récent combat; un chevalier vient essayer d'enlever à son inaction le
fils de son ancien compagnon d'armes. Perdican résiste; d'autres
chevaliers surviennent:
Crois-tu que nous soyons comme le vent d'automne,
Qui vient sécher tes pleurs jusque sur ce tombeau
Et pour qui ta douleur n'est qu'une goutte d'eau?
Les hommes, mon enfant, ne consolent personne;
L'herbe que nous voulons arracher de ce lieu,
C'est ton oisiveté! Ta douleur est à Dieu!
Laisse là s'élargir cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du coeur;
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur!
Montre la tienne au monde, et prends-la pour armure...
Mais malgré tous leurs discours, Perdican reste indécis.
Plusieurs vers de _Perdican_ se retrouvent dans la _Nuit de Mai_.
VII
CONFESSION D'UN ENFANT DE L'AUTRE SIÈCLE
Cette _Confession d'un Enfant de l'autre Siècle_, composée en mai
1842, n'a, malgré son titre, aucun rapport avec la _Confession d'un
Enfant du Siècle_. C'est une sorte de préface, dans laquelle Alfred de
Musset s'excuse presque de faire encore des vers, et demande
l'indulgence de ses amis:
. . . . . . . . . . . . .
Mil huit cent vingt! Nous éclosions
Dans les mélanges poétiques
. . . . . . . . . . . . .
Puis dix ans nous nous reposions
Au sein des drames romantiques.
Venaient après?... je ne sais plus,
Sinon que c'était du plus tendre,
Du coeur brisé, des sens émus,
Et beaucoup de voeux superflus.
Dix nouveaux ans encor de fièvre!
Arthur[80] paraît, le malheureux,
Déplorablement vertueux,
Triste réveil d'un charmant rêve!
Est-ce la fin? Hélas! Hélas!
Voilà que viennent des _Lilas_![81]
C'est l'amitié qui les fait naître,
Le temps d'éclore et de paraître,
De parfumer une fenêtre,
Et tout est dit de cette fois!
[80] _Arthur_, roman, par U. Guttinguer. Paris, Renduel, 1837. 1
vol. in-8º.
[81] _Les Lilas de Courcelles_, poésies, par U. Guttinguer.
Saint-Germain, Imp. de Beau, 1842. 1 vol. in-8º.
Mais comme ils sont négligés, ces vers, mal présentés,
Avec des trous à leur chemise;
grande est leur sottise de paraître en pareil accoutrement devant
leurs amis et maîtres; cependant, on leur pardonnera en faveur de leur
bonne intention et du grand âge de leur auteur.
Ce petit poème est adressé à Monsieur ou à Madame Alfred Tattet.
Peut-être est-ce la _lettre_ qui accompagnait l'envoi d'un volume de
poésie.
VIII
LES FRÈRES VAN BUCH
_Les Frères Van Buch_, légende allemande, tel est le titre d'une
nouvelle en prose publiée dans le CONSTITUTIONNEL du 27 juillet 1844
et précédée d'une _Lettre_ au Directeur.
