Et le Sr. de Quillegrey a escript du dict Hembourg que le lieu y est

beau, bien cappable et assés commode pour recepvoir et débitter les

dictes marchandises, encor que la navigation soit longue, et, en

quelque sayson de l'an, incommode à cause des glaces, et que les

merchans ne pourront avoir si souvant nouvelles de leur traffic, comme

ilz faisoient d'Envers; mois qu'au reste il a trouvé le pays bien

disposé envers ceste Royne, et qu'elle y pourra lever beaulcoup de

gens de guerre, de pied et de cheval, pour son service, quant il luy

plairra, vray est qu'ilz veulent estre bien payez.

Enfin, les merchans de ceste ville, qui avoient toutjours persisté de

vouloir employer les deniers de leurs draps et de leurs laynes au dict

Hembourg, en aultres merchandises, pour les transporter par deçà, ont

accordé de recepvoir, icy, quarante mille livres esterlin, qui sont

cent trente trois mille escuz, et mettre de dellà, ez mains du dict

Quillegrey, pareille somme, oultre qu'on dict qu'on y a porté un

nombre d'angellotz en espèces, ainsy que je l'ay ci devant mandé.

En quoy, encor qu'on me donne entendre que c'est pour fère fondz au

dict lieu, affin de s'en servyr, au besoing, ez affères que la dicte

Dame pourra avoir contre le duc d'Alve, si crains je que ces deniers,

ou partie d'iceulx, aillent à fère quelque nouvelle levée ou payement

d'Allemans pour fère durer la guerre de France; car ceulx de la

nouvelle religion ont, de long temps, miz en avant qu'on pourroit, sur

le crédit de la dicte Dame et sans aulcunement la nommer, fère tenir,

par la voye mesmes d'Envers ou de Franquefort, de l'argent au duc de

Deux Pontz, comme estant proprement sien, ou à luy envoyé, et se

rembourcer, puys après, icy, de ces prinses de mer, et, en tout

évènement, il faut fère estat que ce sera aultant d'argent contant en

Allemaigne pour ceulx de la nouvelle religion.

Ceulx de ce conseil, qui tendent à la paix, ont, puys peu de jours,

faict office si exprès envers la dicte Dame pour la retirer de toutes

ses pratiques, qui se mènent au préjudice des trettez qu'elle a avec

les princes ses voysins, que si les propres conseillers du Roy, du

Roy Catholique et de la Royne d'Escoce eussent esté présens, l'on m'a

asseuré qu'ilz n'y eussent peu rien fère de mieulx en ce, mesmement,

qui peult concerner, pour leur regard, l'honneur de la couronne de

ceste princesse, la foy de ses promesses, son sèrement, la mauvaise

estime qu'elle s'acquiert de favoriser une cause tant contraire à

l'authorité des princes, et si adversaire à sa propre qualité, et qui

luy attirera la guerre sur les braz; sans rien obmettre de la

nécessité de ses finances, ny de celle de ses subjectz, qui, par

faulte de commerce, commancent de murmurer, et se préparer à quelque

rebellion, l'estreignant si fort, par ces propoz, qu'on m'a dict que,

hors de mettre, par forme de parler, la main sur elle, ilz n'eussent

peu se monstrer plus fermes ny entiers en ce qu'ilz luy ont remonstré.

Ce qu'ilz ont faict de tant plus hardyment que toutz les grandz et

plus nobles du royaulme y ont concouru, incoulpans certain

particullier, d'auprès d'elle, de toutz les désordres passez, et ont

limité contre luy si bien toutz les faictz dont ilz le veulent

charger, pour ne toucher à nul des aultres du conseil, qu'ilz

entreprennent toutz d'ung accord de le déboutter.

Mais luy, qui, seul, jusques à ceste heure, a conduict les affères au

gré de sa Mestresse, et avec grand soing de la contanter, met peyne de

se meintenir, et, encor qu'il se soit desjà retiré de n'expédier plus

toutes choses, comme il fezoit, de luy mesmes, sans ordonnance du

conseil, il ne laysse aller toutesfoys la principalle détermination

des affères à nul des aultres.

Et c'est luy mesmes qui a faict, pour le regard du Roy, que, pour ne

contrevenir par sa Mestresse aulx premières promesses faictes à ceulx

de la Rochelle et aulx princes protestans d'Allemaigne, l'on m'ayt usé

de quelque ambiguyté aulx responces, dont dessus est faicte mencion.

