85.--(1829). «Je ne vais pas vous voir, mon ami, c'est que je ne le

puis». _Indépendance belge_, 23 mai 1880.--_Revue hebdomadaire_, 1er

août 1896.

86.--9 septembre 1829. «Voilà un f... temps pour la chasse, mon ami».

_Catalogue de la librairie Detaille_, 1er mai 1887. _Le Pays_, 3

février 1888. _Le Constitutionnel_, 9 février 1888. Longs fragments.

87.--27 avril 1834. «J'ai à vous remercier, mon cher Sainte-Beuve, de

l'intérêt». _Cosmopolis_, mai 1896, p. 435.

88.--(Novembre 1834). «Je vous suis bien reconnaissant, mon cher ami,

de l'intérêt». _Cosmopolis_, mai 1896, p. 435.

SAND (Mme George).

Les lettres écrites par George Sand à Alfred de Musset sont publiées

dans la _Revue de Paris_ du 1er novembre 1896, puis réunies à celles

adressées à Sainte-Beuve, à la librairie C. Lévy, 1897. 1 vol. in-12.

Celles d'Alfred de Musset à George Sand paraîtront assurément quelque

jour; où et quand, je l'ignore. En attendant cette publication, on en

trouvera de nombreux extraits dans:

1º _Revue politique et littéraire_ (Revue Bleue), 15 octobre 1892.

George Sand et Alfred de Musset, par E. Grenier.

2º _Alfred de Musset par Mme Arvède Barine. Paris, Hachette, 1892._ 1

vol. in-12.

3º _Cosmopolis_, revue internationale, 1er mai et 1er juin 1896. La

Véritable Histoire de «Elle et Lui», par M. le vicomte de Spoelberch

de Lovenjoul. Ces deux articles, réunis en volume et considérablement

augmentés, ont été publiés à la librairie Calmann Lévy, 1897. 1 vol.

in-12.

4º _Revue Hebdomadaire_, 1er août 1896. Un roman vécu à trois

personnages, par le docteur Cabanès. Joint à la 2e Série de _Le

Cabinet secret de l'histoire_, du même auteur. Librairie A. Charles,

1897. 1 vol. in-8º, orné des portraits de G. Sand et du docteur

Pagello, et de fac-similés d'écriture.

5º _La Revue de Paris_, 15 août 1896. Alfred de Musset et George Sand,

par M. Clouard. Publié séparément et augmenté. Imprimerie Chaix, 1896.

Br. in-8º avec deux portraits de G. Sand, dessinés par Alfred de

Musset et un fac-similé, suivi d'un Index bibliographique. Cette

notice, jointe au présent volume, renferme de nouveaux documents

inconnus jusqu'à ce jour, pris sur les originaux.

J'omets avec intention un livre signé Paul Mariéton. Les textes cités

dans cet ouvrage sont, d'une façon générale, absolument inexacts: la

_copie_ qui servit à M. Mariéton a été écrite par moi, et lui a été

communiquée à mon insu, malgré les promesses faites, par la personne à

laquelle je l'avais confiée. Cette copie a été prise sur celle

_arrangée_ par George Sand, qui est fort incomplète et présente de

grandes différences de texte avec une autre copie qu'on m'affirme

avoir été prise sur les originaux.

Je n'entrerai pas ici dans le détail de tous ces extraits et me

bornerai à indiquer seulement ce qui est complet.

89.--Août 1834. «Je t'envoie ce dernier adieu, ma bien aimée».

_L'Homme Libre_, 14 avril 1877. Très long fragment.

A.--GEORGE SAND. 19 avril 1838. «Mon cher Alfred, j'ai reçu ta lettre

la veille de mon départ de Nohant». _Véritable Histoire de «Elle et

Lui», etc..._, _1897_, p. 130.

B.--GEORGE SAND. 30 avril 1840. «Elle (la correspondance) est à

Nohant, dans un coffre dont j'ai les clefs ici». _Cosmopolis_, mai

1896, p. 445.