Dans une petite ville des bords du Rhin, habite le vieil orfèvre
Hermann; sa fille Wilhelmine revient ce jour même du couvent, et, dès
leur première rencontre avec deux jeunes graveurs, voisins et hôtes
assidus de son père, Henri et Tristan Van Buch, inspire un violent
amour aux deux frères. Les jeunes hommes se cachent leur mutuelle
passion, mais leurs rêves les trahissent, et dans l'impossibilité où
ils sont d'épouser la même jeune fille, ils décident de s'en rapporter
à son choix: «Ma fille, leur répond l'orfèvre, vous a vus tous deux;
elle chérira Tristan comme un époux et Henri comme un frère.» Henri
s'efface devant l'heureux élu, mais bientôt il se sent incapable de
tenir son serment. Un jour qu'ils chassent, il s'en ouvre à son frère
et le supplie d'attendre qu'il soit mort pour épouser Wilhelmine;
devant un si grand désespoir, Tristan offre à Henri de lui céder ses
droits: «Que je l'épouse! s'écria l'autre. Me transmettrez-vous son
amour en me transmettant vos droits? Il faut cependant que l'un de
nous en meure! ajouta-t-il d'une voix sombre. Sa main tremblait et
battait contre son couteau de chasse.--Oui, répondit Tristan.» Et la
lutte s'engage. Bientôt tous deux sont mortellement frappés; Tristan
tombe à terre, mais Henri reste debout, vacillant et immobile: «Du
fond de la vallée, dans le crépuscule, une forme vague sembla tout à
coup se détacher et s'avancer vers eux. Elle montait lentement la
colline et, à mesure qu'elle approchait, les fils reconnaissaient
leur mère. Au moment où le spectre parut, entièrement visible et
reconnaissable, celui qui était debout, par un suprême effort, quitta
la place où il était cloué, et alla se jeter dans les bras de celui
qui gisait à terre. Ainsi tous deux, couverts de larmes et de sang,
expirèrent dans un dernier embrassement.»
_Les Frères Van Buch_ ont été réimprimés dans le supplément du FIGARO
du 29 août 1875. En 1878, un admirateur d'Alfred de Musset a fait
composer et tirer cette nouvelle à huit exemplaires, pour lui et ses
amis, 19 pages in-4º sur papier vergé.
_Lous dus frays bessous, per Jasmin_, balado dediato a moussu De
Salvandy (Agen, Imprimerie Noubel, 1847. In-8º de 32 pages) semblent
imités de cette nouvelle d'Alfred de Musset.
IX
EN LISANT LE JOURNAL
Le mariage de la reine Isabelle d'Espagne avec son cousin Don François
d'Assises et celui de sa soeur Doña Fernanda avec le duc de
Montpensier, célébrés ensemble le 10 octobre 1846, et conclus contre
le gré de l'Angleterre, avaient amené des représentations très vives
de la part du cabinet anglais. Au mois de novembre de la même année,
l'annexion de Cracovie, ville libre, aux États Autrichiens, par suite
d'entente entre les trois puissances qui s'étaient partagé la
Pologne--la Russie, la Prusse et l'Autriche--donnèrent lieu à des
remontrances de la France pour cette violation des traités de 1815,
remontrances qui ne furent pas écoutées. Des bruits de guerre
coururent; aussi, à l'ouverture de la session parlementaire de 1847,
une discussion très vive eut lieu à la Chambre entre M. Guizot et M.
Thiers. Les journaux de l'opposition accusèrent le ministère de
reculer et de ne pas oser soutenir l'honneur du drapeau français.
C'est la lecture d'un de ces articles qui inspira ces stances à Alfred
de Musset, l'une de ses rares pièces politiques, qui débutent ainsi:
J'aurais voulu, même en tremblant,
Même étourdi par ton tonnerre,
J'aurais voulu suivre sur terre,
César, ton éperon sanglant.
Un ami d'Alfred de Musset m'a communiqué le manuscrit d'une autre
pièce du même genre, intitulée _La Lanterne magique_, écrite vers
1830, dans laquelle il passe en revue la double face des choses de ce
monde.
X
SUR MES PORTRAITS
Je ne crois pas commettre une indiscrétion en donnant en entier cette
poésie satirique, dont L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX du 15
juillet 1891 a publié les sept premiers vers:
Nadar, dans un profil croqué,
M'a manqué,
Landelle m'a fait endormi,
A demi;
Biard m'a produit éveillé,
A moitié;
Le seul Giraud, d'un trait rapide,
Intrépide,
Par amour de la vérité,
M'a fait stupide.
Que pourra pondre dans ce nid
Gavarni?
La lithographie de Gavarni fut exécutée en 1854, ce qui nous donne la
date du morceau. Tous ces portraits ont été gravés à l'exception de
deux: celui de Giraud, charge à l'aquarelle que l'on a pu voir en 1888
à l'Exposition des Maîtres français de la Caricature, et celui de
Biard, que, malgré le bon vouloir de la fille du peintre, la
spirituelle Étincelle, il m'a été impossible de retrouver.
