reine d'Écosse, la plus grave, sous le rapport politique, était le
reproche qu'on lui adressait d'avoir cédé à un prince étranger ses
droits à la couronne d'Angleterre. Marie Stuart, héritière présomptive
du trône, comme plus proche parente d'Élisabeth, prétendait même que
la couronne lui appartenait à l'exclusion de sa cousine. Déjà elle
avait constaté ses prétentions, en prenant les armoiries d'Angleterre,
après la mort de la reine Marie; il était donc à craindre qu'elle ne
transférât ses droits à un prince assez puissant pour les faire valoir
par la force des armes. Tous les historiens parlent de la cession qui
aurait été faite au duc d'Anjou: le président de Thou rappelle le
bruit répandu qu'elle avait eu lieu en faveur de Philippe II (t. II,
lib. XLIV, p. 675. Lond. 1733, in-fº), et la suite de cette
correspondance montre que l'Espagne, en promettant son secours à Marie
Stuart, la demandait pour don Juan (_voyez_ 2e vol., p. 423). Tout ce
qui est relatif à ce point important d'histoire est encore fort
obscur; les pièces que nous réunissons ici, et qui sont toutes, sauf
une seule, entièrement inédites, peuvent servir à jeter quelque jour
sur un fait si intéressant. Il en résulte que la cession existait
réellement et qu'elle avait été faite, non pas au profit du duc
d'Anjou, mais de Henri II et de ses successeurs. Les motifs politiques
qui ont pu engager Charles IX, le duc d'Anjou, Catherine de Médicis et
Marie Stuart elle-même à en nier l'existence, s'expliquent
naturellement par la position dans laquelle se trouvait la reine
d'Écosse prisonnière de la reine d'Angleterre.
Ces pièces, qui sont toutes extraites des Archives du Royaume, se
composent des titres suivants:
1º. Un acte de donation faite par Marie Stuart au profit de Henri
II, le 4 avril 1558, vingt jours avant son mariage avec le
Dauphin, du royaume d'Écosse et _de tous ses droits au trône
d'Angleterre_, si elle venait à mourir sans enfants;
2º. Un autre acte du même jour, également au profit de Henri II,
mais contenant seulement engagement du royaume d'Écosse et
abandon de tous les revenus de ce royaume jusqu'à l'entier
remboursement des sommes dues à la France, qui étaient évaluées
par approximation à un million d'or;
3º. Un dernier acte souscrit le même jour par Marie Stuart et
contenant une renonciation formelle à toute déclaration qu'elle
pourrait être forcée de faire, sur la demande des États
d'Écosse, au préjudice des dispositions consenties par elle en
faveur de la France;
4º. La déclaration faite par Charles IX, sur la demande
d'Élisabeth, le 10 juillet 1569, constatant que Marie Stuart
n'avait point fait au duc d'Anjou cession de ses droits au trône
d'Angleterre;
5º. Même déclaration souscrite par le duc d'Anjou, le 17 juillet
1569.--Semblable déclaration a été faite par Catherine de
Médicis, par le Cardinal de Lorraine et l'évêque de Glascow,
mais ces derniers actes ne se sont pas retrouvés dans les
papiers de l'ambassadeur.
Les divers historiens qui ont fait allusion à ces pièces ne les ont
pas eues sous les yeux. Keith est le seul qui annonce avoir vu dans la
bibliothèque des avocats d'Édimbourg les trois premiers de ces actes,
mais il ne mentionne même pas la clause la plus importante, relative à
la cession des droits au trône d'Angleterre, ce qui autoriserait à
croire que cette clause avait été supprimée dans la copie dont il
parle. Tous les autres historiens ont parlé de ces trois actes d'après
Keith. Carte est le seul qui paraisse avoir eu une connaissance plus
précise de ce fait; mais il ne cite aucune autorité, et se borne à une
simple énonciation dont il ne tire même aucune conséquence. Camden,
Rapin Thoiras, Robertson, mademoiselle de Kéralio, se contentent de
rappeler le reproche adressé à Marie Stuart d'avoir cédé ses droits au
duc d'Anjou, mais aucun d'eux ne parle de la cession faite à Henri
II[70].
[70] _Voyez_ KEITH, p. 73. Edimb. 1734, fº;--CAMDEN, p. 159. Lond.