C.--GEORGE SAND. Vendredi (mai 1840). «Les lettres sont arrivées. Si

vous voulez venir». _Cosmopolis_, mai 1896, p. 445.

SCHOZKO (Mme Olympe).

90.--S. D. «Madame, mon ami Alfred Tattet dîne aujourd'hui avec la M.»

_Gazette de Paris_, 12 juillet 1857. Les noms propres sont supprimés.

91.--Février 1836. «Pichrocholine, avez-vous bien dormi?» _Gil Blas_,

26 mai 1880. _L'Événement_, 8 décembre 1897.

SECOND (Albéric).

92.--14 septembre 1848. «Monsieur, les apparences, je le vois, sont

trompeuses, car votre sous-préfecture». _La Comédie Parisienne_, 10

mai 1857.

TATTET (Alfred).

93.--12 novembre 1834. «Tout est fini. Si par hasard on vous faisait

quelques questions». _La Revue de Paris_, 15 août 1896.

94.--20 juillet 1835. «Votre lettre, mon cher Alfred, est arrivée

comme je n'étais pas à Paris». _La Revue de Paris_, 15 août 1896. Deux

coupures, relatives à une affaire personnelle à M. A. Tattet.

95.--(1838). «J'apprends, mon cher Alfred, que vous avez manqué

plusieurs fois». _La Revue de Paris_, 15 août 1896.

96.--Vendredi, 17 (août 1838). «Tout ce que je puis vous dire, mon

cher Alfred». _Le Figaro_, 6 avril 1883. Fragment.

97.--14 mai 1844. «Mon cher ami, je viens d'avoir une fluxion de

poitrine». _Le Figaro_, 6 avril 1883. Fragments.

98.--Mirecourt, 18 mai 1845. «Votre lettre est bien aimable, mon cher

Alfred». _Le Figaro_, 6 avril 1883 et _La France_, 7 avril 1883.

Fragments.

99.--20 août (1845). «Ecce iterum Crispinus. Me voilà à Paris, mon

cher Alfred». _La France_, 7 avril 1883. Fragment.

A.--17 octobre 1845. «Mon cher Alfred, parmi les raisons qui m'ont

empêché d'aller vous retrouver». Le texte publié dans les _OEuvres

Posthumes_ d'Alfred de Musset, p. 234, offre de nombreux changements

avec l'original; le _Figaro_, du 6 avril 1883, donne tout le début

correctement.

100.--Jeudi, 15 (1848). «Mon cher ami, je trouve ce matin le nom de

votre oncle». _Le Figaro_, 6 avril 1883. Fragment.

TATTET (Madame Caroline).

101.--Angers, 6 octobre (1848?) «Madame, je reçois votre très aimable

lettre au retour de plusieurs endroits». _Le Figaro_, 6 avril 1883 et

_La France_, 7 avril 1883. Fragments.--En entier dans la _Gazette

Anecdotique_ du 30 juin 1885, qui l'emprunte au précédent numéro des

_Annales Politiques et Littéraires_.

VIGNY (Alfred de).

102.--Mercredi, 20 (octobre 1829). Fragment d'une lettre par laquelle

il lui demande un billet pour la première représentation

d'Othello.--_Revue des Autographes, no 176. Avril, 1895. Paris, Gab.

Charavay_, no 186.

Quatre lettres publiées dans _Études et Récits sur Alfred de Musset_,

_par Mme la vicomtesse de Janzé_. _Plon, 1891. 1 vol. in-12._

103.--17 décembre (1829). «Mon cher monsieur, puis-je espérer que

vous voudrez bien venir entendre», p. 70.

104.--(19 décembre 1829). «Que vous êtes bon d'être venu», p. 71.

105.--Mercredi (1831). «Je suis comme ces femmes enceintes qui croient

toujours», p. 71.

106.--S. D. Fragment: «Une troupe d'oiseaux de passage», p. 73.

107.--6 août 1832. Il le remercie d'une soirée qu'il lui a fait passer

chez ses cousines. _Catalogue de lettres autographes. Vente le 15

novembre 1899, hôtel Drouot. Paris, Noël Charavay, 1899. In-8_, no

116. Fragment.

DESTINATAIRES INCONNUS.

