Procès et mort de Custine.--Procès et mort de Marie-Antoinette.--Procès
des Girondins.--Robespierre arrache à la mort soixante-treize
députés.--Condamnation à mort des Vingt-et-un.--Suicide de
Valazé.--Exécution de Brissot et de ses complices.--Sort des autres
Girondins.--Mort de Mme Roland.--Supplice de Bailly et de
Barnave.--Châtiment de la Dubarry.--Un mot sur le Tribunal
révolutionnaire.--Souberbielle.--Duplay.--Prostration.--La victoire
ranime tous les courages.
On était en automne: les feuilles et les têtes tombaient. Les jugements
succédaient aux jugements, les exécutions aux exécutions.
Dès le 27 août, le jour même où Toulon s'était vendu aux Anglais,
Custine, général de l'armée du Rhin, payait de son sang le crime de
n'avoir point assez battu l'ennemi. «Jamais la Convention n'admit que
des troupes françaises républicaines pussent succomber sans que ce fût
la faute de leur chef.» Sur sa tête, il répondait de la victoire.
Après un siége de quatre mois «sous une voûte de feu» (le mot est de
Kléber), la garnison de Mayence avait héroïquement résisté au roi de
Prusse qui l'attaquait en personne; mais elle était à bout de force,
décimée par les bombes et par les balles dont elle rentrait criblée
après des sorties fougueuses. Custine, jugeant qu'il était hors d'état
de la secourir, fit passer le 26 avril un billet dans lequel il
engageait le commandant de la place à capituler. Ce conseil fut reçu
avec horreur: «Faites arrêter Custine, c'est un traître,» écrivent de
concert au Comité de salut public les représentants du peuple Soubrani
et Montant, ainsi que le général Houchart. Le 28 juillet, il est
décrété d'accusation par la Convention nationale.
Les plus jolies femmes de Paris, s'il faut en croire Hébert,
s'intéressaient au général et sollicitaient en sa faveur. Le Tribunal
révolutionnaire lui-même hésitait à frapper cette grande victime. Le 23
août, Robespierre se rend au club des Jacobins: «Un général, dit-il,
qui paralyse ses troupes, les morcelle, les divise, ne présente nulle
part à l'ennemi une force imposante, est coupable de tous les
désavantages qu'il éprouve: il assassine tous les hommes qu'il aurait
pu sauver.»
Le surlendemain, Custine était condamné a mort. Après un tel acte de
sévérité, les généraux de la République savaient ce qu'ils avaient à
attendre s'ils capitulaient devant l'ennemi. Ne pas vaincre, c'était
trahir.
A-t-on oublié Marie-Antoinette?
Nous avons vu que l'ex-reine avait été transférée du Temple à la
Conciergerie. Des tentatives de séduction avaient motivé cette mesure.
Même à la Conciergerie, elle possédait une sorte de talisman pour faire
passer de ses cheveux, des billets écrits de sa main, des gants à
travers les murs de son cachot, elle recevait des déclarations d'amour
et des promesses de délivrance. L'un de ces chiffons de papier était
soigneusement caché dans un oeillet.
Dès le 13 août 1793, Lecointre réclamait impérieusement à la Convention
le jugement _sous huitaine_ de la veuve de Louis Capet.
Il n'eut lieu, ce triste procès, que le 14 octobre et dura deux jours.
La reine était plus coupable encore que Louis XVI, car elle avait abusé
de la faiblesse du roi pour attirer les armées étrangères sur la
France. Des documents authentiques, des témoignages accablants, les
lettres mêmes de Marie-Antoinette ne laissent plus aucun doute sur ses
démarches et son insistance pour obtenir le secours de l'Autriche. Ces
faits n'étaient point alors connus; l'accusation manquait de preuves;
mais le sentiment public est doué d'un tact très-sûr pour découvrir les
crimes de lèse-nation.
Comme reine, elle était coupable; mais comme femme et surtout comme
mère n'était-elle point sacrée? Tarir par le fer dans les entrailles
d'une créature, qu'elle soit reine ou bergère, la source vive de
l'amour et de la fécondité, n'est-ce point violer les lois de la
nature? Cette tête coupée était d'ailleurs inutile à la Révolution; la
mort de la reine n'ajoutait rien à la mort du roi. Or tout ce qui sans
raison majeure blesse l'humanité est préjudiciable à la cause du bien
public et à la grandeur des États.
Amenée devant le tribunal révolutionnaire, elle s'assit sur un
fauteuil, et le président Hermann lui adressa les questions d'usage.
--Votre nom?
--Je m'appelle Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche.
--Votre état?
--Je suis veuve de Louis Capet, ci-devant roi de France.
--Votre âge?
--Trente-huit ans.
Deux avocats, Chauveau et Tronson-Ducoudray, furent nommés d'office par
le tribunal pour défendre Marie-Antoinette.
On lut un long acte d'accusation qui ne relevait guère contre la reine
que des faits connus: sa présence au banquet des gardes-du-corps dans
l'orangerie de Versailles, les conciliabules tenus entre elle et les
femmes de l'aristocratie, ses relations secrètes avec les cours
étrangères, sa conduite au 10 août; puis on entendit les témoins.
L'un d'eux était Hébert. Plus cruelle mille fois que la peine de mort
fut la calomnie portée par cet homme contre Marie-Antoinette. Le
dauphin, âgé de huit ans, dépérissait de jour en jour. Simon, son
gardien, un cordonnier, l'aurait surpris se livrant à un acte honteux
et l'enfant aurait avoué qu'il devait cette funeste habitude à sa mère
et à sa tante. Cette déclaration avait été renouvelée par lui en
présence du maire de Paris et du procureur de la Commune. Ici de
cyniques détails que la plume se refuse à transcrire. Marie-Antoinette
garda d'abord le silence; mais comme le président insistait pour avoir
une réponse: «La nature, dit-elle très-émue, se révolte devant une
telle supposition. J'en appelle à toutes les mères qui sont ici.» Ce
cri parti du fond des entrailles la releva très-haut en face de la
guillotine.
Robespierre se montra indigné de l'odieuse accusation d'Hébert. «Le
misérable! s'écria-t-il; non content de la présenter comme une
Messaline, il veut en faire une autre Agrippine.»
Vis-à-vis des autres témoins, l'ex-reine se renferma dans un système de
dénégations: «Je ne sais rien; je n'ai jamais entendu parler de
pareilles choses; je ne me souviens pas...» Elle se donna devant le
tribunal pour une épouse soumise, qui laissait à son mari le soin des
affaires politiques.
Au président qui lui disait: «Vous faisiez faire au ci-devant tout ce
que vous vouliez.»