1615, in-4º;--JEBB, t. II, p. 260. Lond. 1725, in-fº;--RAPIN
THOIRAS, t. VI, p. 272. Lahaye 1733, in-4º;--CARTE, t. III, p.
349. Lond. 1752, fº;--WILLIAM MAITLAND, t. II, p. 901. Lond. 1757,
fº;--ROBERTSON, t. I, p. 157. Lond. 1781, 8º;--GILBERT STUART, t.
I, p. 453. Lond. 1784, 8º;--Mademoiselle de KÉRALIO, t. III, p.
415. Par. 1787, in-8º;--SISMONDI, t. XVIII, p. 71. Par. 1834,
in-8º.
I.
DONATION FAITE PAR MARIE STUART AU ROI HENRI II.
--du IVe d'avril 1557-[1558].--
(_Archives du royaume, Trésor des Chartes_, J. 679, no. 59.)
TRÈS HAULTE ET TRÈS EXCELLENTE PRINCESSE, MARIE, ROYNE D'ESCOSSE,
présente en personne,
Considérant la singullière et parfaicte affection que les Roys de
France ont tousjours eu en la protection et manutention du royaume
d'Escosse contre les Angloys, anciens et invétérez ennemys d'elle et
de ses prédécesseurs; et encores plus le bon traictement qu'elle a eu
et receu de la bonté de très hault, très puissant et très excellent
prince Henry, par la grâce de Dieu, Roy de France, à présent régnant,
qui, durant sa pupillarité et bas aage, a maintenu, comme encores
faict, son estat à ses fraiz et impenses.
Pour ces causes et aultres à ce la mouvans, et par ce que tel est son
plaisir et volunté;
A dict et déclairé que, advenant le cas qu'elle décedde sans hoirs
procréez de son corps (que Dieu ne veuille), elle a donné et donne par
ces présentes, par pure et libre donation, faicte pour cause de mort,
au Roy de France qui est ou sera, le royaulme d'Escosse selon qui se
consiste et comporte, oultre tous et telz droictz qui lui _peuvent ou
pourront, ores et pour l'advenir, compecter et appartenir au royaulme
d'Angleterre_, et aultres terres et seigneuryes, qui par ce titre lui
sont escheuz ou pourront escheoir et advenir; ensemble tous et chacuns
les droictz, tant en pensions que aultrement, qui, à cause de ce,
peuvent et pourront, ores et pour l'advenir, compecter à icelle Dame
envers et contre toutes personnes, mesmes envers et à l'endroict du
Roy de France et ses successeurs Roys, sur les terres de son royaulme,
en quelque sorte que ce soit, dont les Roys ou Roynes d'Angleterre
leur pourroient faire demande, débat ou querelle, desquelz icelle
Dame, ou cas susdict, a fait à iceulx Roys de France don, quictance,
cession et transport par ces présentes.
Ce que a esté stipulé et accepté pour le Roy, et ses successeurs Roys,
par Monseigneur le Cardinal de Sens, garde des sceaulx de France à ce
présent, et par nous notaires et secrétaires de la Couronne de France
soubssignez, stipulé et accepté au prouffict d'icelle Couronne de
France par ces présentes receues et expédiées par nous à la requeste
d'icelle Dame; laquelle, pour plus grande approbation d'icelles, les a
vollu signer de sa propre main, ce jourdhuy IIIIe jour d'avril l'an
mil cinq cens cinquente sept, avant Pasques, à Fontainebleau.
MARIE.
CLAUSSE. BOURDIN.
II.
AUTRE DONATION FAITE PAR MARIE STUART AU ROI HENRI II.
--du IVe d'avril 1557-[1558].--
(_Archives du royaume, Trésor des Chartes_, J. 679, no. 60.)