108.--S. D. «Madame, j'ai une faveur à vous demander pour un de mes

amis». _L'Autographe_, 15 février 1865.

109.--29 août 1854. «Monsieur, il m'est absolument impossible de rien

comprendre à l'erreur singulière». _Miscellanées Bibliographiques.

Rouveyre, 1878. In-8º_, p. 90.

110.--S. D. Billet à une dame: «Je suis tout à vos ordres, madame,

mais vous les donnez de telle façon, que vous me permettrez de

remercier avant d'obéir.--Alfred de Musset». _Catalogue de lettres

autographes, vente Hôtel Drouot, le 27 novembre 1888. Paris, Ét.

Charavay. In-8º_, no 128.

111.--Sous le numéro 1195 des _Nouvelles acquisitions françaises_, est

déposé à la Bibliothèque Nationale, à Paris, un paquet cacheté

renfermant une correspondance, qui ne devra être ouvert et le contenu

publié qu'en 1910.--Voir p. 214.

* * * * *

D'autres lettres d'Alfred de Musset doivent encore avoir été

imprimées. Puissent de plus habiles chercheurs les découvrir et les

ajouter à cette nomenclature assurément incomplète.

NOTE

Le MUSÉE FRANÇAIS de mars 1858, publie, page 5, le texte de ce billet

d'Alfred de Musset à Béranger:

«Je vous aime, d'abord parce que vous vous appelez Béranger; je

vous aime aussi et beaucoup, parce que vous avez fait le _Voyage

imaginaire_, le voyage de Grèce; j'aime tant les Grecs.

«ALFRED DE MUSSET.»

Ceci a dû être écrit en 1828, mais il faudrait retrouver l'original

avant que de l'admettre comme authentique.

ALFRED DE MUSSET

BIBLIOTHÉCAIRE DU MINISTÈRE

ET

LAURÉAT DE L'ACADÉMIE

ALFRED DE MUSSET

BIBLIOTHÉCAIRE DU MINISTÈRE

ET

LAURÉAT DE L'ACADÉMIE

I

En 1838, Alfred de Musset, déjà célèbre comme poète et écrivain

dramatique, après les _Contes d'Espagne et d'Italie_, et les trois

volumes d'_Un Spectacle dans un Fauteuil_, venait de publier ses

contes et ses nouvelles, dans la _Revue des Deux-Mondes_, montrant

ainsi une nouvelle face de son talent. Mais cela donnait plus de

gloire que de profit: ce que lui rapportaient ses écrits, et la rente

qu'il tenait de sa famille assuraient certainement sa vie matérielle;

mais l'auteur de _Frédéric et Bernerette_ n'eût pas été mécontent de

trouver un emploi qui lui laissât la faculté de travailler à sa guise,

et dont les émoluments lui eussent permis de satisfaire toutes ses

fantaisies.

Cet emploi vint s'offrir de lui-même: Sa Majesté Louis-Philippe,

voulant améliorer les divers services des Bibliothèques de la Maison

du Roi, chargea M. Vatout, son bibliothécaire et secrétaire

particulier, de les réorganiser[91]. Bien qu'il dût connaître M.

Vatout, qui remplissait ces fonctions de secrétaire depuis de longues

années et qu'il n'était pas sans avoir rencontré à Neuilly, Alfred de

Musset préféra s'adresser à son ancien condisciple, le duc d'Orléans,

dont la haute protection ne pouvait lui faire défaut:

--Les journaux annoncent, écrivait-il au duc, que M. Vatout est chargé

de la réorganisation des Bibliothèques de la Maison du Roi: «J'ose

recourir à la bonté de Votre Altesse et la supplier de me recommander

à M. Vatout. J'espère en cette occasion que Votre Altesse Royale me

pardonnera de l'importuner et qu'elle ne voudra bien voir dans les

demandes que je lui adresse qu'un désir de cultiver, grâce aux bontés

de Votre Altesse, des goûts qui ont dirigé toutes mes études et

auxquels ma position ne me permet pas de me livrer entièrement[92]».

