XXV

La Révolution veut transformer le théâtre et les arts.--Projet de

David.--Héroïsme et mort du jeune Barra.--Sa statue par David

(d'Angers).--Gaieté et commerce dans Paris.--Décrets et institutions de

la Convention.--Idéal de Robespierre différent de celui de la

Révolution.--Fête du 20 prairial.--Paroles de Robespierre et

considérations sur ses projets.--Loi du 22 prairial.--Retraite de

Robespierre.

On ne transforme les idées d'un peuple qu'en transformant ses

habitudes. Aussi la Révolution voulut porter sa main sur tous nos

usages.

Les théâtres, les arts n'échappèrent point à cet enveloppement

révolutionnaire.

Les spectacles jouaient _Épicharis et Néron_, tragédie politique du

citoyen Legouvé; _Manlius Torquatus,_ de Lavallée; _le Modéré,_ comédie

en un acte, par le citoyen Dugazon, et d'autres pièces de circonstance.

Le peintre David exerçait à la Convention la dictature des arts. Il

avait de temps en temps des idées sublimes: «Citoyens, je propose de

placer un monument composé des débris amoncelés des statues royales sur

la place du Pont-Neuf, et d'asseoir au-dessus _l'image du peuple géant,

du peuple français_; que cette image, imposante par son attitude de

force et de simplicité, porte écrit en gros caractères sur son front,

_lumière_; sur sa poitrine, _nature, vérité_; sur ses bras, _force_;

sur ses mains, _travail_. Que sur l'une de ses mains les figures de la

Liberté et de l'Égalité, serrées l'une contre l'autre et prêtes à

parcourir le monde, montrent à tous qu'elles ne reposent que sur le

génie et la vertu du peuple. Que cette image du peuple _debout_ tienne

dans son autre main cette massue terrible et réelle, dont celle de

l'Hercule ancien ne fut que le symbole.» L'exécution de cette statue

colossale fut décrétée.

La guerre civile, en plongeant le fer dans le coeur des citoyens armés

les uns contre les autres, dévoilait chaque jour des actes d'héroïsme

antique. L'enthousiasme révolutionnaire élevait les femmes, les enfants

au-dessus de la faiblesse de l'âge ou du sexe.

A treize ans, le jeune républicain Barra nourrissait sa mère à laquelle

il abandonnait sa paie de tambour, partageant ainsi ses soins entre

l'amour filial et l'amour de la patrie. Enveloppé par une troupe de

Vendéens, accablé sous le nombre, il tombe vivant entre leurs mains.

Ces furieux lui présentent d'un côté la mort, et le somment de l'autre

de crier: _Vive le Roi!_ Saisi d'indignation, il frémit et ne leur

répond que par le cri de: _Vive la République!_ A l'instant, percé de

coups, il tombe ... il tombe en pressant sur son coeur la cocarde

tricolore.

Cet héroïque enfant, mort pour avoir refusé sa bouche au blasphème et

pour avoir confessé sa foi devant l'ennemi, méritait de revivre dans

l'histoire.

Robespierre demande pour lui les honneurs du Panthéon.

La Convention nationale décide en outre, sur la proposition de Barère,

qu'une gravure représentant l'action généreuse de Joseph Barra sera

faite aux frais de la République, d'après un tableau de David. Un

exemplaire de cette gravure, envoyé par la Convention nationale, devait

être placé dans chaque école primaire. David avait accepté cette noble

tâche; mais bientôt les événements se succèdent, la République s'efface

et avec elle la mémoire reconnaissante de la nation pour le courage

malheureux.

Un jour, M. David (d'Angers) lit le décret de la Convention qui décerne

ces honneurs posthumes au jeune Barra; il est frappé: «Et moi aussi,

s'écrie-t-il, j'admire cet enfant sublime qui est mort pour une idée.

Ce que David le peintre n'a pas fait, David le statuaire le fera.

Console-toi, Barra, tu auras ton monument!» Et il fit la statue que

vous savez, un chef-d'oeuvre. [Note: J'ai vu il y a quelques années,

chez M. Charles Lemerle, une esquisse à l'huile du peintre David

représentant le jeune Barra attaqué par des Vendéens au moment où il

conduit des chevaux de l'armée à l'abreuvoir; ainsi le décret du 8

nivose an II avait reçu de la main de l'artiste conventionnel un

commencement d'exécution.]

