AN XIV. = 1805.

[Illustration:]

PLANCHE I.

(_Pl 2, 3, t. VI de l'Édition royale._)

FIG. I. Nous suivons un ordre naturel en commençant la suite des figures

entières par les Divinités. Jupiter, le souverain des Dieux, doit

paraître le premier; on le reconnaît facilement à ce caractère donné de

grandeur et de majesté, à sa chevelure touffue, à sa barbe épaisse et

profonde, et au foudre dont il reste un fragment dans sa main droite.

Tout le nu du bras gauche est une restauration moderne. L'artiste, par

imitation de quelques statues antiques, n'a mis dans la main du Dieu

qu'une portion du sceptre. Le sceptre est donné avec raison à Jupiter,

comme l'un de ses principaux attributs. Quelques fois ce n'est qu'un

long bâton (_hasta_) marque d'honneur des premiers rois: souvent il

est surmonté d'un aigle, d'un petit globe ou d'un fleuron. Ovide

peint Jupiter appuyé sur un sceptre d'ivoire (_Mét._ I. 180.). Les

Pythagoriciens croyaient ce sceptre, de bois de cyprès, arbre consacré

à la mort qui sert de passage à l'immortalité. Le sceptre seul était

quelquefois l'emblème de Jupiter, et c'est dans ce sens redoutable qu'on

l'employait dans les alliances et les traités de paix (_Serv._ 12. _Œn._

206.)

On s'est dispensé de donner ici quatre autres petites figures de Jupiter

qui suivent celle-ci dans l'édition royale.

FIG. II. Cette idole, de style étrusque, ayant sur la tête un voile

et une couronne radiée, paraîtrait, avec assez de vraisemblance,

représenter Junon. Elle tient une pomme ou plutôt une grenade, fruit

mystérieux consacré à Junon _Argive_. Sous ce nom, Junon avait un temple

fameux fondé par Jason, chez les Toscans, dans le Picentin. La grenade

que Philostrate croit révérée comme un symbole de fécondité, était aussi

un attribut de Vénus _Genitrix_. On sait que, sous ce titre, Vénus,

était souvent confondue avec Junon.

FIG. I.--Hauteur, 7 p°.

FIG. II.--1 P. 5 lig.

[Illustration:]

PLANCHE II

(_P. 4, 5, t. VI de l'Edition royale._)

FIG. I. On retrouve encore dans ce bronze le style étrusque. Cette

dénomination de style étrusque ou toscan, peut, comme nous l'avons

observé ailleurs, se rapporter au style grec antérieur Phidias. Les

Etrusques n'ont fait que copier ce style primitif; de là on a donné à

ce style le nom de _tuscanicus_. A remarquer seulement la couronne

surmontée de petites pommes, et la corne d'abondance, on serait porté

à reconnaître ici une figure de Pomone; mais la réunion de tous les

attributs paraît peu lui convenir. Ce n'est pas non plus une Junon; les

rapports qu'on a essayé de trouver entre cette Déesse et la figure, ne

sont pas exacts. Une Déesse avec la corne d'abondance et avec la patère,

est constamment désignée sur les médailles par le nom de _Concordia_,

en grec _Homonoia_. La patère signifie les libations et les rites sacrés

qui avaient lieu dans les alliances; la corne d'abondance signifie les

biens qui sont l'effet de la concorde et de la paix. Les globules de la

couronne paraissent représenter des gemmes; l'un des bracelets en est

orné, l'autre est un _ophis_; les pendans d'oreilles sont d'une forme

particulière. L'habillement se termine vers le cou par une espèce de

collet, ornement qui en paraît détaché. Tous ces détails ramènent encore

l'idée des richesses produites par la concorde.

FIG. II. _Pallas_ tenant une patère, et dans l'attitude de s'appuyer sur

une lance qui manque. Ce bronze, d'un excellent travail, reçoit encore

un nouveau prix de l'argent, habilement employé former les écailles de

l'égide, les ornemens du cimier, les boutons de l'habit, l'anneau, les

yeux, et les ongles des pieds et des mains. Les draperies, dont les

plis sont de la plus grande élégance, se rapportent à la description que

Pausanias fait de la statue de Pallas à Athènes. Cette Déesse prenait

le nom de _Pallas_ de ce qu'elle était sortie toute armée du cerveau

de Jupiter: sous le nom de _Minerve_, c'était la fille de la Mémoire,

l'intelligence suprême ou la sagesse, cette force secrète avec laquelle

la nature agit d'elle-même et produit tout, suivant l'explication

d'Athénagore (_in Apolog. p. 209_); c'est ce que signifiait cette

inscription posée dans le temple de Saïs en Égypte, où elle était

adorée: «Je suis tout ce qui fut, ce qui est, ce qui sera, et nul mortel

n'a encore soulevé mon voile». (PLUT, _De Is. et Os._).