[91] Le _Moniteur Universel_ du 15 septembre 1839 consacre une

notice à M. Vatout. Lors de son admission à l'Académie française,

_Le National_, dans son numéro du 7 janvier 1848, publia sur le

nouvel immortel les lignes suivantes qui ne sont pas signées:

«Monsieur Vatout, directeur des bâtiments civils a été élu

aujourd'hui par l'Académie française en remplacement de M.

Ballanche..... qu'a donc fait M. Vatout? Il faut bien l'oser

écrire enfin! Il a fait deux chansons très gaies, l'une de gaieté

de corps de garde, l'autre d'une gaieté de moine: _L'Écu de

France_ et _Le maire d'Eu_! C'est avec ces deux calembourgs qu'on

s'assied aujourd'hui dans le fauteuil de Bossuet.... On assure

que ces agréables ordures ont fait les délices de la cour, à ce

point, qu'un personnage dont la voix a coutume de compter, a

déclaré qu'il tiendrait pour _ses ennemis personnels_ tous ceux

qui refuseraient leurs voix à M. Vatout. L'Académie, dans sa

fière indépendance, se l'est tenu pour dit: elle a ouvert ses

portes à l'auteur du _Maire d'Eu_ protégé par _L'Ecu de

France_.....»

[92] L'original de cette lettre figure au _Catalogue des

Autographes de M. Charles Keisner, vente hôtel Drouot, 12 mars

1899, G. Charavay, in-8º_, no 126, qui en cite un fragment.

Le duc d'Orléans avait à coeur de réparer l'accueil déplorable fait

par son père au sonnet _Au Roi, après l'attentat de Meunier_; aussi,

la réponse ne se fit point attendre, et dans une lettre en date du 22

octobre 1838, M. de Montalivet, en même temps que ses félicitations,

adressait à Alfred de Musset copie de l'arrêté suivant:

«_Ministère de l'Intérieur._

«ARRÊTÉ:

«Nous, pair de France, ministre secrétaire d'État au département

de l'Intérieur,

«Avons arrêté et arrêtons ce qui suit:

«_Article Ier._--M. Alfred de Musset est nommé Conservateur de la

Bibliothèque du Ministère de l'Intérieur, de la collection des

médailles et du dépôt des ouvrages publiés à Paris et dans les

départements.

«_Art. II._--M. Alfred de Musset jouira en la dite qualité et à

partir du 1er novembre prochain, d'un traitement annuel de trois

mille francs, qui sera imputé sur le crédit du chapitre 1er du

budget de notre ministère.

«_Art. III._--Le Secrétaire Général du Ministère et le chef de

division de comptabilité générale, sont chargés, chacun en ce qui

le concerne, de l'exécution du présent arrêté.

«Fait à Paris, le 19 octobre 1838.

«MONTALIVET».

La lettre du Ministre était accompagnée d'une lettre de son Secrétaire

Général:

«Paris, 22 octobre 1838.

«Monsieur,

«Je ne puis laisser partir la lettre de M. de Montalivet, qui vous

annonce votre nomination de Conservateur de la Bibliothèque du

Ministère de l'Intérieur, sans y joindre un témoignage de la

satisfaction que cette décision m'a fait éprouver. Quand vous

viendrez au Ministère, je vous prie de prendre la peine de passer

à mon cabinet. Je désirerais causer avec vous de différentes

choses relatives à vos nouvelles fonctions.

«Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

«EDMOND BLANC».

«A monsieur Alfred de Musset.»

Alfred de Musset s'empressa d'adresser ses remerciements au Ministre:

«Paris, 23 octobre 1838.

«Monsieur le Comte,

«Permettez-moi de vous témoigner la vive reconnaissance dont me

remplit la lettre pleine de grâce et de bonté par laquelle vous

voulez bien me prévenir de la décision que vous venez de prendre à

mon égard. Je ne puis répondre à la faveur dont vous m'honorez

qu'en vous suppliant de croire que je m'estimerai heureux si mes

services peuvent être de quelqu'utilité.