La mort redoublait ses coups.

Le Comité de salut public avait voulu frapper dans la bande d'Hébert

les excès de la démocratie, dans le parti de Danton la faiblesse et le

matérialisme républicain. Robespierre essaya, mais en vain, de sauver

madame Élisabeth, soeur de Louis XVI. La haine contre cette famille

était inexorable.

Homère désignait les rois, de son temps, sous le titre de _mangeurs de

peuples_. Par un retour soudain, le peuple se faisait mangeur de rois

et de reines.

L'époque de la Terreur fut un passage violent et douloureux.

Mes cheveux se dressent quand je regarde dans cet abîme de sang.

Paris n'avait pourtant point alors la figure désolée que lui donnent

les historiens. Voici ce qu'écrivait un témoin oculaire. «On bâtit dans

toutes les rues. L'officier municipal suffit à peine à la quantité des

mariages. Les femmes n'ont jamais mis plus de goût ni plus de fraîcheur

dans leur parure. Toutes les salles de théâtre sont pleines.» Il n'est

pas vrai que le commerce fût éteint. Jamais on ne vit autant de trafic

et de négoce. Tous les rez-de-chaussée de Paris étaient convertis en

magasins et en boutiques. Enfin cette Terreur, qu'on croit sans

entrailles, se laissait guider ou arrêter dans le choix de ses victimes

par des considérations d'utilité générale.

Cette fameuse Montagne, qu'on se représente comme toujours terrible,

jetait des flots de lumière et de charité sur des flots de sang. Elle

ne cessait de déposer dans ses décrets immortels le germe de toutes les

institutions utiles; elle tarissait les sources de la misère publique,

réprimait les excès de la propriété individuelle sans la détruire,

tempérait la concurrence sans tuer l'émulation, cette racine de

l'activité humaine, propageait les moyens d'instruction et les

disséminait dans toute la République, comme les réverbères dans une

cité; fondait l'École de Mars, créait des secours publics pour le

malheur, pour la faiblesse ou pour le repentir, abolissait l'esclavage

des nègres, s'occupait de faire refleurir l'agriculture, d'extirper les

patois locaux, pour établir l'unité de langage national, jetait en

silence les bases du Conservatoire des arts et métiers, forçait en un

mot le respect même de ses ennemis et la reconnaissance de l'avenir.

Grâce à elle, la Révolution ne fut point tout à fait stérile pour le

pauvre, ni pour le peuple des campagnes. En même temps qu'elle montrait

aux riches, aux puissants de la terre et aux superbes la face du Dieu

tonnant, elle versait la paix et la consolation sous les toits de

chaume.

[Illustration: Les Dantonistes au Luxembourg.]

La nation française était depuis cinq ans à la recherche de la justice.

Ce que l'homme, en effet, poursuit derrière toutes les agitations de la

force ou de la pensée, c'est la justice, toujours la justice.

Ce que les révolutions cherchent éternellement, c'est la vérité.

La Convention avait créé une armée, une Constitution, un gouvernement,

une administration, un peuple. Que lui manquait-il donc? Une morale,

une croyance philosophique.

La République avait demandé un culte à la Raison, un sommeil éternel à

la matière.

L'idéal de Robespierre était tout autre, et seul il se chargea de la

conduire vers un dénouement. Suivons sa marche.

Des armées étrangères bordaient nos frontières consternées. Il fallait

vaincre: on a vaincu. Des villes s'opposaient dans l'intérieur au

gouvernement de la République: on y entre le fer au poing. De nouvelles

conspirations s'agitent: on les abat. L'athéisme, déchaîné par les

mouvements et les désordres inséparables d'une grande secousse, levait

partout la tête: on l'écrase. Une tourbe insensée menaçait de corrompre

par ses doctrines la partie saine du peuple: on en purge la France. La

faiblesse donnait la main à la corruption pour désorganiser le pouvoir

moral: on coupe cette main. Alors Robespierre amène cette farouche

Révolution, qui avait détrôné tous les dieux de la terre, en robe de

fête, parée de fleurs et de rubans, et la fait plier le genou devant

son geste inspiré. «Il est un Dieu!» lui dit-il en lui montrant la

nature.