XI
NAPOLÉON
«Napoléon, ton nom est un cri dans l'histoire....
Ce sonnet est encore une pièce politique, écrite en 1856 et qui semble
avoir été inspirée au poète par la vue d'une peinture ou d'une
sculpture représentant un soldat blessé, étendu aux pieds d'une
Victoire.
Un autre fragment de huit vers, sans date, adressé également à
Napoléon, subsiste aussi, qui commence par ces mots: «Oh! d'ennemis
sans foi....»
* * * * *
Je noterai encore quelques _brouillons_ se rattachant à des pièces
publiées et qui présentent des variantes avec le texte imprimé, pour
_Les Marrons du Feu_ (deux fragments), _Le Saule_ (deux), _La Coupe et
les Lèvres_ (quatre, dont l'un porte le titre de _Brandel_, et qui ne
sont pas les mêmes que les deux fragments indiqués ci-dessus); _Rolla_
(un); quelques phrases inédites de la _Confession d'un Enfant du
Siècle_, dont un passage est publié dans le supplément du FIGARO du 14
mai 1887; cinq plans ou divisions de scènes différents pour
_Lorenzaccio_[82]; deux projets d'un nouveau dénoûment du
_Chandelier_, faits en 1850, lors de l'interdiction de la pièce; un
commencement d'étude en prose _Sur Léopardi_, qui est publié en vers
et terminé sous le titre de _Après une lecture_; un sonnet _Au Rhin_;
un fragment de poème dramatique en trois chants, _L'Oubli des
Injures_, dont plusieurs passages se retrouvent dans _La Coupe et les
Lèvres_; un autre fragment en vers, qui est un dialogue entre _Rolla
et le Grand-prêtre_, sans titre; une première version du _Sonnet au
Lecteur_ de 1850; d'autres fragments inédits des stances _Sur la
Paresse_, de la chanson _Les Filles de Cadix_, de _Louison_, de
_Carmosine_, de _Faustine_ et du _Songe d'Auguste_.
[82] L'édition in-4º, des OEuvres d'Alfred de Musset publiée à la
Librairie Lemerre, de 1884 à 1895, est la première qui donne un
texte de _Lorenzaccio_ conforme au manuscrit. De nombreux
passages sont ajoutés, entre autres, toute la fin de la quatrième
scène de l'acte IV, demeurée jusqu'alors inédite.
Il ne subsiste après cela, parmi les manuscrits d'Alfred de Musset,
que des ébauches (les _Deux Magnétismes_; deux _Lettres à Buloz_,
inachevées, l'une sur les réformes théâtrales, l'autre sur les
«voleurs de noms»; cette seconde lettre est le dernier morceau en
prose sorti de la plume d'Alfred de Musset. _Un Thé_; une _Comédie
sous le règne de Louis XV_, sans titre; _A Mme ***_, sur le suicide;
_Adolphe_, etc...); des essais de tournures de phrases, des fragments
de poésies où le sens finit au milieu d'un vers inachevé, où les vers
s'arrêtent avant le sens (_Sur Grévedon_, _A Mme Ristori_, _Conte en
vers_ se passant en Limagne, _A Willa_, _A un jeune peintre_, etc...);
des lignes de prose qui n'ont ni commencement ni fin (_Sur la Guerre
d'Orient_, _Sur la Visite de la Reine d'Angleterre_, etc...), débris
qui ne peuvent figurer dans les oeuvres de l'écrivain.
* * * * *
Il ne me reste plus à parler maintenant que de certaines oeuvres que
l'on attribue à Alfred de Musset, sans donner la preuve certaine qu'il
en est l'auteur: «Alfred de Musset n'a jamais employé de secrétaire,
dit Paul de Musset. Toute publication posthume dont on ne pourra pas
produire l'autographe, sera évidemment apocryphe et mensongère.»
