
(_Préface de l'Édition royale, page 9._)
Ce bronze curieux n'est point un produit des fouilles d'Herculanum ni
des environs; mais il a mérité une place parmi les monumens les plus
précieux rassemblés au musée de Portici. Il fut trouvé, en 1764, dans
l'île d'_Elbe_, sur les confins du territoire de Rio, entre Longone et
Porto-Ferrajo, dans l'ancien port, célèbre sous le nom d'_Argo_,
qu'on croit avoir été ainsi appelé du vaisseau des Argonautes qui y
relâchèrent dans leur voyage. On reconnaît, dans ce bronze, le style
étrusque pris l'époque la plus reculée, se rapprochant, dans sa
simplicité et dans sa timidité, du style égyptien, dont le caractère
principal est d'accoler au corps les bras et les jambes, et d'unir les
doigts des pieds et des mains, souvent d'une longueur démesurée. Ce
rapport qu'offre le goût dans les arts apportés en Italie par les
Colonies grecques, avec le goût des Égyptiens, est le monument le plus
irrécusable qui décèle la source des premières inventions, quoique la
Grèce, ingénieuse et jalouse, en ait fait disparaître la trace par la
perfection qui, d'un art humain, a fait un art presque divin. La toge
qui sert d'habit à la figure, était propre aux Toscans auxquels les
Romains l'ont depuis empruntée. Elle était, dans l'origine, étroite
et ouverte; elle enveloppait le corps, et, laissant libres le bras
et l'épaule droite, elle revenait sur l'épaule gauche. _Toga picta_
exprimait l'ornement en broderie, qu'on appelait _peint_ à cause de
sa perfection; cet ornement est tracé avec soin sur notre bronze. Les
sandales sont aussi une chaussure tout-à-fait étrusque. Le sujet de ce
bronze, peu facile à déterminer, est vraisemblablement une idole qui
correspond au lieu où elle a été trouvée. On croit que l'île d'Elbe,
nommée _Ilva_ par les Latins, _Æthalia_ par les Grecs, a été habitée
par une Colonie de la ville de _Populonia_, sur la côte opposée de
l'Étrurie. Si la Colonie apporta le culte de ses dieux, dont les
principaux paraissent avoir été Minerve, Mercure et Vulcain, ce dernier
fut probablement le plus honoré dans l'île d'Elbe, dont la richesse est
toute entière dans ses mines: il serait donc possible que cette figure
fût celle de Vulcain ou d'un Cabire.
Hauteur, 10 p°. 7 lignes.
Fin du cinquième Volume et des Bronzes.