XVI

Second mariage de Danton.--Il propose à la Convention un gouvernement

révolutionnaire.--Motifs sur lesquels il appuie cette vigoureuse

mesure.--Opposition de Robespierre.--Soulèvement des enragés contre

Danton.--Réorganisation du Comité de salut public.--Les souvenirs de

Barère.

Le 17 juin 1793, Danton s'était remarié. Il y avait quatre mois, jour

pour jour, qu'il avait perdu sa première femme. On sait s'il l'adorait.

Sept jours après l'enterrement, il avait fait exhumer le cadavre et

mouler la figure de cet être cher pour l'embrasser une dernière fois.

C'était elle qui, en mourant, lui avait conseillé de s'unir à sa

meilleure amie, voulant assurer par ce second mariage une mère à ses

enfants.

La jeune fille qu'il devait épouser, mademoiselle Louise Gély, n'avait

encore que seize ans et était sans fortune. Elle appartenait à une

famille bourgeoise et royaliste. On comprend que le père, ancien

huissier-audiencier, attaché aux préjugés de l'ancien régime, homme

d'ordre, y regardât à deux fois avant de donner sa fille au fougueux

révolutionnaire. La mère était dévote, elle refusa son consentement, si

la cérémonie n'était point célébrée selon toutes les règles de

l'orthodoxie.

Danton fit à l'amour le sacrifice de ses principes; il se maria selon

le rite catholique devant un prêtre réfractaire.

La seconde femme de Danton était frêle et jolie. Il l'aima jusqu'à la

passion; mais était-ce bien la compagne de son âme? Le spectre

d'Antoinette-Gabrielle Charpentier ne hantait-il point avec tristesse

ce lit de roses dans lequel le grand tribun s'amollissait au milieu des

délices de la volupté?

Revenons aux événements politiques.

La Convention répugnait à se donner un maître, et elle avait bien

raison; mais en fuyant Charybde elle s'était jetée dans Scylla. La

crainte et l'horreur de la dictature conduisaient le pays tout droit à

l'anarchie.

Nous allions périr sous le poids de nos revers. Toute la frontière du

Nord était perdue, Cambrai bloqué, le Rhin forcé, Mayence rendu, Landau

assiégé, l'ennemi aux portes de l'Alsace. Pour la seconde fois, les

Vendéens avaient repoussé, dissipé l'armée de la Loire. La guerre

civile disputait à la Convention les deux tiers du territoire. La

disette faisait des ravages dans les campagnes. Les armées manquaient

de tout. Nulle organisation, aucune discipline: l'incapacité s'était

emparée de tous les services publics.

Ne fallait-il point à tout prix sortir de ce chaos? Oui, mais le moyen?

Histoire des Montagnards · 第 77 / 146 题