(BIOGRAPHIE, p. 371). Il faut s'entendre sur ce mot autographe: Paul
de Musset désigne non seulement ceux écrits en entier par Alfred, mais
aussi ceux écrits sous sa dictée, après 1842, par Mlle Colin, alors
qu'il était malade et dans l'impossibilité de tenir une plume,
lesquels sont revus par lui et _corrigés de sa main_; le plus
important de ces «seconds autographes» est celui de _Carmosine_.
Tel est le cas des pièces qui suivent: où est l'autographe?
1º _Chanson de Sténio_, intercalée dans la première édition de LÉLIA
par George Sand. (Dupuy et Tenré, 1833. 2 vol. in-8º. Tome II, p.
208.)
2º _Quatrain à H. de Latouche_, composé en 1833, à propos des
polémiques sur George Sand. LA REVUE DES FAMILLES, 1er mars 1892.
3º _Deux Sonnets à Alfred de Vigny_, l'un par George Sand, l'autre par
Alfred de Musset, envoyés à l'auteur de _Chatterton_ au lendemain de
la représentation de cette pièce. REVUE MODERNE, juin 1865.
Avant de les publier dans la Revue, M. Louis Ratisbonne avait soumis
ces deux sonnets à l'appréciation de Paul de Musset, qui lui fit cette
réponse:
«Monsieur et cher confrère,
«En pensant aux deux sonnets que vous avez eu l'obligeance de me
communiquer, j'ai conçu des doutes sérieux sur leur authenticité.
A moins de preuves du contraire, je ne puis croire qu'ils soient
de mon frère. Le mot _race bovine_, que contient l'un des deux, et
plusieurs autres expressions de colère ou de mépris appliquées aux
critiques du drame de _Chatterton_, me semblent un peu trop forts
en crudité. On n'a pas tant de ressentiment pour des critiques
adressées à un autre. Je croirais volontiers que M. de Vigny a pu
faire ces deux sonnets dans un moment d'irritation, et s'amuser
ensuite à supposer qu'il les avait reçus de personnes qui, sans
doute, lui avaient fait des compliments sur la pièce qu'on
représentait alors avec succès à la Comédie Française. Je vous
engage donc à ne pas publier sous le nom de mon frère celui que M.
de Vigny lui a attribué, à moins que vous n'en retrouviez
l'autographe, car cet autographe doit exister si le sonnet a été
envoyé. Quant à l'autre sonnet, attribué à une personne qui n'a
jamais fait de vers, son caractère évidemment pseudonyme est une
preuve à l'appui de mon opinion que tous deux sont de l'auteur de
_Chatterton_. Je ne vois que la découverte des autographes qui
puisse me faire revenir de cette opinion. Si vous les retrouvez,
soyez assez bon pour m'en donner avis; mais s'il n'existe dans les
papiers de M. de Vigny que la copie écrite de sa main, dont vous
m'avez donné lecture, il sera prudent de ne les considérer que
comme des documents incertains.
«Agréez, Monsieur et cher confrère, l'assurance de mes sentiments
distingués.
«9 mai 1865.
«P. DE MUSSET.»
Malgré cette lettre, la publication fut faite et M. L. Rastibonne eut
raison, car M. Georges Jubin, dans la _Revue bleue_ du 3 avril 1897, a
publié des documents, dont une lettre d'Alfred de Musset à Buloz, qui
ne laissent plus aucun doute sur l'authenticité de ces deux sonnets,
dont Alfred de Musset est l'auteur.
4º _Sur les Auteurs de mon temps_, strophes burlesques dont voici la
dernière:
Lassailly
A failli
Vendre un livre.
Il n'eût tenu qu'à Renduel
Que cet homme immortel,
Eût enfin de quoi vivre.[83]
[83] Publié dans: _Les Soupeurs de mon temps, par Roger de
Beauvoir._ Paris, Faure, 1868. 1 vol. in-12, p.
135.--_L'Illustration_, 19 septembre 1868.