TRÈS HAULTE ET TRÈS EXCELLENTE PRINCESSE, MARIE, ROYNE D'ESCOSSE,
présente en personne, a dict et recogneu estre deuement informée des
grans fraiz et impenses cy davant employées, tant par le feu Roy
Françoys (que Dieu absolve) que par le Roy, à présent régnant, et du
grant nombre de finances que chascun jour, ores et à l'advenir, le Roy
a esté et est en volunté d'employer à la protection, tuition et
deffence du royaume d'Escosse, et pour maintenir l'estat d'icelluy
contre les Angloys, anciens ennemyz d'elle et [de] ses progéniteurs,
de façon que, sans les dictz fraiz et impenses jà faictes et à faire,
icelluy royaume d'Escosse eust esté et seroit en évident péril de
totalle ruyne, tellement que la conservation en est entièrement deue
aux Roys de France, dont estoit impossible à icelle Dame faire
récompense comme elle disoit.
Pour ces causes et aultres, ayant prins le conseil de ses meilleurs et
plus singulliers amys, mesmement de Monseigneur le révérendissime et
illustrissime Cardinal de Lorraine et de Monseigneur le duc de Guyse
ses oncles, et aussi parce que ainsi lui a pleu et plaist;
Icelle Dame a dict et déclairé qu'elle veult et ordonne que, advenant
son trespas sans hoirs de son corps, le Roy de France, qui est ou
sera, ayt et joysse du royaulme d'Escosse, fruictz, revenus et
émolumens d'icelluy, et en retienne la plaine possession jusques au
payement et parfaict remboursement d'ung million d'or, ou de telle
aultre somme qui se trouvera deue pour entière satisfaction et
récompence d'iceulx fraiz et impenses, loyallement et par effect
employées à la manutention, deffence et protection de l'estat
d'icelluy royaulme, et ce, sans précompte ou déduction des fruictz sur
les sommes susdictes ou aultres, qui ainsi se trouveront estre deues.
Et pour cet effect, advenant la condition que dessus, dès à présent
comme dès lors, et dès lors comme dès à présent, icelle Dame a ceddé
et dellaissé, cedde et dellaisse par ces présentes au Roy et ses
successeurs, Roys de France, la possession vuyde et vacue du royaulme
d'Escosse, pour en joyr par eulx comme dessus, sans ce que aulcun
empeschement leur puisse en ce estre faict ou donné par personne
quelconque; ce qui a esté accepté, [pour] le Roy et ses successeurs
Roys de France, par Monseigneur le Cardinal de Sens, garde des sceaulx
de France, à ce présent, et par nous soubzsignez, notaires et
secrétaires de la Couronne de France, stipulé et accepté pour icelle
Couronne par ces présentes receues et expédiées par nous à la requeste
d'icelle Dame, laquelle, pour plus grande approbation du contenu en
icelles, les a voulu signer de sa propre main.
Ce jourdhuy IIIIe jour d'avril l'an mil cinq cens cinquente sept,
avant Pasques, à Fontainebleau.
MARIE.
CLAUSSE. BOURDIN.
III.
PROTESTATION DE MARIE STUART
_Contre toute renonciation aux actes qui précèdent._
--du 4 avril 1557-[1558].--
(Léonard, _Recueil des traités de Paix, etc._, t. II, p. 510. Paris
1693.)
ACTE SECRET[71], par lequel Marie, reine d'Écosse, annexe et unit
son royaume à la couronne de France, au cas qu'elle vienne à
décéder sans enfants.--Fait à Fontainebleau, le quatrième avril
1557 avant Pâques. Communiqué en original par messieurs
Godefroy.
[71] Cet acte, dont l'original a été depuis longues années
soustrait du Trésor des Chartes, se trouvait joint aux deux
précédents du même jour, dont il est inséparable. Communiqué à
Léonard par MM. Godefroy, il a été inséré à sa date dans le
Recueil des traités, et reproduit dans la collection de Du Mont
(_Corps diplomatique_, t. V, part. I, p. 21). Il en est fait
mention en ces termes dans l'Inventaire du Trésor des Chartes de
Dupuis (t. VIII, fº 401 Vo, no. 58):--«Protestation par Marie,
reine d'Écosse et son mary le Dauphin, qu'elle entend que la
disposition par elle faite [au profit du roi de France] ayt lieu
et sortisse effect, par laquelle elle avoit ordonné, si elle
décédoit [sans hoirs] de son corps, que le royaume d'Escosse fût
uny à la couronne de France, quelque consentement qu'elle ayt
donné aux articles envoyés par les estats du dict royaume
d'Escosse et à ce que le dict royaume fût affecté, en deffaut des
dicts hoirs à aulcuns seigneurs du pays.--A Fontainebleau, l'an
1557, le 4 avril.»