«Veuillez aussi être persuadé, Monsieur le Comte, que si mon

travail et mes efforts peuvent jamais me conduire à quelque

succès, je n'oublierai en aucune circonstance que c'est à vous que

je le devrai.

«Je suis avec le plus profond respect, Monsieur le Comte, votre

très humble et très dévoué serviteur.

«ALFRED DE MUSSET».

Cette nomination fit quelque peu crier, parce que c'était encore un

rédacteur de la _Revue des Deux-Mondes_, déjà très favorisée, qui en

était le bénéficiaire:

«UNE FEUILLE LITTÉRAIRE TRANSFORMÉE EN FEUILLE DES BÉNÉFICES.

«Voici la liste des grâces accordées aux rédacteurs de la _Revue

des Deux-Mondes_:

M. Buloz, nommé commissaire royal près le Théâtre Français.

M. Loeve-Weimars, nommé secrétaire d'ambassade.

M. Lerminier, nommé maître des requêtes.

M. Edgard Quinet, nommé professeur de littérature étrangère à la

Faculté des Lettres de Rennes.

M. Gustave Planche, nommé professeur de littérature anglaise à la

Faculté des Lettres de Bordeaux.

M. Marmier, nommé professeur à la Faculté de Montpellier.

M. Alfred de Musset, nommé Bibliothécaire du Ministère de

l'Intérieur.

M. Henri Blaze, attaché à l'ambassade de Danemarck.

On ne dit pas ce qu'a obtenu le portier de l'établissement».

Telles sont les réflexions émises par le _Charivari_ du 17 octobre

1838. Mais on était unanime à trouver juste que l'auteur du poème sur

la _Naissance du Comte de Paris_ reçût une récompense, lui qui, admis

dans l'intimité du Duc d'Orléans, s'était jusqu'à ce jour tenu à

l'écart et n'avait pas profité de l'amitié que lui portait le fils du

Roi, non plus que des relations de sa famille avec celle du

Prince[93], pour se faire donner quelque sinécure largement rétribuée.

[93] Un cousin d'Alfred de Musset, de la branche des Musset-Signac,

M. Adolphe-Louis de Musset, avait longtemps administré les

propriétés que la famille d'Orléans possédait à La Ferté-Vidame et

à Dreux. Ce fut la Révolution de 1848 qui le délogea de sa charge.

Paul de Musset parle de lui dans la _Biographie_ d'Alfred, in-12,

p. 180.

Peu de jours après sa nomination, Alfred de Musset eut une première

entrevue avec M. Edmond Blanc, et, n'ayant pas reçu les indications

qui lui avaient été promises, il lui écrivait de nouveau:

«4 novembre 1838.

«Monsieur le Secrétaire Général,

«Lorsque vous m'avez fait l'honneur de me recevoir, vous avez eu

la bonté de me dire que je recevrais de votre part quelques

indications relatives à la bibliothèque du ministère. C'est à

partir du 1er novembre que mes fonctions devaient commencer. La

crainte que vos nombreuses occupations ne me fassent oublier, et

l'ignorance où je suis du lieu même où je dois me présenter, me

font prendre la liberté de vous rappeler la promesse que vous avez

bien voulu me faire.

«J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec la plus haute

considération,

«Votre très humble et très dévoué serviteur,

«ALFRED DE MUSSET.

«59, rue de Grenelle-Saint-Germain».

Une seconde entrevue eut vraisemblablement le résultat désiré et

Alfred de Musset y reçut les instructions complémentaires qu'il

demandait, car il entra bientôt en fonctions; il est juste de dire

qu'elles lui laissaient de si grands loisirs, qu'au ministère même,

bien des personnes ne se doutaient pas qu'il y eût un bibliothécaire.

C'était à ce point qu'Alfred de Musset ne venait pas toujours chercher

lui-même ses appointements comme le témoigne ce billet que je copie

parmi deux ou trois autres analogues[94].

[94] _Catalogue d'une collection d'autographes, vente hôtel

Drouot, le 30 mai 1896. Paris, Et. Charavay. In-8º_, no 85.