L'autographe que je possède est écrit par Roger de Beauvoir, qui est
_pourtraicturé_ dans la troisième strophe:
De Beauvoir
Bel à voir
Nous amuse
Lorsqu'il a bien dîné
Il nous prie à déjeuné
On y va, l'on s'abuse.
Les autres écrivains dépeints sont Henri Blaze, d'Anglemont,
Sainte-Beuve, Capo de Feuillide, Paul de Musset et Paul Foucher.
Ce genre de plaisanterie était très en vogue parmi les habitués du
salon de George Sand. M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, dans
sa VÉRITABLE HISTOIRE D'ELLE ET LUI (C. Lévy, 1897. 1 vol. in-12, p.
8), publie une _Complainte sur le Duel_ de Gustave Planche et de Capo
de Feuillide, que l'on attribua à la collaboration d'Alfred de Vigny
et de Brizeux, mais dont l'héroïne connaissait le véritable auteur (ce
n'est pas à nous de soulever le voile). _Lui_ écrivit à cette époque
une _Revue Romantique_; _Elle_, le 23 novembre 1834, une _Complainte
sur la mort de François Luneau_. Nous indiquons d'autre part les
_charges_ faites à l'atelier d'Achille Devéria par Alfred de Musset,
qui écrivit aussi une parodie des _Mémoires d'Outre-Tombe_ de
Chateaubriand; et peut-être a-t-il aidé Mme Augustine Brohan à
confectionner son «beau couplet de la vierge en patache».
5º _Rêves d'Hiver._ Janvier 1838. Tel est le titre d'un manuscrit
passé en vente chez Laverdet le 10 avril 1855. J'ignore ce qu'il est
et qui le possède aujourd'hui.
6º _Quatrain Italien_, inscrit sur l'album de M. le comte Dousse
d'Armanon. L'ARTISTE, 29 septembre 1844:
La rosa e un vago fiore
Come la giornata,
Presto che nasce e muore
E non ritorna piu
Cette petite pièce est citée dans un article de M. Guénot-Lecointe sur
la manie des albums; il l'accompagne de cette réflexion: «Au lieu de
ces quatre lignes italiennes qui ne sont même pas des vers, pourquoi
M. Alfred de Musset n'a-t-il pas écrit une strophe des Contes
d'Espagne?»
La même revue, dans sa livraison du 21 novembre 1844, donne encore une
_Prière inscrite sur l'album des moines du Carmel_.
7º _Stances à Henri Cantel_. REVUE DE FRANCE, 1er mars 1881.
8º Un ami inconnu, qui me permettra de le remercier ici, me faisait
parvenir, naguère, ce sonnet, dont il attribue la paternité à l'auteur
de la Ballade à la Lune:
LUNA
Ce soir, la Lune est ronde, et sa tête fantasque
Comme un domino, passe entre les peupliers.
--Peste! la folle nuit! et vous avez, beau masque,
Choisi là, sur ma foi, d'étranges cavaliers.
Quoi, jusqu'au noir clocher, qui, coiffé de son casque,
Semble prêt à vous suivre! Et, parmi les halliers,
L'âpre Éole intrigué, qui suspend sa bourrasque
Pour ne pas déranger vos projets singuliers!
Partez donc, o Luna! Le ciel clair et sans voiles
A pour vous rallumé ses claustrales étoiles...
Et moi, qu'a su charnier votre air leste et fringant,
Voyant vos doigts si blancs rayer la toile verte
De mes rideaux, je dis: «Sur ma fenêtre ouverte,
«Ma mie, n'auriez-vous pas laissé choir votre gant?»
9º _Quatrain à une dame_, en lui envoyant des bonbons lors de sa
grossesse. L'ÉVÉNEMENT, 25 décembre 1876.
10º _Quatrain à une vieille coquette_. L'ESTAFETTE, 24 juin 1892.
11º _A une Espagnole_, stances improvisées sur un rythme de Victor
Hugo. LE VOLEUR, 2 mai 1873.
12º _Stances à Buffon_, écrites sur un panneau de son cabinet de
travail, à Montbard. LE CENTENAIRE DE BUFFON, Troyes, Montgolfier.