MARIE, REINE D'ESCOSSE, considérant l'ancienne ligue, alliance,
parfaite et perpétuelle union, d'entre les Rois et Roiaumes de France
et d'Escosse, et qui inviolablement a été gardée, entretenue; et
observée jusques à présent; aussi le gracieux et honorable traitement,
dont elle a été favorisée, par la grandeur et excellence du Très
Chrétien Roi de France, pour de plus en plus confirmer, établir, et du
tout asseûrer l'affectionnée dévotion de ces deux roiaumes, sur toutes
choses auroit et a desiré de lier, joindre, annexer et unir le
roiaume d'Écosse à la Couronne de France; et pour cet effet, en cas
qu'elle décèderoit sans hoirs de son corps, auroit fait certaines
dispositions au profit des Rois de France, lesquelles elle veut sortir
leur plein et entier effet.
Toutefois est de nouvel avertie par la communication qu'elle a eue des
articles et instructions des députez du païs d'Écosse, que, sous la
faveur et secrète pratique de certaines personnes, l'on veut affecter
son roiaume, en défaut d'hoirs de son corps, à aucuns seigneurs du
païs, ôtant par ce moien à elle, vraie Reine, toute faculté et liberté
d'en pouvoir aulcunement disposer, à son très grand regrêt et
préjudice.
A quoi, pour le présent, elle n'a moien de contredire apertement, pour
plusieurs grandes et justes occasions de crainte, dont elle est
retenue; même reconnaissant qu'elle est hors de son roiaume, éloignée
de la vue de ses sujets, non asseurée des places fortes de son païs:
et que si telles choses étoient ouvertement par elle débatues, se
pouroient émouvoir grands troubles et combustions tournans à la ruine
de son roiaume; vû mêmement le tems présent de l'ouverture de la
guerre, qui est au roiaume d'Angleterre, païs ennemi du roiaume de
France, et du sien.
Pour ces causes, a protesté et proteste, que, quelque accord ou
consentement qu'elle ait fait ou fasse aux articles et instructions
envoiez par les États de son roiaume, signamment en ce qui concerne la
succession de son roiaume, au cas qu'elle décède sans hoirs de son
corps; elle veut et entend, que les dispositions par elle faites en
icelui cas, pour et au profit des Rois de France, demeurent entières,
et sortent leur plein et entier effet, nonobstant les accords et
consentemens qu'elle fait ou fera ci après, si aucuns elle en fait sur
iceux articles et instructions, ou aultrement, comme chose qui sera
faite directement contre son gré, vouloir, et intention, dont elle a
demandé acte à Monsieur le Garde des sceaux, qui lui a été octroié,
présens les soussignez notaires et secrétaires de la Couronne de
France.
Et ont été pareilles déclarations et protestations faites par Monsieur
le Daufin, et par lui pareillement requis acte d'icelles, ce qui lui a
été octroié par Monsieur le Garde des sceaux, présens les soussignez
notaires et secrétaires de la Couronne de France.
Pour plus grande aprobation de quoi, Mon dict Sieur le Daufin, et
icelle Dame Reine, ont voulu signer ces présentes de leur propre main,
ce jourdui 4 jour d'avril, l'an 1557 avant Pâques, a Fontainebleau,
MARIE. FRANÇOIS.
CLAUSSE. BOURDIN.
IV.
DÉCLARATION DU ROY DE FRANCE sur la donation du tiltre de la
couronne d'Angleterre allégué estre faicte par la Royne
d'Escosse à monsieur le duc d'Anjou.