Et, pour le regard du Roy Catholique, que estans les remonstrances de

son ambassadeur présantées à ce conseil, ès quelles il est le plus

chargé, il a trouvé moyen de fère atacher aulcuns du dict conseil à

icelluy sieur ambassadeur sur une forme de parler, dont il a usé en

son escript, qu'il leur a monstré n'estre assés honnorable pour leur

qualité, sur laquelle luy ayant faict fère certaine responce avec

d'aultres bien légières sur le principal de la matière; le dict sieur

ambassadeur, l'ayant veue, y a pour toute réplique adjouxté ces motz

de sa main: _Esta no es respuesta para l'ambaxador del Rey d'Españia_,

laquelle ayant semblé à ceste Royne et à eulx tenir ung peu

d'arrogance, sont demeurez sans entrer plus avant avecques luy.

Et pour le regard de la Royne d'Escoce, de tant que ceste Royne

commance d'avoir suspecte sa demeure en son royaulme, et crainct la

faveur et support, qu'en plusieurs sortes, elle s'acquiert des

principaulx de la noblesse et du peuple du pays, icelluy particullier

semble la persuader meintennant qu'elle la doibt renvoyer et remettre

en son pays.

Néantmoins, pour donner colleur aulx choses qu'il a menées jusques icy

de son affère, il a faict contencieusement débattre, dans le dict

conseil, ce que la dicte Royne d'Escoce y a naguières proposé,

tendant--«à requérir le secours promiz pour estre remise en son estat,

ou bien luy estre permiz qu'elle en puisse aller pourchasser ailleurs,

et que, de tant que la Royne d'Angleterre l'a toutjours asseurée

qu'elle le luy bailleroit, toutes les foys qu'avec son honneur et sa

seureté elle le pourroit fère, qu'elle a envoyé l'évesque de Ross, son

conseiller, avec ample pouvoir pour tretter de toutes choses

apartenans à l'honneur et à la seureté de la dicte Dame et à la

couronne d'Angleterre en cest endroict, au proffict, toutesfoys,

d'elle et de ses enfans légitimes procréés de son corps.»

Sur laquelle remonstrance estant le dict sieur évesque appellé au dict

conseil, après qu'icelluy particullier a eu, devant l'assistance,

débattu avecques luy aulcunes difficultez, il a trouvé moyen de fère

porter la parolle par le duc de Norfolc, qui est le premier du dict

conseil, en ceste sorte: --c'est qu'ayant demandé à l'assemblée congé

de parler, il a dict au dict évesque que, pour estre la matière de

telle importance qu'elle touche le droict et le tiltre de ce royaulme,

toutz estoient obligez, sur le péril de leurs vies et de leur honneur,

de n'y procéder, ny légièrement, ny témérèrement, ny en termes

couverts et déguysez; par ainsy, qu'ilz le vouloient bien clairement

advertir comme il ne leur sembloit que la Royne d'Escoce, sa

Mestresse, fût en estat pour debvoir estre secourue de la Royne, leur

Mestresse, ny pour pouvoir contracter de rien avecques elle, de tant

qu'il estoit notoire qu'elle avoit cédé le droict et tiltre qu'elle

pouvoit avoir à la couronne d'Angleterre à monsieur d'Anjou, dont le

pape en avoit faict la confirmation; et que, mesmes, aulcuns du

conseil de France avoient miz en avant le mariage de luy avec la dicte

Royne, leur Mestresse, pour mieulx establir le royaulme à leurs

descendans; et que, sans avoir plus grand certitude de ce que la dicte

Royne d'Escoce pourroit avoir faict en cella au proffit de monsieur

d'Anjou, ou de monsieur de Guyse, ou de quelque aultre, qu'ilz ne

voyent qu'on doibve entrer en aulcun tretté avecques elle[68].

[68] Voir l'addition faite à la XXXVIIIe Dépesche, à la fin de ce

volume, où sont réunies toutes les pièces relatives à ce point

historique.