La fête du 20 prairial est le point culminant de la Révolution

française. Le soleil se leva dans toute sa pompe, le ciel était bleu,

les coeurs étaient pénétrés d'un sentiment auguste. Des bataillons

d'adolescents, des groupes de jeune filles, des mères et leurs enfants,

des vieillards, tous ornés de rubans aux trois couleurs, tous portant

des branches de chêne avec des bouquets, la force armée, les autorités,

une musique imposante, un vaste amphithéâtre construit au-devant du

balcon du château des Tuileries; le colosse de l'athéisme placé au

milieu du bassin rond, colosse de toile et d'osier auquel le président

mit le feu _avec le flambeau de la vérité_; la statue de la Sagesse

apparaissant du milieu de ce monument incendié; de nombreux discours

prononcés avant et après ce changement de décoration; un long cortége

où la Convention marchait entourée d'un ruban tricolore porté par des

enfants ornés de violettes, des adolescents ornés de myrtes, des hommes

ornés de chêne, des vieillards ornés de pampre; les députés tenant

chacun à la main un bouquet composé d'épis de blé, de fleurs et de

fruits; un trophée d'instruments d'arts et de métiers, monté sur un

char traîné par huit taureaux, couvert de festons et de guirlandes,

tout cela distribué avec art dans le Champ-de-Mars (nommé

Champ-de-la-Réunion); la Convention sur une montagne; les groupes de

vieillards, de mères, d'enfants et d'aveugles chantant des _hymnes

patriotiques_, tantôt séparément, tantôt en dialogue, tantôt en choeur,

et les refrains répétés par trois cent mille spectateurs, au bruit

éclatant des trompettes; le roulement de cent tambours, le tonnerre de

terribles salves d'artillerie.... on n'avait jamais vu cérémonie si

extraordinaire ni si touchante.

Dès le matin, les filles du menuisier chez lequel logeait Robespierre

s'habillèrent de blanc et réunirent des fleurs dans leurs mains, pour

assister à la fête. Éléonore composa elle-même le bouquet du président

de la Convention. [Note: Robespierre avait été nommé, par exception,

président de l'Assemblée, comme étant la pensée de cet acte religieux.]

Le soleil s'était levé sans nuage, tout riait dans la nature, et les

quatre jeunes soeurs étaient attendries d'avance par le caractère

solennel de la cérémonie qui se préparait: le printemps de l'année se

mariait pour elles au printemps de l'âge et de l'innocence. Elles

avaient plus d'une fois entendu Maximilien parler de l'existence de

Dieu. Il leur avait lu, dans les soirées d'hiver, de belles pages de

Jean-Jacques Rousseau, son maître, sur l'Auteur de la nature et sur

l'immortalité de l'âme.

L'heure étant venue de se rendre au jardin des Tuileries, le chef de la

maison, Duplay, ravi de voir ses filles si pieuses et si charmantes,

marqua un baiser sur le front de chacune d'elles pour leur porter

bonheur. On sortit avec la joie dans l'âme.

La famille de l'artisan ne rentra dans la maison paternelle qu'à la

chute du jour.

Comme les visages étaient changés! Ce n'était plus cette allégresse du

matin, cet enthousiasme de jeunes filles qui, fraîches et naïves,

s'avançaient, comme les vierges de la Judée, au-devant de l'Éternel; on

avait entendu dans la foule des murmures, des avertissements sinistres.

Un nuage était sur tous les fronts. Robespierre semblait triste et

résigné: «Je sais bien, dit-il en regardant ses hôtes, le sort qui

m'est réservé; vous ne me verrez plus longtemps; je n'aurai point la

consolation d'assister au règne de mes idées; je vous laisse ma mémoire

à défendre; la mort que je vais bientôt subir n'est point un mal: la

mort est le commencement de l'immortalité.»

Il se tut. Un morne pressentiment glaçait les coeurs. On se sépara pour

la nuit.

Revenons sur les événements du 8 juin: deux journées semblables ne se

lèvent point dans la vie d'un homme.