FIG. I.--Hauteur, 9 p°.

FIG. II.--Hauteur, 7 p°. 6 lig.

[Illustration]

PLANCHE III.

(_P. 6, t. VI de l'Edition royale._)

La finesse du travail, la grâce et la vérité de la pose, nous ont engagé

a présenter cette petite statue de _Pallas_ sous un double aspect.

La main gauche élevée devait tenir la pique. On avait cherché, dans

l'isolement de l'index, une intention, une expression religieuse qu'on a

remarquée, avec plus de justesse, dans quelques autres statues antiques.

Si ce mouvement était ici l'effet d'un geste déterminé, il ne serait pas

donné à la main gauche. La naissance de Minerve est le plus bel emblême

que la Mythologie nous offre de la sagesse ou de la Providence divine;

c'est par excellence «la seule fille d'un seul père». (_Arist. Hym. in

Min._). »L'auteur, le souverain de l'univers, n'avait point d'égale en

dignité avec qui il pût la créer; il se recueillit en lui-même et de

soi-même, l'engendra et l'enfanta». La Déesse porte sur une patère la

chouette, l'un de ses attributs distinctifs. La patère, dans la main

d'une Divinité, annonce qu'elle est favorable, et l'oiseau symbolique

semble désigner particulièrement que ses faveurs se répandent sur

son peuple d'Athènes. Phidias, pour flatter le peuple, n'avait point

dédaigné d'exposer la chouette à la vénération publique avec là statue

de Minerve.

Hauteur, 5 p°. 5 lig.

[Illustration]

PLANCHE IV.

(_P. 7, 8, t. VI de l'Edition royale._)

FIG. I. _Minerve_ tenant une chouette dans la main. C'est ainsi qu'on

représentait la Déesse sous le nom d'_Archegetis_ (conductrice ou plutôt

auteur de l'origine). La chouette, emblême de la vigilance et de la

prudence, d'attribut de la divinité protectrice d'Athènes, était devenue

en quelque sorte le symbole du peuple même. La figure de cet oiseau

était frappée sur les monnaies; elle servait de marque et de sceau

public, et, dans la main de Minerve, signifiait la ville protégée par

elle.

FIG. II. _Pallas_ tenant sa lance d'une manière offensive. On peut la

considérer ici comme vengeresse.

FIG. III. Autre _Pallas_ d'un très-bon travail. Il manque la main

droite, et probablement la lance.

FIG. IV. Autre _Minerve_, curieuse par le cimier aîlé qu'elle porte sur

la tête. On trouve sur quelques gemmes des figures de Minerve avec

des aîles au cimier, emblême de la vélocité et d'une irrésistible

impétuosité. L'égide de côté se rapporte au même sens; la Déesse la

porte toujours ainsi lorsqu'elle est aîlée. Le casque de Minerve est

aîlé sur presque toutes les médailles d'argent de la République Romaine.

Les Etrusques donnaient aussi des aîles leurs Minerves, quelques fois

sur le cimier, quelques fois aux épaules; ici le cimier a la forme du

bonnet phrygien. On le voit de même dans un vase étrusque publié par

Demster (_tome I, pl. 30 et 32_).

Hauteur de chaque Figure, 3 p°. 4 lig.

[Illustration]

PLANCHE V.

(_P. 9, 10, t. VI de l'Edition royale._)