--du Xe de juillet 1569.--
(_Archives du royaume, Cartons des Rois, K. 96._)
CHARLES, par la grâce de Dieu, Roy de France, à tous ceux qui ces
présentes lettres verront salut:
La Royne d'Escosse, nostre très chère et très amée belle seur et
cousine, nous a faict entendre que voullant traicter avec la Royne
d'Angleterre, aussi nostre très chère et très amée bonne seur et
cousine, des différendz qui sont de long temps entre elles, pour le
tiltre de la Couronne d'Angleterre, il luy a esté allégué par icelle,
nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre, et les gens de son
conseil, avoir entendu par divers advis que nostre dicte belle seur la
Royne d'Escosse avoit ceddé, assigné et donné tout le droict et tiltre
qu'elle a ou peult prétendre à la couronne d'Angleterre à nostre très
cher et très amé frère le duc d'Anjou et de Bourbonnoys, nostre
lieutenant général, représentant nostre personne par tous noz royaume
et pays de nostre obéyssance, et que telle cession et donation a esté
aprouvée et confirmée de l'autorité de Nostre Sainct Père le Pape; et
que davantage nostre dict frère, comme cessionnaire de la dicte Royne
d'Escosse, voulant poursuivre par armes le droict qui pour telle
raison luy pourroit appartenir, avoit délibéré de faire incursion en
Angleterre soubz ce prétexte et couleur. A l'occasion desquelz
advertissemens, nostre dicte bonne seur avoit différé de convenir et
accorder les susdictz différendz avecque icelle nostre dicte belle
seur la Royne d'Escosse, comme prétendant [que] par tel moyen il n'est
plus en son pouvoir d'en contracter avec asseurance, si premièrement
il n'appert de nostre déclaration de la vérité de ce faict, et
semblablement de celle de la Royne, nostre très honorée dame et mère,
et de nostre dict très cher et très amé frère.
Pour ce est il que Nous estans de ce bien et deuement informez,
déclarons et affirmons, par foy et parolle de Roy, que la dicte
cession et donation de droict et tiltre, que peult prétendre nostre
dicte belle seur la Royne d'Escosse à la couronne d'Angleterre, n'a
jamais esté faicte par elle, ny aultre ayant pouvoir ou commission
d'elle, en faveur de nostre dict frère, et qu'elle n'a non plus esté
approuvée par Nostre Sainct Père le Pape, ny eu jamais nostre dict
frère aucune volonté et intention d'entreprendre invasion à l'encontre
de nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre ou son royaume, à
l'occasion de telle cession ou donation, ains sont choses qui ne
furent jamais proposées, et tous telz rapportz faulx, calomnieux et
malicieusement controuvez par personnes, qui sont jaloux et envyeux de
la conservation de la mutuelle amytié et bonne intelligence qui est
entre nostre dicte bonne seur la Royne d'Angleterre et Nous;
Et tout ce que dessus certiffions et asseurons estre véritable sur noz
honneur et conscience.
En tesmoing de ce nous avons signé les présentes de nostre main et à
icelles faict mectre nostre séel.
A Orléans le dixième de juillet mil Ve soixante neuf et de nostre
règne le neufiesme.
Ainsi signé CHARLES.
Et séellé de cire jaulne.
Et sur le dos,
Par le Roy, BRULLART.
V.
DÉCLARATION DE MONSIEUR LE DUC D'ANJOU sur la donation du tiltre
de la couronne d'Angleterre allégué luy estre faicte par la
Royne d'Escosse.
--du XVIIe de juillet 1569.--
(_Archives du Royaume_, Cartons des Rois, K 96.)
HENRY, fils et frère du Roy, duc d'Anjou et de Bourbonnoys, Comte de
Forestz et premier Pair de France, Lieutenant Général du Roy,
représentant sa personne par tous ses pays, terres et seigneuries de
son obéyssance; à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut:
La Royne d'Escoce, nostre très chère et très amée seur, nous a faict
entendre que voullant traicter avecque la Royne d'Angleterre, nostre
cousine, des différendz qui sont de long temps entre elles pour le
tiltre de la couronne d'Angleterre, il luy a esté mis en avant et
allégué, par la dicte Royne d'Angleterre et les gens de son Conseil,
avoir entendu par plusieurs et divers adviz que nostre dicte belle
seur la Royne d'Escosse nous avoit donné tout le droict et tiltre
qu'elle a et peult prétendre à la couronne d'Angleterre, et que telle
cession et donation a esté approuvée et confirmée par l'authorité de
Nostre Sainct Père le Pape, et que davantage Nous, comme cessionnaire
de la dicte Royne d'Escosse, voulant poursuivre par armes le droict
qui pour telle raison nous pourroit appartenir, aurions délibéré faire
incursion en Angleterre soubz ce prétexte et couleur. A l'occasion
desquelz advertissements la dicte Royne d'Angleterre auroit différé de
convenir et accorder les susdictz différendz avec icelle nostre dicte
belle seur la Royne d'Escosse, prétendant par telle moyen n'estre plus
en son pouvoir contracter avecq asseurance, si premièrement il
n'appert de nostre déclaration contenant la vérité du faict, et
semblablement de celle du Roy, nostre très honoré Seigneur et Frère,
et de la Royne nostre très honorée Dame et Mère.