1889. Br. in-8º, page 68.
13º _Déclamation_.--_A miss Anna X***_, deux poésies, dans la GRANDE
REVUE DE PARIS ET SAINT-PÉTERSBOURG, 25 juillet 1890.
14º Pour les vers inscrits _Sur l'Album du château de Clisson_,
pendant un voyage qu'Alfred de Musset fit dans la Loire-Inférieure, il
se récuse lui-même dans une lettre qu'il adressa d'Angers à Mme Alfred
Tattet:
«...Quant aux vers du livre de Clisson, on m'en a parlé plusieurs
fois et je les tiens pour admirables, mais je n'ai pas l'honneur
d'en être le père; il paraît qu'en mettant mon nom au bas, on a
voulu du moins m'en faire le parrain. Je n'ai jamais été par là,
et quand cet enfant-là m'est né, j'étais probablement bien loin.
Ma Muse aura accouché pendant mon absence, c'est pour le moins un
cas rédhibitoire. J'ai déjà assez mis au monde de mauvais
garnements pour ne pas vouloir d'intrus dans la famille....»[84]
[84] Cette lettre est publiée en partie dans LE FIGARO du 6 avril
1883, et en entier dans la GAZETTE ANECDOTIQUE du 30 juin 1885.
Est-ce que certaine conférencière célèbre, qui jadis incarna Lucretia
del Fede, ne connaît pas le véritable auteur? Je suis allé souvent à
Clisson et je me suis procuré le fameux livre; mais les pages où se
trouvaient les soi-disant vers d'Alfred de Musset ont été arrachées
par quelque visiteur peu délicat. On voit encore des vers ou des
lignes de prose, signés Victor Hugo, Lamartine, George Sand, mais
malheureusement pour l'authenticité de ces autographes, aucun de ceux
dont je connais l'écriture de leur pseudo-auteur, n'a été écrit par
son signataire.
* * * * *
Avant de mettre fin à cette longue énumération que le lecteur doit
trouver bien ardue, il me faut encore indiquer quelques pièces
données comme inédites, et qui ne sont en réalité que des
réimpressions d'oeuvres publiées:
1º L'_Épigraphe_ placée en tête du tome II de LÉLIA par George Sand
(Dupuy et Tenré, 1833. 2 vol. in-8º).--Le _Fragment_ donné page 190 de
LES DEUX SOEURS, par Mme Aglaé de Corday (Louviers, Achaintre, 1838. 1
vol. in-8º), ne sont que deux strophes de _Namouna_.
2º La _Nouvelle_ en prose que publie la GAZETTE DE LA NOBLESSE du 16
octobre 1856, est un extrait du _Voyage où il vous plaira_, par
Hetzel.
3º La couverture de la 87e livraison des FRANÇAIS PEINTS PAR EUX-MÊMES
(Curmer, 1840, in-4º), donne comme inédits 18 vers, que reproduit LE
NATIONAL de Bruxelles du 26 mars 1880, lesquels sont les 18 premiers
vers des _Secrètes pensées de Rafaël_.
4º LE DIOGÈNE du 19 octobre 1856 annonce des _Stances à Mme Dorval_,
mais rectifie son erreur dans le numéro du 9 novembre; ce sont les
stances _A la Malibran_.
5º Le journal LE PLAISIR A PARIS du 26 juin 1889 publie «Le Navire»,
fragment du _Retour_, et l'«Ennui», fragment des _Stances_: «Je
méditais courbé».
* * * * *
Il reste une question que j'aurais voulu aborder, celle de la
_Correspondance_ d'Alfred de Musset, mais cela m'entraînerait en des
détails bibliographiques bien longs[85]. Les trente-cinq lettres mises
à la fin du volume des OEUVRES POSTHUMES, ne donnent qu'un bien faible
aperçu de ce qu'elle est.
[85] C'est pour la même raison que j'omets les _Variantes_
qu'offrent entre eux les divers textes imprimés.