A quoy le dict sieur évesque de Ross a respondu que, sur ce mesmes

propos, la Royne, sa Mestresse, luy avoit, par lettre et de parolle,

respondu qu'elle n'avoit jamais pensé à rien de semblable, et que

c'estoit une invention forgée, d'ung très mauvais instrument, pour

rendre la Royne d'Angleterre offancée contre elle, et que la vérité

estoit toute au contraire, dont desiroit, de bon cueur, qu'on l'ouyst

encores parler là dessus; mais pendant qu'on envoyeroit devers elle

pour avoir ceste déclaration le dict évesque les prioyt trouver bon

que la Royne, leur Mestresse, escripvît en Escoce une bonne lettre,

pour fère cesser toutz attemptatz et entreprinses de guerre jusques à

ce qu'on aura pourveu à cella.

Et ainsy, la détermination de toutz ces affères a esté mise en

suspens, et pour la prolonger davantaige j'entendz qu'icelluy

particullier s'esforce d'imprimer à sa dicte Mestresse que toutz les

principaulx princes d'Allemaigne ont juré la conqueste des Pays Bas et

d'en chasser les Espaignolz, chose qui n'est peu desirée d'elle, ny

mal agréable à ses subjectz, et dict qu'il n'est sans apparance que le

Roy, mesmes, soit de l'intelligence; par ainsy, qu'elle ne doibt en

rien haster ses affères mais seulement se pourvoir.

Et cependant, il ne laysse d'essayer beaucoup de moyens pour se

réconcilier avec les ungs et avec les aultres, et mesmes avec

l'ambassadeur d'Espaigne, luy mandant qu'il s'employera, plus

dilligemment que nul aultre, à l'acomodement de ces saysyes, et en

toutz les affères qui concernent, icy, le service du Roy, son Mestre,

et cerche de trouver des prinses sur ceulx qu'il sent luy estre

irréconciliables.

Or, dellibèrent ces seigneurs, encores une foys, à ce qu'on m'a dict,

sur ces mesmes matières d'importance fère une aultre recharge à la

dicte Dame pour l'induyre à prendre aultres adviz que ceulx du dict

particullier, mesmement, pour les affères de Flandres. A quoy, si elle

ne veult entendre, ou qu'elle se monstre aussi opinyastre à suyvre ses

conseilz, comme elle a faict jusques icy, toutz, d'ung accord, sont

résoluz de s'en aller hors de la court et laysser la dicte Dame seule

avec luy, et semer, en l'opinyon du peuple, qu'ilz s'absentent ainsy,

pour ne consentir aulx désordres et mauvais gouvernement de ce

royaulme, s'asseurans que bien tost la dicte Dame se trouvera

habandonnée de ses subjectz, ou bien qu'il surviendra telle chose en

son estat, qu'elle sera contraincte de recourir à eulx, et que bien

tost ilz viendront à bout de ce qu'ilz prétendent.

MÉMOIRE DE MR. LE CARDINAL DE CHATILLON, envoyé de Chin, où il

est à présent, à la Royne d'Angleterre et aux seigneurs de sa

court, à Grenuich, le XXVIe de may 1569.

Despuys le XXVe avril il y a eu ung grand rencontre en Xainctonge.

Le comte de Brissac, le Sr. Estrossy, le comte d'Alez, le vycomte de

Pompadour et le Sr. de La Châtre l'ayné y ont esté thuez, et Mr. de

Tavanes et plusieurs aultres grandz seigneurs prins et blessez.

Le duc de Deux Pontz est à Vezellay l'Abbaye et Mr. le cardinal de

Lorraine, etc.

Monsieur d'Aumalle ne l'a encores combattu, bien que le Roy et la

Royne le luy ayent commandé, disant qu'il attand le marquiz de Baden.

Cependant l'on faict tout ce que l'on peult pour praticquer le dict

duc, tant par promesses que aultrement, et est l'on, à présent, à

trouver deniers pour fère fère monstre à ses gens, cuydant par ce

moyen l'atirer.

Le baron des Adretz, qui avoit esté envoyé pour luy empescher le

passaige, a esté deffaict.

Les Provençaulx et Daulphinoys se sont saysys de Eysselles pour

empescher le passaige aux Italliens.

Le Roy est en chemin pour venir à St Maur des Fossez, où monsieur le

mareschal de Montmorency et monsieur le Chancellier sont mandez, et

dict on que c'est touchant quelque division survenue à la court, où

Mr. le cardinal de Lorraine, etc.

Monsieur le Chancellier tient le lict et s'excuse d'y aller, l'on ne

sçay encores que fera le dict sieur Mareschal.