Pour ce, est il que Nous estant de ce bien et deuement informez,
déclarons et affirmons, en foy et parolle de Prince, que la dicte
cession et donation de droict et tiltre, que peult prétendre nostre
dicte belle seur la Royne d'Escosse à la couronne d'Angleterre, ne
nous a jamais esté faicte par elle, ny aultre ayant pouvoir ou
commission d'elle, non seullement pensée, ne qu'elle n'a non plus esté
approuvée par Nostre dict Sainct Père le Pape, et que jamais n'avons
eu aulcune volonté ny intention d'entreprendre aucune guerre ny
invasion à l'encontre de la dicte Royne d'Angleterre, ou son royaume,
à l'occasion de telle cession et donation; et telz adviz qui luy ont
esté donnez et rapportz faictz ne peuvent estre que faulx et
malicieusement controuvez de personnes, qui sont jaloux et envyeux de
la conservation de la mutuelle amitié et bonne intelligence qui est
entre le Roy, Nostre dict Seigneur et Frère, et la dicte Royne
d'Angleterre.
Nous, à ces causes, certiffions et asseurons à tous qu'il appartiendra
tout ce que dessus estre véritable sur notre honneur et conscience.
En tesmoing de quoy, nous avons signé les présentes de nostre main et
à icelles faict mettre le séel de noz armes.
Donné au camp de Ambazac, le dix septiesme jour de juillet l'an mil
cinq cens soixante neuf.
Ainsi signé HENRY.
Et séellé de cire rouge.
Et sur le dos,
Par Monseigneur duc, filz et frère du Roy,
SARRES.
FIN DU PREMIER VOLUME.
TABLE
DES MATIÈRES DU PREMIER VOLUME.
ANNÉE 1568.
Pages
NOTICE biographique. j
COMPTE RENDU AU ROI par La Mothe Fénélon
à son retour d'Angleterre. XXIII
OBSERVATIONS sur le manuscrit. XXXVII
_1re Dépêche._--16 novembre.--
AU ROI. 1
Audience de réception. _Ib._
A LA REINE. 6
Mort de la reine d'Espagne. 7
_2e Dépêche._--22 novembre.--
AU ROI. 10
Départ de M. De La Forêt. _Ib._
Armement pour la Rochelle. _Ib._
Convocation à Hamptoncourt. 11
A LA REINE. 14
Affaires d'Écosse, nouvelles d'Allemagne. _Ib._
_3e Dépêche._--29 novembre.--
AU ROI. 16
Préparatifs de guerre. 17
Projets du duc de Norfolk. _Ib._
La Conférence d'York transférée à Londres. 18
Élisabeth prétend juridiction sur Marie Stuart. 19
Lettres que l'on veut produire. _Ib._
Suspectes de faux. _Ib._
A LA REINE. 20
Desseins des Protestants anglais contre la France. _Ib._
Danger de la reine d'Écosse. 22
Nécessité de lui envoyer de Paris un bon avocat. 23
_4e Dépêche._--5 décembre.--
AU ROI. 24
Secours pour la Rochelle. _Ib._
Désaccord sur les affaires de la reine d'Écosse. 25
Combat de Jaseneuil. _Ib._
Lettres de marque contre les Bretons. 26
A LA REINE. 27
Audience de l'ambassadeur. _Ib._
Détails sur les troubles de France. _Ib._
Affaires d'Écosse. 33
_5e Dépêche._--10 décembre.--
AU ROI. 35
Succès remportés en France. _Ib._
Audience. _Ib._
Négociations des députés de la Rochelle. 37
Remontrance de Marie Stuart. 38
A LA REINE. 41
Effet produit par les succès de France. _Ib._
Arrivée à Plymouth du trésor d'Espagne. 43
_6e Dépêche._--15 décembre.--
AU ROI. 44
Départ de la flotte de Me. Winter. _Ib._
Projet d'Élisabeth sur l'Écosse. 45