Par les publications faites en 1896 à propos d'_Elle et Lui_, on
connaît des fragments des lettres qu'Alfred de Musset écrivait à
George Sand; d'autres, adressées à Buloz, Alfred Tattet, Pierre
Pagello, Alfred Arago, Boucoiran, Mme de Belgiojoso, Mme Augustine
Brohan, David d'Angers, Maxime Du Camp, Alexandre Dumas, Sainte-Beuve,
Mme Olympe Chodzko, Albéric Second, Alfred de Vigny, Mme de Girardin,
Arsène Houssaye, Eugène Renduel, Mme Levrault, Frantz Liszt, Émile
Péhant, etc..., ont été publiées dans des journaux, des revues ou des
livres; nous en avons découvert _cent dix_, imprimées en entier ou peu
s'en faut, dans ces conditions, sans compter les lettres ou fragments
de lettres d'Alfred de Musset à George Sand, ainsi que celles dont
tout ou partie est, pour la première fois, publié dans le présent
volume; et l'on peut tenir pour certain qu'il en existe un plus grand
nombre. Mais combien curieuses sont celles qui demeurent encore
inconnues parmi les noms cités plus haut et celles qu'il envoya à son
frère Paul, à ses éditeurs, aux interprètes de ses comédies, à divers
membres de sa famille, aux directeurs des revues où il a écrit, à
Émile Augier, Ulric Guttinguer, Théophile Gautier, au comte d'Alton, à
Désiré Nisard, Ambroise Thomas, Auguste Barre, Mlle Rachel, même à sa
gouvernante, Mlle Colin (dont la REVUE DE PARIS ET SAINT-PÉTERSBOURG
et les ANNALES LITTÉRAIRES ont publié les mémoires)[86], et à beaucoup
d'autres, dont je ne puis dire les noms.
[86] Réimprimés sous le titre de: _Dix ans chez Alfred de
Musset_, par Mme Martellet, née A. Colin. Paris, Chamuel, 1899. 1
vol. in-12.
J'omets avec intention la correspondance.... amoureuse, trop intime
pour être publiée, et qui ne sera jamais connue; car, avec un tact que
je ne puis qu'approuver, lors de la mort du poète, toutes les lettres
de femmes qui furent trouvées dans ses tiroirs, furent restituées sans
échange à celles qui les avaient écrites. Toutefois, le mystérieux
paquet déposé à la Bibliothèque Nationale, pour être ouvert et publié
en 1910, renferme, si je ne me trompe, l'une de ces correspondances;
ce n'est pas celle de George Sand, comme on l'a prétendu; celle-ci,
pensons-nous, est adressée _A une belle inconnue_:
Si vous croyez que je vais dire
Qui j'ose aimer,
Je ne saurais, pour un empire,
Vous la nommer.
Les lettres à sa Marraine sont aussi peu connues que les autres, car
les textes que Mme Jaubert a intercalés dans ses SOUVENIRS (Hetzel,
1881, 1 vol. in-12) et ceux donnés par Paul de Musset, sont, sauf
quelques rares exceptions, absolument altérés et défigurés. J'ai pu en
vérifier la majeure partie sur les autographes originaux et j'ai
constaté qu'ici une lettre avait servi à en faire deux; que là, deux
ou trois lettres étaient fondues en une seule; ailleurs, les phrases
sont interposées, et très souvent les dates supprimées ou changées.
N'eût-il pas mieux valu rien plutôt que cela! Que de jolies choses
cependant elles renferment, et que de récits j'y ai lus, semblables à
_Un souper chez Mlle Rachel_, qui n'est que l'une d'elles, dont on a
supprimé le commencement et la fin![87].
[87] Voir ci-après la Notice bibliographique sur la Correspondance
d'Alfred de Musset.
Comment conclure, si ce n'est en exprimant le désir de voir un jour
joindre aux oeuvres du poète, toutes ces pages inédites, toutes ces
lettres surtout, qui révèleront un Musset inconnu?
* * * * *