Ung gentilhomme de Mr. Dandellot, vennant d'Allemaigne, a esté prins

et thué, de sans froid, son paquet luy ayant esté premièrement osté.

Les lettres qu'il portoit estoient, la plus part, en chiffres, signés

par le prince d'Orange et par le Sr. de Mouy, et aultres, contennans,

en somme, que la cause de leur longueur et retardement est faulte

d'argent.

* * * * *

(Celluy qui portoit le dict mémoire à heu charge de parler sur les

deux articles qui font mencion de monsieur le cardinal de Lorraine,

mais je n'ay encores peu sçavoir que c'est; car il n'en a rien dict

qu'à la Royne d'Angleterre et à bien peu des aultres.)

XXXVIIIe DÉPESCHE

--du XXVIIIe de may 1569.--

(_Envoyée jusques à Calais par Olivyer Camberno._)

Départ de l'envoyé du duc de Deux-Ponts, qui est présumé se

rendre en France.--Son signalement est donné pour faciliter son

arrestation.--Préparatifs de défense faits en Angleterre contre

les entreprises qui pourraient être tentées, soit par les

Pays-Bas, soit par la France.--Emprunt fait par

Élisabeth.--Arrestation d'un courrier envoyé de France à

l'ambassadeur, et enlèvement des dépêches dont il était

porteur.--_Lettres de Marie Stuart_ à Élisabeth et à l'évêque

de Ross.--Déclaration de la reine d'Écosse au sujet de la

cession qu'elle est accusée d'avoir faite au duc d'Anjou.

AU ROY.

Sire, ce qui me faict haster ceste dépesche, n'y ayant que cinq jours

que je vous ay amplement escript les choses de deçà par le Sr. de

Vassal, est que, ce matin, ung, qu'on dict estre ambassadeur du duc de

Deux Pontz, a prins congé de la Royne d'Angleterre pour aller trouver

son maitre; et j'entendz qu'il va par France; mais ne sçay par quel

endroict. Tant y a que sa dépesche et celle du secrétaire de Mr.

Norriz, naguières envoyé par deçà, se font en mesmes temps, comme

s'ilz debvoient aller de compaignye; et, hyer, on me vint demander ung

passeport pour ung Jehan Bonhomme, soy disant serviteur du dict Sr.

de Norriz, lequel j'accorday fort volontiers, parce que ung des grandz

de ceste court me l'envoya requérir, conforme à ung aultre passeport

qu'il me fit monstrer de Monseigneur le Duc, donné à Paris le

troiziesme de ce moys, et soubz signé du gouverneur de Dièpe, du IXe

ensuyvant, où le dict Bonhomme et le dict secrétaire sont ensemblement

nommez: et, aujourdhuy, le dict secrétaire est venu, à l'accoustumé,

prendre le sien à part pour s'en retourner, ce qui m'a faict

souspeçonner que le dict ambassadeur du duc de Deux Pontz se pourroit

bien advanturer de passer à Paris avec mon passeport, soubz le tiltre

de Bonhomme. A quoy Vostre Majesté pourra fère prendre garde, mais,

pour enseigne de luy, affin qu'on ne preigne ung pour aultre,--il est

homme de moyenne taille, assez replet, la barbe espaisse, non de tout

noyre, le teint bon et vermeille, habillé à l'alemande, ung manteau

noir à bizette d'argent et ung groz chappeau de soye vellu.--Peult

estre qu'il s'embarquera pour la Rochelle, sellon qu'il l'a donné

entendre en quelque sien propos; néantmoins, j'ay donné le semblable

adviz aulx gouverneurs de Callays et de Dièpe, pour fère prendre garde

aulx passaiges.