«_Monsieur Marette, au Ministère de l'Intérieur._

«Je serai obligé à Monsieur Marette s'il veut avoir la

complaisance de remettre au porteur de cette lettre mes

appointements du mois de mars.

«Son très humble serviteur,

«ALFRED DE MUSSET».

«31 mars 1840».

J'ajouterai que cette légende subsiste encore aujourd'hui dans les

bureaux du ministère de l'intérieur, qu'un jour, un des amis du poète

l'ayant rencontré à la porte du ministère et lui ayant demandé: «Que

faites-vous là?» Musset aurait répondu: «Je suis venu voir si ma

bibliothèque existait réellement».

Personne, du reste, ne lui adressait le moindre reproche et je n'ai

trouvé que l'_Artiste_ qui, dans sa livraison du 27 mars 1842, ait

essayé une légère protestation.... en faveur de Paul de Musset:

«.....A vrai dire, et tout en applaudissant de grand coeur à cette

mesure, qui nous semble très juste et très digne, nous concevrions

plutôt que cette place eût été donnée au frère de l'auteur de la

_Confession d'un Enfant du Siècle_, à M. Paul de Musset, qui a

fait tant d'ingénieuses et spirituelles esquisses de la

_Fronderie_ et qui a donné la preuve au moins d'une réelle et

intelligente érudition historique.--VAUVE DES ROYS.»

* * * * *

En 1845, Alfred de Musset fut nommé Chevalier de l'Ordre Royal de la

Légion d'Honneur:

«Paris, ce 30 avril 1845.

«Monsieur,

«J'ai l'honneur de vous informer que, par une Ordonnance signée le

24 courant, le Roi vous a nommé Chevalier de l'Ordre Royal de la

Légion d'Honneur.

«Je me félicite, Monsieur, d'avoir à vous transmettre ce

témoignage de la bienveillance de Sa Majesté et de l'estime

qu'elle fait de vos travaux.

«Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus

distinguée.

«_Le Ministre de l'Instruction publique_,

«SALVANDY.

«A Monsieur Alfred de Musset, homme de lettres».

Et le 1er mai paraissait cet entrefilet au _Moniteur Universel_ (p.

1144), car l'insertion des nominations dans l'ordre de la Légion

d'Honneur ne devint obligatoire qu'à dater du 19 juillet 1845.

«MM. de Balzac, Frédéric Soulié et Alfred de Musset viennent

d'être nommés membres de la Légion d'Honneur».

Dans son Courrier de Paris, l'_Illustration_ du 3 mai 1845 commente

ainsi cette triple nomination:

«.....On annonce que le gouvernement vient de donner la croix

d'honneur à MM. de Balzac, Alfred de Musset et Frédéric Soulié. Un

journal félicite le Ministère, qui, spontanément et sans y être

sollicité par MM. de Balzac, Musset et Soulié, a fait cette

galanterie aux trois écrivains, bouquet de fête du 1er juillet.

Assurément, MM. Musset, Soulié et Balzac ont plus d'esprit et de

talent qu'il n'en faut pour se passer d'une croix et d'un ruban,

mais puisqu'ils ne l'ont pas demandée et qu'on la leur donne, ils

n'ont rien à se reprocher. Ce sont de ces petits cadeaux qui ne

font plus guère de tort à personne et qui entretiennent l'amitié.

Peut-être est-ce un acte de contrition que fait le gouvernement

pour tant de croix attachées sur tant de poitrines équivoques?

Peut-être aussi commence-t-on à reconnaître que le plus sûr moyen

d'honorer la croix d'honneur, après tant de croix jetées à la

faveur aveugle et à la vanité mendiante, et de décorer les hommes

qui la méritent véritablement, consisterait à la donner à ceux qui

ne la demandent pas.....»

* * * * *

Le 24 février 1848, éclata la Révolution qui renversa Louis-Philippe,

et le lendemain entrait en fonctions un gouvernement provisoire

composé de MM. Alphonse de Lamartine, Adrien Crémieux, Marie,

Garnier-Pagès, Dupont (de l'Eure), Ledru-Rollin et Arago.