Apparence de troubles en Irlande. _Ib._
Proposition de guerre contre la France. 46
Elle est discutée dans le conseil d'Angleterre. _Ib._
Opinion de sir William Cecil. _Ib._
La guerre ne sera pas déclarée ouvertement. 47
A LA REINE. 49
Bonne disposition d'Élisabeth pour la France. _Ib._
Entreprise contre la reine d'Écosse. 50
_Consultation_ sur ses remontrances. 51
_7e Dépêche._--21 décembre.--
AU ROI. 54
Expédition maritime. _Ib._
Déclaration d'Élisabeth touchant la France. 55
A LA REINE. 57
Affaires d'Écosse. _Ib._
_8e Dépêche._--28 décembre.--
AU ROi. 59
Saisie du trésor d'Espagne. _Ib._
Audience. 60
Assurance de paix. _Ib._
A LA REINE. 64
Nouveaux détails d'audience. 65
_Lettre secrète_ à la reine. 66
Projets de mariage. 67
Coalition contre Cecil. 69
Proposition d'un blocus continental. 70
_Mémoire général._ 73
_Déclaration_ de Marie Stuart pour être entendue. 80
_Réponse_ d'Élisabeth. 82
ANNÉE 1569.--PREMIÈRE PARTIE.
_9e Dépêche._--2 janvier.--
AU ROI 84
Succès de France. _Ib._
Nouvelles d'Allemagne. 86
Menaces contre les Bretons. 87
A LA REINE. 88
Cartels relatifs aux affaires d'Écosse. 89
_10e Dépêche._--6 janvier.--
AU ROI. _Ib._
Négociation pour le trésor d'Espagne. _Ib._
Pirates en mer. 90
Crainte pour Calais. 91
Accusation contre les dénonciateurs de Marie Stuart. 92
A LA REINE. 93
Retour de la flotte venant de Bordeaux. _Ib._
_11e Dépêche._--10 janvier.--
AU ROI. 94
Saisie générale sur les Anglais dans les Pays-Bas. _Ib._
A LA REINE. 95
Représailles des Anglais. _Ib._
_Mémoire général._ 96
Détails sur cette saisie. _Ib._
Armements en Angleterre. 98
Ligue proposée par le comte de Murray. 101
Cartel de lord Lindsay à lord
Herries. 102
Marie Stuart remise au comte de Shrewsbury. 103
_Mémoire secret_ pour la reine. 104
_Proclamat. d'Élisabeth_ (6 janvier).--Interdiction
de commerce avec l'Espagne.--Saisie générale sur les
Espagnols en Angleterre. 107
_12e Dépêche._--17 janvier.--
AU ROI. 113
Arrestation de l'ambassadeur d'Espagne. 114
Négociations. 116
Retour de Me. Winter. 117
A LA REINE. _Ib._
Crainte de guerre.--Affaires d'Écosse. 118
_Réponse_ de l'ambassadeur d'Espagne à la proclamation du
6 janvier. 119
_13e Dépêche._--20 janvier.--
AU ROI. 123
Audience. 124
A LA REINE. 135
Crainte de guerre malgré les assurances de paix données
par Élisabeth. _Ib._
_Discours_ envoyé de la Rochelle. 137
Opérations militaires des protestants. _Ib._
_Lettre_ venant de la Rochelle. 147
_14e Dépêche._--24 janvier.--
AU ROI. 150
Le sieur d'Assoleville envoyé par le duc d'Albe. _Ib._
Saisie faite à Rouen sur les Anglais. _Ib._
Secours fournis à la Rochelle. 153
Discussions dans le conseil. 154
Départ du comte de Murray. 155
A LA REINE. 156
Demande d'explications sur la saisie de Rouen. _Ib._
_15e Dépêche._--30 janvier.--
AU ROI. 158
Le sieur d'Assoleville arrêté. _Ib._
Préparatifs de guerre. 160
Secours fournis au comte de Murray. 161
A LA REINE. 163
Négociation sur la saisie de Rouen. _Ib._
_Mémoire._--Explications données par Me. Winter sur son
voyage à la Rochelle. 164
_Mémoire secret._ 169