Robespierre était revêtu du costume des représentants du peuple, habit

bleu, panache au chapeau et la ceinture tricolore au côté. Il avait

dépouillé, dès le matin, cette morosité qui lui était habituelle.

Maximilien quitta de bonne heure la maison de ses hôtes pour se rendre

aux Tuileries. «En passant dans la salle de la Liberté, raconte

Villate, je rencontrai Robespierre, tenant à la main un bouquet mélangé

d'épis et de fleurs; la joie brillait pour la première fois sur sa

figure. Il n'avait pas déjeuné. Le coeur plein du sentiment

qu'inspirait cette superbe journée, je l'engage de monter à mon

logement; il accepte sans hésiter. Il fut étonné du concours immense

qui couvrait le jardin des Tuileries: l'espérance et la gaieté

rayonnaient sur tous les visages. Les femmes ajoutaient à

l'embellissement par les parures les plus élégantes. On sentait qu'on

célébrait la fête de l'Auteur de la nature. Robespierre mangeait peu.

Ses regards se portaient souvent sur ce magnifique spectacle. On le

voyait plongé dans l'ivresse de l'enthousiasme. _«Voilà la plus

intéressante portion de l'humanité. L'univers est ici rassemblé. O

Nature, que la puissance est sublime et délicieuse! Comme les tyrans

doivent pâlir à l'idée de cette fête!»_

«Ce fut là toute sa conversation.

«Maximilien resta jusqu'à midi et demi. Un quart d'heure après sa

sortie paraît le tribunal révolutionnaire, conduit chez moi par le

désir de voir la fête.

«Un instant ensuite vient une jeune mère folle de gaieté, brillante

d'attraits, tenant par la main un petit enfant. Elle n'eut pas peur de

se trouver au milieu de cette redoutable société. La compagnie

commençant à défiler, elle s'empara du bouquet de Robespierre qu'il

avait oublié sur un fauteuil.»

Robespierre monta lentement les marches d'une tribune qui lui était

réservée: cette tribune était une chaire, l'orateur était un prophète.

Il parla de Dieu en termes simples et dignes. Sa pâle figure, ses

traits heurtés, se détachaient fermement sur le ciel bleu.

Un vieux cordonnier, spectateur muet et perdu dans la foule, me

racontait ainsi ses impressions: «Je ne suis ni plus sensible ni plus

religieux qu'un autre; mais quand je vis cet homme lever la main, d'un

air inspiré, vers le ciel, je sentis quelque chose remuer là (il me

montrait son coeur), et des pleurs d'attendrissement coulèrent sur mes

joues. Allons, voilà que j'en suis encore tout ému.» Et il essuya

quelques larmes que lui arrachait le souvenir de cette journée

mémorable.

Le peuple entier partageait ces sentiments.

Quelques débris vivants de la faction d'Hébert couvraient seuls d'un

morne silence la nuit de leur âme. Il fallait plus que du courage à

Robespierre pour affronter les ténèbres, les colères et les poignards

de l'athéisme. Tous les témoignages des contemporains me démontrent que

Robespierre expira victime de sa foi. Son crime, aux yeux de ses

ennemis, fut un acte de religion nationale; sa mort fut un martyre.

Bourdon (de l'Oise), Vadier, Fouché, Collot-d'Herbois et

Billaud-Varennes ne lui pardonnèrent point d'avoir osé croire en Dieu.

Les membres de la Convention affectèrent d'établir une distance entre

eux et leur président, comme pour se séparer d'avance de Robespierre et

pour faire croire à ses projets de dictature. Sa noble fierté, dans ce

jour solennel, fut signalée comme de l'orgueil, sa joie comme de

l'enivrement, son enthousiasme comme de l'ambition.

Les femmes, c'est-à-dire le sentiment, étaient pour lui; les enfants,

c'est-à-dire l'innocence et la vérité, lui tendaient leurs petits bras

en criant: «Vive Robespierre!» Ses collègues seuls murmuraient. «Ne

veut-il pas faire le Dieu?» disait l'un. «Nous l'avons paré de fleurs,

répondait l'autre: mais c'est pour l'immoler.» On tournait tout en

dérision ou en crime, le panache flottant qui l'ombrageait, la manière

dont il portait sa tête, les regards de satisfaction qu'il promenait

sur la multitude.