Le 20 avril 1848, le _Moniteur Universel_ publiait un premier décret

réglementant la bibliothèque du Ministère de l'Intérieur.

Le 5 mai, paraissait au même _Moniteur Universel_, un nouveau décret:

«_Au nom du Peuple Français,_

«Le Gouvernement Provisoire,

«Considérant que la réorganisation générale des services publics

doit entraîner de nombreuses réformes et suppressions

d'emplois;..................................................

«Décrète ce qui suit:

«_Article I._--Les fonctionnaires et employés qui, du 25 février

au 25 juillet de la présente année, auront été réformés, pour

cause de suppression d'emploi, de réorganisation ou par toute

autre mesure administrative qui n'aurait pas le caractère de

révocation ou de destitution, pourront obtenir pension s'ils

réunissent vingt ans de services, dont quinze ans au moins

entièrement accomplis dans la partie active ou vingt-cinq ans

indistinctement accomplis dans la partie active ou sédentaire.

«Cette pension sera calculée pour chaque année de service civil à

raison d'un soixantième du traitement moyen des quatre dernières

années d'exercice. En aucun cas, elle ne devra excéder le maximum

de la pension de retraite affectée à chaque emploi.

«_Art. II._--Ceux des fonctionnaires et employés réformés qui ne

comporteront pas la durée de service exigée par l'article

précédent, obtiendront une indemnité temporaire réglée dans les

proportions fixées par le dit article et dont la jouissance sera

limitée à un temps égal à celui de la durée de leur service dans

le ministère ou l'administration où se terminera leur activité.

«_Art. III._--

«Fait à Paris, le 2 mai 1848, en Conseil de Gouvernement.

«_Les Membres du Gouvernement Provisoire:_

«DUPONT (de l'Eure), ARAGO, FLOCON,

LAMARTINE, ALBERT CRÉMIEUX,

GARNIER-PAGÈS, ARMAND MARRAST,

MARIE, LOUIS BLANC, LEDRU-ROLLIN.

«Pour copie conforme:

«_Le Chef du Secrétariat,_

«B. SAINT-HILAIRE».

Trois jours plus tard, étaient signés ces deux arrêtés, qu'on évita

soigneusement de publier[95]:

«RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

«Paris, 5 mai 1848.

«Au nom du Peuple,

«Le Ministre de l'Intérieur arrête:

«Le citoyen Alfred de Musset, bibliothécaire au Ministère de

l'Intérieur, est révoqué de ses fonctions.

«LEDRU-ROLLIN».

«RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

«Paris, 5 mai 1848.

«Au nom du Peuple,

«Le Ministre de l'Intérieur arrête:

«Le citoyen Marie Augier est nommé aux fonctions de bibliothécaire

au Ministère de l'Intérieur; il jouira d'un traitement de 3,000

francs à partir du 1er mai courant.

«LEDRU-ROLLIN».

[95] Archives du Ministère de l'Intérieur.

On voit, par ces textes, que le citoyen ministre appelait les choses

par leur nom et aimait les situations nettes[96]. Mais était-ce bien

Ledru-Rollin le véritable auteur de cette révocation? Il est permis

d'en douter. Nul n'ignore que le ministre de l'Intérieur avait pour

conseiller intime l'héroïne de Venise qui, subitement éprise des

théories socialistes, venait de se lancer dans la politique et

stupéfiait ses concitoyens par les principes qu'elle émettait dans les

_Bulletins de la République_. Ce simple rapprochement de noms suffit,

ce me semble, pour indiquer la part de responsabilité qui incombe à

chacun. Et, même en admettant que George Sand n'eût pas demandé la

destitution de Musset, qu'elle ait simplement laissé faire

Ledru-Rollin qui la signa pour lui complaire, elle eut un tort

immense, car il y allait de son honneur d'empêcher cet acte, pour ne

pas être accusée de basse vengeance, et si elle ne le pouvait, elle

eût au moins dû protester publiquement, afin d'éviter tout soupçon.

Documents Inédits sur Alfred de Musset · 第 15 / 17 段