Il y a deux parties dans le volume de M. Barrés: la première historique
et philosophique sur les races, sur la lutte entre l'esprit germain et
l'esprit latin, établie à la pointe de la Lorraine. Peut-être
désirerait-on là plus de rigueur scientifique; toutefois, M. Barrés
excelle à analyser ce qui doit se passer dans l'âme d'un Alsacien, sous
le casque pointu. Ehrmann a voulu demeurer dans la terre où l'on entend
la voix des ancêtres et y maintenir la France. Est-ce que les émigrés
servent vraiment la cause française? Ne vaut-il pas mieux, dans
l'intérêt de la vieille patrie, ne pas abandonner le sol alsacien?
Pendant son volontariat, Ehrmann se sent d'une autre race que ceux qui
l'entourent; il n'a rien de commun avec les Allemands; il a le geste
français, libre, souple, non les mouvements automatiques. Au moral, il
montre une politesse, une délicatesse, un altruisme, une fleur dont ses
compagnons sont dépourvus: ça, c'est la France. Son passage par le
régiment ne lui fera que mieux comprendre jusqu'à quel point il diffère
des Prussiens et quels liens l'attachent à la vraie mère. De plus, il
aura été pour les autres un beau spectacle et des plus utiles, il leur
aura découvert ce que vaut l'âme française, de quelles vertus elle est
formée. Ingénieuse, serrée et d'une belle noblesse patriotique, la
seconde partie du livre de M. Barrés nous émeut. J'aurais voulu, en même
temps, donner mon sentiment sur le _Préjugé des races_, dans lequel M.
Finot soutient une thèse qui n'est pas précisément celle de: _Au service
de l'Allemagne_; mais je réserve l'oeuvre si nourrie de M. Finot pour
l'article que je me promets de consacrer à la philosophie.
E. LEDRAIN.