L'on continue de redresser et relever les fortz, et de fortiffier les

places de toute la coste de deçà, despuys Germue jusques au cap de

Cornoaille, qui est tout l'endroict de ce royaulme qui faict front à

la coste de France et de Flandres; et dilligente l'on, mesmement, la

réparation de Porsemue. J'estime que c'est pour le souspeçon des deux

entreprinses que je vous ay dernièrement mandées. Au surplus, Sire, ce

qui me faict, icy, meintennant plus de peyne est de veoir l'extrême

dilligence qu'on mect de trouver toutjour deniers ayant aulcuns

persuadé à ceste Royne de lever promptement, par lettres de son privé

scel adressantes aulx particulliers bien aysés de son royaulme, ung

emprunct de cent mille livres esterlin, qui est trois cens trente

trois mille escuz, et d'enjoindre bien estroictement aulx merchans de

ceste ville de ne faillyr à l'accomplissement du party de XL mille

livres esterlin, qu'ilz ont promiz mettre ez mains du Sr. de

Quillegrey en Hembourg, pour en estre rembourcez de deçà; ce que je

crains, comme je vous ay desjà mandé, Sire, estre faict au proffict et

intention de ceulx de la nouvelle religion, nonobstant qu'on me

veuille asseurer du contraire: mais je suys après à procurer, s'il est

possible, que l'ordre du susdict emprunct de cent mille livres, soit

interrompu, et icelluy, des XL mille {lt} d'Hembourg, révoqué, non

sans espérance d'y pouvoir, en l'un et l'aultre, fère venir de

l'empeschement, ou au moins du retardement.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, est souvant recerché d'entrer

en composition sur le faict de ces prinses et saysies, mais il a pour

si suspect le secrétaire Cecille, qui est celluy qui luy en faict

principallement parler, que, pour attandre que l'ouverture en viègne

d'aultre main, la matière s'en prolonge toutjour davantaige; mais j'ay

quelque adviz que, par le moyen d'un Itallien, nommé Berty, secrétaire

d'Estat en Flandres, et du Sr. Guydo Cavalcanty, qui est icy, il se

dresse une secrecte et mutuelle pratique, des deux costez, pour

accorder ces différandz: ce que je ne voys, toutesfoys, qu'il puysse

réussyr encores de long temps, si le Roy d'Espaigne n'y veult laysser

courir assés de sa réputation, et beaulcoup des biens de ses subjectz.

Il a faict si bon vent, despuys six jours, pour la flotte d'Hembourg,

que j'estime qu'elle est desjà arrivée de dellà, sans qu'il soit

nouvelles qu'elle ayt rencontré l'empeschement que ceulx cy

craignoient du duc d'Alve, passant près de Zélande, et le mesmes vent

aura servy aussi pour le retour de celle de la Rochelle, dont j'estime

que, dans deux ou trois jours, nous en sçaurons des nouvelles.

La Royne d'Escoce a esté extrêmement mallade, et me fut mandé, hyer, à

vespres, qu'elle estoit trespassée, mais, sur les unze heures de

nuict, j'ay eu contraire adviz qu'elle se porte mieulx, et qu'elle est

en bonne voye de guéryson; ce qui m'a esté encores confirmé, ce matin,

de lieu bien asseuré. J'espère recouvrer la coppie d'une lettre

qu'elle a escripte, durant son grand mal, à ceste Royne, touchant la

cession du droict et tiltre de ce royaulme, qu'on luy objecte qu'elle

a faicte à Monsieur, frère de Vostre Majesté, dont, par ma première

dépesche, je la vous envoyeray; et prieray atant le Créateur, etc.

De Londres ce XXVIIIe de may 1569.

Despuys la présente escripte, je suys adverty que le secrétaire de Mr.

Norriz est desjà party par la poste, et que le dict ambassadeur du duc

de Deux Pontz s'en va, avec chevaulx de louage, prendre congé de Mr.

le cardinal de Chatillon, qui est à Chin, et qu'il reviendra encores

en ceste ville, d'où ne partira qu'après demain; par ainsy, ilz

n'yront de compaignye. Au reste, le postillon de Callays vient

d'arriver, à qui l'on a osté, à Canturbery, vostre paquet qu'il me

portoit, et ne sera sans que j'en demande rayson, et que je me pleigne

bien fort, si l'on ne me la faict. J'ay despuis recouvert la copie de

la lettre de la Royne d'Escoce, que je vous envoye.

A LA ROYNE.