Entendant bourdonner autour de lui toutes ces haines, il dit à

demi-voix: «On croirait voir les Pygmées renouveler la conspiration des

Titans.» Ce mot le perdit.

Une circonstance fit encore naître des pressentiments fâcheux. Au

moment où Robespierre brûla le voile sous lequel on devait voir

paraître la statue de la Sagesse, la flamme noircit entièrement cette

statue. La chose fut regardée comme un présage. On crut voir la sagesse

même de Robespierre s'obscurcir.

Le décret qui proclamait l'existence de l'Être suprême fut reçu dans

les chaumières avec des larmes d'attendrissement et de joie. Après cinq

mois d'athéisme et d'abolition des cultes, la France venait de

retrouver Dieu. Ce fut un tressaillement dans toutes les consciences.

On se demande depuis un demi-siècle ce qui manquait à Robespierre pour

avoir raison de ses ennemis et pour fonder dans le monde le règne de la

démocratie: il lui manqua un symbole religieux moins incomplet que le

déisme. Son idée de vouloir tout ramener à la nature comme à l'état de

perfection était chimérique et rétrograde.

Quelques amis de Robespierre prétendent que cette fête de l'Être

suprême n'était qu'un premier pas dans une voie de réaction religieuse,

et qu'après avoir renoué avec Dieu Maximilien aurait ramené la France

vers le catholicisme.

La mort interrompit ses desseins.

Les politiques de fait attachent peu d'importance à de telles

considérations; mais pour nous, qui ne séparons jamais la société d'un

principe de justice; nous croyons que toute la destinée de Robespierre,

comme celle de la France, était suspendue à l'établissement des

rapports de l'homme avec ses semblables, c'est-à-dire de la morale.

C'est faute d'avoir résolu le problème d'une croyance sociale qu'il se

montra dans la suite inférieur aux événements.

Et les têtes tombaient.

Robespierre, dont le coeur saignait à la vue de ces exécutions sans

terme, conçut le projet d'ensevelir la terreur et la mort dans un

dernier supplice.

Jusqu'ici la justice n'avait guère atteint que les faibles ou les

vaincus; il voulut que la foudre remontât pour frapper les chefs de la

République, ces hommes souillés de rapines et de sang, qui avaient

déshonoré leur mission. Ce fut dans ce but que Couthon, le confident et

l'ami de Robespierre, présenta, deux jours après la fête de l'Être

suprême, la loi sur le tribunal révolutionnaire, dite du 22 prairial.

Le rempart derrière lequel quelques membres impurs de la Convention

abritaient leur infamie sous l'inviolabilité se trouvait renversé par

cette loi. Les misérables virent la pointe du glaive qui les menaçait.

Tallien, qui avait bu l'or et le sang de Bordeaux; Bourdon (de l'Oise),

qui s'était couvert de crimes dans la Vendée; Dubois-Crancé, dont les

manières hautaines et dures, les exigences outrées avaient soulevé la

ville de Lyon; Léonard Bourdon, intrigant dont le cynisme égalait la

lâcheté; Merlin, qui n'était pas sorti les mains pures de la

capitulation de Mayence; Collot-d'Herbois, Fouché, Carrier, qui avaient

des taches partout, se réunirent dans l'ombre pour préparer le 9

thermidor. La loi passa; mais les scélérats que Robespierre avait en

vue échappèrent au bras qui voulait les frapper. L'arme qui devait tuer

la Terreur en tuant les terroristes retomba plus lourde et plus

tranchante sur le cou des victimes. Robespierre alors sortit du Comité

de salut public, et cessa de participer aux actes du gouvernement.

Cette neutralité couvrait des projets de clémence et d'amnistie; mais

le moment n'était pas encore venu de les découvrir. Robespierre, soit

faiblesse, soit connaissance approfondie de la situation, suivait le

système dilatoire qui lui avait si bien réussi dans l'affaire des

Hébertistes: il avait laissé l'athéisme s'user par ses propres excès;

il lui semblait de même que l'échafaud devait se noyer d'un jour à

l'autre dans le sang des victimes et dans celui des pourvoyeurs. Il

attendait.

Histoire des Montagnards · 第 88 / 146 题