Avec une aimable érudition, Mme Arvède Barine (_alias_ Mme Vincens), une
favorite de l'Académie française, a raconté les jeunes amours de Louis
XIV, son adolescence, ses fêtes galantes, son inclination première vers
les libertins. Mais ce qui domine dans le livre de Mme Arvède Barine,
c'est la Grande Mademoiselle. Dans un précédent volume, elle nous
l'avait dépeinte au milieu de la Fronde, héroïque, batailleuse. Ici,
c'est une autre Mademoiselle qui apparaît. La Fronde a éteint ses
derniers feux; nous sommes en 1692. Mlle de Montpensier est reléguée
dans le château de Saint-Fargeau, où elle s'ennuie, ne cherchant qu'un
prétexte pour faire sa paix avec Mazarin, auquel elle finit par se
soumettre. Elle se débat avec son père, Gaston d'Orléans, et avec sa
belle-mère, qui voudraient lui enlever de son bien pour le faire passer
à ses demi-soeurs. Aidée de Préfontaine, elle sait résister et
parfaitement établir ses comptes. Mais, ce qui l'occupe surtout, c'est
la recherche d'un mari. Un moment elle espère le grand Condé dont la
femme est malade; mais celle-ci se rétablit. Epousera-t-elle Monsieur,
frère du roi, qui a dix-sept ans?--elle en a trente. Mais cet
adolescent, cette fille manquée, lui échappe. Le roi lui veut donner
pour mari Alphonse VI, roi de Portugal, un être qui n'a rien d'humain et
dont le corps exhale une odeur pestilentielle. Cette fois-ci,
Mademoiselle, malgré son désir d'un époux, recule et refuse d'obéir au
roi, son cousin. Charles-Emmanuel II, veuf de Mlle de Valois, aurait
parfaitement convenu à la duchesse de Montpensier, mais le duc de Savoie
la déclare trop âgée, ce qui la jette dans le désespoir.
Le comte de Lauzun était le plus petit et le plus insolent des cadets de
Gascogne. La voilà éprise, elle, géante de quarante-deux ans, de ce nain
rusé, malfaisant et le plus plat des courtisans. Le dessein de Louis XIV
était alors de la marier avec Monsieur--on revenait à Monsieur, veuf de
Henriette d'Angleterre.--Mais il lui faut Lauzun. Après avoir cédé sur
ce point, le roi retire son consentement, ce qui amène des cris, des
évanouissements, un beau tapage de Mademoiselle. Toute la cour et tout
Paris s'amusèrent de cette vieille fille amoureuse. Comme Mme de
Montespan passait pour s'être opposée au mariage, Lauzun poursuivit
celle-ci de ses injures, ce qui lui valut un long exil dans la
forteresse de Pignerol Pour le délivrer, Mademoiselle subit un chantage
de la maîtresse royale et livra quelque beau morceau de sa fortune au
duc du Maine. Mais si licencieux s'étalait Lauzun, qui lui coûtait cher,
que Mademoiselle le chassa après l'avoir battu. Il est vrai qu'elle le
reprit ensuite, mais pour peu de temps. Tel fut ce roman qui égaya si
fort les contemporains. Mademoiselle mourut, sans connaître les
charmantes douceurs de l'état conjugal--il est peu probable qu'il y eut
un mariage secret entre elle et Lauzun--le 5 avil 1693, à l'âge de
soixante six ans. Plus négligé, plus malpropre que jamais, Lauzun, à
soixante-quatre ans, épousa Mlle de Lorges, qui comptait rapidement
l'enterrer; il mourut à quatre-vingt-dix ans passés, en 1723. Une
charmante vivacité tout académique anime et enchante le récit de Mme
Arvède Barine.