Madame, j'ay receu, despuys quarante jours, une seule lettre du Roy,

du VIIe du passé, et icelle assés briefve, parce qu'on me la cuydoit

envoyer par homme exprès, instruict de toutes choses, ainsy que je

l'ay comprins de la lettre mesmes; ce qui est cause, Madame, estant

ainsy long temps sans sçavoir de voz nouvelles, que je suys contrainct

de négocier souvant à tastons avecques ceulx cy, qui n'ont les yeulx

cloz ny ne les tiennent, en rien, plus ouvertz que sur voz présens

affères, affin de régler les leurs et toutes leurs entreprinses par

les évènemens d'iceulx; et aulcuns principaulx personnaiges, qui vous

sont icy bien affectionnez, ne peuvent, ny ozent, en l'incertitude de

tant de nouvelles qui courent, mettre en effect les bons offices

qu'ilz desireroient uzer en faveur de vostre service, parce qu'ilz

veulent avoir fondement de vérité ez choses qu'ilz feront et diront en

cella. Dont vous plairra, Madame, trouver bon que j'aye plus souvent

de voz nouvelles, tant pour leur en despartir, que pour pouvoir mieulx

servir à voz intentions par deçà, lesquelles Vostre Majesté sçayt

combien j'ay en très grande affection de les bien exécuter et

accomplir.

Je ne vous feray redictes du contenu en la lettre que j'escriptz au

Roy, seulement suplieray Vostre Majesté de me fère respondre aulx

principaulx chefs des choses que, par le Sr. de La Croix et par mon

secrétaire, et despuys par le Sr. de Vassal, je vous ay mandées, et

croyre que ceulx cy sont si agitez de divers desirs et desseings, sur

la présente entreprinse du duc de Deux Pontz, qu'il y a assez de peyne

à les contenir et à rompre les parties qui se mectent toutz les jours

en avant parmy eulx; et croy que le semblable se faict ez aultres

estatz et pays voysins: mais Dieu, par sa bonté, conservera Voz

Majestez et vostre royaulme, et je le suplie, après avoir très

humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, etc.

De Londres ce XXVIIIe de may 1569.

LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A M. L'ÉVESQUE DE ROSSE.

--de Wynkfeild, le Xe de may 1569.--

Monsieur de Rosse, ayant la commodité de vous envoyer la présente,

j'ay bien vollu vous donner adviz de ma disposition, craignant qu'en

soyez en peyne, après avoir peult estre entendu l'estat où j'estois ce

matin, quasi semblable à celluy où m'avez veue à Jedowart[69]. J'avois

sur les huict heures prins des pillules, et, soubdain, m'est venu un

tremblement et vomissement, et suys tumbée plusieurs foys en

convulsion, ce qui m'a duré jusques à une heure après midy; mais,

grâces à Dieu, je me sens assés bien revenue en moy, et espère que je

me porteray mieulx. Si aulcuns de mes amys en ont, d'avanture, ouy

quelque chose, vous pouvez les en mettre hors de peyne: et atant je

prie Dieu vous avoir, monsieur de Rosse, en sa saincte garde.

[69] Jedburg, petite ville d'Écosse dans le comté de Roxburg, sur

la Jed. En 1566, Marie Stuart se trouvant dans cette ville, fut

saisie subitement d'une maladie tellement violente que l'on avait

désespéré de la sauver.

LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.

--du XVe de may 1569.--

Madame, ayant entendu, par l'évesque de Rosse, mon conseiller, que

quelques objections estoient faictes pour empescher la prompte

démonstration de vostre bonne volonté vers moy, allégant que j'avois

faictz quelques contractz avecques monsieur d'Anjou, le frère du Roy,

monsieur mon frère, qui vous pouvoit préjudicier, je me suys bien

vollue esforcer, n'ayant encores recouvert ma santé, par ces mal

escriptes lettres vous asseurer sur ma conscience, honneur et crédict,

que jamais n'ay faict nul contract avecques luy, ny aultre, d'aulcune

chose, ny n'entray jamais en ceste opinion de fère chose à vostre

préjudice, despuys que suys en aage de discrétion, ny tant mal

advantaigeuse pour ce royaulme et à moy, que de fère aulcun contract,

ny transmission; de quoy je vous donray telle preuve, asseurance ou

seureté, qu'il vous plairra deviser, comme l'évesque de Rosse vous

dira plus au long, vous supliant le croyre et m'excuser, car je suys

en assés foible disposition pour vous escripre comme j'en ay subject

et volunté, seulement me suys je esforcée vous rendre ce tesmoignage

de ma main, auquel j'appelle Dieu en tesmoing: et prie Dieu qu'il vous

ayt en sa saincte garde.

Ce dimenche matin XVe de may 1569.

ADDITION A LA XXXVIIIe DÉPÊCHE.

PIÈCES RELATIVES A LA CESSION FAITE PAR MARIE STUART

_de ses droits à la couronne d'Angleterre._

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, tome premier Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 32 / 34 段