FIG. I. On peut, avec beaucoup de vraisemblance, reconnaître un Neptune

dans cette petite statue d'un très-bon travail, et dont la base est

enrichie d'ornemens en argent. C'est dans cet aspect féroce, dans ces

cheveux hérissés, dans cette barbe touffue, dans cette large poitrine,

dans cette complexion ferme et robuste, qu'il faut chercher les traits

qui caractérisent le Dieu souverain des mers. Les poètes appelaient les

hommes farouches et cruels, les fils de Neptune, comme ils disaient fils

de Jupiter, les hommes magnanimes et généreux; la mer était l'image de

la violence et de la fureur. Neptune, au-lieu du trident, son attribut

distinctif, porte ici une longue lance pointue, dans laquelle on peut

reconnaître cet instrument nautique désigné sous le nom de _contus_, qui

servait à sonder les rivages et à dégager les vaisseaux. Pausanias (_VI,

25_) en parlant d'une statue de Neptune jeune, en Elide, dit que le

Dieu était appuyé de ses deux mains sur une lance; on voyait encore

à Athènes, au rapport du même auteur (_I, 2_) la statue de Neptune

combattant à cheval une lance à la main. On a déduit de ce témoignage

et de quelques passages pris dans les poètes, que l'antiquité honorait

_Neptune équestre_, en reconnaissance de l'art de dompter les chevaux,

art inventé par ce Dieu. Mais, sans avoir recours à des applications

forcées, il nous suffira de faire remarquer ici que la figure parle

d'elle-même, et que d'ailleurs on trouve dans le bronze l'indication

d'une pièce transversale qui formait probablement le trident endommagé

par le temps.

FIG. II. Victoire portant un trophée, monument étrusque, comme le

démontrent le style et les ornemens de la figure. Les Toscans décoraient

leur Victoire de colliers, différant en cela des Grecs et des Romains

qui leur donnaient la palme pour attribut. Les bracelets à gemmes,

les colliers et les couronnes radiées étaient la parure des divinités

étrusques; celle-ci porte en écharpe une tresse où paraissent des

feuilles et des croissans: nous avons déjà remarqué ces croissans comme

servant d'ornemens aux harnais des chevaux (_Peint, tom. II, pl. 44_).

La chaussure fermée est encore du costume. La Victoire est ici sans

aîles, comme on la représentait à Athènes et dans l'Élide.

FIG. I.--Hauteur, 8 p°.

FIG. II.--Hauteur, 7 p°. 9 lig.

[Illustration]

PLANCHE VI.

(_P. 11, 12, t. VI de l'Édition royale._)

Ce bronze d'une grande beauté, que nous donnons sous deux aspects

différens, représente une Diane chasseresse avec ses attributs les

plus distincts. Ses cheveux soigneusement relevés, sont retenus par de

longues tresses qui se terminent sur le sommet de la tête en forme de

croissant. Son vêtement est l'habit succinct; relevé dans la ceinture,

il la recouvre, et, retombant à double étage, il s'arrête au-dessus

du genou: on croit reconnaître, dans le bronze, ces rayures qui font

appeler par Callimaque la robe de Diane, _robe rayée_; la peau d'une

bête fauve lui ceint la taille et prête aussi un ornement à ses

brodequins; cette chaussure est étroitement lacée et garnie de boutons,

c'est l'_endromide_ des chasseurs. La Déesse est dans l'attitude de

décocher une flèche.

Cette figure de Diane est suivie, dans l'édition royale, de quatre

autres petites qui offrent peu d'intérêt, et que nous nous dispensons de

rapporter ici.

Hauteur, I P. 5 lig.

[Illustration 21]

PLANCHE VII.

(_P. 14, t. VI de l'Édition royale._)

On peut dire ce petit bronze d'un fini précieux et d'une délicatesse

exquise; il représente une Vénus appuyée du bras gauche sur un tronc

autour duquel s'enlace un Dauphin, tandis que de la main droite la

Déesse s'apprête à ôter ou à remettre sa sandale. Elle porte au bras

un large bracelet, et au bas des jambes l'ornement dit _periscélis_.

La grâce et la beauté de cette figure rappelle les plus beaux modèles;

l'action annonce Vénus au bain; c'est le motif que saisit Praxitèle pour

excuser l'innovation hardie de représenter sans voile la plus belle des

Divinités: un exemple si favorable pour faire briller les ressources de

l'art, fut suivi par tous les grands maîtres et par leurs imitateurs.

Le Dauphin placé près de Vénus rappelle le mythe de sa naissance. Cette

allégorie n'est nulle part mieux exprimée que dans la belle statue

dite la _Vénus de Médicis_, où l'on voit sur le Dauphin les deux Amours

présens sa naissance, Himeros et Eros. Le Dauphin désigne donc par-tout

Vénus _aphrodite_ ou marine. On peut encore étendre plus loin l'emblème

de ce poisson, de tous le plus sensible à la volupté; comme le ramier,

il connaît les douceurs de l'union conjugale (_Pline. IX_, 8.); il

quitte les grottes profondes pour venir à la surface des eaux entendre

une voix mélodieuse, et suivre les humains; c'est enfin dans l'empire de

Neptune, le messager des affaires amoureuses, et sa figure brille parmi

les constellations célestes, par la reconnaissance d'Amphitrite (_Igin.

Astr. poet. II._ 17.)

Hauteur, 5 p°.

[Illustration 24]

Antiquités d'Herculanum, Tome V. Bronzes · 第 5 / 8 题